La bibliothèque du dolmen

23 avril 2017

Tu sais ce qu'on raconte .... ---- Gilles Rochier et Daniel Casanave

TusaiscequonraconteDans une petite ville de province, la vie suit son cours. Mais aujourd'hui, il y a de quoi faire jaser dans les chaumières : il paraît que le môme Gabory a été vu au café du coin, au Marly, c'est ce qui se dit parmi les employés municipaux. D'autres s'interrogent sur le retour du jeune homme mais pour le médecin, la raison est simple : il vient voir sa tante qui vit toujours en ville. Mais cela fait polémique car certains n'ont pas oublié que c'était cette tante qui l'avait hébergé alors que les gendarmes le recherchaient. Certains de ses anciens camarades de classe le trouvaient bizarre, ceux du club de foot qu'il fréquentait se souviennent de lui comme d'un garçon silencieux …

Voilà un album original que celui-ci ! Il n'y a pas un narrateur ou un personnage principal mais des dizaines car il s'agit de brosser le portrait d'un fait divers perçu par les habitants d'une petite ville, habitants qui parlent entre eux, qui médisent ou qui défendent ceux attaqués, qui parlent de choses qu'ils ignorent. Bref, c'est un album qui parle de la rumeur et des dégâts qu'elle peut faire ! Au départ, on ne sait pas qui est ce Gabory ni ce qu'il a fait mais on l'apprendra vite au fil des réflexions des uns et des autres. Personne n'est à l'abri des soit-disant discussions : les employés municipaux, les commerçants, le docteur, le maire, les anciens camarades de classe, les voisins, les agriculteurs du coin et j'en oublie ! Certains sont prêts à vouloir pendre Gabory sur la place publique alors que d'autres semblent plus réservés, plus raisonnables, réfléchissant et mettant en doute ce qui a été dit. Les esprits s'échauffent tous seuls jusqu'au final ironique et sans pitié, que j'ai beaucoup aimé. Le graphisme anguleux et aux teintes rouges et noires semble aussi agressif que la majorité de la population de cette ville, ce qui accentue la perception négative qu'on peut en avoir et cela alourdit l'ambiance déjà bien plombée par la rumeur incessante. On a la sensation que les gens raisonnables ne sont pas très nombreux ! C'est un album qui se lit très vite, d'une traite (de toute façon, on n'a pas envie de le poser !), qui montre bien les travers de certains être humains mais qui m'est apparu comme très réaliste … et qui donc fait plutôt froid dans le dos ! Une réussite !

L'avis de Mo.

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22 avril 2017

Idéal standard ---- Aude Picault

IdealstandardClaire a la trentaine et travaille comme infirmière dans un service de néonatalogie. Elle est toujours célibataire mais ne désespère pas de trouver le grand amour et fonder enfin une famille et, en attendant, elle rencontre parfois des hommes avec qui la relation dure plus ou moins longtemps. Ses amies veulent la caser avec Franck mais Claire n'est pas très attirée par son genre. Cependant, l'homme ne se décourage pas et continue à lui demander de sortir avec lui. Claire finit par accepter et, contre toute attente, la relation se passe plutôt bien et Claire pense alors avoir trouvé le bon …

