La bibliothèque du dolmen

22 janvier 2019

La purge ---- Arthur Nesnidal

LapurgeDans un futur où tout a changé, le narrateur nous raconte sa jeunesse et particulièrement les années d’études post-baccalauréat. Issu d’une famille normale, il avait rejoint les classes préparatoires, très prisées, très renommées et sensées éduquer les futures élites de la France. Mais l’ambiance n’est pas sereine. Entre l’esprit de compétition, la nourriture infâme, les professeurs toujours prêts à rabaisser les élèves et les condtions de vie, les étudiants, privés de sommeil et transis par le froid en hiver, vivent ce qu’on pourrait appeler une sorte de cauchemar …

Je m’étais tournée vers ce livre à cause de son sujet racontant les conditions des classes préparatoires car je trouve qu’il y a beaucoup à en dire. L’auteur, qui est tout jeune et pour qui c’est son premier roman, y raconte sa première année d’hypokhâgne et n’est pas tendre avec ce qu’il présente. De mon côté, je ne me faisais aucune illusion : quand on voit la façon de raisonner de certaines de nos élites, on se doute qu’ils ont été bien formatés (ils y rentraient déjà avec un terreau qui y était bien préparé !)  et qu’on n’y a pas vraiment encouragé ni le bon sens ni l’humanité ! Mais dès les premières phrases, j’ai failli fuir et refermer le livre lâchement ! Le style employé est, disons, très particulier : à la fois désuet, jouant avec les mots bien ronflants, usant de l’emphase à tout-va, ampoulé, lourd, grandiloquent, on croirait lire une prose d’un autre age ! Et autant dire que ce n’est pas du tout le genre d’écriture que j’apprécie ! Mais comme le roman était assez court, j’ai néanmoins décidé de m’accrocher (notez mon courage et mon abnégation ! mdr !). J’ai donc peiné tout au long des pages et pourtant, j’ai parfois trouvé certains passages savoureux ou tellement cyniques qu’ils le deviennent ! J’ai apprécié la description des repas et des conditions sanitaires du réfectoire (qui m’ont rappelé celui que je fréquentais à mes débuts dans la vie active où on choisissait judicieusement notre place à table en fonction du risque de chute des Petits Suisses collés au plafond et envoyés là par les précédents « dineurs »). Mais j’ai aussi aimé la description sans pitié de la société : il décrit très bien ce que les gens au pouvoir considèrent comme des révolutionnaires, passage qui fait un peu écho avec les derniers évènements survenus en France avec les Gilets Jaunes. Par contre, il y a aussi de longs passages de description peu intéressants à travers lesquels je me suis trainée comme une âme en peine. Au final, le style trop travaillé finit par étouffer un peu le propos mais lui donne aussi un côté un peu intemporel. J’ai été contente de me voir arrivée enfin à la dernière page mais je ne regrette pas cette lecture : il y avait des choses intéressantes à y découvrir mais c’est un peu dommage qu’elles aient été noyées au milieu d’un style trop particulier et peu fluide.

Les avis de George, Géraldine.

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21 janvier 2019

Le hollandais sans peine ---- Marie-Aude Murail

LehollandaissanspeineCette année, pour les vacances d’été, le papa de Jean-Charles, 9 ans, a décidé que la famille prendrait un « bain de langue » en allant passer quelques jours du mois d’août dans un camping en Allemagne. Dès la frontière, Jean-Charles semble mieux comprendre les douaniers que son père et arrivés au camping, c’est aussi lui qui explique à ses parents que l’homme de l’accueil leur a demandé de monter la tente. Alors, quand un garçon blond passe devant la famille de Jean-Charles pour aller laver la vaisselle avec sa maman, le père de Jean-Charles le pousse immédiatement à aller jouer avec ce jeune allemand. Jean-Charles n’est pas très emballé par la propostion mais une fois la partie de foot entamée, les deux gamins deviennent vite copains et celui qui semble s’appeler Niclausse (Jean-Charles n’a pas très compris) demande à son nouvel ami de lui apprendre quelques mots de français en désignant les choses qui les entourent. Mais Jean-Charles a une meilleure idée : il va créer son propre vocabulaire …

