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27 février 2017

Les cahiers d'Esther, histoires de mes 10 ans ---- Riad Sattouf

LescahiersdestherEsther a dix ans et est en CM1 dans une école privée à Paris. Son grand frère, Antoine, lui, est en 4ème au collège public. Esther est en admiration amoureuse devant son père, moniteur de sport, qu'elle considère comme son héros et sa mère, qui travaille à la banque, lui paraît être quelqu'un de sympathique. Elle a des amies à l'école, Eugénie et Cassandre, avec qui elle passe toutes les récréations à jouer. Mais parfois, les garçons, qu'Esther n'apprécie pas vraiment, viennent perturber leurs jeux. Et à la maison, elle trouve qu'Antoine est encore plus lourd que les garçons de son école …

Pas facile de faire un résumé de cet album qui consiste en une collection d'histoires d'une page sur la vie d'Esther. Chaque page correspond à un thème : le jeu du papa et de la maman, le chanteur populaire, le père Noël, le mariage, les adolescents, la maladie, et j'en passe. Bien sûr, tout ça vu à travers les yeux d'une fillette de 9-10 ans (parce qu'elle a neuf ans quand l'album commence). En 52 pages, on voit l'évolution et comment elle commence doucement à se rapprocher de l'adolescence. Ce n'est pas un changement physique mais plutôt un changement dans ses goûts et ses intérêts. Si certaines histoires sont banales et ont un air de déjà vu, certaines autres m'ont bien fait rire car le naturel et la franchise d'Esther sont pleins de fraicheur. On se rend compte ainsi comment notre monde d'adulte peut être compliqué alors que celui des enfants est plus franc et plus direct. Le dessin m'a bien plu car il a ce côté naïf et enfantin nécessaire à ce genre d'histoire. Ce qui m'a gênée, par contre, c'est certains textes écrits en noir sur fond rouge, qui sont très peu lisibles sauf avec un bon éclairage. C'est aussi assez verbeux, pas dans le mauvais sens mais dans le sens où il y a beaucoup de texte … ça saute aux yeux dès qu'on feuillette l'album, alors il faut un certain temps pour le lire et j'avoue que j'ai parfois trouvé ça un peu longuet. Il me semble que certaines histoires auraient été tout aussi efficaces avec moins de bla-bla. Mais sinon, ça reste une lecture très sympathique et agréable !

Les avis de Framboise (chez Mo) et Jérôme.

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26 février 2017

Rouge karma ---- Eddy Simon et Pierre-Henry Gomont

RougekarmaAdélaïde en est à son huitième mois de grossesse quand elle arrive à Calcutta, à la recherche de Matthieu, son compagnon et père de son futur enfant, qui est venu en Inde il y a plusieurs mois dans le cadre de son travail d'informaticien. Mais cela fait plusieurs semaines qu'il ne donne plus de nouvelles et les autorités françaises ne semblent pas décidées à lancer des recherches. La jeune femme se rend donc elle-même sur place pour enquêter et essayer de retrouver Matthieu. Le chauffeur de taxi qui la prend en charge à l'aéroport, Imram, va s'avérer d'une aide précieuse dans ce pays aux milles couleurs et aux coutumes qu'Adélaïde connait peu …

Si j'ai lu cet album, c'est parce qu'il était dessiné par le même dessinateur que Pereira prétend, que j'ai beaucoup aimé. Du coup, je voulais voir ce qu'il avait fait d'autre. Cette fois, il travaille avec un scénariste, que j'avais découvert avec Confidences à Allah et qui semble être beaucoup attiré par l'Inde si j'en crois le nombre de ses oeuvres qui ont un rapport avec ce pays. Avant même d'ouvrir l'album, on se doute qu'on va entrer dans un univers coloré (si on se fie à la couverture) et c'est effectivement le cas. Les aquarelles jouent sur une multitude de tons couvrant tout l'arc-en-ciel. J'ai trouvé que c'était assez bien représentatif du pays et que cela créait l'atmosphère requise pour se sentir dans un univers totalement différent de ce dont on a l'habitude. On se sent donc aussi perdu qu'Adélaïde, qui essaie de suivre la voie normale : rencontre avec la police, qui ne semble pas très inquiète de cette disparition, recherche du lieu de travail de Matthieu (qui n'existe pas !) puis de son lieu de vie, et ensuite tout s'enchaine de façon logique. Adélaïde est aidée par Imram, qui connait bien la ville et qui sait, éventuellement, à qui s'adresser pour avoir des informations. L'intérêt de l'album est donc double : le suspense de l'enquête qui va emmener loin les protagonistes et qui s'appuie sur des faits réels et le dépaysement que subit l'héroïne qui, au fil de ses recherches, va découvrir un pays et ses habitants. Le graphisme nous porte à travers l'histoire, avec des décors que j'ai apprécié, et des personnages expressifs et attachants. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre quand j'ai commencé cet album mais j'ai été très agréablement surprise par le plaisir que j'ai eu à le lire.