Le titre annonce bien la couleur : l'histoire de Claire la célibataire qui voit toutes ses amies se caser et fonder une famille est, je pense, assez représentative d'une génération et de la pression mise sur les femmes (et les hommes) pour correspondre au moule sociétal de notre époque : un couple qui s'aime, des enfants, chacun un travail où ils sont censés s'épanouir, une maison, un chien (ce dernier point étant en option !). Avec la vie de Claire, on s'aperçoit que ce n'est pas facile. Certes, elle aime son travail et a des amis et une famille qu'elle voit régulièrement mais on sent bien que la solitude lui pèse, d'où des rencontres amoureuses parfois peu bénéfiques pour elle. Les premières scènes sont très amusantes sur ce point car on découvre une collection de gars peu mis en valeur ! Et puis arrive Franck dans le tableau et tout change mais est-ce vraiment pour le mieux ? On voit évoluer le couple, avec ses petits bonheurs et ses différences. Claire m'est apparue comme une jeune femme attachante et courageuse, prête à faire des efforts sans pour autant se laisser dominer complètement mais on la sent un peu à la merci de l'opinion des autres et soumise aux diktats de la société et des rêves dans lesquels elle a été élevée (comme beaucoup de jeunes filles d'ailleurs) : il existe un prince charmant parfait ! Le dessin, tout simple, tout en rondeurs, aux vignettes sans entourage, aux couleurs adaptées aux différents milieux (le bleu pour le travail, le jaune et le rose pour la vie privée) m'a bien plu car il n'étouffe pas l'histoire tout en permettant de montrer les expressions des personnages et de les mettre en situation réaliste; Ce n'est pas forcément un sujet original car on a beaucoup écrit et dessiné là-dessus mais j'ai trouvé que l'histoire de Claire était menée tout en douceur, en pudeur (malgré quelques scènes sans tabou côté sexe) et en subtilité, sans oublier qu'elle ne manque pas de touches d'humour. Et la fin ne fait pas dans la facilité, ce qui est un plus pour conserver l'ensemble crédible ! J'avais repéré ce titre à sa sortie et je n'ai pas été déçue car c'est un bel hommage aux femmes tout en dénonçant le rôle que joue la société sur leurs attentes !

Les avis de Mo, Lasardine, Stephie, Keisha.

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21 avril 2017

Un drôle de visiteur ---- Eléonore Thuillier et Clotilde Goubely

UndroledevisiteurLes jours coulent paisibles à la ferme mais un matin, l'arrivée d'un drôle de visiteur surprend tout le monde. Le cochon se demande si c'est un petit nouveau, la poule trouve qu'il ressemble beaucoup à leur ami le chat, qui est vexé qu'on l'associe à ce visiteur. Mais la vache a des soupçons : il lui semble avoir déjà vu ce genre d'animal dans un livre. Après avoir feuilleté l'encyclopédie des animaux, ils découvrent, effarés, qu'il s'agit d'un tigre. C'est alors la débandade et ils vont tous se percher dans un arbre voisin alors que le jeune tigre ne comprend pas leur peur …

Bon, avec une mine pareille sur la couverture, ce bébé tigre ne pouvait que me séduire ! N'est-il pas adorable, avec son gros nez et ses grands yeux ? Ces exagérations sont d'ailleurs des caractéristiques qu'on retrouve pour les autres animaux de l'histoire : des yeux énormes, voire globuleux, des grandes bouches et une allure amusante. J'ai donc été totalement conquise par le graphisme, aux couleurs douces, qui montrent des animaux sympathiques et attachants. Quant à l'histoire proprement dite, elle est simple : que faire quand un bébé tigre arrive dans une ferme quand on est un animal peu adapté au monde sauvage ? Eh bien, on fuit et on se cache parce qu'on a peur d'être mangé ! Mais la fin sera surprenante, je ne l'ai pas vu venir et elle m'a bien fait rire ! Voilà un bel album qui montre qu'il ne faut pas s'attarder aux différences et qu'on peut être parfaitement heureux et ami avec des êtres qui sembleraient pourtant être nos opposés !

L'avis de Clarabel.

