La bibliothèque du dolmen

17 mars 2019

La libraire ---- Penelope Fitzgerald

LalibraireFlorence Green vit depuis plusieurs années à Hardborough, un petit bourg de bord de mer de l’East Anglia. Entre deux âges, veuve depuis quelque temps et sans enfant, elle se demande si elle doit investir son héritage dans l’ouverture d’une librairie puisque le village n’en possède pas. Mais en 1959, les habitants sont peut-être réluctants à une modification de leur environnement quotidien et n’apprécient pas forcément la nouveauté. Quand Florence achète finalement The Old House et un hangar voisin, pour en faire à la fois son habitation et le lieu de la librairie, tout le village est étonné mais la soutient dans l’ensemble, à part Mrs Violet Gamart, la dame patronnesse du village, qui avait d’autres intentions pour cette vieille maison hantée par un esprit frappeur et qui avait pourtant laissée à l’abandon depuis des années sans que personne ne s’en soucie …

Dès qu’il est question de librairie dans un roman, tout lecteur qui se respecte est interpellé par le sujet et je ne fais pas exception à la règle ! En plus, c’était aussi l’occasion de découvrir cette auteure anglaise qui a écrit ce roman en 1978 et qui a été réédité relativement récemment (2006 pour la première traduction française et réédition en 2016). Au départ, j’ai eu un peu de mal avec le style qui paraît un peu suranné mais cela me fait souvent cette impression quand je passe d’une lecture actuelle à une livre un peu plus ancien … à part que là, on croirait vraiment qu’il a plutôt écrit bien avant 1978 ! Le style est très anglais, avec beaucoup de réflexions qui n’ont pas l’air comme ça mais qui comportent une bonne part d’ironie mordante et souvent désabusée. La vie du village se déroule sous nos yeux, avec tous les non-dits et l’hypocrisie ambiante qui pourrit les relations, ainsi le fait que tout le monde sait ce que fait tout le monde et se mêle aussi de tout. Forcément, la pire dans l’histoire est bien Mrs Violet Gamart, que j’ai profondément détesté alors que Florence Green m’a énormément plu, avec son courage, sa droiture et son bon sens. J’ai aimé voir les livres proposés dans sa librairie, tellement différents de ce qu’on peut trouver dans nos magasins actuels. J’ai souvent ri devant le franc-parler de sa jeune stagiaire de onze ans, j’ai été intriguée par le mystérieux Mr Brundish, l’ermite qui ne sort pas de chez lui. Beaucoup de personnages secondaires sont intéressants mais comme le livre est assez court, on n’a pas trop le temps de s’attarder sur eux. La rivalité sournoise et souterraine mise en place par Mrs Gamart va vite prendre le devant de la scène dans la deuxième moitié du livre pour déboucher sur une fin inattendue et relativement frustrante mais que j’ai bien aimé malgré tout car elle a le mérite d’être franche et réaliste. J'ai été aussi un peu étonnée de voir que, malgré un ton un peu vieillot, le roman était très moderne, avec une Florence Green en avance sur son temps et les sujets abordés restaient très actuels (mais les luttes d'influence ne disparaitront jamais). Au final, j’avais tout oublié de mon problème d’adaptation au style d’écriture tellement j’étais plongée dans le récit, aux côtés de Florence et de sa librairie et j’aurais bien aimé que ça continue un petit plus longtemps.

Paru aussi sous le titre L'affaire Lolita (qui est effectivement une toute petite partie du roman).

Les avis de Niki, Jérôme, Laure, Cathulu, Hélène.

Posté par sassenach à 05:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


14 mars 2019

La croisade des innocents ---- Chloé Cruchaudet

LacroisadedesinnocentsFrance, durant le Moyen-Age. Le jeune Colas est un enfant qui se chamaille souvent avec sa petite sœur malgré tout l’amour qu’il lui porte. La famille n’est pas riche et vit dans une petite ferme. Alors que les deux enfants mangent des noix, c’est à nouveau l’occasion pour Colas et Margotte de se bagarrer mais Margotte tombe dans l’enclos des cochons qui se précipitent sur elle avec avidité. Les parents, catastrophés, maudissent Colas qui n’a pas d’autre choix que de s’enfuir de la maison familiale. Guidé par la seule noix qui lui reste, le petit garçon va trouver refuge dans une grande ferme où de nombreux enfants travaillent dur en échange d’une maigre pitance et d’un toit où s’abriter la nuit. Seul le dimanche est exempt de travail car tout le monde doit aller à la messe. Mais quand un jour, Colas découvre un homme mort circulant sous la couche de glace couvrant la rivière, il n’en faut pas plus à Camille, l’ami de Colas, pour affirmer que ce dernier a eu une vision du Christ et que Jésus lui a demandé d’aller délivrer son tombeau à Jérusalem. Voilà donc un petit groupe d’enfants, des innocents nont corrompus par le monde des adultes, partis vers le sud pour honorer la demande de Jésus …

