La bibliothèque du dolmen

15 janvier 2022

Là où chantent les écrevisses ---- Delia Owens

LaouchantentlesecrevissesUn matin d’août 1952, la petite Kya, six ans, regarde Ma, sa mère, valise à la main, s’éloigner à pied de la maison familiale, une cabane délabrée perdue au milieu des marais de la Caroline du Nord, non loin de la petite ville de Barkley Cove. Benjamine d’une fratrie de cinq enfants, seul Jodie, son frère le plus proche d’elle en âge mais avec quand même sept ans de plus, est resté au domicile familial et Pa, leur père, n’est pas très présent. Mais quand il est là, il est souvent saoul et a tendance à être violent avec son entourage. Heureusement, Jodie apprend de nombreuses choses à Kya au sujet de la vie dans le marais : elle sait reconnaître de nombreux oiseaux et animaux, sait où se cacher, les plantes qui sont comestibles, comment se repérer dans les proches canaux autour de la cabane mais un beau jour, Jodie finit lui aussi par partir et Kya se retrouve seule avec un père absent. Seul Tate, un jeune garçon dont le père est pêcheur, semble s’intéresser à la petite fille et essaie de l’aider. Dix-sept ans plus tard, en 1969, le corps sans vie de Chase Andrews, un jeune homme de Barkley Cove dont la famille est bien connue et respectée, est découvert au pied d’une tour de guet abandonnée dans les marais …

Après avoir entendu beaucoup parlé de ce roman lors de mes clubs lecture (à l’époque où on se réunissait encore ... donc pré-virus), on a fini par le choisir comme lecture pour le club lecture de notre village et j’ai donc enfin fini par le lire. Le titre est déjà intrigant, même si l’histoire d’une enfant livrée à elle-même a déjà été exploitée en livres et en films (je pense, pour ne citer que les plus connus, à Mowgli et Tarzan), ce qui me faisait un peu peur. Mais l‘écriture de ce roman est très agréable et j’ai été vite happée par Kya et sa vie proche de la nature et des marais. Comme je peux être moi-même un peu sauvage sur les bords, appréciant la solitude et les animaux, j’ai été très intéressée par la façon dont elle se débrouillait pour survivre. Et puis, l’alternance entre l’histoire de Kya qui commence en 1952 et qui se développe au fil des années et l’enquête de 1969 sur la mort de Chase permet de ne jamais se lasser et de maintenir l’intérêt. On a forcément envie de savoir ce qui s’est passé et comment Chase est mort donc il y a aussi un petit côté « roman policier » à l’ensemble, même si ça n’en est pas un. J’ai particulièrement apprécié la description de la nature, des canaux, des marais, de la faune et de la flore, du respect de Kya pour des choses qui pourraient paraître insignifiantes pour beaucoup (de mon côté, j’ai tendance à moi aussi prêter attention aux petites bestioles ... si je trouve un moucheron ou une autre bébête chez moi, je les sors sans les tuer et si par hasard, je tue un insecte, je m’excuse !!!!!). Les relations humaines sont bien décrites, sans en faire trop et la psychologie des personnages n’est pas laissée de côté et le contexte social et historique joue aussi son rôle (la ségrégation en place à l’époque, le microcosme des petites villes, le mépris de la population pour les très pauvres, l’importance et l’influence des familles aisées ou anciennes dans un lieu). La fin peut paraître surprenante si on ne fait pas attention à certains détails (mais si on repère bien les choses, c’est moins inattendu !) mais l’émotion est bien présente au fil des pages et c’est avec la larme à l’oeil que j’ai quitté Kya et ses marais !

Les avis de Gambadou, Sylire, Enna, Keisha, Kathel, Mes échappées livresques, Aproposdelivres, Géraldine, Alex, Hélène, et probablement que j'en oublie vu le succès de ce titre sur la blogosphère !

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14 janvier 2022

Kosmos ---- Perna et Bedouel

KosmosJuillet 1969. La course à l’espace fait rage entre Américains et Soviétiques. C’est à qui battra l’autre dans la réalisation de nouveaux exploits. Et le 21 juillet, un petit module se détache de la fusée Apollo 11 pour aller se poser sur la Lune. Quand Neil Armstrong pose enfin le pied sur le sol lunaire, c’est l ‘émotion et la fierté dans le camp américain mais quel n’est pas son étonnement quand quelques mètres plus loin, il aperçoit un drapeau soviétique planté crânement au bord d’un cratère et plus loin, il découvre un module lunaire et ce qui semble être un cosmonaute au fond de la cavité …