Les avis de Jérôme et Livresse.

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25 février 2017

La déconfiture première partie ---- Pascal Rabaté

Ladeconfiture1Juin 1940. La onzième compagnie de l'Armée française est sur les routes à la recherche de l'envahisseur allemand mais le groupe est bombardé par les avions ennemis. Le soldat Amédée Videgrain est laissé sur place pour qu'il signale les morts au camion de la Croix Rouge qui va arriver. Mais quand il repart pour rejoindre son unité, il ne sait pas où elle est allée. Les civils qui fuient l'avancée allemande ne peuvent pas le renseigner et sa moto n'est plus en état de marche depuis qu'il a subi un autre bombardement …

J'avoue que, si ce titre n'avait pas été sélectionné pour le club lecture BD, je ne crois pas que je l'aurais lu. Tout d'abord, le thème ne me passionne pas vraiment : il me semble qu'il a déjà été vu et traité mille fois, que ce soit en romans, films ou BD (peut-être pas uniquement cette période mais elle a forcément été abordée quand le récit parlait de la seconde guerre mondiale). Et puis, je dois dire que je ne suis pas franchement une fan du dessin de Rabaté. Il est simple, réaliste, minimaliste dans les décors mais pas trop mais je ne sais pas, je le trouve un peu trop naïf et justement trop simpliste vu le sujet abordé. J'aurais sûrement apprécié un dessin plus détaillé, plus représentatif. Par contre, je trouve que l'utilisation du noir et blanc est idéale. On suit le soldat Amédée Videgrain sur la route à la recherche de sa compagnie alors que la France fuit devant les Allemands et que ceux-ci dominent tout le pays. Les soldats français sont sous-équipés, ils ne semblent pas avoir de but précis à part avances (mais vers où ? mystère !). C'est plutôt bien montré mais il m'a manqué un peu quelque chose pour que je m'attache à Amédée. On sait que la France va bientôt capituler devant l'Allemagne et on attend, comme tous les personnages. De ce côté-là, l'atmosphère est réussie … avec cette expectative constante. Je me demande de quoi va parler la seconde partie de l'histoire car il me semble que cela aurait être fait dans un seul tome … le récit de cette première partie n'est pas ce que j'appellerai intense et certains passages auraient pu être raccourcis voire abandonnés. Je lirai peut-être la suite plus par curiosité que par envie véritable car ce premier volume ne m'a pas vraiment passionnée !

L'avis de Jérôme.

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24 février 2017

Sept cannibales (Sept tome 19) ---- Sylvain Runberg et Tirso

SeptcannibalesIls sont sept amis et vivent dans différents pays mais tous sont riches et influents. Ils se considèrent comme les meilleurs et les maitres du monde et les soirées un peu spéciales qu'ils organisent une fois par an ont énormément de succès : lieu de réception superbe, nourriture, alcools et drogues à volonté et des magnifiques filles. En 2015, la soirée avait eu lieu en Toscane et l'invitée d'honneur était une belle Italienne mais en 2016, c'est la Provence qui reçoit et le choix de la jeune femme n'est pas encore décidé. Dans le trio de tête, Claire, anglaise et informaticienne, semble remporter tous les suffrages mais elle pourrait se révéler une proie plus difficile que les autres …

