La bibliothèque du dolmen

16 juin 2017

Selfies ---- Jussi Adler Olsen

 

Selfies

HEARTS2

 

 

Mai 2016, Copenhague. La météo est très clémente pour la saison mais Rose, la secrétaire du département V de la police, ne va pas bien. Une précédente affaire a fait remonter ses souvenirs d'enfance et d'adolescence à la surface et la jeune femme n'arrive plus à gérer la charge émotionnelle que cela provoque. Carl et Assad sont inquiets pour elle et ils essaient de l'aider mais le temps manque car une enquête en cours, le meurtre d'une vieille dame dans un parc de la ville, semble être reliée à une ancienne affaire non résolue. Et c'est sans compter la mort de plusieurs jeunes femmes heurtées par un chauffard …

Voilà enfin le dernier opus d'un de mes auteurs favoris et bien sûr, il a fallu que je me jette dessus mais j'avoue que j'ai fait un peu trainé cette lecture pour rester un peu plus longtemps en compagnie de Carl, d'Assad, de Rose et Gordon (parce qu'on sait qu'il faudra attendre un bon moment avant de les retrouver !). Comme d'habitude, on commence le roman dans le passé, où on découvre une famille dysfonctionnelle, famille qu'on retrouvera plus tard dans l'histoire car certains de ses membres seront des personnages non négligeables dans l'enquête que vont mener Carl et Assad. Quant à Rose, elle tient le devant de la scène car elle occupe beaucoup les pensées de nos deux policiers et ils vont essayer de l'aider en se replongeant dans son passé. Du coup, on va mieux comprendre le comportement étrange qu'elle avait dans les précédents romans et cette histoire sera l'occasion de soulever un petit coin du voile quant à son personnage haut en couleur. Côté enquête classique, on est plongé dans le monde des personnes vivant des aides de l'état et l'auteur s'est focalisé sur des jeunes femmes qui sont prêtes à tout pour arnaquer les services sociaux et ne pas avoir à travailler. Cela donne quelques scènes particulièrement énervantes quand on voit leur façon de raisonner mais ces scènes sont là, je pense, pour nous positionner du côté du meurtrier … enfin, du moins, jusqu'à un certain point ! Disons qu'on peut comprendre certaines de ses réactions et ses motivations. Du coup, je n'ai pas retrouvé la noirceur des précédents romans de l'auteur, certaines scènes, pourtant violentes, ayant un aspect un peu léger, voire cartoonesque. J'ai aussi trouvé quelques invraisemblances et des moments un peu tirés par les cheveux, ce qui m'a un peu perturbée car c'était la première fois que cela m'arrivait avec cet auteur. De même, j'ai été un peu frustrée par le final, qui m'a paru un peu précipité et trop rapide. Mais tous ces petits bémols ne sont pas pour autant réellement gênants dans la lecture, qui reste très plaisante et qui permet d'en apprendre plus sur Rose et de voir un nouvel aspect d'Assad et de Carl, qui deviennent encore plus humains qu'habituellement, car l'auteur est vraiment très doué pour brosser des personnages réussis à la psychologie fouillée. Cela permet aussi de découvrir néanmoins un nouvel aspect de la société danoise et de s'apercevoir que tout n'est pas parfait chez eux aussi !

L'avis de Niki.

 

Albinmichel

 

Merci aux éditions Albin Michel.

 

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15 juin 2017

Le lézard noir ---- Ranpo Edogawa

LelezardnoirA la veille de Noël, à Tokyo, la fête bat son plein dans un club privé et tous attendent avec impatience la venue du Lézard noir, une femme fatale dont le tatouage de lézard sur le bras semble prendre vie à chacun de ses mouvements. Mais la jeune femme est aussi une voleuse hors pair, spécialiste des déguisements et elle a l'intention de kidnapper la fille d'un joailler d'Osaka, de passage dans la capitale pour l'échanger contre un énorme diamant que le père possède. Mais le kidnapping semble trop facile et le Lézard noir a prévenu la famille du danger encouru par leur fille. Du coup, celle-ci est sous la protection du détective privé Kogorô Akechi, dont les talents d'observation et de déduction sont sans pareil …