Moi et les uchronies, c’est une histoire d’amour ! J’adore découvrir ce qui aurait pu être, comment les choses auraient pu se passer autrement et on peut faire confiance aux écrivains en tous genres pour nous concocter des récits étonnants. Avec cet album, ce qui frappe d’emblée, c’est son graphisme épuré, au fort contraste noir et blanc et ses grandes vignettes. La couverture est d’ailleurs très représentative de l’économie des traits : c’est très efficace et l’atmosphère de vide de l’espace est ainsi très bien rendue. Mais l’histoire est tout aussi réussie ! Après la séquence d’arrivée sur la Lune du module américain, où j’ai retenu mon souffle comme si tout cela se déroulait en direct sous mes yeux, on s’aperçoit, en même temps qu’Armstrong, qu’il y a quelque chose d’inattendu et c’est à partir de là, qu’on va découvrir ce qui s’est passé. A travers des interviews de personnalités américaines et russes impliquées dans les programmes spatiaux des deux pays, on apprend certaines choses et on se retrouve aussi à bord du Soyouz 5, à suivre la mission des cosmonautes. Présenté comme un documentaire, cela interpelle aussi les lecteurs sur la perception qu’on peut avoir des faits historiques, se mélangeant allègrement avec la manipulation, la création de fake news ou la dissimulation d’évènements, sans pour autant virer au complotisme (mais forcément, on y pense quand on voit toutes ces tendances actuelles qui fleurissent partout). Un album que j’ai vraiment beaucoup apprécié, même si j’ai été un peu frustrée par sa rapidité de lecture !

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13 janvier 2022

1984 ---- Fido Nesti d'après George Orwell

1984bdAvril 1984, Londres, troisième province d’Océania. Winston Smith rentre chez lui après sa journée de travail au Ministère de la Vérité, où il est charge de réécrire l’Histoire en rectifiant les documents du passé. Son appartement spartiate est dominé par le télécran, omniprésent qui diffuse et observe en même. Organe de diffusion de l’idéologie du Parti et de Big Brother, il sert aussi à vérifier que tout le monde est bien réceptif et obéissant. Mais Winston a acheté un carnet et s’apprête en cachette à y coucher par écrit ses réflexions et ses pensées, ce qui est un crime majeur car réflechir et penser par soi-même n’est pas autorisé …

Je n’avais pas été très emballée par ma lecture du roman, que j’avais trouvé trop long mais je me suis dit que cela passerait peut-être plus facilement en adaptation BD et en français. Eh oui, je suis tenace ! L’album pèse son poids et s’avère dense car il colle de très près au livre d’Orwell. Le graphisme est plutôt simple et semble un peu s’inspirer du visuel de l’adaptation en film (j’ai trouvé que le Winston dessiné ressemblait beaucoup à John Hurt qui joue ce rôle dans le film et Julia ressemble elle aussi à l’actrice Suzanna Hamilton, pour ne citer qu’eux). Du coup, pas de grande surprise visuelle, même si l’ensemble est homogène et plutôt réussi. Forcément, dans un tel monde, les couleurs choisies pour planter l’ambiance lourde ne peuvent pas être variées et lumineuses : on est dans les tons gris, noir, rouge, voire orange pâle. On suit donc fidèlement Winston et son cheminement dans ce monde horrible et c’est sûr qu’à chaque lecture, j’ai retrouvé des liens avec notre époque actuelle, ce qui n’est pas vraiment étonnant. Mais comme l’adaptation s’attache au roman, j’y ai forcément aussi retrouvé les mêmes défauts, les mêmes longueurs, surtout que l’ensemble est verbeux, avec carrément plusieurs pages de texte (quand Winston lit un certain livre). Mon mari riait à me voir lorgner le nombre de pages restant dans ma lecture en sentant que je languissais de passer à autre chose ! C’est sûr que c’est une adaptation réussie, qui montre bien comment les choses peuvent dériver mais à nouveau, j’ai eu les mêmes problèmes à pleinement apprécier malgré une justesse effrayante de l’histoire et de la façon de manipuler les populations.

Les avis de Mes échappées livresques, Enna.