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20 avril 2017

L'étrange zoo de Lavardens ---- Dedieu

LetrangezoodelavardensMonsieur le Vicomte n'a plus beaucoup d'argent. Le toit de son château est plein de trous et son immense propriété n'est pas vraiment entretenue par manque de personnel. Cela ne l'empêche pas d'aller visiter ses anciens employés tous les dimanches et c'est en revenant de ces visites qu'il croise un cerf sur le chemin. Cela lui donne alors l'idée de créer un zoo dans son parc et il utilisa vite le peu d'argent qui lui restait pour aménager les lieux et faire venir quelques animaux. Les visiteurs commencèrent à affluer et Monsieur s'occupe bien de ses animaux et ceux-ci l'apprécient beaucoup. Ils sont même laissés libres dans le parc dès que le zoo est fermé et s'invitent parfois au château …

C'est les magnifiques dessins qui m'ont convaincue de lire cet album jeunesse. Son grand format leur rend d'ailleurs bien justice. L'auteur a opté pour un voyage dans le temps qui nous ramène au début du XXème siècle, sous forme de dessins sépia dignes des photographies de l'époque. On découvre un vicomte ruiné mais inventif et surtout proche des animaux de son zoo. Tellement proche d'eux que ceux-ci vont finir par adopter les attitude humaines, comme on peut le voir sur la couverture mais cela va engendrer une prise de conscience d'eux-mêmes et des problèmes d'identification. C'est une histoire originale, avec des photomontages amusants qui ressemblent presque aux résultats d'un savant fou mais qui plairont sûrement aux jeunes lecteurs. En plus du côté un peu loufoque de l'histoire, l'auteur montre aussi que les animaux ont leur caractère propre, qu'il faut les respecter pour qu'ils soient heureux. J'ai bien aimé cette façon différente d'aborder le sujet et graphiquement, c'est une merveille !

L'avis de Clarabel.

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19 avril 2017

The sixth gun (tomes 1 à 6) ---- Cullen Bunn et Brian Hurtt

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Tome 1 : De mes doigts morts ... Tome 2 : A la croisée des chemins
Tome 3 : Enchainé
Tome 4 : Les frères de Penance
Tome 5 : La malédiction du wendigo

La Guerre de Sécession est terminée depuis quelque temps et a vu la mort du général confédéré Hume. Celui-ci, sanguinaire et sans pitié, détenait un revolver particulier aux pouvoirs surnaturels et menait une bande de fidèles, équipés eux aussi d'armes d'égale puissance. Mais depuis peu, des personnages inquiétants semblent être sur les traces de ces revolvers maudits avec, à leur tête, la veuve Hume, convaincue que son époux n'est pas mort. Le revolver de Hume se retrouve entre les mains d'une jeune femme, Becky Montcrief, qui ne comprend pas les visions qu'elle a quand elle le tient en main. Mais Drake Sinclair, un homme mystérieux versé dans les sombres secrets du monde surnaturel et lui aussi à la recherche des revolvers, va l'aider à fuir ses poursuivants …

Je suis toujours à la recherche de bonnes séries fantastiques en bande dessinée et celles-ci ne sont pas si nombreuses que ça. Quand le premier tome de ce comics est paru, l'histoire m'a tout de suite séduite mais j'hésite toujours à me lancer dans la lecture d'une série non terminée car je n'aime pas devoir attendre les tomes suivants (sans compter le fait d'oublier plein de détails pendant cette attente). Mais là, comme on se rapproche de la fin (il devrait y avoir 7 volumes) et que j'ai réussi à mettre la main sur les cinq premiers à la médiathèque, je ne pouvais pas faire la fine bouche et les laisser filer. Et puis, j'étais très curieuse de découvrir enfin l'histoire de ces revolvers surnaturels ! Dès le départ, pas de doute, on est bien dans un comics, avec un graphisme réaliste et un peu anguleux, très dynamique et plutôt coloré (mais pas agressif). Le dessin m'a bien plu car on reconnaît bien les personnages, ceux-ci sont agréables à regarder et les décors sont chouettes. Le découpage varie aussi, avec des lectures page à page et d'autres s'étalant sur des doubles pages. On est plongé dans une ambiance western, avec des cow-boys, des attaques, des coups de feu dans tous les coins mais aussi dans une ambiance fantastique avec, par exemple, les bayous de Louisiane et des épisodes lorgnant vers le vaudou ou la magie noire. On apprend vite ce qu'il en est des revolvers et l'histoire se focalise sur la lutte de Drake, de Becky et de leurs amis pour empêcher que ces armes tombent entre de mauvaises mains, surtout qu'au bout d'un moment, on ne sait plus forcément si certains gentils sont vraiment du bon côté. Donc, bien sûr, rien ne sera facile pour nos héros !!!! Il y a peu de temps morts dans ce récit, qui mêle action, fantastique, suspense, fond historique (avec la guerre civile et l'esclavage), quelques touches d'humour, des références à des légendes diverses … que des choses que j'aime, que j'apprécie de voir regroupées ensemble et qui donnent une histoire pêchue, originale et dynamique, dans laquelle je ne me suis pas ennuyée une seconde. D'ailleurs, je crois bien que je vais m'acheter la série complète car c'est tout à fait le genre à occuper sur mes étagères !