Ce court roman s’adresse à de jeunes lecteurs entre 6 et 8 ans (d’où l’âge du héros) et cela explique sa petite longueur, entrecoupée de dessins noir et blanc tout simples (Michel Gay en est l’illustrateur) qui aident à la lecture en reprenant certaines scènes décrites. Le style d’éécriture est forcément facile à comprendre, sans mots trop compliqués. Jean-Charles est un petit garçon sympathique et éveillé qui n’a pas trop envie de se fatiguer à apprendre des choses pendant les vacances d’été. D’ailleurs, si sa petite sœur adore les cahiers de vacances, lui n’en raffole pas. Alors, apprendre une langue étrangère, ce n’est pas très intéressant non plus. Et on s’aperçoit qu’au final, l’essentiel est d’avoir la même base commune pour se comprendre, peu importe qu’elle soit composée de mots inventés ou de mots existants. Je suis sûre que les lecteurs doivent adorer découvrir les nouveaux mots de Jean-Charles et qu’ils doivent même en inventer eux-mêmes lors de cette lecture. Les situations sont amusantes, avec des quiproquos et un peu de suspense et la fin est plutôt inattendue ! J’ai trouvé que c’était une lecture qui donnait le sourire et qui nous fait quand même nous questionner, en tant qu’adultes, sur la création des langues et du vocabulaire.

Les avis de Karine, Lasardine, Liyah.

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20 janvier 2019

Mais où est passé Milton ? ---- Haydé

MaisouestpassemiltonMilton n’est pas toujours facile à trouver car il n’est jamais où on l’attend. Il peut être sous une table, tout bêtement, ou bien se cacher discrètement dans un sac, ou se planquer intégralement sous une couverture  ou se glisser difficilement sous une commode …

Je pense que vous aurez compris, au vu de mon résumé, qu’il s’agit ici d’énumérer toutes les cachettes possibles de Milton le chat et en même temps de réviser les adverbes se terminant en « –ment ». J’ai retrouvé avec plaisir le graphisme noir et blanc tout simple et la petite bouille de Milton, qui est mis en scène dans différents décors faciles à reconnaître et qu’on voit tous les jours. A chaque page, une situation et son commentaire (accompagné de son adverbe bien sûr). Cela s’adresse aux plus jeunes dans le but de les familiariser avec les mots donc il n’y a pas vraiment d’histoire mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette lecture tout simple mais qui m’interpelle bien grâce au graphisme.

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19 janvier 2019

Les chiens. ---- Emily Gravett

LeschiensLes chiens ont tous quelque chose susceptible de plaire à chacun. Le narrateur (ou la narratrice) les aime tous : les chiens qui jouent et ceux qui sont calmes, les gentils et les méchants, les poilus et les tout-nus, les bruyants et les silencieux, les zébrés et les tachetés, …

Voila un album de cette auteure que je n’avais pas encore lu ! Et comme j’aime les chiens, je pensais bien que ça allait me plaire. J’apprécie beaucoup le trait d’Emily Gravett car je trouve toujours ses animaux adorables et expressifs. Les chiens variés montrés ici ne font pas exception. Ils ont des mines joyeuses, coupables, intéressées, ils bougent ou tremblent devan trop d’agitation. Les couleurs pastel sont très agréables et les dessins pleine page sont ainsi bien mis en valeur : les chiens « habitent » vraiment l’album. Mais s’ils sont tous différents, il y a bien une chose pour laquelle ils s’entendent et vous le saurez à la fin, qui m’a fait sourire et m’a bien plu ! Encore une réussite !

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18 janvier 2019

Là où les chiens aboient par la queue ----Estelle-Sarah Bulle

LaouleschiensaboientparlaqueueIssue d’une famille guadeloupéenne du côté du père et du nord de la France du côté de la mère, une jeune femme parisienne demande à ses tantes Antoine et Lucinde, ainsi qu’à son père surnommé Petit-Frère de lui raconter l’histoire familiale. Antoine, l’ainée, lui narre son enfance à Morne-Galant, où sa mère tenait un petit commerce et son père Hilaire était fermier, où la vie se déroulait en pleine nature et où les enfants étaient souvent livrés à eux-mêmes. Elle raconte l’arrivée de Lucinde et de Petit-Frère, les grossesses difficiles de sa mère, la mort de celle-ci alors que les enfants sont encore jeunes. Hilaire laisse alors Antoine s’occuper de l’éducation des plus jeunes mais alors qu’elle a seize ans, la jeune fille rêve d’autre chose. Elle quitte en secret Morne-Galant et s’installe à Point-à-Pitre, espérant une vie meilleure …