 

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12 janvier 2022

Astrid Bromure (tomes 1 à 6) ---- Fabrice Parme

Astridbromure1Tome 1 : Comment dézinguer la Petite Souris

Astrid est une petite fille qui vit dans une grande maison bourgeoise située sur le toit d’un gratte-ciel. Ses parents, Monsieur et Madame Bromure, sont partis pour quelques jours, la laissant à la charge du personnel, le majordome Benchley et la cuisinière Dottie. Mais Astrid s’ennuie. Heureusement, une de ses dents commence à bouger et la petite fille a l’intention de prouver, avec cette dent en passe de tomber, que la Petite Souris n’existe pas …

C'est le dessin au style un peu suranné qui m'a conquise et en plus, les titres de cette série sont savoureux et sont tous axés vers des choses fantastiques ou des légendes bien connues. Et cerise sur le gâteau, il y a un chat, Gatsby, et un chien, Fitzgerald … ô combien joliment nommés ! Avec ce premier opus, j'ai donc découvert cette petite fille au caractère bien trempé, très observatrice et qui lance souvent des réflexions bien trouvées et amusantes, sans oublier que là où elle passe, c’est toujours très animé. Le graphisme aux couleurs acidulées, est bien équilibré entre décors extravagants et personnages expressifs. Le petit côté suranné est aussi dû au fait qu’Astrid vit probablement dans les années 1920 ou 1930 et qu’un dessin trop moderne aurait gâché l’ambiance ! L’ensemble est quand même assez verbeux mais comme l’album est assez peu épais, il se lit quand même vite. Qui plus est, j’ai trouvé que les touches d'humour me semblaient très axées vers les adultes. C'est censé être une série jeunesse et je me demande bien comment elle est perçue par les jeunes lecteurs. En tout cas, moi, je me suis bien amusée !

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Astridbromure2Tome 2 : Comment atomiser les fantômes

La mère d’Astrid a un problème : il n’y a plus de précepteurs disponibles et toutes les écoles privées du quartier ont leurs classes au complet. Mais Astrid a une solution : le pensionnat pour jeunes filles de Canterville a encore une place, moyennant un montant d’inscription conséquent. Mais rien n’est trop beau pour cette petite fille unique qui rêve de partager sa chambre avec d’autres gamines de son âge. Mais voilà, la maitresse, Mademoiselle Poppyscoop, adore raconter l’histoire du pensionnat en s’attardant sur le fait qu’il soit hanté par les fondateurs du lieu et par les premiers élèves ayant succombé à un accident en cours de chimie …

Après le tome 1, j'ai enchainé la lecture du second opus avec tout autant de plaisir. Franchement, j'adore le dessin et tous ses détails, les expressions des personnages et l'histoire mêle toujours action et humour, avec un petit côté décalé et fantastique. Astrid est vraiment attachante, parfois une véritable peste gâtée mais souvent une gamine intelligente et aux réflexions qui fusent. On fait aussi la connaissance de ses parents, que j’ai trouvés excellents mais très bourgeois. Et puis, Astrid sort de chez elle et il y a donc un nouveau contexte, un nouveau décor et aussi de nombreux personnages, vivants ou morts. En plus, on sait tous que la vie dans un pensionnat est loin d’être triste ! Malgré la quantité de texte, c'est un album qui se dévore. Allez, je m’en vais attaquer le tome 3 !

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Astridbromure3Tome 3 : Comment épingler l'Enfant Sauvage

Astrid est inquiète car elle n’aime pas être la seule descendante du bel arbre généalogique de sa famille. Du coup, alors qu’elle apprend, en écoutant une émission à la radio, qu’il existe des enfants sauvages vivant dans la jungle du Gabokonga, elle décide, vu que ses parents ne semblent pas impatients de lui donner un frère ou une sœur, de les convaincre de partir en expédition dans ce pays, avec la secrète intention d’en revenir avec un enfant sauvage. Voilà donc toute la maisonnée partie découvrir un pays rempli d’animaux sauvages, de plantes exotiques (la raison du voyage), de pygmées et surtout d’enfants vivant seuls en pleine jungle …

C'est toujours un plaisir de retrouver Astrid, sa famille et ses amis y compris ceux à quatre pattes. Cette fois, on part en balade dans un pays lointain, qui ressemble à un pays africain de l'époque coloniale, ce qui est cohérent par rapport à l’époque dans laquelle vit Astrid. Le pays est encore sauvage mais rempli d'Occidentaux à la recherche de différentes choses et bien sûr, les sauvages sont souvent ceux qui se croient civilisés ! Les réflexions d'Astrid sont toujours savoureuses mais il y a aussi des scènes impliquant ses parents que j'ai trouvées particulièrement amusantes, en même temps qu'ironiques et éducatives. Pour moi, ce sont vraiment des albums s'adressant à un public plus mûr que des enfants ... eux ne verront que les aventures, alors que les adultes savoureront tout le reste !