J’avais déjà lu plusieurs albums de cette auteure dessinatrice et je n’avais jamais été déçue par mes découvertes, toujours toute différentes. Cette fois, elle nous emmène dans le Moyen-Age français en s’appuyant sur un fait historique réel mais qui, semble-t-il, concernait plutôt des gens du peuple que des enfants proprement dits. En tout cas, j’ai bien aimé le fait de prendre au pied de la lettre le concept des « innocents » étant forcément des enfants encore purs car trop jeunes pour avoir été corrompus. Mais en pratique, on découvre une bande de mômes ayant déjà bien « vécu » et qui ont du faire de nombreuses choses pour survivre (comme voler, mentir et autres). Les enfants décrits ici ne sont donc pas si innocents que ça à cause de la vie qu’ils ont menée jusqu’à présent mais leurs cœurs restent purs : s’ils font le mal, ce n’est jamais pour le plaisir mais juste pour continuer à vivre. Leurs réflexions sont savoureuses et hautes en couleurs et chacun a son caractère. On peut aisément se mélanger parmi tous ces personnages au départ mais on apprend à les connaître au fur et à mesure de leur pèlerinage. Le graphisme est presque enfantin et naïf, collant à l’histoire … il n’y a pas de cases, le trait est sobre, les couleurs jouant sur une gamme de tons similaires pendant plusieurs pages. Les extérieurs d’hiver sont dans les teintes bleutées, les intérieurs sont plus ocres, comme réchauffés par la lueur du feu de cheminée. Enfin, bref, tout est fait dans le graphisme pour planter les ambiances requises en fonction des lieux et des saisons. D’ailleurs, le récit est divisé en grands chapitres couvrant chacun une saison de l’année, l’hiver étant bien sûr la plus difficile pour ces gamins itinérants. J’ai donc suivi avec plaisir et curiosité le parcours, les réussites et les difficultés que vivent ces enfants et qui ne peut pas être pire que leur condition passée car là, au moins, ils n’ont de compte à rendre à personne. J’ai aimé voir comment ce groupe s’organise, comment il faut constamment les motiver et comment Colas prend son rôle très au sérieux malgré son manque de conviction concernant sa vision. Comme il s’agit d’une fiction, je me suis souvent demandée comment cela allait se terminer et fut agréablement surprise car la fin donne une impression de sacrifice digne de la mission imposée et cela serre un peu le cœur. Et comme on s’attache à ces gamins livrés à eux-mêmes dans un monde plutôt dur et sans pitié, j’ai forcément eu envie de savoir ce qui allait leur arriver. Un album sympathique, mêlant humanité et action,  avec un côté historique bien le récit soit en grande partie imaginé, et une fin plutôt inattendue.

Les avis de Mo, Jérôme, Noukette, Stephie, Sandrine, Kathel.

Posté par sassenach à 19:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2019

Deux petites filles ---- Cristina Falláras

DeuxpetitesfillesVictoria González, ancienne journaliste reconvertie en détective privée, enceinte mais sans petit ami permanent ou occasionnel, a reçu une somme considérable pour enquêter sur la disparition de deux fillettes, deux sœurs de trois et quatre ans. La plus jeune vient malheureusement d’être retrouvée, morte après avoir été violée, torturée et mutilée. Avec l’aide de son assistant Jesús, un ancien ami de fac, ex-drogué et ex-taulard, elle essaie, à travers ses relations, que ce soit dans la police ou dans les bas-fonds barcelonais, de remonter la piste jusqu’au pédophile tordu responsable de la mort de la gamine, espérant en même temps retrouver l’autre sœur encore vivante …