Le titre est intriguant et avec les bons échos que j’en ai eu, on a finalement choisi ce titre pour notre club lecture du village (je dis village au singulier mais en fait, le club regroupe trois hameaux). Bon, il n’est pas le seul à lire (il y a six romans et trois bandes dessinées choisis) mais le sujet paraissait original et intéressant. En plus, j’aime en général bien découvrir des premiers romans, ce qui est le cas ici. L’auteure s’est sûrement inspirée fortement de son histoire familiale pour ce livre mais celui-ci reste un roman car il y a une certaine liberté de création et d’imaginaire. Les chapitres alternent entre différents narrateurs, ce qui permet d’instaurer un certain rythme et qui « accélère » d’une certaine manière la lecture. La nièce explique sa démarche pour recueillir les souvenirs et comme elle-même, qui ne connaît la Guadeloupe qu’à travers des voyages occasionnels, se perçoit dans la société aussi bien métropolitaine que guadeloupéenne. Antoine raconte la rencontre de ses parents, son enfance à Morne-Galant, son entrée dans l’age adulte en partant à Pointe-à-Pitre, ses voyages, son départ et son installation dans la région parisienne où elle retrouve Petit-Frère et Lucinde. C’est Antoine, haute en couleurs, au caractère fantasque mais profondément axé sur la religion et le spirituel, aux espoirs fous d’une vie meilleure, qui est la narratrice la plus fréquente. Dans ce rôle, on retrouve aussi Lucinde, plus posée, plus tournée vers le monde des békés, plus ambitieuse, qui reprend parfois des évènements déjà décrits par Antoine en leur apportant un angle nouveau, ce qu’on retrouve aussi dans le récit de Petit-Frère, le seul garçon, celui qui est resté le plus proche de leur père Hilaire. A travers eux, on découvre l’Histoire de la Guadeloupe, la vie des fermiers, les différentes strates de la société de l’île, la vie quotidienne de chacun et les espoirs et les attentes, tous différents en fonction de chacun. Quelques mots créoles viennent pimenter la lecture, l’ancrant dans la terre et la culture guadeloupéennes. Certains épisodes sont savoureux, d’autres émouvants, d’autres révoltants quand on voit l’attitude de certains. C’est étrange car j’ai souvent du me répéter que le récit commence vraiment en 1947 alors que, lors de ma lecture, j’avais régulièrement l’impression de me trouver plutôt dans les années 1920 ou 1930, ceci étant probablement du à la différence du style de vie entre les Antilles et la métropole à cette époque (mais franchement, quand Antoine va à Caracas, il me semblait qu’on était dans un vieux film avec Humphrey Bogart qui serait parti entre les guerres à l’aventure en Amérique du Sud). Pour un premier roman, j’ai trouvé que le récit était bien écrit, bien mené, le sujet particulièrement intéressant et les personnages vraiment attachants. Pendant ces quelques jours de lecture, le soleil de Guadeloupe a brillé au dessus de moi et ça fait vraiment du bien, car c’est un roman lumineux, même si tout n’y est pas rose !

Les avis de Gambadou, Sandrine, Hélène.

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17 janvier 2019

Terra Doloris ---- LF Bollée et Pierre Nicloux

TerradolorisAu XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne implante une colonie en Australie en envoyant un premier bateau de prisonniers et de militaires qui se sont installés dans une anse où ils ont fondé un village qu’ils ont appelé Sydney. Très rapidement, deux autres navires, composés de prisonniers et de colons arrivent sur ces côtes encore peu connues. Certains sont là pour exploiter la terre, d’autres pour étudier la faune et la flore, d’autres pour purger leur peine et d’autres pour surveiller les prisonniers et assurer le bon fonctionnement général de la toute jeune colonie, entourée par le peuple aborigène vivant non loin et que les britanniques appellent des « naturels ». Parmi les prisonniers, il y a William et Mary Bryant, tous deux prisonniers et qui ont pu se marier dès leur arrivée à terre, après que Mary ait accouché d’une petite fille en mer. La famille s’agrandit avec la naissance d’un petit garçon mais William n’est pas heureux et envisage de s’évader avec sa famille. Mary est plus tiède car elle pense à ses enfants mais quand l’occasion se présente de voler un petit voilier avec d’autres détenus, elle finit par suivre avec sa fille et son fils malgré les dangers qui les guettent tous. Quelques années plus tard en 1796, Thomas Muir, un jeune avocat écossais révolutionnaire, purge lui aussi une peine à cause de ses idées et de son activisme populaire qui dérange les puissants. Mais lui aussi n’a qu’une idée : revoir à nouveau son Ecosse natale et il est prêt à tout pour ça …