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Astridbromure4Tome 4 : Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness

La maman d’Astrid reçoit une lettre de son frère excentrique vivant en Ecosse et qu’elle n’a pas vu depuis très longtemps. D’ailleurs Astrid ne l’a jamais rencontré mais il semble qu’un problème oblige la famille à partir séance tenante vers les Highlands : la boite à souvenirs familiale semble avoir été égarée ! Mais le père d’Astrid doit rester à cause de son travail et Bentchey va donc s’occuper de lui pendant que le reste de la maisonnée file en Ecosse. Astrid découvre alors un oncle passionné de sciences et prêt à toutes les expériences …

Voilà le dernier tome présent chez moi que j’ai lu encore avec délectation car cela se passe en Ecosse et qu'on découvre de nouveaux personnages. J'apprécie chaque fois davantage le graphisme rétro et les couleurs douces. Il y a plein de petits détails savoureux (par exemple, le journal que lit le père d’Astrid s’appelle La gazette des spéculateurs philanthropes !) Mais le texte est aussi une part importante du charme de cette série. Astrid est une enfant mais elle a des réflexions d'adulte et les adultes se comportent parfois comme des enfants. Dans tous les cas, il se passe toujours plein de choses et les réflexions lancées par les protagonistes sont toujours amusantes et parfois cyniques sans en avoir l'air. Et je maintiens que beaucoup du contenu est orienté vers les adultes (le chien d'Astrid s'appelle Fitzgerald, son chat Gatsby et la chienne de son oncle s'appelle Zelda ... quel gamin va remarquer le lien ?). Il faut donc que j’aille acheter le tome 5 et chouette, le tome 6 est prévu de paraître dans quelques semaines !

L'avis de Mo pour le tome 1 (avec le test d'un jeune lecteur qui confirme mes doutes !)

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Edit du billet du 26 septembre 2020

Astridbromure5Tome 5 : Comment refroidir le Yéti

L’hiver est là et avec lui la neige et Astrid s’ennuie. Elle a bien un nouveau jeu de société mais tous les adultes sont trop occupés pour jouer avec elle et sa mère lui interdit de sortir sur la terrasse à cause de la neige qui tombe. Mais en écoutant la radio, Astrid apprend que le Yéti, qui vient d’être capturé dans les montagnes et amené en ville pour être exposer dans un zoo, s’est échappé. La police le poursuit et sa réputation de monstre féroce et affamé fait froid dans le dos. Alors quand Astrid découvre que cette bête poilue sur la terrasse familiale, elle est un peu inquiète …

Ce dernier tome paru fait partie de mes favoris de la série car j’ai trouvé ce Yéti très attachant. Et puis, je crois aussi qu’avoir une pause entre la lecture du tome précédent et celui-ci a accru mon plaisir pour ces retrouvailles ! Astrid est toujours égale à elle-même : une petite fille au caractère bien trempé, décidée et mignonne car elle a un raisonnement logique et souvent empathique avec ceux qui ne rentrent pas dans la norme. Ici, il s’agit donc de traiter de la différence et de montrer que les êtres vivants qu’on considère comme des animaux sont loin d’être inférieurs aux humains et qu’une réputation peut être totalement infondée. Je suis toujours aussi fan du dessin au style suranné et je me délecte des petits détails et de l’humour omniprésent, soit dans les mimiques des personnages, soit dans les situations rocambolesques, soit dans les jeux de mots subtils qui émaillent le récit. Mais encore une fois, je confirme mon impression : c’est beaucoup plus une série pour les adultes, excellente qui plus est, qu’une série d’albums jeunesse !

L'avis de Clarabel.

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Edit des billets du 26 septembre 2020 et du 28 décembre 2020

Astridbromure6Tome 6 : Comment fricasser le lapin charmeur

Astrid et sa mère font du shopping pour se préparer à la soirée de gala de bienfaisance où les sœurs Molotoff sont les stars invitées d’honneur. Après l’achat d’un chapeau, Astrid repère un petit lapin tout mignon dans la boutique voisine mais sa mère est pressée : elle doit se rendre à une vente aux enchères où un œuf impérial de joaillier va être proposé aux acheteurs. C’est le seul qui manque à la collection du père d’Astrid et la petite fille finit par prêter ses derniers sous à sa mère pour cet achat alors qu’elle aurait voulu utiliser ce dollar pour obtenir le lapin ...

C’est toujours un petit plaisir pour moi de retrouver Astrid et sa famille car j’adore vraiment le style graphique de cette série et le côté un peu excentrique des personnages. Avec le gala de bienfaisance en vue et la vente de l’œuf impérial manquant à la collection paternelle, la famille d’Astrid est en effervescence mais la petite fille est, elle, plus intéressée par ce lapin en vente ! C’est vrai qu’il est tout mignon mais Fitz, le chien de la famille, retrouve ses instincts de chasseur devant cette boule de poils. Et puis, il faut absolument trouver ce fameux dollar pour pouvoir acheter le rongeur. En plus de tout cette animation, il est aussi question de disparition et d’enquête et bien sûr, Astrid ne peut pas résister à une telle tentation. C’est toujours aussi drôle, avec un récit qui m’a paru peut-être un peu plus simple que les tomes précédents mais tout aussi agréable à lire !