C'est le deuxième volume que je lis de cette série mais comme ils sont tous indépendants, ce n'est pas un problème. En fait, il suffit de choisir le thème qui nous intéresse le plus et de découvrir quels vont être les sept personnages développés. Cette fois encore, c'est une lecture dans le cadre du club lecture spécial BD (parce que j'avoue que je ne penserais pas forcément à aller fouiner dans cette série à la médiathèque). On découvre ici sept hommes particulièrement détestables : ils sont riches, influents mais surtout ils se prennent pour des Dieux et considèrent les autres personnes comme peu dignes d'eux. Alors peu importe leurs autres travers et défauts, rien que pour leur vanité creuse, j'avais envie de leur rentrer dedans! Bien sûr, vu le titre, on se doute qu'ils ont aussi des penchants pour la chair humaine. On apprend vaguement comment ils sont devenus amis (déjà jeunes, c'était de vraies têtes à claques) et comment cette amitié a évoluée en cette espèce de mini-secte particulière. Mais cette fois-ci, leur petite fête risque de mal tourner et si je trouvais assez banal la présentation des personnages et de leurs déviances (même si ça me portait sur les nerfs), la lecture est devenue jouissive quand ça a commencer à tourner mal pour eux ! Le dessin dynamique et nerveux, très actuel, fait merveille dans l'action, même si la représentation des personnages est assez cliché (mais je suppose que c'est voulu). Les couleurs sont assez douces et lumineuses malgré la violence omniprésente et cela tire même parfois sur des teintes pastel inattendues pour le genre. Il n'y a pas de grande surprise dans le récit assez prévisible mais cela reste une lecture détente sympathique, un peu comme si on regardait un film d'action avec de la bagarre. On oublie les invraisemblances et on se laisse emporter par l'histoire, ce que j'ai fait avec assez de plaisir.

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23 février 2017

Anna ---- Niccolò Ammaniti

AnnaSicile, 2020. Quatre ans auparavant, une maladie surnommée la Rouge, très contagieuse, a éclos en Belgique et a décimé la population adulte de l'Europe, voire peut-être des autres pays mais l'absence d'électricité ne permet plus de savoir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Seuls les enfants non pubères ont été épargnés. Parmi eux, il y a Anna, qui avait neuf ans quand elle a perdu ses parents, et son jeune frère Astor, qui a quelques années de moins qu'elle. La petite fille a du s'occuper de trouver de la nourriture pour eux deux, d'éviter les bandes de gamins en maraude et de chiens redevenus sauvages mais la propriété familiale a la chance d'être un peu isolée, ce qui a évité jusque là l'arrivée de visiteurs mal intentionnés. La maman d'Anna, avant de mourir, lui a laissé un cahier qu'elle avait eu le temps de rédiger, sorte de guide de survie bourré de conseils et d'astuces. Mais Anna doit aller de plus en plus loin pour trouver à manger et le danger rôde partout …

Me revoilà encore avec un roman post-apocalyptique mais cette fois, la tentation est venue de mon club lecture sur la littérature italienne : une des participantes avait acheté ce livre dans ce cadre-là sans vraiment réaliser le thème de l'histoire. Du coup, elle a moyennement aimé et me l'a prêté pour savoir ce que j'en pensais, vu que j'aime bien ce genre. J'avais un peu peur car je n'ai pas trop d'atomes crochus avec les auteurs italiens (du moins, ceux que j'ai tentés ne m'ont pas franchement convenus ou alors je suis restée asse indifférente) mais là, j'ai tout de suite accroché. L'histoire commence avec Anna sur la route, poursuivie par une meute de chiens dont le leader semble particulièrement robuste et tenace donc on est tout de suite mis dans l'ambiance. On voit que la vie n'est pas facile pour ces enfants et pré-adolescents et on se demande même comment beaucoup ont réussi à survivre sans adultes et sans tout ce qui fait la vie moderne (plus de magasins approvisionnés, plus d'électricité, plus d'élevages ni de cultures, plus de système de santé, plus d'eau courante et j'en passe). J'ai particulièrement aimé la description des nouveaux modes de vie, de l'adaptation des enfants à un nouveau monde. Grâce à quelques flash-backs, on apprend comme la maladie s'est manifestée, quelle était la vie d'avant pour Anna et Astor, mais aussi pour d'autres personnages. Anna est très attachante : elle est à la fois forte et vulnérable, elle se sent responsable d'Astor, qui ne fait rien pour l'aider et se rappelle mieux du passé que lui, et elle se sent surtout très seule et a peur de l'avenir. Le roman nous permet de découvrir d'autres groupes d'enfants, certains à la dérive, certains organisés comme des sortes de sectes et cela m'a rappelé le livre de William Golding, Sa majesté des mouches. L'écriture est fluide, simple, comme le regard d'Anna sur ce qu'elle vit et j'ai trouvé que cela se lisait facilement. Bien sûr, l'histoire s'appuie sur un monde post-apocalyptique bien décrit et effrayant, avec quelques scènes choc, mais c'est aussi une histoire humaine, forte, émouvante et bouleversante. En tout cas, moi, j'ai été conquise et cela m'a réconciliée avec la littérature italienne !