Après Terra Australis, qui racontait le premier envoi de prisonniers britanniques vers l’Australie et la création de la colonie, les auteurs se sont replongés dans cette période historique en narrant la vie de William et Mary Bryant et de Thomas Muir, des prisonniers qui se sont évadés et qui ont fui l’Australie. Un prologue raconte l’objectif de certaines personnes : essayer de faire de cette nouvelle colonie un endroit agréable à vivre, où les gens pourraient s’installer et entreprendre et qu’on connaitrait de mieux en mieux en étudiant la région. Puis, le premier grand chapitre va se focaliser sur l’évasion de William et Mary et leur périple. La vie n’était pas facile mais il était possible de trouver une sorte d’équilibre précaire si on savait se contenter de certaines choses. Mary a lourdement payé les ambitions de son époux et j’ai trouvé que ce récit était très émouvant. Il y a ensuite une sorte d’interlude qui s’intéresse un peu aux aborigènes et qui reprend quelques personnages du premier tome (mais mes souvenirs étaient très flous). Le deuxième grand chapitre se concentre sur Thomas Muir, sa vie avant d’être prisonnier et ses aventures d’évadé. Avec lui, on est plus du côté politique car ce sont ses idées et son implication dans la défense du peuple qui ont entrainé son arrestation. Du coup, pour la couronne britannique, il est hors de question de laisser un tel prisonnier se promener en liberté ! C’est un peu comme regarder une partie d’échecs : chaque côté positionne ses pièces pour avancer, faisant jouer à plein leurs relations et les jeux d’alliance. Cette partie joue moins sur l’émotion brute mais appuie sur les sentiments de justice et de liberté, d’attachement à une terre et d’opposition à un régime. Mais cela ne rend pas moins dramatique le destion de Thomas Muir. L’épilogue revient sur la fin de ces destins hors du commun, aussi bien ceux des évadés que ceux des gens ayant gravité autour. Le dessin noir et blanc fait aussi la part belle aux nuances de gris, ce qui allège le visuel. Les décors sont superbes, les personnages biens campés, reconnaissables et expressifs. Ce fut pour moi autant un plaisir des yeux qu’un plaisir de lecture, qui mêle aventures, suspense (parce que j’ignorais le destin des personnages avant de le découvrir dans l’album), érudition et Histoire, aussi bien celle d’un pays que celle de gens lambda. Je ne sais pas s’il y a encore à faire sur le sujet mais si les auteurs se lancent dans un autre opus, je les suivrai sans hésiter car c’est vraiment une réussite.

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16 janvier 2019

Kérosène ---- Alain Bujak et Piero Macola

KeroseneEn novembre 2009, l’auteur se rend à Mont-de-Marsan pour y rencontrer une communauté manouche installée depuis longtemps au Camp du Rond, en bout de piste de la base aérienne B118. Acceuilli par Marie, une des plus anciens habitants du camp car elle s’y est installée peu de temps après la guerre avec sa mère et sa sœur alors qu’elle-même n’était qu’une enfant. Peu à peu, la communauté s’est étoffée avec l’arrivée de nouvelles familles mais le travail se faisait toujours rare car les gadjé ne voulaient pas les employer et il ne leur restait plus qu’à aller ramasser la ferraille pour la vendre. Le terrain du campement est devenu insalubre et exposé au bruit et la nouvelle mairie a enfin décidé à améliorer leurs conditions de vie. Mais il s’agit pour ces familles de quitter leurs caravanes pour s’installer dans des appartements construits exprès pour eux et qui pourraient leur permettre de mieux s’intégrer à la population locale qui reste toujours méfiante à leur égard. Mais cet énorme changement est aussi une renonciation définitive à leur mode de vie tradtionnel …