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11 janvier 2022

Moon River ---- Fabcaro

Moonriver

HEARTS2

 

 

 

Betty Pennyway est la star féminine d’un western en cours de tournage. Mais un drame a lieu lors d’une nuit : la jeune femme est victime d’un acte horrible qui va bouleverser sa vie mais aussi le planning de l’équipe du film. Le lieutenant Baxter est en charge de l’enquête, devant interroger l’entourage de Betty, aussi bien privé que professionnel …

J’ai fait un résumé très simple sans trop en dire car une partie du plaisir de lecture est dans la découverte des faits et quand on connaît le style de l’auteur, on sait que toute cette histoire va être totalement décalée et va allègrement flirter avec l’absurde. En plus, en marge de l’enquête, on découvre la « création » de l’album, avec Fabcaro qui parle de cette histoire avec son entourage, qui parle aussi de son quotidien (avec le foin pour les ânes et ses problèmes de santé). Il mélange plusieurs styles graphiques : un dessin simple et épuré dans des tons de gris-bleu (du même style que Zaï zaï zaï zaï ou Et si l’amour c’était aimer ?) , un dessin plus fin et plus détaillé en tons gris-beige (du même style que ses autobiographies telles que sa trilogie Steak it easy) et un dessin plus traditionnel et en couleurs, sans oublier un petit clin au roman photo. Je suis une fan de la première heure (on a quasiment tous ses albums dédicacés, bien avant qu’il soit révélé par son prix à Quai des bulles) et j’adore ce qu’il fait donc je me doutais que je n’allais pas être déçue. On est plongé dans le monde d’Hollywood et dans un remake particulier d’un film noir avec une enquête sortant de l’ordinaire (vu le délit). C’est souvent du n’importe quoi et c’est justement ça que j’aime et qui me fait à chaque fois rire aux larmes (deux fous rires obtenus grâce à cette lecture, sans oublier tous les autres éclats de rire intempestifs). Les clins d’oeil à l’actualité permettent aussi d’en sourire et l’autodérision de l’auteur est toujours aussi efficace. Rien de tel qu’un album de Fabcaro pour oublier le quotidien et faire travailler ses abdos (parce qu’un fou rire, ça fait quand même mal au ventre ... c’est là que je m’aperçois de la mauvaise forme de mes muscles !) et ses zygomatiques !

L'avis de Jérôme.

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10 janvier 2022

Une touche de couleur ---- Jarrett J. Krosoczka

UnetouchedecouleurJarrett est un jeune garçon élevé par ses grands-parents car Leslie, sa mère, est souvent absente sans qu’il comprenne bien pourquoi. Son grand-père, d’origine polonaise catholique, avait rencontré sa grand-mère, d’origine suédoise protestante, avant la seconde guerre mondiale pour ensuite la retrouver et l’épouser en 1948. Après des débuts difficiles, l’entreprise familiale rencontre le succès, les enfants naissent au fil des années et parmi eux, la mère de Jarrett. Mais celle-ci tombe enceinte alors qu’elle vit encore chez ses parents et le père refuse de reconnaître le bébé, prétextant qu’il pourrait ne pas être de lui. Pour que l’enfant ne devienne pas pupille de l’Etat, à cause de la toxicomanie de Leslie, Joe et Shirley obtiennent la tutelle de Jarrett et celui grandit parmi ses oncles et tantes, ses cousins et les rencontres occassionnelles avec sa mère, tout en passant son temps à dessiner …