***

Edit du billet du 12 mai 2016

 

Thesixthgun6Tome 6 : La chasse des skinwalkers

Becky Montcrief et Drake Sinclair sont enfin ressortis du monde de l'au-delà du Wendigo et ont retrouvé leurs amis dans leur quête du dernier revolver, détenu par la veuve du général Hume. Mais Becky n'est pas complètement libérée du monde des esprits et, si son corps est bien présent dans la réalité, elle erre dans différents mondes, ceux qui ont été ou auraient pu être suite grâce à la réunion des six revolvers. Drake et ses amis rejoignent alors un rassemblement de tribus indiennes pour qu'ils les aident à ramener complètement Becky au monde réel. Mais le danger rôde : la veuve Hume s'est associée à Griselda, surnommée la sorcière grise et mère de son époux décédé, et les deux femmes veulent remettre la main sur les autres revolvers pour détruire le monde et le reconstruire selon leurs envies …

 

Comme pour toute série en cours, j'ai eu un peu de mal à me repositionner dans l'histoire avec ce nouveau tome (que j'ai enfin trouvé à la médiathèque), même s'il y avait un petit récapitulatif des personnages et de leur statut en début d'album. Pourtant, cela ne fait qu'un an que j'ai lu les cinq tomes précédents ! Disons que je me rappelais en gros de l'histoire mais sûrement pas des détails. Heureusement, j'ai vite replongé dans les aventures de Becky et de Drake car le rythme de l'ensemble est soutenu et ne laisse pas vraiment le temps de se poser des questions. Le graphisme me plait toujours autant : c'est dynamique, coloré sans être agressif, les personnages sont bien différenciés, c'est réaliste, même quand cela montre des monstres fantastiques et du coup, ceux-ci paraissent crédibles. L'histoire est aussi toujours aussi enlevée et pleine d'action et de bagarres en tous genres. Dans la première moitié de l'album, c'est sur Becky que se focalise la narration et on la suit dans des mondes multiples, ce qui permet de ne pas lasser et en parallèle, on voit comment ses amis essaient de la ramener parmi eux (et ce n'est pas facile !). La seconde moitié est centrée sur la lutte pour la possession des revolvers et on voit donc revenir sur le devant de la scène Griselda et sa bru, la veuve Hume. Les deux femmes sont vraiment effrayantes et la bande de Drake va devoir affronter beaucoup de périls. En plus, on apprend de nouvelles choses sur la motivation de Griselda, ce qui la rend d'autant plus intéressante car elle apparaissait jusqu'à présent comme une méchante de plus, une avec des pouvoirs puissants, mais là, elle acquiert une dimension supplémentaire. Je me suis donc tout autant régalée avec ce tome qu'avec les précédents. Vivement le prochain, qui clôturera la série … il est en commande à ma médiathèque mais vu qu'il n'est pas encore reçu et qu'ensuite, il faudra un certain temps pour qu'il soit équipé (couverture, puce et tout ce qu'il faut), je pense que je ne pourrai le lire qu'à mon retour de vacances en septembre ! Mais je sais que je n'attendrai pas un an pour le lire !