Quand j’ai emprunté cet album à la médiathèque, je n’avais aucune idée du sujet … en fait, je pensais qu’il allait peut-être s’agir d’une histoire policière vu que je n’ai regardé que la couverture et que je ne l’ai pas du tout feuilleté. Ce fut donc avec surprise mais intérêt que j’ai découvert qu’il s’agissait en fait d’un reportage/témoignage au sujet d’une communauté manouche qui va devoir déménager pour s’installer dans des appartements. Si plusieurs albums ont déjà été faits au sujet de ces communautés qui sont chacune bien spécifiques, je ne me rappelle pas avoir lu un récit concernant un changement radical de mode de vie. Le début reste relativement traditionnel : les auteurs nous montrent la vie du camp et de quelques-uns de ses habitants. Je n’y ai donc rien appris de vraiment nouveau mais les personnes présentées sont sympathiques et c’est toujours intéressant de découvrir leur parcours car ils sont souvent similaires (dans le contrôle que l’état français leur fait subir) et pourtant très différents (dans leurs origines). Le camp pourrait être agréable (et il l’a du l’être à ses débuts, quand cet ancien camp de prisonniers allemands a été vidé de ses premiers occupants) s’il n’y avait pas le passage régulier des avions de chasse de la base de l’Armée de l’Air voisine (et quand je dis voisine, c’est scandaleusement près). L’idée de la nouvelle équipe municipale en place paraît donc logique et humaine : ils ne peuvent plus rester là car cela mine la santé des habitants du camp et il faut donc les reloger ailleurs. Là où c’est plus étonnant, c’est qu’on leur propose des appartements non loin de là (mais dans une zone de bruit légèrement moindre). C’est bien qu’ils ne s’éloignent pas trop de leur quartier habituel mais passer d’une caravane à un logement en dur dans un immeuble, cela m’a paru peut-être un peu radical. On voit d’ailleurs la difficulté de tous à ce sujet : les habitants voisins des immeubles qui ne veulent pas voir une communauté manouche s’installer près d’eux, même sans caravanes, et l’inquiétude des habitants du camp qui voient leur style de vie traditionnel totalement bouleversé. Ils se demandent s’ils arriveront à s’habituer, à s’intégrer mais la mairie ne leur met aucune pression … ils sont libres de s’en aller si cela ne leur convient pas, ce que je trouve plutôt bien. On voit donc le déchirement qu’un tel déménagement peut entrainer et c’est un sujet finalement universel, que l’on soit manouche ou non. Le dessin crayonné est sobre, les décors bien représentés et les personnages expressifs. Les couleurs balaient toute la palette de tons, même si les ocres et les gris restent dominants vu qu’on est en hiver donc il n’y a pas beaucoup de feuilles et même si le reportage s’étend sur plusieurs mois, avec une dernière visite en 2016, les tons verts sont peu présents. J’ai trouvé très intéressant de voir les photos du camp et des habitants jointes au fil des pages car cela rend le récit plus ancré dans le réel et plus vivant. C’est un album facile à lire et qui permet une découverte relativement simple du monde manouche tout en abordant le sujet de l’intégration et du changement des traditions et c’est une lecture que j’ai bien aimée car elle prône la tolérance et aide à se comprendre mutuellement.

L'avis d'Echappéeslivresques.

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15 janvier 2019

Je vais mieux, merci : vaincre la dépression ---- Brent Williams et Korkut Öztekin

JevaismieuxmerciBrent Williams, issu d’une famille aisée de Wellington, Nouvelle-Zélande, est marié, père de quatre enfants et avocat spécialisé en droit communautaire pour aider et défendre les personnes les plus vulnérables. Sa vie semble parfaite et bien organisée. Mais alors qu’il est dans la quarantaine, il devient de plus en plus difficile pour lui de vivre normalement et de poursuivre son travail et sa vie de famille. Sans motivation dès le réveil, constamment fatigué, en proie à des idées noires, il passe toute une batterie de tests pour tenter de comprendre ce qui lui arrive. Mais au final, il découvre qu’il souffre de dépression. Il refuse de se faire soigner pour ça et pense qu’il va réussir à s’en sortir tout seul. Mais les mois passants, il est bien obligé d’accepter de reconnaître qu’il lui faut de l’aide pour sortir de ce puits sans fond et sans espoir …

