La bibliothèque du dolmen

28 mars 2017

Mademoiselle Belle ---- Truman Capote

MademoisellebelleDeux jeunes hommes parcourent les routes à la recherche de travail et de nourriture mais l'un d'eux a un petit pécule pour lui permettre de retourner chez ses parents. Une femme, récemment embauchée pour travailler comme vendeuse à la boutique du moulin, s'ennuie et regarde les groupes d'enfants s'amuser dans l'eau du ruisseau voisin quand une petite fille se fait mordre par un serpent. Hilda est une élève sans histoire au lycée de Mount Hope mais elle est convoquée chez le directeur …

Ce recueil comporte quatorze nouvelles mais je ne vous en ai résumé que les trois premières. Ces nouvelles ont été écrites pendant l'adolescence de Truman Capote et raconte des scènes simples, de la vie de tous les jours mais ce qui m'a marqué, c'est la solitude de tous les personnages, qu'ils soient homme ou femme, jeune ou vieux, blanc ou noir. C'est aussi intéressant de voir la vie quotidienne et les relations humaines de cette période, c'est-à-dire entre 1935 et 1947. Certaines histoires se déroulent dans le Nord des USA, d'autres dans le Sud, certaines dans des grandes villes, d'autres dans des bourgades plus ou moins grandes et les atmosphères sont donc différentes d'une nouvelle à l'autre. Seule constante : une écriture travaillée, soignée, précise dans le détail, avec des descriptions d'ambiance plus que de lieux physiques proprement dits, et des personnages seuls et souvent malheureux car toujours en manque de quelque chose (l'amour d'une mère, l'estime de ses pairs, la reconnaissance de la société, l'admiration d'un professeur …). C'est à la fois intéressant et étonnant de voir que cette solitude et ce mal-être reviennent si régulièrement mais quand on connait l'enfance de l'auteur, on se dit que ce qu'il a vécu l'a vraiment marqué durement et profondément ! J'ai trouvé aussi très intéressant de voir que la rédaction de nouvelles n'était pas abordé de la même façon que la manière actuelle où, en général, la nouvelle doit se terminer par un final étonnant, inattendu, absurde, effrayant … enfin bref, la chute doit être marquante ! Hors, les nouvelles de Capote se terminent tranquillement, sans faire de vague, à tel point même qu'on est surpris de voir arriver la fin et que j'ai souvent eu une sensation de frustration, d''inachevé. On rentre dans la vie d'un personnage, on découvre quelques petites choses à son propos, on « vit » quelques moments avec eux et hop, terminé … juste comme ça ! Bien souvent, j'aurais voulu une fin plus « terminale », plus tranchée. La seule nouvelle qui lorgne vers une fin « moderne », c'est « Circulation vers l'Ouest » mais elle est peut-être la moins facile à lire (on ne la comprend bien qu'en arrivant à la fin). Comme avec tout recueil de nouvelles, j'ai beaucoup de mal à me faire une impression d'ensemble. J'ai aimé le style d'écriture et les ambiances dégagées mais j'ai eu du mal avec la fin trop brusque de la majorité des histoires. Une lecture assez mitigée donc, même si elle tend quand même vers le positif.

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27 mars 2017

Adieu Kharkov ---- Mylène Demongeot et Bouilhac et Catel

AdieukharkovParis, 1985. Klavdia Demongeot est hospitalisée suite à des douleurs généralisées. Elle vient de perdre son fils Lochka est décédé un an auparavant mais sa fille, l'actrice Mylène Demongeot, est à son chevet. Elles parlent de la difficulté de Klavdia d'aimer, de tolérer les imperfections des autres, de les critiquer souvent. Mais Klavdia explique à sa fille qu'elle copie ce qu'elle a connu, c'est-à-dire l'attitude de sa propre mère. Née en 1904 en Ukraine, Klavdia est la petite dernière de la famille. Mais pour sa mère, il est hors de question d'aller à l'école car une femme n'est là que pour servir son mari. Pourtant, la petite Klavdia voit son père souvent absent et les disputes entre ses parents ne sont pas rares. Il faut dire que la mère de Klavdia est très jalouse et que son père a tendance à courir les femmes. Mais la petite fille ne veut pas de ce genre de vie : elle veut être riche et libre …