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18 avril 2017

Le cheval d'orgueil ---- Galic et Lizano d'après Pierre-Jakez Hélias

LechevaldorgueilLes parents de jeune Pierre se marient en 1913 dans un petit village breton et Pierre nait au début de 1914, passant alors sa petite enfance sans connaître son père, parti à la guerre. Mais Pierre aime écouter les histoires de son grand-père, comme celle de la poule qui allait se marier au coq du village voisin ou celle de l'homme au chapeau doté de rubans rouges. Et puis, comme tout jeune garçon, il fait des bêtises, comme grimper aux arbres, se baigner dans des eaux agitées et faire parfois l'école buissonnière avec ses copains …

Je n'ai pas lu le livre de Pierre-Jakez Hélias dont cet album est librement inspiré et pourtant, c'est un incontournable de la littérature bretonne. Mais je me suis dit qu'en lisant cette bande dessinée, cela me donnerait peut-être le goût de me lancer dans le livre ! Et puis, j'ai été aussi attirée par le dessin, avec ces personnages aux grosses têtes rondes qui m'ont tout de suite paru attachants, sympathiques et amusants. Comme il s'agit surtout de l'enfance de l'auteur, le graphisme a un côté un peu naïf et enfantin qui va bien avec l'histoire et les couleurs sont très limitées : beaucoup de gris et blanc et des touches de rouge et d'orange (quand il y a des disputes par exemple). Les décors sont parfois un peu torturés, un peu effrayants, particulièrement quand ils décrivent la guerre ou certaines légendes bretonnes. L'histoire est celle de Pierre-Jakez Hélias, qui deviendra un écrivain breton célèbre : on découvre le mariage de ses parents, son enfance, sa relation avec son grand-père, ses bêtises avec ses copains, l'école de l'époque (où il était interdit de parler breton), la pension au lycée dès ses onze ans … enfin, bref, toute une époque où les signes régionaux n'étaient pas bien vus. J'ai apprécié ces petits instants de vie, de voir évoluer et grandir Pierre, qui restera toujours attaché à ses racines. C'est une lecture vraiment sympathique et toute en sensibilité et elle a forcément des accents bretons !

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17 avril 2017

Everything everything ---- Nicola Yoon

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Madeline Whittier va avoir 18 ans et depuis aussi loin qu'elle s'en rappelle, n'a jamais quitté la maison familiale, où elle vit avec sa mère. Il faut dire que la jeune fille souffre d'une immunodéficience la rendant vulnérable à toute infection, même la plus bénigne. Le logement est adapté à la pathologie de Maddy : fenêtres étanches, filtres à air et sas de décontamination. Les seules personnes qu'elle a l'occasion de voir sont sa mère, qui lui sert aussi de docteur et Carla, son infirmière attitrée, avec qui elle a tissé une forte amitié. Entre la lecture et ses cours sur Internet, Maddy arrive à occuper ses journées mais quand un camion de déménagement arrive et que la maison voisine s'anime avec l'installation d'une nouvelle famille, tout va changer. Maddy les observe par la fenêtre de sa chambre : le père et la mère, la fille et surtout le fils, Olly, un jeune homme très sportif et à l'allure mystérieuse …