Je ne suis pas sûre que je serais allée vers cet album s’il n’avait pas fait partie de ceux sélectionnés pour mon club lecture spécial BD. Pourtant, j’aime bien les albums parlant du vécu des malades car je trouve toujours que c’est le genre de lecture utile pour ceux qui souffrent des mêmes maladies et qu’en plus, cela permet de mieux les comprendre quand on sait ce qu’ils subissent. Mais là, avec l’été chaotique que j’ai eu et la météo actuelle plutôt grise, lire un témoignage sur la dépression, cela ne me tentait pas vraiment ! Par contre, la couverture et le graphisme me plaisent beaucoup. Le dessin est réaliste et magnifiquement réalisé, jouant sur les crayonnés et l’aquarelle (enfin, je pense car je ne suis pas dessinatrice et je ne connais pas trop les techniques). Les couleurs sont choisies judicieusement pour représenter le monde « de la dépression » (teintes foncées et souvent grises) et le monde « normal » (plus coloré et plus lumineux). En plus, le dessinateur a su transcrire les ressentis de l’auteur à travers des représentations abstraites ou imagées mais très repréntatives des sentiments ressentis, touchant ainsi un maximum de lecteurs, qu’ils soient concernés par la maladie ou non (on comprend tout de suite en voyant les dessins). On suit donc le parcours difficile de Brent, ses difficultés à accepter cette maladie comme telle, à accepter l’aide offerte mais aussi de trouver ce qui lui convient bien à lui. On voit ses progrès, sa lutte constantes, l’amélioration mais aussi les raisons de cette dépression, ancrées dans plusieurs strates de sa vie. Je ne peux que supposer qu’un lecteur dans le même cas trouvera aide, compréhension, soutien et con seils dans cet album. De mon côté, si on comprend mieux ce qui se déroule lors d’une dépression, il est difficile de savoir si ce serait une lecture médecine pour les malades mais je pense qu’elle a le mérite de leur expliquer qu’il faut qu’ils se fassent aider, comme pour toute maladie et ça, c’est déjà un pas vers la guérison. Ce n’est pas une lecture joyeuse mais elle est positive et si elle peut aider ne serait-ce qu’une personne, je ne peux que la conseiller, même si je n’ai jamais été confrontée au problème que ce soit pour moi-même ou pour mon entourage !

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14 janvier 2019

Lapa la nuit ---- Nicolaï Pinheiro

LapalanuitErika, une touriste allemande, est en vacances au Brésil et passe quelques jours à Rio. A l’auberge de jeunesse où elle loge, elle demande des conseils à Joana, la jeune femme de l’accueil, pour aller visiter le quartier de Lapa, très animé les soirées de week-end. Cette dernière lui propose de l’accompagner avec un de ses amis, Fabio. Le trio se retrouve donc au milieu des fêtards aussi bien étrangers que brésiliens et font la rencontre de Cacique, un jeune brésilien des quartiers pauvres qui espère retrouver la femme qui l’a séduit la veille en boite de nuit mais la soirée commence juste et promet d’être animée …