Cela faisait plusieurs fois que je voyais ce titre à la médiathèque mais c'est la lecture de la biographie de Joséphine Baker par Catel qui m'a poussée vers lui car j'avais envie de continuer encore un peu avec cette auteure dessinatrice. Cette fois, ce n'est pas avec son compagnon José-Louis Bocquet qu'elle fait équipe mais avec Claire Bouilhac, avec qui elle partage aussi bien le dessin que l'écriture du scénario. Les informations proviennent de la personne la plus concernée par ce récit : Mylène Demongeot, qui les a obtenues de sa propre mère. L'histoire de cette dernière est dessinée par Bouilhac alors que l'histoire de Mylène (et donc tout ce qui est plus ou moins actuel) est dessiné par Catel. Les deux styles graphiques vont bien ensemble : ils sont tous les deux réalistes et précis mais il y a un côté plus rétro dans celui de Bouilhac, ce qui correspond à la période traitée. On reconnaît bien les personnages d'un graphisme à l'autre et du coup, avec les quelques différences, on sait tout de suite à quel moment on est et de qui on parle. Les couleurs aussi ont contribué à forger deux ambiances : des tons plus sombres pour le passé et des tons plus lumineux pour le présent. J'ai bien aimé l'aspect global de ce travail à quatre mains qui a une bonne cohérence. L'histoire est aussi très intéressante : je ne connais pas beaucoup l'actrice Mylène Demongeot, même si j'ai vu plusieurs de ses films. Il y avait eu des livres écrits par l'actrice sur sa famille mais ce n'est pas le genre de chose que je lis en général (alors qu'en BD, ça ne me dérange pas !). J'ignorais donc tout de son origine maternelle ukrainienne et j'ignorais aussi qu'elle était, comme Brigitte Bardot, une grande protectrice des animaux. Mais c'est surtout sur la vie de sa mère que l'album se focalise : on découvre son enfance, son adolescence, ses relations avec sa soeur, avec sa famille, avec les hommes. On voit qu'elle attend beaucoup de la vie mais qu'elle sait qu'il faudra qu'elle provoque sa chance pour obtenir ce qu'elle veut. Elle n'hésite donc pas à manipuler les gens autour d'elle. Du coup, elle n'apparait pas comme quelqu'un de très sympathique mais on comprend son attitude et ses réactions. Cela a été pour elle comme une question de survie. Elle a vécu des périodes agitées (comme la révolution russe), a habité dans différents pays (comme la Chine) et a donc eu une vie riche en évènements et peu habituelle, ce qui lui donne un intérêt certain. J'ai apprécié cette lecture, complétée par une chronologie détaillée et des photos de famille, que j'ai trouvé réussie, tant au niveau dessin qu'au niveau récit.

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26 mars 2017

Toi au moins, tu es mort avant ---- Daniel Casanave et Sylvain Ricard et Myrto Reiss d'après le récit de Chrònis Mìssios

ToiaumoinstuesmortavantEn 1985, la Grèce a trouvé une stabilité politique après de nombreuses années chaotiques et Chrònis Mìssios, originaire de Salonique, a atteint l'âge mûr et il est temps pour lui de raconter ce qu'il a vécu en compagnie de ses camarades. Ce n'est qu'un adolescent quand il rejoint l'Armée démocratique urbaine, une des branches du Front National de Libération et à l'issue de la seconde guerre mondiale, il est arrêté en 1946 alors qu'il n'a que seize ans. Torturé, condamné à mort, il va passer de longues journées en prison à Corfou à attendre l'exécution de la sentence, il refuse de renier ses idéaux communistes et voit certains de ses amis avoir moins de chance que lui. Finalement, il est transféré dans une autre prison, puis encore dans une autre, connaitra encore des mauvais traitements mais aussi des moments d'entraide et d'amitié …