Me revoilà avec un polar japonais dans le cadre de mon club lecture sur ce thème. C'est les conseils des lectrices et des bibliothécaires qui m'ont convaincue de le lire car elles ont toutes trouvé qu'il lorgnait du côté des romans policiers classiques du genre Agatha Christie ou Arthur Conan Doyle. Mais qu'en plus, il avait un petit côté burlesque, particulièrement dans l'opposition qui se tisse entre la femme fatale/voleuse et le détective privé qui doit la contrer. Ce roman, paru au Japon en 1929, est étonnant de modernité. Toutes les descriptions semblent presque d'actualité : les villes sont vivantes, animées, éclairées la nuit (par des réverbères … mais éclairées tout de même !) et les femmes paraissent souvent être indépendantes (sauf peut-être la pauvre fille qu'on veut kidnapper). On découvre d'abord le fameux Lézard noir, cette femme cambrioleuse et accro aux bijoux, qui séduit les hommes et qui est plus que libérée. Puis, on fait la connaissance d'Akechi le détective et le duel commence. Chacun d'eux rivalise d'ingéniosité et de créativité pour arriver à leurs fins : il y a des déguisements, des pièces fermées où il se passe des choses invraisemblables, des kidnappings, des manipulations, des poursuites et j'ai trouvé qu'il n'était pas facile de choisir son camp tant les deux personnages sont intéressants et intelligents. Mais il y a aussi quelques moments glauques (notamment avec un musée bien particulier). Le suspense est constant car les retournements de situation sont nombreux et les idées originales. C'est un court roman et je n'en attendais pas grand chose. Du coup, j'ai été étonnée d'avoir passer un si bon moment à le lire ! Si les autres livres de l'auteur sont dans la même veine, je ne vais pas les bouder !

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14 juin 2017

Partie de chasse ---- Bilal et Christin

PartiedechasseEn 1983, un train emmène Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko, qui a joué un rôle important dans le régime soviétique mais qui est maintenant atteint de paralysie et donc muet, son fidèle bras droit Evgueni Golozov et un jeune traducteur français qui découvre le pays et ses hommes influents. Les trois hommes se rendent dans une propriété isolée en Pologne où vont se réunir d'autres hommes importants et provenant des différents pays de l'Union. Tous se retrouvent là pour leur partie de chasse annuelle …

Voilà un album qui n'est pas récent ! Sa première parution date de 1983 mais pour ses 30 ans, l'éditeur a ressorti une édition spéciale en grand format (j'imagine le cauchemar pour le caser sur une étagère !). C'est donc cette version que j'ai trouvée à la médiathèque et je crois bien que ma dernière lecture de ce duo date du milieu des années 1980 car j'avais acheté Les phalanges de l'ordre noir à mon chéri. Alors, cette lecture a eu un petit air « séquence nostalgie ». Le dessin est reconnaissable pour qui connait Bilal : le réalisme prime, mais avec une très légère amplification des défauts des personnages et les décors sont soignés, le tout étant habillé de couleurs sombres, tirant souvent dans les marrons, les bleus foncés et les gris. Ce style graphique donne le ton en créant une atmosphère lourde, pesante et va à merveille avec l'époque et le lieu décrits. Vu que cela se déroule en Pologne et en hiver, on ne s'attend pas à des couleurs vives ! Les personnages sont nombreux et avec leurs noms à rallonge, pas facile de s'y retrouver (sans compter le fait que certains se ressemblent un peu trop à mon goût pour qu'on puisse bien les identifier). On voit bien qu'il y a une opposition entre la vieille garde communiste qui a vécu la naissance de l'Union Soviétique et les plus jeunes, plus détachés, moins révolutionnaires. Autour de ces figures typiquement de l'époque, le drame va se nouer mais je me suis perdue dans les motivations des uns et des autres. Bon, dans l'ensemble, j'ai à peu près compris mais je serai bien en peine de tout expliquer en détail ! En plus, même si ce n'est pas si loin que ça, cela paraît déjà un peu vieux et dépassé et du coup, j'ai perdu un peu d'intérêt à cette lecture. Probablement qu'elle résonnait mieux quand on lisait l'album à sa première sortie en 1983 (la guerre froide était toujours en vigueur). Mais c'est toujours intéressant de se replonger dans des anciens albums et de voir comment notre perception et notre intérêt ont évolué. Pour moi, ce fut une lecture assez moyenne, avec trop de pages pour une conclusion trop prévisible. Mais remis dans son contexte et son époque, probablement que c'était une excellente lecture !