L'avis de Melo.

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22 février 2017

Les voyages d'Ulysse ---- Emmanuel Lepage et Sophie Michel et René Follet

LesvoyagesdulysseFin du XIXème siècle. Jules Toulet est à la dérive depuis la disparition d'Anna, la femme qu'il aime et qui l'obsède. Après plusieurs semaines passées à Istanbul, le jeune homme veut reprendre ses voyages et la quête de sa bien-aimée. Il arrive à vivre et à payer ses déplacements grâce aux dessins qu'il fait à la demande. Sur le port, il rencontre Salomé Ziegler, une jeune femme au caractère bien trempé, commandant du bateau l'Odysseus. Elle accepte de prendre Jules à son bord en échange d'un dessin par semaine de mer et elle lui demande si, par hasard, il ne connaitrait pas Ammôn Kasacz, un peintre dont l'oeuvre est axée autour d'Ulysse et de la Grèce antique, dont elle recherche les toiles. Il faut dire que Salomé est fascinée par l'Odyssée et par les voyages d'Ulysse …

Après avoir lu et entendu de très bons avis au sujet de cet album, difficile ensuite de s'y lancer sans des hautes attentes. La première chose qu'on remarque, c'est la qualité de l'objet : grand format, belle couverture, pages soignées (un peu glacées mais pas trop donc pas vraiment de reflet lors de la lecture) et dessins mis à l'honneur. Le graphisme est classique, réaliste, détaillé, précis dans les moindres détails. Les décors sont grandioses, superbes, les personnages reconnaissables et avec du caractère, les couleurs varient sans être agressives et donnent des atmosphères typiques (mer, ville, campagne grecque …). Parmi les dessins narrant l'histoire (réalisés par Emmanuel Lepage), se sont insérés d'autres dessins, censés être de la patte du peintre mystérieux Ammôn Kasacz (mais qui sont en fait dus à René Follet) et qui sont totalement différents du reste : plus nerveux, plus violents, ils représentent la Grèce antique et les aventures d'Ulysse. Toute une collection des dessins de René Follet est mise en avant en fin d'album. Parfois, on retrouve inséré un calque reprenant un extrait de l'Odyssée d'Homère, extrait correspondant au reste du récit de Salomé et Jules. Quant à l'histoire proprement dite, on n'en sait peu à propos d'Anna, la muse de Jules, celle qu'il recherche, car son histoire a été développée dans l'album Les voyages d'Anna (que je n'ai pas lu) et cela n'est pas franchement un problème car ce n'est qu'un point secondaire du récit, qui s'axe en fait sur Salomé et sa recherche des toiles d'Ammôn Kasacz. Jules n'est là que pour l'aider dans sa quête et pour être son auditeur privilégié (comme le lecteur) quand la jeune femme révèle son enfance et son adolescence, comment elle est arrivée sur ce bateau et pourquoi elle est fascinée par ce peintre et son oeuvre. C'est à ce niveau-là que j'ai eu plus de mal avec l'album : le graphisme m'a assez plu sans pour autant m'enthousiasmer (il me paraît un peu trop académique pour me plaire complètement) et l'histoire m'a laissée complètement indifférente. Si j'adorais l'Odyssée quand j'avais onze ans, ça fait bien longtemps que ma période Grèce antique est passée. Qui plus est, je ne suis pas passionnée par la mer donc tout ce qui se déroulait sur le bateau ne m'a pas franchement intéressée. Et pour finir, Salomé est une femme forte mais je n'ai pas accroché avec sa mère et du coup, la quête de Salomé a un peu perdu de son charme et de son intérêt. Quant à Jules, il est transparent et ne sert pas à grand chose. Du coup, autant dire que je n'ai pas été autant emballée par cette lecture qui semble pourtant plaire à beaucoup. Disons que les thèmes abordés, qui sont pourtant originaux, ne me convenaient pas vraiment et que je suis peut-être un peu difficile (ou grognon à cause de mon rhume qui ne veut pas me quitter !)