Comme je ne connaissais strictement rien à l'Histoire de la Grèce, j'ai pensé que cet album allait m'aider à en apprendre un peu plus et j'ai donc opté pour cette lecture. Les auteurs ont adapté le récit autobiographique de Chrònis Mìssios et je n'avais jamais entendu parler de ce livre ni de son auteur. Du coup, ce fut une découverte totale ! J'ai reconnu le style graphique de Daniel Casanave, dont j'avais lu d'autres titres et c'est vraiment un dessin qui me convient tout à fait, avec des personnages bien différentiés, un petit côté caricatural mais agréable (avec des nez bien marqués et des silhouettes longilignes par exemple), et le choix du sépia est logique car on aborde des souvenirs et vu le sujet, je ne pense pas que la couleur aurait pu bien convenir. L'histoire est donc celle de Chrònis Mìssios, qui a rejoint très tôt les mouvements communistes qui s'opposaient aux troupes allemandes pendant la guerre et qui ensuite vont essayer d'établir une démocratie dans le pays. Mais Chrònis et ses camarades sont vite arrêtés et vont connaître diverses prisons, la torture, les mauvais traitements, le service militaire ainsi que différents gouvernements en place. Certains survivront, d'autres non mais aucun ne renie ses idéaux. C'est terrible, ce qu'a vécu cet homme ! Il a subi des choses horribles mais est resté combattif malgré tout, trouvant des petits moments de bonheur dans des retrouvailles avec des amis survivants, dans une fleur qui pousse, dans la rencontre brève d'une femme lors d'un de ses rares instants de liberté (il faut dire qu'il a passé plus de vingt ans en prison !). Je l'ai trouvé attachant dans sa fidélité et sa droiture, son refus de céder mais en même temps, j'avais envie de lui dire d'arrêter de résister, que ça n'en valait peut-être pas le coup. D'ailleurs, ce sujet surgira en fin d'album avec le recul pris avec les années et quand ceux qui seront encore vivants pourront faire le bilan du passé. J'ai trouvé l'ensemble intéressant mais j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver dans les nombreux personnages qui vont et qui viennent (ses camarades de lutte, les différents geôliers, les divers directeurs et commandants). En plus, j'ai aussi eu du mal à replacer l'histoire de Chrònis Mìssios dans l'Histoire du pays car, hormis les dates, il y a peu de références à ce qui passe en dehors de l'entourage du héros. Du coup, j'ai moins appris que ce que je pensais car j'ai surtout retenu une liste sans fin de prisons et de mauvais traitements avant même de découvrir vraiment ce qui se passait en Grèce pendant les périodes abordées. C'est là qu'est mon plus grand bémol : c'est l'histoire d'un homme en rébellion contre l'autorité en place mais j'ai vraiment eu du mal à cerner celle-ci ! A part ça, cela reste une lecture inhabituelle et éducative mais qui m'a laissée un petit goût d'inabouti (mais cela vient sûrement du récit original qui ne devait pas non plus abordé les sujets qui m'ont manqué pour mieux comprendre l'ensemble).