Je ne sais plus où j’avais lu de bons avis au sujet de ce polar mais ça commence un peu à dater d’où la difficulté à me souvenir. En tout cas, je l’avais noté et même souligné ! Et pour une fois, quand je suis allée à la bibliothèque, j’ai pensé à aller voir s’il m’attendait sur les étagères et c’était le cas. J’étais donc toute contente de ramener mon butin à la maison et de m’y attaquer ! Hélas, quelle déception ! Dès le départ, j’ai eu énormément de mal avec le style employé : c’était un peu trop haché pour moi, avec des phrases très courtes, des changements de pronoms qui paraissent artificiels, des réflexions qui partent dans tous les sens (il faut dire que ce sont parfois des drogués qui racontent d’où les bizarreries de langage), un style très parlé mais bon, pas vraiment de la façon dont je parle, moi (et pourtant, je ne suis pas avare de gros mots à mon plus grand désespoir) et j’ai trouvé l’ensemble vraiment peu fluide à lire mais je me suis quand même accrochée, espérant que l’histoire allait me faire oublier ce petit problème. Malheureusement pour moi, ce ne fut pas le cas. Le point de départ est intéressant car les deux sœurs disparues ont été enlevées à leur mère, pourtant issue d’une famille riche et avec pignon sur rue mais qui se drogue, et elles ont été placées en famille d’accueil (et là, on se demande tout de suite : pourquoi pas chez les grands-parents ?). En plus, la façon horrible dont la plus jeune est morte nous emmène dans des milieux très glauques et donc forcément intéressants car on n’y est pas habitué. En plus, Victoria, l’héroïne enceinte, a une façon particulière d’évacuer son stress et sa colère : elle se venge sur des animaux (bon, là on va pas être d’accord mais c’est une chose suffisamment bizarre pour avoir un certain intérêt !). Avec tout ça, il y avait matière à développer un récit bien tordu et original. Mais au final, je me suis profondément ennuyée ! Sûr qu’il y a des scènes bien moches, une brochette de personnages bien horribles mais cela ne fait pas tout. J’ai aussi trouvé que les protagonistes principaux n’étaient pas franchement intéressants ni sympathiques … juste geignards et ça m’a fatiguée. L’enquête n’avance pas beaucoup au fil des pages, qui m’ont paru être juste le prétexte pour nous balader dans les quartiers pourris de Barcelone et d’assister à quelques scènes censées être choquantes mais qui ont complètement raté leur effet avec moi. Il est sûr que la psychologie des personnages est bien développée mais pfff, cela m’a été pénible de suivre leurs réflexions vu que je ne ressentais aucune émotion pour quiconque, y compris les deux pauvres gamines. Quant à la fin, elle ne m’a pas surprise car elle est dans la continuité de l’histoire mais sans surprise et sans intérêt vu la rapidité avec laquelle elle est présentée. Cela ne me donne vraiment pas envie de lire autre chose de cette auteure !

Posté par sassenach à 05:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 mars 2019

Bonjour tristesse ---- Frédéric Rébéna d'après Françoise Sagan

BonjourtristesseC’est l’été et Raymond,le père de Cécile, veuf depuis une quinzaine d’année, a loué une maison au bord de la mer dans le Sud de la France, où il s’installe avec sa jeune et voluptueuse amante Elsa au grand dam de Cécile qui n’apprécie que moyennement cette nouvelle relation. Mais le soleil et la plage favorisent la relaxation et la nonchalance et le trio s’installe dans un quotidien où chacun fait ce qu’il veut. Cécile, qui a dix-sept ans, rencontre un jeune étudiant en droit, Cyril, qu’elle aime bien malgré un aspet un peu trop lisse à son goût. Alors, quand Anne, qui était la meilleure amie de la mère de Cécile, vient passer quelques jours, invitée, contre toute attente par Raymond, Cécile n’est pas très contente : elle est convaincue qu’Anne, avec sa moralité bien pensante, va chambouler leur quotidien. Mais elle était loin de s’imaginer que son père allait succomber aux charmes de la blonde et froide quadragénaire …