L'avis de Miss Alfie's mec.

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21 février 2017

Un bruit étrange et beau ---- Zep

UnbruitetrangeetbeauCela fait plus de vingt-cinq ans que William est devenu Don Marcus, moine chartreux cloitré au monastère de la Valsainte. Celui-ci a été florissant pendant de longues années mais ne comporte plus que neuf membres à présent, ce qui fait que la solitude est encore plus présente. Qui plus est, les moines chartreux ont fait voeux de silence et de pauvreté et les journées se suivent et se ressemblent au point d'oublier tout du monde extérieur. Mais la tante de Marcus vient de décéder et lui a légué une part de ses biens, argent qui pourrait permettre de réparer le toit abimé de la Chartreuse. Seule ombre au tableau : il faut impérativement que tous les héritiers soient présents lors de la lecture du testament. Marcus est donc obligé de quitter sa cellule de moine pour retourner à Paris et redevenir William pour quelques jours. Dans le train, il fait la connaissance de sa voisine de siège, qui revient de Suisse …

Je dois dire que je n'étais pas très attirée par la couverture de cet album ni par le sujet mais comme il fait partie des albums à lire dans le cadre de mon club lecture BD, je me suis lancée dedans. On retrouve le trait de l'auteur qu'on avait déjà découvert dans Une histoire d'hommes, celui qu'il utilise pour ses albums « adultes », avec des histoires plus sombres, plus réfléchies (en opposition à ses albums jeunesse ou ses albums humour). On retrouve un découpage sans contour de vignette, avec des thèmes de couleur en fonction des scènes (de l'ocre pour la scène de balade en montagne, du gris bleu pour la scène du train …). Les personnages sont bien reconnaissables (sauf parmi les moines mais là, c'est normal : ils sont tous censés se ressembler à cause de leur façon de vivre similaire). J'aime bien le trait fin, simple, réaliste et les expressions des personnages. Quant à l'histoire, il s'agit surtout du fait que Marcus va à nouveau être projeté dans le monde extérieur à son monastère et que le contact avec les autres êtres vivants vont le pousser à se questionner et à prendre des décisions. On découvre aussi comment William est devenu le chartreux Marcus et la réaction de sa famille vis à vis de ce choix peu commun. De ce côté-là, c'est intéressant car on s'est tous posé la question, devant un jeune curé ou une jeune bonne soeur, de ce qui les avait poussé à ce choix de vie (on peut aimer Dieu sans pour autant avoir envie de lui dédier sa vie de cette façon). Mais j'ai trouvé que le sujet était trop peu développé, trop effleuré. Le reste du récit s'articule autour de la redécouverte du monde par Marcus mais cela reste sobre (j'avais peur de certaines dérives à l'humour un peu lourd). Néanmoins, je n'ai pas trouvé de grande originalité ni de grande surprise dans le développement des évènements et les décisions que Marcus prend me paraissent logiques et inévitables. Cela reste une lecture agréable et rapide mais que j'ai ressenti comme un tantinet inconsistante malgré un sujet de départ original.

Les avis de Mo, Noukette, Géraldine, Aproposdelivres, Jacques, Yv, Livresse, Stephie.

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20 février 2017

L'appel ---- Galandon et Mermoux

LappelL'été 2014 tire à sa fin. Cécile, infirmière, vient de recevoir une vidéo de son fils Benoît lui annonçant qu'il ne reviendra pas à la maison mais qu'il la rappellera très bientôt. Elle qui croyait qu'il était parti faire du rafting en Ardèche découvre que son fils unique est parti en Syrie pour se battre et qu'il est devenu musulman. Désemparée, incapable de comprendre pourquoi elle n'a rien vu venir, Cécile ne sait pas quoi faire : son amie Nadia lui conseille d'appeler la police, Sofiane, son ex-compagnon et entraineur de boxe de Benoît ne semble pas en savoir, alors Cécile rencontre tous les amis de son fils pour tenter de comprendre pourquoi Benoît est parti. Il semblerait que tout ait commencé après le décès de Bilal, un de ses meilleurs amis …