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25 mars 2017

La cabane ---- Stibane et Benjamin Fischer

LacabaneC'est l'hiver 2012 et Olivier et Nicolas se rendent en forêt, à la cabane qui leur servait de refuge quand ils étaient adolescents. Ils doivent y retrouver Benjamin, un de leurs amis de lycée, avec qui ils trainaient dix ans auparavant. Ce dernier sort juste de prison, après y avoir passé dix ans suite à un deal de drogue qui a tourné à une fusillade qui a entrainé la mort d'un policier. Olivier et Nicolas doivent donner sa part du butin à Benjamin mais ils ne sont jamais allés le voir en prison et ces quelques heures passées à l'attendre dans la neige sont l'occasion de se rappeler ce qui s'est passé et leur implication dans l'affaire …

Je n'avais pas la moindre idée de l'histoire quand j'ai emprunté ce titre et je ne pensais pas du tout à une histoire d'ancien prisonnier qui doit retrouver ses amis d'avant la prison. Je crois que je m'imaginais plus une histoire de survie en milieu hostile ! Du coup, j'ai été surprise par le récit de ces trois « amis » , qui oscille entre 2002, date de la fusillade et 2012, date des retrouvailles. Visiblement, dès le départ, deux camps se forment : Olivier et Nicolas d'un côté et Benjamin et éventuellement ses autres relations de l'autre. Entre les deux partis, il n'y a qu'un point commun bien ténu : Benjamin (et l'herbe si on peut rajouter ça). J'ai trouvé intéressant de voir comment l'amitié peut tenir à peu de choses, comment elle peut être à sens unique, comment on peut commencer à déraper sans pouvoir s'arrêter à temps alors que d'autres s'en sortent mieux. On découvre les évènements par petites touches car l'histoire alterne présent et passé. Il y a beaucoup de non-dits, de sous-entendus qui permettent une narration toute en subtilité. Le dessin, par contre, m'est apparu parfois un peu grossier, avec des traits épais qui alourdissent souvent le visage des personnages. Par contre, j'ai trouvé que le style convenait bien aux décors. Les couleurs sont assez vives, variées et cela permet un peu d'alléger la noirceur de l'histoire. Mon seul problème a été de pouvoir m'attacher à un personnage mais je n'en ai trouvé aucun de bien sympathique … au final, c'est peut-être Benjamin qui se révèle le plus attachant car c'est lui qui reste droit dans ses idées et ses relations. Lecture intéressante et plutôt originale malgré un sujet déjà vu mais je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas été hyper emballée !

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24 mars 2017

Silo : Origines ---- Hugh Howey

SilooriginesEn 2049, Donald Keene a été élu député depuis peu à son plus grand étonnement. Lui qui était architecte de formation a été propulsé en politique et aidé par un ami de sa famille, le sénateur Thurman. Ce dernier l'a d'ailleurs convoqué à Washington, ainsi que Mick Webb, un ancien camarade d'université de Donald, pour leur confier un projet de la plus haute importance. Il s'agit de construire un abri gigantesque pour assurer la protection des ouvriers d'un futur site de recyclage de déchets nucléaires, la construction de ce dernier étant tributaire des mesures de sécurité mises en oeuvre en cas de problème grave. Le travail de chaque participant au projet est cloisonné, chacun ignorant ce que fait l'autre. En 2110, sous les collines de Géorgie, Troy se réveille d'un long sommeil mais ce ne sera que le premier de nombreux autres réveils. Troy travaille dans le silo N°1 et doit gérer les problèmes pouvant apparaître dans les autres silos …