La mode est aux adaptations de romans en BD et ce n’est pas moi qui me plaindrais de cette tendance. Si cela peut faire lire des ados qui ne seraient pas allés vers ces romans, tant mieux ! En plus, je serais mal venue de leur jeter la pierre car bien souvent, je lis des albums adaptés de romans que je n’ai moi-même pas lus. C’est d’ailleurs le cas ici : je n’ai jamais rien lu de Françoise Sagan car il faut dire que je n’ai jamais été très attirée par la littérature française, bien que j’essaie depuis plusieurs années de remédier à ce « problème ». J’avais déjà noté ce titre après avoir lu Jours brûlants à Key West, où on découvrait une Françoise Sagan jouissant du succès de ce premier roman. Qui plus est, je n’ai pas non plus vu le film qui en avait été tiré mais je connaissais vaguement le sujet (très très vaguement). Je me suis donc laissée emportée sur la côté méditerranéenne en compagnie de Cécile, de son père et de ses amantes. Je n’étais pas vraiment attirée par la couverture avec ses grands aplats de couleurs, même si, en général, j’aime bien la sobriété dans le dessin.Mais au final, c’est bien ce dernier aspect que j’ai aimé : le graphisme est sobre, sans fioriture, avec un petit côté art déco/années 30 (j’ai un peu de mal à savoir exactement) qui peut aussi bien ancrer l’histoire dans le passé ou à notre époque. Les couleurs sont tranchées mais pas agressives, peu lumineuses malgré le fait que cela se passe en été et au bord de mer. J’ai été plutôt surprise de voir que le style graphique me convenait contrairement à ce que j’aurais pu imaginer au vu de la couverture (alors que c’est souvent le contraire : j’adore une couverture et je suis déçue par l’intérieur de l’album). Quant à l’histoire, elle sera sûrement connue de beaucoup d’entre vous mais je l’ai découverte au fil des pages. Cécile est une jeune fille cruelle, égoîste mais surtout désoeuvrée et habituée à n’en faire qu’à sa tête. Elle sait manipuler les gens pour obtenir ce qu’elle veut mais en fait, au final, elle ne sait pas elle-même ce dont elle a envie ! Mais c’est aussi l’histoire d’un père absent, superficiel, qui ne pense qu’à son bien-être immédiat. Avec les choses mises en place, tout va tourner au drame, comme les premières pages l’indiquent. C’est intéressant de voir comment l’auteur a réussi à montrer à travers des dessins des sentiments intérieurs, cette absence de but et d’empathie, le tout couvé par un soleil et une chaleur d’été. Il a aussi réussi à rendre l'atmosphère du huis-clos de plus en plus lourde tout en étant teintée d'une sexualité sous-jacente, de rivalité et de jalousie. Cela m’a un peu fait penser aux enfants qui jouent avec une fourmilière pour voir ce qui va se passer et parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire, que tout le reste semble fatiguant et sans intérêt. J’ignore si l’adaptation est fidèle au roman mais en tout cas, cette lecture réussie m’a donnée envie de le lire !

Les avis de Mo, Brize, Clarabel, George, Meséchappéeslivresques.

Posté par sassenach à 05:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 mars 2019

La cité des Trois Saints ---- Bizzarri et Nardella

LacitedestroissaintsLa fête religieuse des Trois Saints s’organise dans une petite ville italienne. A travers messes et processions, c’est pratiquement tous les habitants qui se sentent concernés mais cela n’empêche pas les trafics de continuer : entre vente de drogues, combats de chiens, escroqueries et règlements de compte, la mafia semble omniprésente dans toues les strates de la société. Pourtant, certains tentent de s’y opposer. Parmi eux, il y a l’ancien boxeur Michele, devenu drogué et voleur mais qui veut quitter son travail d’homme de main occasionnel pour le Parrain et se ranger, Nicandro, un jeune adolescent des cités qui deale un poeu de drogue mais qui est amoureux de la belle Titi alors que les frères de celle-ci ne veulent pas voir Nicandro tourner autour de la jeune fille et Marciano, un ancien mafieux sorti de prison et rangé, bon père de famille et tenant un food-truck qui voit arriver ses anciens collègues lui demandant de payer pour une protection dont il ne veut pas …