Avec cet album, les auteurs ont décidé d'aborder un sujet très actuel : le départ de jeunes gens, filles et garçons, pour aller se battre en Syrie alors que rien ne semblait les disposer à un tel acte. Ces jeunes, issus de tous milieux, deviennent musulmans, souvent en cachette de leur famille et les parents sont désemparés quand ils découvrent le départ de leurs enfants. Le dessin, noir et blanc pour le récit actuel et sépia pour les flash-backs, est un peu anguleux, réaliste, expressif, actuel et surtout il reste sobre pour ne pas alourdir le récit déjà sombre. On croirait presque voir les images d'un documentaire se dérouler devant nos yeux. L'histoire interpelle car il concerne aussi bien jeunes et parents mais aussi bien le quidam moyen qui pourrait très bien connaître quelqu'un dans le même cas que Cécile et Benoît. J'ai trouvé que les auteurs réussissaient bien à montrer comment un simple événement peut avoir des conséquences différentes sur les gens et comment certaines personnes peuvent facilement exploiter les failles qui sont nées de ces blessures. On voit bien comment ces ados peuvent se retrouver isolés et mal compris et comment des réseaux de recrutement en jouent sen amplifiant cet isolement. On voit aussi l'incompréhension de l'entourage qui n'a rien vu venir et leur incapacité à réagir de façon concrète. J'ai eu le coeur serré devant l'épreuve que Cécile traverse mais en même temps, les auteurs ont opté pour un personnage très maitresse d'elle-même et de ses sentiments et du coup, il me semble que cela perdait un peu en puissance émotionnelle, ce qui est dommage et donne aussi une motivation crédible au départ de Benoît. La fin est assez prévisible et même là, j'ai trouvé que Cécile restait comme en dehors de l'histoire, pas vraiment impliquée malgré tout. Mais c'est bien le seul petit défaut que j'ai trouvé à l'album, tout le reste étant vraiment bien réussi.

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19 février 2017

The corner ---- Lorenzo Palloni et Andrea Settimo

ThecornerBoston, janvier 1924. Italo Serpio est convoqué par la police pour identifier le corps de son frère, découvert mort par balle sur le paquebot qui l'amenait d'Italie. A sa grande surprise, Italo découvre que son frère Savino était accompagné par sa fille de vingt ans, Luisa, et par son fils Marco, un petit garçon étrange entouré de bandages à cause d'une allergie au soleil. Italo se retrouve donc brusquement chargé de famille, ce qui ne l'arrange pas vraiment. Il faut dire que l'homme travaille comme homme de main pour un chef mafieux local mais qu'il trempe aussi dans les milieux anarchistes avec son ami Mario Buda, avec qui il est en train de préparer un coup d'éclat pour déstabiliser la société américaine qu'ils trouvent corrompue …

La couverture m'a tout de suite plu mais j'ai été moins emballée par le graphisme, qui s'en rapproche pourtant beaucoup. Le dessin paraît plus net sur la couverture alors qu'à l'intérieur, il est un peu plus brouillon, avec des couleur noir, blanc et beige. J'ai souvent trouvé très difficile de reconnaître les personnages, malgré un trombinoscope à l'intérieur de la couverture qui récapitule les protagonistes et une partie de leurs liens entre eux. Il y a quelques décors, souvent simples, mais ceux-ci sont peu nombreux, les personnages étant toujours mis en avant dans les vignettes au point d'occulter l'arrière-plan. C'est un album assez bavard mais que j'ai lu néanmoins facilement et rapidement car l'histoire m'a intéressée et je l'ai trouvée prenante. On découvre le milieu mafieux, les milieux anarchistes mais aussi la police et le FBI, qui sont impliqués dans le récit et on se dit qu'aucun n'est bien clair ni bien sympathique. Parmi les requins de tous bords, Italo essaie de survivre et surtout de trouver qui a tué son frère pour le venger. Cela paraît assez classique pour une histoire d'Italiens à cette époque et dans ce genre de milieu mais il y a des révélations surprenantes et Italo m'est apparu comme quelqu'un de plutôt sympathique malgré ses défauts. On sent qu'il voudrait faire le bien, changer les choses pour qu'elles s'améliorent. Il y a donc de l'action, des réflexions sur le rôle qu'on peut jouer dans la société, sur la famille, une touche de suspense (Italo va-t-il réussir à se venger ?), des rebondissements, un aspect historique avec le côté anarchiste (les auteurs parlent à un moment de Sacco et Vanzetti) et certains évènements ayant vraiment eu lieu (mais je ne sais pas pourquoi les auteurs les ont placés en 1924 dans l'album alors qu'ils ont eu lieu en 1920) … toutes ces choses qui font qu'on tourne les pages rapidement pour en savoir plus. S'il n'y avait pas eu le problème du graphisme qui ne m'a pas convenu à cause de la difficulté pour différencier les personnages, j'aurais vraiment beaucoup aimé cette lecture car au niveau histoire, il n'y avait rien à redire, c'était parfait ! Mais il a fallu qu'il y ait un bémol !