Il y a des albums pour qui le terme roman graphique prend tout son sens et ce titre en fait indéniablement partie. L’auteur, de façon très personnelle et très intime, entraine le lecteur dans son enfance et les relations qu’il a entretenu avec sa famille et surtout ses grands-parents et sa mère et plus tard son père. Le dessin peut paraître un peu brouillon au premier coup d’oeil mais j’ai aimé les aquarelles simples bichromatiques (gris et orange) et le découpage permettant de créer un rythme de lecture grâce à la variété (vignettes, pleines pages, étalement sur deux pages, absence de vignettes, insertion de documents tels que lettres ou dessins originaux). Les personnages sont expressifs et reconnaissables, même quand ils évoluent dans le temps et vieillissent. A travers la partie graphique, on suit Jarrett enfant, puis adolescent jusqu’à sa sortie du lycée et on apprendra la suite grâce à une postface résumant le reste de sa vie adulte et les raisons qui l’ont poussé à se lancer dans ce projet. Le récit est émouvant, décrivant la douleur d’avoir une mère absente mais aussi l’amour inconditionnel de celle-ci pour son fils, l’éducation donnée par des grands-parents au caractère bien trempé, parfois irritants, parfois attendrissants, mais qui ont toujours aimé Jarrett comme leur propre fils et l’ayant soutenu dans tous les domaines, même ceux qu’ils ne comprenaient pas trop bien (faire un métier fondé sur l’Art ... difficile à admettre quand on a connu la Grande Dépression et qu’un métier doit être quelque chose de concret). Les angoisses de Jarrett, ses cauchemars, sont particulièrement bien rendus par le dessin mais les petits bonheurs le sont aussi et l’amour est omniprésent. Je n’ai pas eu une enfance difficile mais j’imagine qu’un tel album a tout pour aider ceux qui ont des familles peu conventionnelles, où les problèmes viennent s’immiscer pour chambouler les relations car le récit, bien qu’émotionnellement chargé, donne un message d’espoir et rend un bel hommage à la famille de l’auteur.

Les avis de Mes échappées livresques, Laure.

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09 janvier 2022

The ashes of London (Marwood and Lovett 1) ---- Andrew Taylor

TheashesoflondonSeptembre 1666. Londres est la proie des flammes et James Marwood, fils d’un imprimeur ayant été jugé comme traitre à la Couronne mais libéré de prison et placé sous la responsabilité de James, est témoin, un soir, de la destruction de la cathédrale St Paul. Parmi la foule impuissante se trouve un jeune garçon qui semble particulièrement touché par le drame. Marwood retient ce dernier alors qu’il semble vouloir se précipiter dans le feu faisant rage mais son sauvetage est recompensé par une morsure et le vol de son manteau par l’adolescent, qui se révèle être, au vu d’une déchirure dans sa chemise, une jeune femme travestie en homme. Celle-ci, Cat Lovett, s’enfuit et retourne subrepticement chez son oncle et sa tante, les Alderley, dont la fortune a été bâtie grâce au négoce et aux prêts octroyés à diverses familles puissantes. Placée sous leur tutelle, la jeune femme a elle aussi un père, maçon de son état, qui a été impliqué dans la Révolution ayant entrainé l’exécution du roi Charles 1er en 1649 et l’avènement au pouvoir d’Oliver Cromwell et qui, étant considéré comme régicide, a dû disparaître pour éviter une condamnation à mort. Mais quand l’incendie de la cathédrale est enfin maitrisé, un corps est découvert dans les décombres. Il s’agit d’un valet de la maison des Alderley et sa mort n’est pas naturelle : il a été poignardé et ses pouces liés entre eux dans son dos. Marwood, qui travaille à Whitehall, résidence royale et siège de l’administration de la ville, est chargé de se renseigner sur cette mort étrange …

Premier tome d’une série historico-policière mettant en scène James Marwood et Cat Lovett, je trouvais intéressant de découvrir cette période historique que je connais peu. Bien sûr, on a tous entendu parler du fameux incendie de Londres mais à part ça, je dois dire que je n’avais pas d’idée précise sur le contexte politique de l’époque (même si je savais qu’il y avait eu une révolution avec Oliver Cromwell, que ça ne s’était pas très bien passé et que la monarchie avait été rétablie). Donc, au niveau découverte, j’ai été servie ! En plus, l’incendie et ses conséquences sur la ville et sa population donnent au roman un contexte passionnant (destruction des habitations, familles sans toit, précarité, scènes de rue dévastées, nettoyage et déblaiement, planification de la reconstruction) et qui joue un rôle non négligeable dans le récit. Les faits historiques et la situation politique servent à la fois à ancrer l’histoire dans le réel et à bâtir des personnages impliqués, souvent contre leur gré vu qu’il s’agit des enfants des gens impliqués dans la révolution, dans des évènements qui leur échappent. Le récit se développe selon deux points de vue : celui de James Marwood et celui de Cat Lovett, qui ont des similitudes, qui vont se croiser, se frôler, se recroiser, et qui montre aussi les différences entre la façon de vivre des hommes et la condition féminine de l’époque. De la même façon, on voit les différentes strates de la société : les pauvres, les serviteurs, les artisans, les commerçants, les gens de Whitehall, la Cour, tout y passe. On rencontre Christopher Wren, l’architecte qui a reconstruit St Paul, Charles II, au milieu de personnages fictifs. L’histoire policière est assez simple mais la raison de tuer du meurtrier m’a paru un peu nébuleuse, un peu laissée de côté : on sait qui a commis les crimes mais on ne s’étale pas trop sur le pourquoi et cela m’a dérangée, comme si ces morts n’étaient, au final, que des excuses pour faire avancer le récit et non une part intégrante de l’histoire (alors qu’avant de connaître le coupable, elles sont pourtant un des moteurs du livre). A part ce petit bémol, j’ai quand même énormément apprécié cette lecture que j’ai trouvée dépaysante et agréable à lire ! C’est sûr que je continuerai à lire les aventures de James Marwood et Cat Lovett.