Comme le thème de mon club lecture était la maladie et le handicap, j'ai opté pour ce livre jeunesse car la maladie dont souffre Maddy m'a rappelé un film des années 1970 (L'enfant bulle) avec John Travolta (qui était alors bien jeune) et qui m'avait marquée à l'époque. La seule chose que je savais à propos du titre choisi, c'était la maladie concernée, le fait que ce soit un roman jeunesse et qu'il avait reçu de bonnes critiques. Dès le départ, j'ai aimé le ton donné : c'est Maddy qui raconte et elle a beaucoup d'humour en dépit de sa maladie. La jeune fille est très observatrice, très intelligente et elle est aussi pleine de bon sens. Elle sait qu'elle ne peut pas sortir et elle a réussi à trouver un équilibre pour être heureuse malgré tout. Le roman ressemblerait presque à un journal intime, comme si Maddy nous racontait sa vie, ses maigres attentes, ses petits plaisirs mais il y a aussi plein d'autres moyens de communication abordés : on y retrouve des emails, des extraits de conversation instantanée sur Internet, des feuilles de contrôle santé, des dessins et j'en oublie. Cette variété donne un rythme animé à l'ensemble, qui est d'autant plus soutenu que les chapitres sont courts (voire même ultra courts !). La vie bien rangée de Maddy va basculer avec l'arrivée d'Olly et l'auteure a réussi à bien montrer l'inquiétude de Maddy devant ce nouveau venu : elle ne veut pas qu'il perturbe son équilibre mais bon, on ne contrôle pas ses sentiments ! Il s'agit donc surtout d'une histoire d'amour mais dans des conditions particulières : comment aimer quand on ne peut pas sortir de chez soi ? Est-on prêt à risquer sa vie pour quelques moments de bonheur ? L'auteure décrit à merveille les premiers émois adolescents, l'éveil des sentiments, le besoin de vivre frustré par la maladie. On se demande comment on réagirait si on était à la place de Maddy. J'ai trouvé cette jeune fille très attachante et le couple qu'elle forme avec Olly a quelque chose de magique car le respect de l'autre et l'amour sont toujours très présents. J'ai tremblé en pensant à toutes les fins possibles mais je ne m'attendais certes pas à celle bâtie par l'auteure !!!! Ce roman était déjà très bon mais avec un final pareil, j'ai trouvé qu'il atteignait la perfection !

*Lu en anglais* (même titre en anglais qu'en français)

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16 avril 2017

Proies faciles ---- Miguelanxo Prado

ProiesfacilesGalice, mars 2014. Juan Taboada Rivas, 37 ans, est retrouvé mort chez lui. Travaillant comme commercial dans une banque locale, l'homme vivait seul et n'a pas laissé de lettre de suicide. Mais l'autopsie révèle un empoisonnement. L'inspectrice Tabares et son adjoint Sotillo sont chargés de l'enquête mais un nouveau mort est signalé dès le lendemain. Cette fois, il s'agit de la directrice d'une agence bancaire qui s'est effondrée dans un bar où elle prenait une pause café. Les deux policiers se demandent s'il y a un lien entre les deux morts mais le doute disparaît quand apparaît un troisième cadavre en liaison avec le milieu bancaire …

J'avais repéré ce titre mais j'avais hésité en voyant le dessin quand j'ai feuilleté l'album. Et maintenant que je l'ai lu, je me demande ce qui avait bien pu me freiner à ce niveau-là ! Le crayonné gris et blanc est plutôt agréable, les personnages sont expressifs et bien représentés, avec leur personnalité propre, et les décors sont soignés et réalistes, bien qu'ils soient assez minimalistes. Et puis, le choix du gris et blanc donne une atmosphère particulière et un peu morose, ce qui correspond vraiment bien à l'humeur de la société espagnole, en pleine crise, avec des gens ruinés par des mauvais placements, des chômeurs nombreux et des gens à la dérive et sans espoir alors que d'autres s'enrichissent impunément. L'histoire est bien rythmée mais, à raison d'un mort, voire même plus, par jour, ça ne chôme pas parmi les meurtriers ! Le duo d'inspecteurs fonctionne plutôt bien, avec juste ce qu'il faut de familiarité, d'ironie et de hiérarchie pour qu'ils ne soient pas trop pâlots. Et puis, il y a aussi un tout petit côté féministe, pour avoir une femme en tant que chef du duo. L'enquête m'a paru réaliste jusque dans les détails, avec les recherches de témoins, les interrogatoires, les réunions régulières pour faire le point. Il faut dire que l'auteur s'est renseigné auprès d'un commissaire pour coller au plus près de ce qui se fait réellement. Et puis, il y a la révélation finale, que je connaissais déjà pour avoir lu un article qui en disait trop sur l'histoire mais heureusement, cette connaissance des faits n'a en rien entaché mon plaisir de lecture. Car l'originalité de ce polar s'ancre aussi bien dans qui est le coupable que dans les faits réels qui sous-tendent l'histoire. Et puis, pour une fois, j'ai été d'accord avec ce qui a motivé les meurtres !