C’est plus le titre et la couverture qui m’ont attiré l’oeil plutôt que le graphisme proprement dit, dont je n’ai pas vraiment raffolé. C’est très sobre, avec des décors souvent minimalistes et des personnages bien différenciés et expressifs. Mais j’ai eu justement énormément de mal avec la représentation des protagonistes où tout est souvent déformé et exagéré : soit ils sont filiformes soit hyper carrés, leurs dents sont pointues (on dirait des requins … analogie peut-être voulue car personne n’est tendre dans cette histoire), leurs regards fous et les nez sont amplifiés au delà du possible. Quant aux couleurs, je n’en ai pas été fan non plus : les jaunes orangés et les gris verdâtres ne sont pas mes teintes favorites et j’ai trouvé que cela donnait à l’ensemble un côté un peu malade (mais là aussi, c’est peut-être voulu, pour montrer que c’est un monde qui ne va pas bien du tout !). Mais au fur et à mesure de ma lecture, j’ai quand même fini par m’habituer au graphisme et malgré un nombre assez important de personnages, ils étaient tous bien différents. En fait, là où j’ai eu un peu de mal à repérer tout le monde, c’est avec les prénoms car ils utilisent beaucoup les diminutifs ou les surnoms ! Quant à l’histoire, elle est divisée en trois chapitres correspondant chacun aux trois saints et se focalisant plus ou moins sur un des trois personnages en butter avec la mafia et ses sbires. J’ai été un peu perdue au début car on est tout de suite plongé dans le récit et il faut repérer tout le monde, savoir comment ils interagissent entre eux, leurs relations et ce n’est pas très évident car cela m’a paru un peu brouillon et fouillis. Mais ça s’éclairçit un peu au fil des pages et j’ai eu tôt fait d’apprécier certains protagonistes comme Marciano et d’en détester d’autres comme Michele par exemple (alors qu’il est sensé être du côté des « gentils »). La tension monte peu à peu et on se doute que des drames vont survenir mais on ne peut deviner comment tout cela va tourner. Le récit dénonce le pouvoir de la mafia, son emprise sur la société italienne, les difficultés et les dangers pour s’y opposer (il faut du courage !) et on voit aussi que le pays est gangréné par les trafics en tous genres. Ce n’est pas un joli tableau qui est peint ici mais je pense qu’il a le mérite d’être réaliste (peut-être un peu dramatisé pour les besoins du suspense) et sans filtre. Les auteurs ne sont pas tendres avec leurs personnages et les montrent de façon crue et peu avantageuse : ils sont très peu à tirer leur épingle du jeu en apparaissant droits et honnêtes dans leurs convictions. La fin m’a paru un peu brusque et m’a vaguement laissé un goût d’inachevé : j’aurais voulu savoir ce qu’il allait advenir ensuite pour certains protagonistes mais je suis restée dans l’expectative ! Au vu de tous mes bémols, j’ai été surprise de voir que j’avais quand même plutôt apprécié cette lecture coup de poing qui montre que donner un coup dans la fourmilière, ce n’est pas facile du tout.

Posté par sassenach à 05:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


09 mars 2019

Opération Copperhead ---- Jean Harambat

OperationcopperheadHEARTS2

En octobre 1977, le tournage du film Mort sur le Nil réunit en Egypte les acteurs David Niven et Peter Ustinov, amis depuis la seconde guerre mondiale. Ils se remémorent leur rencontre en 1943, quand David Niven, du fait de sa célébrité naissante suite au succès de quelques films, était l’officier en charge des relations publiques de l’Armée et faisait de nombreuses conférences pour enflammer le patriotisme des Anglais alors que le jeune Peter Ustinov espérait rejoindre le Service cinématographique des Armées, son poids ne lui permettant pas d’être un soldat efficace malgré un don pour faire mouche au tir. Les deux hommes se retrouvent alors enrôlés sur un projet hors normes : en plus du tournage d’un film glorifiant l’Armée de sa gracieuse majesté, ils doivent mettre sur pied l’opération Copperhead, pour tromper les Allemands sur le lieu d’un possible débarquement …

J’adorais David Niven dans ma jeunesse, trouvant son air de gentleman anglais totalement irrésistible alors quand j’ai vu qu’une BD le mettait en scène dans un fait historique réel mais relativement méconnu, je n’ai pas hésité à me jeter dans cette lecture. Qui plus est, le style graphique me plaisait aussi beaucoup : un air un peu rétro, des dessins sobres, un peu anguleux, des couleurs variées mais douces et des personnages bien reconnaissables malgré un petit côté caricatural très léger. J’étais déjà conquise au niveau du visuel. Pour compléter le dessin, il y a aussi du texte disséminé çà et là, des extraits des autobiographies de David Niven, de Peter Ustinov et de Clifton James (un autre acteur qui va jouer un rôle important). L’auteur se base donc sur la réalité et sur cette fameuse opération Copperhead dont j’avais vaguement entendue parler sans en avoir les détails : je savais juste que les Alliés avaient organisé une histoire fausse pour tromper les Allemands quant au lieu du débarquement mais j’ignorais les détails et le fait que Niven et Ustinov y avaient participé. Grâce à cette lecture, je sais maintenant tout, même si l’auteur s’est permis quelques libertés avec la réalité en insérant quelques personnages semi-inventés (certains ont existé mais n’ont pas été impliqués dans cette histoire par exemple alors qu’ici, ils le sont). Le ton est très anglais, avec beaucoup de touches d’humour pince sans rire très british que j’apprécie tout particulièrement. J’ai aussi trouvé très intéressant de voir comment les choses se sont déroulées, souvent un peu au petit bonheur la chance pour finalement réussir malgré tous les couacs ayant émaillé l’organisation de l’affaire (bon, bien sûr, il n’y a pas vraiment de suspense vu qu’on sait que les Allemands ont bel et bien été trompés sur le lieu du D-Day). C’est une lecture facile et légère grâce à l’humour et au flegme britannique, qui permet d’apprendre des choses et de découvrir ces acteurs avec un oeil nouveau et admiratif  … j’ai adore !