J'avais beaucoup aimé Silo, le premier tome de cette trilogie et j'étais donc curieuse et impatiente de découvrir ce qui avait amené une partie de la population américaine à se réfugier dans des silos souterrains pour y vivre pendant des centaines et des centaines d'années, le monde extérieur étant devenu invivable. Avec ce second tome, l'histoire va se diviser en plusieurs périodes. On est tout d'abord en 2049, dans un monde très similaire au nôtre, et on fait la connaissance de Donald qui va être impliqué, sans savoir vraiment ce qu'il fait, dans la construction des silos. Puis, on va aborder plusieurs époques (2110, 2212, 2345 et j'en oublie), où l'action se déroule dans les silos. L'auteur se focalise sur le silo N°1, celui qui dirige tout, mais aborde aussi la vie de deux autres silos, pour qu'on voit comment les choses se sont organisées différemment. Il y a donc une quantité importante de personnages : ceux de notre époque, ceux des différentes périodes et des différents silos mais je ne me suis jamais mélangé les pinceaux car chacun a son caractère propre. Par contre, j'ai regretté de voir certains d'entre disparaître de la circulation mais c'était pourtant logique car personne n'est éternel et les sauts dans le temps nous font découvrir de nouvelles générations (mais certains auront une vie plus longue grâce à un sommeil cryogénisé !). On finit par arriver à un moment qui va relier ce tome au premier, en retrouvant certains protagonistes du tome 1. Il y a des moments poignants car la vie n'est pas tendre avec certains, en particulier Jimmy, qui va se retrouver seul pendant de longues années. J'ai trouvé que la violence et l'action étaient moins présentes dans cet opus mais il y a plus de pression psychologique, ce que j'ai trouvé intéressant et bien mené. Il y a beaucoup de questionnements sur la responsabilité, la famille, la conception de l'humanité, la vie solitaire, la manipulation, la confiance. On apprend beaucoup de choses sur les évènements passés, sur certains personnages et j'ai hâte d'attaquer le tome 3 qui aborde le futur des silos !

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23 mars 2017

22, une enquête explosive (tomes 1 et 2) ---- Chauvel et Le Bellec et Chavant

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222Tomes 1 et 2

A Paris, le quotidien des policiers en uniforme, les bleus comme on les appelle, consiste surtout à accueillir les gens au commissariat et à effectuer des rondes, aidant la population lors d'agressions ou d'altercations. Pour Inès et ses deux coéquipiers, la journée commence par une jeune femme qui accourt vers eux en criant qu'elle vient d'être attaquée par un homme dans le métro. Pendant qu'Inès s'occupe d'elle, les deux policiers se précipitent à la recherche de l'agresseur. Pendant ce temps, place Vendôme, une bijouterie de luxe est attaquée à l'explosif par deux hommes en moto, qui partent avec un joli butin. Les flics de la Brigade de Répression du Banditisme sont chargés de l'enquête mais les indices sont maigres …

J'aime les séries courtes et là, deux tomes, ça me convenait parfaitement bien. Et pourtant, au final, j'en aurais bien apprécié un troisième supplémentaire ! Côté dessin, rien de surprenant, c'est assez classique tout en étant moderne : un style réaliste, des décors reconnaissables mais pas trop détaillés pour ne pas être étouffants, des personnages bien différentiés même si certains peuvent s'avérer parfois un peu cliché. Il y a aussi du dynamisme, des dialogues limités au minimum nécessaire, des couleurs plutôt douces malgré le sujet. L'histoire a été écrite en collaboration avec Olivier Le Bellec, un policier qui s'est donc mis aussi à la rédaction de scénarios de BD. Il y a donc une bonne touche de réalisme et de crédibilité dans le récit, sans être pour autant autre chose de la fiction. On découvre la vie d'une équipe de policiers sur le terrain, ceux en tenue, qui prennent de plein fouet les difficultés de la vie quotidienne : agressions, viols, violences domestiques, délits de la route … ils sont les premiers sur les lieux et sont confrontés à toutes sortes de personnes. En parallèle, on suit l'enquête d'une équipe de la Brigade de Répression du Banditisme qui est en charge de l'affaire sur un casse plutôt audacieux. On peut voir la différence dans ces deux aspects d'une même profession, qui n'est souvent dû qu'à une différence d'ancienneté et de concours internes passés. Le contraste est intéressant à voir mais du coup, c'est aussi un peu au dépend de la continuité du récit. Celui-ci passe d'une équipe à l'autre mais pour l'équipe de terrain, elle passe aussi d'un appel à l'autre et il y a donc multitude de cas à voir, dont on ne connais pas toujours la fin. D'ailleurs, et c'est là où je reviens sur le début de mon billet, cette lecture m'a laissé un goût d'inachevé et j'aurais bien vu un tome supplémentaire pour clôturer les « affaires en cours ». Bien sûr, on peut voir ces deux tomes comme un instantané dans la vie de la police mais c'est un peu frustrant de se retrouver le bec dans l'eau à la fin du tome 2. On peut supposer certaines choses qui paraissent évidentes mais on peut aussi penser que les flics ne vont peut-être pas s'arrêter là dans leurs investigations ! Avec une telle fin, cela laisse à penser qu'il ne faut pas grand chose pour qu'une enquête s'arrête et devient un cold case ! Mais à part ma frustration des dernières pages, ce fut une bonne lecture dynamique et intéressante.