*Lu en anglais*

Non traduit à ce jour

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08 janvier 2022

La fuite du cerveau ---- Pierre-Henry Gomont

LafuiteducerveauLe 18 avril 1955, le professeur Albert, de renommée mondiale, meurt dans son lit à l’hôpital de Princeton. La presse et le public veulent connaître les raisons de son décès et le docteur Thomas Stolz doit interrompre son programme de séduction d’une jeune neurologue pour aller réaliser l’autopsie tant attendue du professeur Albert, qui a laissé des instructions claires quant au devenir de sa dépouille. Il tenait à la discrétion absolue, avec une crémation suivie d’une dispersion des cendres dans un lieu tenu secret. Mais Stolz, loin d’être un brillant médecin et étant un peu limité dans ses dons intellectuels, a un flash soudain lors de l’autopsie : il ne peut pas laisser le cerveau du professeur Albert, une merveille d’intelligence, disparaître et décide donc de le voler pour l’offrir à sa dulcinée pour qu’elle l’étudie et découvre les racines neuronales du génie. Mais une chose inattendue va se produire : le corps d’Albert va s’animer et suivre Stolz …

S’inspirant d’un fait réel, le vol du cerveau d’Albert Einstein par le docteur Stolz lors de l’autopsie, Pierre-Henry Gomont va vite s’éloigner de la réalité pour bâtir un road-movie échevelé et hallucinant où Stolz accompagné d’un Albert sans cerveau (puisque celui-ci est dans un bocal au lieu d’être dans sa boite cranienne) tentent de fuir de nombreuses personnes : l’exécuteur testamentaire, le directeur de l’hôpital, le FBI, les journalistes ... et trouver un endroit où se poser pour étudier ce fameux cerveau. Mais Stolz est loin d’être doué et n’est pas capable d’effectuer cette recherche, d’où la transformation du duo en trio avec l’arrivée de la neurologue Marianne Ruby, qui plait beaucoup à Stolz (qui est déjà marié et père de deux enfants mais dont la famille l’ignore totalement). Je suis fan du style graphique de cet auteur, que je trouve très dynamique, moderne et avec la juste touche de caricature pour le rendre amusant. J’aime aussi beaucoup son choix de couleurs : elles sont variées mais douces et lumineuses, ce qui en fait un petit plaisir visuel pour moi. Quant à l’histoire, elle mélange faits et détails réels, parfois légèrement déformés (comme certains noms) et fait aussi la part belle à l’humour, l’absurde, le burlesque et l’excès. Albert est bien sûr très attachant et Stolz, malgré tous ses défauts, le devient aussi au fil des pages. La relation entre eux est émouvante car on voit la naissance de leur amitié pourtant improbable mais on voit aussi comment le reste du monde se comporte : les agents du FBI ne sont pas très doués, on sent bien le contexte historique de guerre froide avec la peur des communistes omniprésente (qui ressemble à de la paranoïa), les journalistes sont des vautours prêts à tout, et certains médecins ne sont pas mieux, à toujours vouloir la gloire à travers leurs recherches plus ou moins bricolées pour correspondre à ce qu’ils veulent trouver. Au milieu de ce panier de crabes, la fidélité de Stolz aux demandes d’Albert est remarquablement exemplaire car elle a ce que tout le reste n’a pas : le respect de l’autre. L’auteur aborde aussi le sujet de la naissance des idées, de l’apparition de ce qu’on appelle des traits de génie, de la réflexion qui amène aux découvertes, aux inventions. Le côté déjanté de l’histoire, avec cette folle course à travers les Etats-Unis, pourrait en rebuter plus d’un mais de mon côté, je suis fan et j’ai totalement adhéré à ce récit non dénué d’émotion !

Les avis de Noukette, Gambadou, Caroline.