Les avis de Mo, Enna, Caroline.

Posté par sassenach à 04:45 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

08 mars 2019

Génération ---- Paula McGrath

GenerationAu printemps 2010, Áine, jeune mère divorcée irlandaise, décide de partir en wwoofing pour une dizaine de jours dans une ferme de Illinois où elle va travailler en échange du logement et des repas. Arrivée sur place, elle découvre une exploitation bio tenue par Joe, un homme attirant mais vivant dans la crasse et le désordre. Une relation se tisse entre eux et l’homme lui propose de revenir accompagnée cette fois de sa petite fille …

J’ai eu un peu de mal à faire le résumé de ce roman car l’auteure nous fait découvrir plusieurs personnages au départ avant de rentrer dans l’histoire proprement dite. Le livre commence en 1958, avec l’histoire d’un jeune homme irlandais parti travailler dans une mine au Canada, non loin de la frontière avec les USA. Puis, on arrive à notre époque actuelle (enfin en 2010) et on découvre Joe le fermier, Carlos son ouvrier, Áine la jeune mère irlandaise et j’en oublie peut-être un ou deux et là, on voit Áine arriver chez Joe et on voit comment leur relation va naitre. Puis, on va directement en 2016, où l’auteure continue à développer la relation entre Áine et Joe et son lot de non-dits et de failles provenant du passé. Et pour terminer, on est en 2047 et on suit la fille de Áine. C’est donc un roman choral car il y a de nombreuses voix mais j’ai trouvé l’ensemble assez mal articulé. Certains chapitres se focalisant sur un personnage ou un autre m’ont paru n’avoir aucune utilité réelle … on ne reviendra plus sur ces gens ou alors de façon très indirecte, parce qu’ils deviennent des personnages secondaires dans d’autres scènes. J’ai bien compris ce que l’auteure essayait de faire : relier différentes générations, chaque personne ayant son histoire qui va alors influer sur l’histoire d’autres personnes, le plus souvent de la génération suivant et on voit donc comment chaque acte peut tout modifier..Les non-dits, les sous-entendus sont compréhensibles et l’écriture est fluide et simple. Cela m’a permis d’avancer sans problème dans cette lecture qui s’est pourtant révélée frustrante car il y avait encore beaucoup de choses à dire, principalement sur le devenir de personnages présentés en détailau départ et laissés ensuite à l’abandon. C’est un peu dommage car cela était vraiment très bien parti, avec des thèmes abordés intéressants comme l’immigration, la famille, les relations de couple, la difficulté d’imposer des choix, l’influence des adultes sur les enfants. Mais comme l’ensemble n’est pas très long, ma frustration est restée limitée (je n’ai pas trop eu la sensation d’avoir perdu mon temps !)

Les avis de Cuné, Jostein, Kathel, Cathulu, Meséchappéeslivresques.

Posté par sassenach à 04:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 mars 2019

Mon voisin Raymond ---- Troubs

MonvoisinraymondA la campagne, tout le monde se connaît et il est courant de se rendre des services entre voisins. Habitant une maison de hameau, Troubs va régulièrement voir son voisin Raymond car il n’y a qu’un petit bois à traverser. En hiver, il l’aide à rentrer du bois pour se chauffer, il taille quelques arbres devenus trop hauts pour le vieil homme, ils vont ensemble aux champignons, observent les oiseaux et particulièrement les palombes et les grues lors de leur migration et Raymond raconte des bribes de sa vie passée …