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18 février 2017

Le sang du monstre ---- Ali Land

LesangdumonstreAnnie, quinze ans, a dénoncé sa mère à la police après avoir subi des sévices de sa part et avoir été témoin de plusieurs meurtres d'enfants perpétrés par sa génitrice. Pour sa protection, avant de témoigner au procès, Annie est devenue Milly et est placée dans la famille d'un psychologue. Vivant dans un quartier cossu de Londres, la jeune fille doit s'habituer à sa nouvelle vie où personne ne sait qui elle est hormis ses nouveaux parents provisoires et la directrice de sa nouvelle école. Mike est là pour l'aider à préparer son témoignage et pour accepter ce que Milly considère parfois comme une trahison de sa part vis à vis de sa mère, tandis que Saskia est la mère de famille et épouse désoeuvrée typique et instable. Quant à leur fille Phoebe, Milly avait l'espoir que celle-ci la considèrerait comme une soeur adoptive et que leur complicité l'aiderait à se sentir mieux. Mais dès le départ, Phoebe lui déclare la guerre, que ce soit à la maison ou à l'école et la seule amie que Milly arrive à se faire est une adolescente d'à peine treize ans qui vient de la cité voisine …

C'est le premier roman de cette auteure britannique, ancienne infirmière en pédopsychiatrie, ce qui explique peut-être le sujet qu'elle a choisi et qu'elle semble bien connaître et maitriser. Je n'en avais pas entendu parler mais le fait qu'il soit publié par Sonatine m'a décidé à cette lecture car, dans l'ensemble, je suis rarement déçue par ce qu'ils publient. Il s'agit donc là d'un thriller purement psychologique, sans trop de violence physique (pas de description sordide ou autre). On découvre Annie alias Milly, la narratrice, dans son nouveau foyer et c'est par des réminiscences qu'on apprendra peu à peu ce qui s'est passé avec sa mère, mais sans vraiment rentrer dans les détails. L'essentiel de l'histoire se concentre sur les relations de Milly avec Mike, Saskia et surtout Phoebe, qui ne pense qu'à lui rendre la vie impossible. L'adolescente a un comportement de petite fille riche et gâtée, elle n'arrête pas de monter les filles de l'école contre Milly, elle est toujours prête à la ridiculiser en public, quitte à la mettre en danger. Compte tenu du passé de Milly, j'ai trouvé qu'on oscillait entre pitié et inquiétude car Milly semble assez maitresse d'elle-même et prête à attendre pour se venger. Le suspense commence donc à monter car on se demande si Milly va passer à l'attaque et si oui, quand. L'autre aspect du récit m'a beaucoup intéressée et j'ai trouvé qu'il était vraiment bien mené : on voit, à travers le ressenti de Milly, les relations amour-haine qu'elle a avec sa mère et comment il est parfois difficile de se séparer d'un être proche, même s'il est dangereux pour soi-même et pour les autres. La tension monte au fil des pages, au fur et à mesure du temps qui rapproche inexorablement du procès de la mère de Milly, tout le monde est sur le fil du rasoir et il semblerait qu'il soit nécessaire que quelque chose casse pour faire retomber la pression. A force de lire des polars, j'avais deviné certaines choses sans pour autant imaginer tous les tenants et aboutissants (j'avais même imaginé pire pendant quelques moments !) et il me semble qu'il est assez facile, même pour les néophytes, de se douter de ces révélations si on fait bien attention à tous les détails. Une fois encore, je n'ai pas été déçue par ce titre qui m'a fait découvrir une auteure prometteuse !

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