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22 mars 2017

Les jours sucrés ---- Loïc Clément et Anne Montel

LesjourssucresA l'aube de la trentaine, Eglantine Larticho travaille comme graphiste dans une boite parisienne. Elle a une relation occasionnelle avec son patron et est très amie avec sa collègue Mei. Mais Eglantine reçoit un coup de téléphone d'un notaire breton qui lui apprend que son père, qu'elle n'a plus vu depuis ses huit ans, est décédé et qu'il lui lègue sa boulangerie située dans le village de Klervi. La jeune femme se rend sur place pour signer les papiers et mettre en vente la boutique de son enfance, avant que son père et sa mère se séparent violemment. Le village subit la désertification des campagnes mais elle y retrouve sa vieille tante et son ami d'enfance et les souvenirs vont surgir en même temps que des découvertes sur sa propre famille …

C'est les nombreux chats présents sur la couverture qui m'ont poussée à emprunter cet album à la médiathèque. Et ensuite, je me suis aperçue, en reconnaissant le style graphique, que j'avais déjà lu un titre de ces auteurs (Shä et Salomé, jours de pluie). Le dessin moderne est simple, sans case, et les aquarelles aux couleurs douces couvrent parfois toute une page. Les personnages sont expressifs, quelquefois hauts en couleur (comme la tante d'Eglantine). La narration est portée aussi bien par le graphisme que par les dialogues ou par du texte narratif, ce qui est plutôt sympa dans la variété. L'histoire est divisée en chapitres nommés en rapport avec des pâtisseries ou des biscuits (Paris-Brest, Millefeuille, Madeleine …), ce qui est logique vu qu'il est question d'une boulangerie-pâtisserie mais c'est bien vu car il y a bien un lien entre l'histoire et les noms choisis. Les chats sont là pour ouvrir chaque chapitre et ils sont adorables et amusants (et gourmands !!!!) mais ils apparaissent aussi tout au long de l'histoire sans être trop envahissants. Le récit concerne le retour d'Eglantine dans son village d'enfance, où la vie est si différente de sa vie parisienne, avec les souvenirs qui remontent, et des révélations sur son passé. La jeune femme est attachante car elle a été blessée dans son enfance et elle se protège comme elle peut. Il y a beaucoup d'humour mais aussi d'émotion, un clin d'oeil aux villages qui ne devraient pas se désertifier au profit des villes sans âme, et j'ai trouvé qu'il était facile de se promener aux côtés d'Eglantine et de passer par tous les sentiments qu'elle subit (car elle n'arrive pas toujours à les accepter). C'est une histoire de famille, d'amitié, d'amour, de liens sociaux, de renaissance. J'ai trouvé que c'était une lecture positive, très sympathique et très agréable, qui laisse un sourire aux lèvres et un sentiment de bien-être.

L'avis de Jérôme.