Cet album est plutôt contemplatif car il raconte une histoire toute simple et sans grands évènements : la vie quotidienne de gens, souvent âgés, à la campagne. On commence par les palombes en pleine migration, ce qui plante tout de suite le décor : on est quelque part dans le Sud-Ouest de la France et les hameaux ne comptent que quelques maisons, dont certaines sont abandonnées. L’album décrit la vie quotidienne du hameau où habite l’auteur et son voisin Raymond. Divisé en chapitres suivant les mois de l’année, on couvre une année entière de petits travaux dans le jardin ou la maison, de balades en forêt, de discussions autour d’un verre ou d’un café, d’observation de la nature et des saisons. Le graphisme réaliste mais avec néanmoins un léger décalage dans la représentation des personnages (par exemple des nez très marqués ou des petites tailles accentuées) est très agréable et fait merveille pour créer l’ambiance requise. Les couleurs sont au diapason de la météo et des saisons : gris et marron en hiver, vert et bleu au printemps, jaune et orange en été avec une luminosité des tons accrue. Je n’ai eu aucun mal à me plonger dans cette atmosphère rurale et tranquille, où les jours se suivent et souvent se ressemblent mais où l’humain et la nature sont en harmonie et sont les choses les plus importantes. Au fil des pages, j’ai retrouvé un peu de la façon de vivre du coin où j’habite, bien que nous ne soyons pas isolés du tout (le bourg n’est qu’à quatre kilomètres et la grande ville à dix) mais où tout le monde se connaît et s’entraide (ramonages effectués en commun, corvées de bois partagées en fonction des livraisons, repas réguliers ensemble, surveillance des maisons et récupération du courrier lors des vacances, covoiturage si besoin …). Ce rythme lent et sans surprise fait du bien dans un monde où tout semble s’accélérer et devoir être fait dans la seconde. Cela permet de réfléchir simplement au sens de la vie et aux relations qu’on entretient avec ceux qui nous sont proches, qu’ils soient de la famille, des amis ou de simples voisins. Un petit moment hors du temps que j’ai bien aimé !

Les avis de Mo, Jérôme, Brize.

Posté par sassenach à 05:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 mars 2019

Very bad twinz tome 1 ---- Margaux Motin et Pacco

Verybadtwinz1Gomar et Pacc sont des démons amis depuis longtemps. Mais Gomar s’ennuie en enfer et aimerait bien aller sur Terre, histoire de s’occuper et bien sûr de faire des bêtises. Pacc, quant à lui, est plus calme et se plait bien dans sa vie tranquille de démon. Mais Gomar réussit à convaincre leur boss de passer outre la trêve, un accord passé entre le boss du paradis et le boss de l’enfer. Voilà Gomar et Pacc parachutés sur Terre mais leurs corps ont été échangés : Pacc se retrouve dans le corps de Gomar et découvre ce que c’est que d’être une femme et Gomar apprécie le corps de Pacc et sa force masculine, qui lui permet de continuer à mettre le bazar partout où elle va …

J’avais assez apprécié les précédents albums de ces deux auteurs très actuels (Margaux Motin abordant la vie des jeunes femmes dans leur quotidien et Pacco racontant sa vie de père de famille) alors quand j’ai vu ce titre à la médiathèque, je n’ai pas hésité. En plus, raconter des histoires de démons envoyés sur Terre, ça pouvait être sympa. Alors, tout d’abord, parlons du graphisme : il est, bien sûr, moderne et dynamique, avec une absence de vignettes, un nombre de dessins variable par page, des couleurs limitées car à partir d’une base noir et blanc, on peut retrouver quelques touches de rouge, d’orange et d’autres teintes en quantité restreinte. Rien que d’un coup d’oeil, il est facile de positionner cet album dans son époque et le graphisme est agréable, bien que je ne sois pas fan des tons rouges que je trouve trop agressifs (mais on s’imagine bien l’enfer dans ces teintes-là). Maintenant, je m’en vais vous parler de l’histoire. Alors là, il faut mieux ne pas être trop bégueule. Deux démons qui débarquent sur Terre et dont l’un est prêt à faire toutes les bêtises (en restant polie) possibles, ça annonce bien la couleur. Il y a beaucoup de gros mots, de situations assez chaudes et pas piquées des vers. Bon, ayant subi la fac de médecine et de nombreuses années dans la Marine, je suis loin d’être facilement choquée ! Voire même que c’est parfois moi qui ai choqué les gens ! Donc ça m’a fait asszz rire mais j’ai quand même trouvé l’ensemble un peu lourd et pas très fin dans l’humour et je suppose que cela peut tout à fait être le genre de BD susceptible de choquer ou gêner certains lecteurs et lectrices. Comme il s’agit d’un tome 1, il y a aussi toute la mise en place des personnages et du contexte donc l’histoire ne commence vraiment à bouger qu’en milieu d’album. Le début m’a donc laissée assez perplexe et peu convaincue et j’ai même failli abandonner à ce moment-là mais comme ce n’est pas un album épais, c’est vraiment très très exceptionnel pour moi d’arrêter la lecture d’une BD et j’ai donc continué. Les choses se sont alors un peu améliorées, avec l’arrivée sur Terre de nos compères qui se mettent dans des situations impossibles, ce qui permet, au passage, de dénoncer quelques comportements humains. Mais au final, il n’y a pas grand chose pour sauver ma lecture … il y a du potentiel et la fin du récit se termine sur un suspense mais je ne suis pas sûre d’être tentée de lire la suite. J’ai d’ailleurs vu que la parution de l’album datait de 2011 et depuis, plus rien … serait-ce le signe qu’il n’y aura pas d’autre opus ?