Difficile de faire un résumé de cette histoire au nombre de personnages relativements conséquents et aux nombreux chassés-croisés entre eux. Il y a le chef mafieux, installé sur la plage et qui fait tout son business par téléphone, ses sbires un peu « Pieds nickelés », tout un groupe de jeunes prêts à s’amuser (et donc à abuser de substances licites et illicites), comme Erika, Joana, Fabio, Cacique, il y a ceux qui travaillent comme l’ex de Cacique, Livia et ses collègues Margarida et Ricardo, le flic à la morale douteuse qui fait des extras, le vieux colonel et son fils, issus de familles riches et blanches et j’en oublie. Tout ce beau monde (enfin, plus ou moins beau !) va se croiser allègrement au fil des pages. Au début, c’est un peu déroutant car on les rencontre donc séparément, sans trop savoir où on va. En plus, l’auteur ne s’apesentit pas sur chacun des personnages et il a fallu que je revienne parfois au début pour me remémorer qui était qui. Mais une fois qu’on s’est bien habitué à chacun, cela devient très sympathique de les retrouver. Mais dans l’ensemble, on peut quand même dire qu’on va surtout suivre le trio Erika-Joana-Fabio et rapidement s’y rajoutant pour former un quatuor, Cacique. Comme tout se déroule dans un quartier relativement délimité, ce n’est pas vraiment étonnant de retomber régulièrement sur les mêmes personnes et que ce soit aussi là où tout ce qui peut être intéressant se passe. Je ne connais pas du tout le Brésil mais j’ai trouvé que l’auteur (qui est d’origine franco-brésilienne) a bien su représenter les lieux et l’ambiance. Pendant toute cette lecture, je me suis vraiment sentie dépaysée. Le graphisme aide d’ailleurs beaucoup à cela : les décors sont soignés et au vu des photos dénichées sur Internet, conformes à la réalité et les couleurs sont variées mais pas trop vives (vu que cela se passe essentiellement de nuit … et quand j’avais vu la couverture, j’avoue que j’avais été un peu inquiète de ce côté-là mais non, c’est vraiment agréable à regarder). La représentation des personnages est tout aussi réussie : chacun a sa trogne propre et on ne peut pas se mélanger malgré le nombre ! En plus, j’aime bien ce style moderne et sans fioritures, même si je n’ai pas trop raffolé de l’abus de grosses lèvres.  Toujours est il que le lecteur est plongé dans l’animation de ce quartier très fréquenté où tout peut arriver. Et il en arrive, des choses !!! Mais je ne vais pas les révéler ici … c’est un enchainement de choses comme les soirées entre potes peuvent l’être, amenant dans un coin puis dans l’autre, le groupe se séparant, se retrouvant, faisant des rencontres variées et pas toujours sûres. Les choses s’accélèrent pour finir juste avant les lueurs du petit matin en apothéose qui fait sourire et qui amène suspense et action. Cela se lit comme on regarderait un film (d’ailleurs cela m’a vaguement fait penser au film de Scorsese After hours) … pas de prise de tête, je me suis juste laissée porter par l’ambiance et les évènements au côté de personnages sympathiques et de méchants hauts en couleur et j’ai apprécié le voyage !

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13 janvier 2019

La guerre des loups : l'enfer du Lingekopf ---- Victor Lepointe

LaguerredesloupsDepuis le début de la Première Guerre Mondiale, l’armée française n’a qu’une idée principale en tête : reprendre l’Alsace et la Lorraine aux Allemands. Mais après des débuts prometteurs, l’offensive française s’enlise et les troupes perdent le terrain conquis au départ. Pour mieux contrôler la plaine alsacienne, il est alors décidé de conquérir les hauteurs des Vosges et en juillet 1915, des bataillons de chasseurs alpins sont envoyés dans les montagnes au bord du Lac Noir, près de Linge. Parmi les soldats se trouve Antoine, un jeune homme originaire de la Loire qui a toujours eu un peu peur des bois où se cachaient les loups de son enfance …

Avec le centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, un des thèmes de mes clubs lecture a été la représentation de cette guerre dans la bande dessinée. C’est dans ce cadre que j’ai découvert ce bel album chez un éditeur que je ne connaissais pas du tout. Le graphisme est très réaliste, faisant la part belle aux paysages sans négliger pour autant les personnages mais la mode de l’époque étant ce qu’elle était (beaucoup de moustachus ou de barbus), j’ai eu un peu de mal à différencier les différents protagonistes et d’y retrouver le narrateur et héros, Antoine. Mais les aquarelles aux teintes douces, dans les marrons ou les les bleutés, sont vraiment de toute beauté et sont un régal pour les yeux. Elles arrivent même presque faire accepter la violence des combats. Le récit s’attarde sur un épisode de la guerre méconnu et qui a pourtant fait de nombreux morts. Il s’agit des batailles ayant eu lieu dans les montagnes vosgiennes pour reconquérir des points en hauteur tenus par les troupes allemandes. Les affrontements au milieu de la forêt sont donc un peu différents de ceux qu’on peut trouver en plaine mais la violence, la peur et les difficultés sont les mêmes. En suivant Antoine qui nous raconte ce qui se passe, on est au cœur du combat, on tremble avec lui, on voit ses camarades tomber, on ressent la peur mais aussi la perplexité devant le fait que les soldats allemands ne sont, au fond, pas différents de nous-mêmes. Le récit, sans rien cacher de l’horreur et des imperfections humaines, reste pudique et rempli d’émotion. Je n’ai pas trouvé qu’on apprenait grand chose de nouveau sur la guerre et le ressenti des soldats mais l’album met en lumière des bataillons oubliés, qui ont mené eux aussi de vains combats et qui ont fait preuve de courage malgré tout. Cela reste donc à lire et pour s’apercevoir qu’on continue à découvrir certains pans de l’Histoire même cent ans après !

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