L'avis de Mo et Jérôme.

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15 avril 2017

Les désarmés, l'intégrale (tomes 1 et 2) ---- Mezzo et Pirus

LesdesarmesDans les années 1950, au Texas, Jack Farrell, qu'on appelle aussi Baby Jack, est revenu à Crystal, la petite ville qu'il a quitté quelques années auparavant. Avant de retrouver Angie et son fils adolescent Tim, Jack a besoin d'argent et décide de braquer la banque locale. Mais le shérif Blocker, un flic ripou qui est en place depuis longtemps, en est informé par Clayton, un jeune homme travaillant à l'hôtel où loge Jack. Témoin du hold-up, Blocker n'arrive pas à stopper Jack, qui se réfugie chez Angie. Mais un gros coup est en préparation avec la bande du caïd local et Angie et Blocker ont un rôle à y jouer …

Je ne savais pas trop comment résumer cette histoire car elle commence plus ou moins par la fin, quand on découvre une voiture de shérif qui roule au milieu du désert texan, avec, à bord, Jack, Angie et Tim … à part qu'on ne sait pas encore qui sont ces personnages et ce qu'ils font là. Ensuite, on remonte l'histoire à coups de flashbacks, avec retour à la fuite dans le désert. On n'arrête donc pas d'alterner entre ces deux périodes, qui s'étalent sur deux jours. La première chose qui m'a sauté aux yeux, c'est le dessin et son aspect désuet. On croirait voir le graphisme des bandes dessinées western à deux sous dont est friand le jeune Tim (et qu'on pouvait encore trouver dans les points presse des gares françaises il y a quelques années). De même, les couleurs paraissent un peu anciennes mais j'ai souvent trouvé qu'elles étaient trop foncées et que cela pouvait nuire parfois à la lecture et à la compréhension des vignettes. Mais là où j'ai vraiment le plus tiqué, c'est sur la représentation des personnages. Je n'ai qu'une chose à dire : hou, qu'ils sont moches !!!! On dirait que leur visage est en cire et qu'on les a laissés trop longtemps au soleil. En plus, ils ont des bouches souvent ridiculement petites et avec beaucoup de dents (cela n'arrêtait pas de me faire penser à des piranhas !). Pas de problème pour identifier tout le monde car ils sont tous assez différents mais les couleurs choisies n'aident pas toujours à les reconnaître tellement c'est sombre. En plus, si le nombre de personnages principaux est assez limité, les personnages secondaires sont assez nombreux et je me mélangeais parfois les pinceaux. Sinon, l'histoire est plutôt classique : il s'agit de monter un gros coup, où une bande de malfrats est impliquée, en liaison avec le shérif local et quelques personnes accessoires comme Angie. Bien sûr, on se doute que cela ne va pas se passer comme prévu vu l'arrivée de Jack en ville (qui est loin d'être un ange lui aussi). Il y a des scènes violentes mais que j'ai trouvées assez statiques visuellement (il faut dire que la BD date du début des années 1990 et ça se sent !) mais il y a aussi des scènes un peu glauques entre Angie et Jack (c'est simple, je ne sais toujours pas si c'est son fils ou son amant !). La fin ne fait pas dans la facilité mais elle m'a bien convenue. Cela s'est révélé assez sympa mais sans grande originalité (sauf si on replace l'ensemble à l'époque de sa parution première) mais je n'ai vraiment pas accroché au dessin !