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21 mars 2017

Marie Curie ---- Laura Berg et Stéphane Soularue

MariecurieMaria Sklodowska nait en 1867 dans une famille polonaise habitant Varsovie, alors sous domination russe. Elle est le cinquième enfant d'une mère directrice d'une école de jeunes filles où le père y travaille comme professeur. C'est donc dans une ambiance lettrée et où l'éducation scolaire est importante que grandit Maria. Elle apprend à lire très jeune mais sa mère, atteinte de tuberculose, ne sera pas très présente à la maison alors que Maria grandit. Son père s'occupe néanmoins très bien de ses enfants, mais la domination russe ne favorise pas l'éducation des filles ni le travail des Polonais …

Je ne vais pas vous raconter toute l'enfance, l'adolescence et la vie de Marie Curie dans mon résumé. Il me suffit juste de préciser que cet album se focalise plus sur les jeunes années de cette grande scientifique et ne fait qu'évoquer rapidement le reste de sa vie après qu'elle a obtenu son premier prix Nobel avec son époux Pierre Curie. Ce n'est donc pas une vraie biographie qu'on n'a là mais une façon d'aborder la formation d'une future figure féminine marquante de l'Histoire. C'est tout d'abord les dessins qui m'ont charmée : ces crayonnés de couleur m'ont beaucoup plu : il y a à la fois un côté enfantin et simple dans ce choix (ce qui corresponde à merveille à l'enfance de Marie) mais aussi un aspect très réaliste et très minutieux, ce qui rend le dessin très agréable à regarder, avec ses couleurs souvent tendres. Quant au sujet, il est bien sûr très intéressant car si on connait souvent l'oeuvre scientifique de Marie Curie (et ses dernières années), on connait moins son enfance et son adolescence. J'ai donc appris de nombreuses choses au sujet de la Pologne de cette époque, Marie m'est apparue comme quelqu'un de moderne et d'en avance sur son temps mais comme c'est précisé dans le livre, elle n'était pas féministe : elle voulait juste faire ce qu'elle aimait, au même titre que n'importe qui (sous-entendu n'importe quel garçon !). On découvre ses relations avec sa famille, la façon dont elle a rencontré son mari, son départ pour la France et Paris. Si les auteurs se concentrent sur les faits, ils n'en oublient pas pour autant de laisser transparaitre les états d'esprit de l'enfant puis de la jeune femme. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à cette lecture, même si j'aurais aimé que la seconde partie de sa vie soit abordée un peu plus en détail (du genre : une quinzaine de pages de plus pour cela) et en plus de l'aspect agréable de cet album, il a aussi un côté éducatif indéniable !

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20 mars 2017

L'arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio ---- Jean-Marie Gourio

LarbrequidonnaleboisGiacomo, fils d'un menuisier fabricant de jouets, a reçu une lettre d'un mystérieux Italien lui affirmant qu'il savait où se trouvait l'arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio. Pour sauver l'entreprise familiale en grande difficulté financière, Giacomo décide de partir dans le village de Collodi, en Toscane, d'où la missive est partie. Arrivé sur place, le jeune homme tombe sous le charme de la vie italienne mais il semblerait que l'auteur de la lettre soit insaisissable. Pourtant, Giacomo n'oublie pas qu'il est là pour retrouver cet arbre magique qui donne vie aux pantins qui en sont issus …