Posté par sassenach à 04:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 mars 2019

Une comédie médicale ---- Gilles Bojan

UnecomediemedicaleGaspard Hisquemie est à peine rentré dans la cinquantaine quand il voit sa vie totalement chamboulé. Marié et heureux avec Myrose, une créole réunionnaise qu’il a rencontré sur l’île il y a de nombreuses années, papa comblé de deux filles adolescentes, Gaspard vit en banlieue parisienne et travaille comme community manager à La Radio de France, où il est chargé de faire vivre les publications de la radio sur Internet et les différents réseaux sociaux. Tout semble pour le mieux, même si Gaspard est parfois nostalgique des semaines passées à La Réunion, quand il était jeune et qu’il venait de tomber sous le charme de Myrose. Mais lors d’une partie de tennis avec un de ses collègues, technicien à RDF, Gaspard ressent une douleur au genou gauche et malgré les soins attentifs de Myrose pour soulager le traumatisme subi, la douleur devient de plus en plus forte et la gêne pour utiliser sa jambe de plus en plus marquée, obligeant Gaspard  à aller consulter docteurs et spécialistes …

J’avais envie d’une lecture légère après le pavé de Confiteor et ce livre, écrit par un auteur habitant ma région d’origine, me tentait beaucoup. Qui n’a pas eu l’occasion de se confronter, de près ou de loin, avec le monde merveilleux de la santé, des médecins et des hôpitaux ? Du coup, on se doute qu’on va retrouver ici des moments qui sentent le vécu et qui paraissent presque universels (à partir du moment où on vit dans un pays avec un système de santé développé, bien sûr !). Le récit alterne la vie actuelle de Gaspard et ses problèmes médicaux, qui vont se répercuter de multliples façons sur différents aspects de sa vie, et le passé de Gaspard, jeune homme ayant décroché un premier emploi à La Réunion et ayant quitté la métropole pour voler de ses propres ailes et sans s’y attendre vraiment, rencontrer l’amour. A travers ce parallèle, on découvre l’évolution de sa relation avec son épouse Myrose, comment la vie de famille et la routine peuvent oter tout romantisme au quotidien. Et quand les problèmes de santé viennent en plus limiter les possibilité physiques du narrateur, il n’y a qu’un pas pour que tout commence à cafouiller allègrement : ses patrons commencent à le percevoir comme un « vieux », de même que ses collègues, ses absences répétées pour aller subir une jolie palette d’examens pèsent sur son travail, et ses douleurs le rendent ronchon. Il y a beaucoup de moments amusants, certains flirtant même avec le surréalisme mais pourtant totalement crédibles et au goût du déjà vécu. Mais Gaspard ne m’a pas paru très sympathique et j’ai souvent eu envie de le secouer et lui dire d’arrêter de se plaindre et de commencer d’agir comme un adulte (car on a parfois la sensation qu’il est resté un grand adolescent dans sa tête). Alors quand on voit comment les choses évoluent, c’est plutôt jouissif pour la lectrice que je suis ! La fin ironique m’a énormément plu, même si je l’ai vue un peu venir quelques pages avant (mais pas trop donc, ça reste quand même une surprise !). Le style d’écriture est fluide et agréable et les pages ont défilé rapidement et avec plaisir. Voilà donc un roman parfait pour se détendre et sourire malgré le fait que cela parle de problèmes de santé car l’humour est souvent présent en s’appuyant sur ce qu’on peut voir dans la vie réelle et qui est donc à même de plaire à beaucoup de monde pour peu qu'on aime bien l'humour un peu noir et grinçant.

Merci à NetGalley et aux éditions Butterfly.

Posté par sassenach à 04:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]