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14 avril 2017

La différence invisible ---- Mademoiselle Caroline et Julie Dachez

LadifferenceinvisibleMarguerite a 27 ans, elle vit en couple avec Florian depuis deux ans et aime son chien et ses deux chats. Elle part à son travail tous les matins, suivant un petit rituel : café, boulangerie, et un trajet bien précis et arrive bien avant tout le monde. Le peu de temps qu'elle passe seule sur les lieux lui permettent de s'installer avant l'arrivée des autres travailleurs et le bruit ambiant qui va avec et qu'elle a énormément de mal à supporter. D'ailleurs, elle a aussi des difficultés à s'intégrer au groupe et ses collègues la trouvent bizarre. Et à son retour à la maison, quand Florian lui annonce qu'ils sont invités à une soirée, Marguerite n'a vraiment pas envie d'y aller et de toute façon, sait qu'elle rentrera de bonne heure toute seule. La jeune femme se demande pourquoi elle est si différente des autres et va finalement se lancer dans des recherches sur Internet. En visitant des forums, elle découvre qu'elle ressemble beaucoup aux personnes ayant le syndrome d'Asperger, une forme légère d'autisme …

La bande dessinée permet d'aborder de nombreux sujets et particulièrement la maladie et le handicap (j'ai lu de nombreux titres sur ce thème et je les trouve tous en général très réussis). Cette fois, il s'agit d'aborder le syndrome d'Asperger, une forme légère d'autisme, souvent méconnue car peu visible car ceux qui en souffrent développent des stratégies d'adaptation à notre monde de « personnes normales ». Du coup, ils se fondent plus ou moins dans la masse mais cette adaptation constante leur demande de gros efforts qui les épuisent. J'ai donc trouvé intéressant de voir le partenariat qui s'est développé entre la dessinatrice et l'auteure qui souffre de ce syndrome et l'ensemble donne une histoire à la fois didactique et pleine d'humanité. Découvrir la vie d'un Aspie (comme ils s'appellent entre eux) et leur ressenti nous permet de se mettre à leur place, à les comprendre et à mieux appréhender leur quotidien. On voit bien que notre société n'est pas adaptée pour eux, particulièrement en France, et avec cette lecture, on apprend aussi comment on peut se comporter avec eux (ne pas crier par exemple vu qu'ils sont souvent sensibles aux bruits). J'ai trouvé Marguerite très attachante et très courageuse dans tous les efforts qu'elle fait : je la comprends tout à fait quand il est question d'aller passer une soirée chez des gens qu'elle connait peu … j'aurais réagi de la même façon, surtout que son petit ami ne la soutient pas vraiment. De même, comme elle, je pourrais passer des heures dans un parc à regarder les oiseaux, à profiter du soleil et à lire alors que ses amies ne la comprennent pas et trouvent ça ennuyeux ! Le dessin est simple mais très expressifs et le ressenti de Marguerite est vraiment bien représenté (avec la couleur des bulles qui définit le degré d'agressivité ressentie ou bien tous les bruits qui l'entourent par exemple … on s'y croirait !). J'ai aussi aimé le choix limité des couleurs, avec une place prépondérante pour le noir et blanc : du coup, les autres teintes ressortent et ont leur signification propre. Pour les gens comme moi, qui ne connaissent personne souffrant du syndrome d'Asperger, c'est étonnant de voir que les gens sont diagnostiqués assez tard en France et que rien n'est fait pour leur faciliter la vie (la scène avec la DRH est hallucinante !) alors que ce serait tellement simple de faire quelques adaptations pour eux. Un petit dossier explicatif complète cet album. C'est une lecture passionnante et riche en enseignement que j'ai beaucoup aimée !

Les avis de Mo, Aproposdelivres.

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