Sous forme de roman épistolaire, l'auteur nous plonge dans l'univers du roman de Carlo Collodi, devenu un classique à la fois de la littérature italienne mais aussi de la littérature jeunesse. Ce livre faisait partie de la sélection de mon club lecture et c'est pour ça que je l'ai lu mais franchement, je me demande bien pourquoi j'ai opté pour ce titre vu que je n'aime pas beaucoup l'histoire de Pinocchio (même gamine, je ne l'aimais pas !). Peut-être que j'avais espoir de la réhabiliter à mes yeux, que j'y trouverai quelque chose pour enfin l'apprécier ? Eh bien, c'est raté ! Les références au roman de Collodi sont nombreuses, on sent bien l'ambiance italienne, avec la cuisine et la boisson omniprésentes, l'accueil des villageois, les petites phrases en italien (traduites juste après donc pas d'inquiétude à avoir si on ne parle pas cette langue). Mais qu'est-ce que je me suis ennuyée pendant cette lecture !!!! J'ai trouvé Giacomo vraiment peu attachant : il m'a paru un peu simplet, gentil mais pas très futé et très immature, à tel point que j'avais parfois la sensation que c'était un gamin qui parlait et pas un homme qui retrouve son âme d'enfant. Et puis, tout cet engouement autour de Pinocchio, ça m'a dépassé …. moi qui ne suis vraiment pas attirée par ce personnage. Alors, la recherche du fameux arbre magique m'a indifférée, sauf que je l'ai trouvée vraiment, mais alors vraiment, bien longue ! Bien sûr, on se doute que cette quête va permettre à Giacomo d'évoluer mais il aurait fallu que je me sois attachée à lui pour y voir un quelconque intérêt. Je suis dure avec ce roman dont l'écriture fluide aurait du permettre une lecture rapide mais il est certain que je n'étais pas la meilleure lectrice pour m'y attaquer vu que le sujet ne m'intéressait déjà pas au départ !

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19 mars 2017

Lutte majeure ---- Céka et Borris

LuttemajeureEn septembre 2006, de nombreuses personnes sont réunies dans la grande Salle de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg pour assister à un concert un peu particulier en hommage au compositeur Dimitri Chostakovitch. Pour certains dans la salle, c'est l'occasion de se remémorer un épisode de la seconde guerre mondiale, souvent oublié de tous. En mars 1942, Léningrad est en proie au froid, à la famine et aux bombardements allemands. Parmi les habitants qui survivent comme ils peuvent, il y a Irina, une musicienne qui vit avec sa mère et qui continue à exercer tant bien que mal son art en se réunissant régulièrement avec les membres d'un orchestre classique. Mais des rumeurs de l'arrivée d'Hitler en ville enflent et Staline a décidé de mettre à contribution cet orchestre pour jouer une symphonie le jour prévu de l'invasion, pour montrer que le peuple russe ne se laisse pas abattre …

Avec cet album, on aborde un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale : un concert donné à Léningrad, alors que la ville est isolée, sous les bombes et les habitants affaiblis et affamés. Autant dire que la musique n'avait pas la priorité : seule la survie comptait ! Et pourtant, contre toute attente, la préparation de ce concert va occuper de nombreuses personnes et va permettre pour un temps d'oublier la guerre et ses horreurs. J'ignore pourquoi les auteurs ont choisi de représenter les personnages sous forme d'animaux (en fait, des cochons aux allures d'humains !) car je n'ai pas trouvé que cela apportait quelque chose de spécial à l'histoire. Il n'y a pas de métaphores sur lesquelles jouer vu qu'on ne voit personne d'autre que le peuple russe. La seule raison que je vois est une sorte de distanciation nécessaire pour contrer la violence de la guerre et du siège effectué par les Allemands. Pourtant, la violence est bien là : les horreurs entrainées par la famine, les bombes, le froid, sont bien là et bien décrites. Les auteurs les montrent sans s'y appesantir trop longtemps mais cela crée l'ambiance dans laquelle les personnages doivent évoluer. Ceux-ci apparaissent découragés, sans plus aucun ressort à part de continuer comme ils peuvent et pourtant, il y a de l'entraide et des moments de grâce. Les couleurs choisies, souvent foncées, augmentent la sensation de pénibilité de la vie dans la ville : on ressent comme un couvercle déposé au dessus des toits. Au final, malgré le choix de l'anthropomorphisme des personnages que je n'ai pas bien compris, j'ai bien aimé leur représentation et je les ai trouvés attachants. On aurait presque envie de les aider, de les encourager. J'ai trouvé cette lecture vraiment intéressante et remplie d'émotion malgré l'aspect un peu didactique de l'ensemble (les auteurs ne s'attardent pas sur le ressenti des protagonistes), avec sa liste chronologique d'évènements et le graphisme m'a beaucoup plu.

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