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07 janvier 2022

Anaïs Nin : sur la mer des mensonges ---- Léonie Bischoff

AnaisninAnaïs et son époux Hugo ont quitté New York pour s’installer à Paris où ils partagent une maison en banlieue avec la mère d’Anaïs. Hugo travaille pour une banque mais Anaïs lui reproche parfois de trop s’impliquer dans son métier au détriment de son travai d’artiste. Quant à elle, elle partage son temps entre la rédaction de son journal intime, ses cours de flamenco, son rôle d’épouse parfaite, la rédaction d’une biographie de D.H. Lawrence et rêve d’atteindre un équilibre où elle pourrait être entière et elle-même à travers l’écriture d’un roman. Un jour, elle fait la connaissance de l’écrivain Henry Miller, qui a lui aussi quitté New York pour Paris et elle découvre en lui un être semblable à elle, à la fascinant et attirant …

J’ai forcément entendu parler d’Anaïs Nin et je connaissais vaguement son histoire mais je n’ai jamais rien lu d’elle, ni d’Henry Miller, d’ailleurs ! Mais j’ai été particulièrement attirée par le graphisme de cet album : j’ai trouvé le crayonné et les couleurs douces magnifiques, c’est ciselé, fin, léger et en même temps ample et foisonnant malgré une apparente simplicité. D’ailleurs, on peut retrouver cette dualité sur la couverture et elle est aussi très représentative du personnage star. Anaïs Nin est une femme complexe, parfois étrange, libre et moderne, féministe avant l’heure et à la vie peu commune. Son charme semble indéniable vu le nombre de personnes qui l’ont aimée malgré tous ses mensonges et qui lui sont restés fidèles. L’album n’est pas une biographie car l’auteure ne raconte pas la vie entière d’Anaïs : ce serait plutôt ce que j’appelle un pan de vie, quelques années décrites avec quelques flashbacks pour éclaircir certains détails, et l’ensemble se focalise plus sur les sentiments et ressentis des personnages plutôt que sur les faits, rendant ainsi tous ces protagonistes attachants, sympathiques et humains. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui m’a permis d’en savoir un peu plus sur Anaïs Nin (une mini biographie avec des dates-clés et des évènements marquants de sa vie aurait été bienvenue en fin d’album) et cela m’a donné l’envie de découvrir ses œuvres.

Les avis de Noukette, Stephie.

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06 janvier 2022

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées ---- Lou Lubie

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Les contes de fées sont universels et quasiment intemporels : on les retrouve dans différents pays, avec différentes versions et ils ont traversé les époques pour nous parvenir et être toujours découverts par les jeunes lecteurs. Mais les versions originelles sont parfois très loin de celles qu’on connaît : édulcorées, expurgées de leur violence, on met aussi parfois de côté le sexisme et le racisme dont ces contes sont le témoin, sans oublier qu’ils ont été, au départ, destinés aux adultes, avec des scènes érotiques bien présentes. Et il y a l’éternelle comparaison entre les frères Grimm et Perrault, la sous-représentation des femmes comme auteures de recueils de contes (ou alors elles ont été depuis oubliées), la psychanalyse des histoires vues par différents professionnels et l’intervention de Disney qui a imposé sa vision de ces histoires au monde entier …

Ayant lu beaucoup de contes dans ma jeunesse, je trouve toujours intéressant de voir ce sujet traité de façon plus creusée et analysé en prenant en compte différentes visions du genre. Mais je ne suis pas forcément attirée par un livre qui aborderait tout cela ... une BD me convient tout à fait et je trouve même que c’est plus adapté car souvent, les contes destinés au jeune public sont illustrés. Avec ce titre de Lou Lubie, le format se rapproche d’un livre relié standard, avec les tranches dorées pour conserver un aspect traditionnel et un peu ancien. Le dessin n’est pas toujours enfermé dans des cases, il est simple mais efficace, avec des couleurs majoritairement dans des tons orange et mauve (comme on voit dans le médaillon de la couverture). C’est reposant mais ça nécessite parfois un bon éclairage pour lire l’album (en plus, le format beaucoup plus petit qu’une BD traditionnelle fait que la taille de la police est aussi diminuée ... j’ai quelquefois sorti la loupe). Comme l’auteure aborde différents thèmes, le découpage est varié, permettant de bien expliquer les choses. Elle reprend certains contes pour nous montrer les versions originales ou bien les différences entre Grimm et Perrault par exemple. Tout est analysé simplement et clairement, de façon bien documentée, et l’humour est toujours très présent. Il y a aussi un lien entre l’album et le site Internet de l’éditeur qui permet, en scannant certaines pages indiquées, d’avoir des compléments d’information. C’est très bien fait mais cela nécessite d’avoir son smartphone ou sa tablette à portée de main (ce qui n’est pas toujours mon ca) et qui a donc un peu ralenti ma lecture. J’ai au final énormément apprécié cet album très sympathique, amusant mais aussi très instructif !

Les avis de Mes échappées livresques, Canel.

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