L'avis de Mo.

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13 juin 2017

L'odeur des garçons affamés ---- Frederik Peeters et Loo Hui Phang

LodeurdesgarconsaffamesTexas, années 1870. La guerre de Sécession est terminée et l'Ouest sauvage est devenu très attirant pour qui a l'âme d'un aventurier. De nombreuses missions sont organisées pour étudier faune, flore et population, dans le but de séduire les populations sédentaires pour les pousser à aller s'installer sur ces nouvelles terres. Un petit groupe, composé d'un homme mûr chef de l'expédition, un photographe d'origine irlandaise chargé de ramener des témoignages visuels, et un jeune garçon chargé de l'intendance, se dirige vers les terres commanches. Chacun s'occupe de sa mission mais une amitié un peu trouble se noue entre le photographe et le jeune garçon mais le groupe semble en danger : un homme mystérieux les suit et les photos prises récemment montrent des choses étranges …

On pourrait penser que cet album est un énième western mais ce n'est pas le cas. Cela commence effectivement de façon classique mais l'histoire va vite basculer dans le fantastique et l'étrange pour mieux aborder le sujet principal de l'histoire : l'évolution de la civilisation. Chaque membre du trio a son idée sur la question et le reste du monde a aussi sa propre idée et bien sûr, elles ne s'accordent pas toutes ! L'action n'est pas le moteur principal de l'histoire, même s'il y a quelques scènes particulièrement marquantes (les chevaux galopant en groupe, l'homme mystérieux qui suit le trio, l'Indien qui joue de sa magie). L'essentiel du contenu se focalise sur la relation entre Oscar le photographe et Milton le jeune homme, avec la révélation de plusieurs choses cachées concernant chacun d'eux. En plus de la psychologie développée des personnages, les auteurs ont montré leur conception du monde, leur rapport à la nature, leurs espoirs concernant l'avenir. La magie et le fantastique sont omniprésents et font avancer l'histoire et comme cet Ouest sauvage est encore inconnu pour beaucoup, cela ne choque pas … les phénomènes étranges semblent en adéquation avec le peu de connaissances des hommes sur ces territoires et il y a aussi une dimension métaphorique. Cette façon d'aborder l'histoire m'a bien plu car c'est assez subtil et original et le graphisme coloré, aux tons chauds, est vraiment agréable à regarder, avec des décors réalistes et des personnages expressifs.

Les avis de Mo, de Noukette et de Jacques.

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12 juin 2017

Maria Sibylla Merian, la mère de l'écologie ---- Yannick Lelardoux

MariasibyllamerianEn 1657, à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, la jeune Maria Sibylla n'est encore qu'une enfant mais elle est fascinée par les insectes qu'elle découvre dans la nature, encouragée par son beau-père qui voit en elle une passionnée. Alors qu'elle devient une jeune femme, douée pour le dessin, elle donne des cours aux jeunes filles de bonne famille et finit par épouser Johann Graff, un graveur travaillant pour l'entreprise familiale. Mais les insectes l'intéressent toujours autant et elle se pose beaucoup de question concernant leur mode de vie et leur développement. C'est finalement à l'âge de 52 ans qu'elle finit par partir, en compagnie d'une de ses filles, en expédition au Surinam pour les étudier in situ …

Je crois que c'est le troisième titre que je lis dans cette collection « Grands destins de femmes » et je trouve cela toujours très intéressant et très éducatif. D'ailleurs, qui connait Maria Sibylla Merian en France ? Peut-être est-elle plus célèbre en Allemagne, mais de mon côté, je n'en avais entendu parler qu'une seule fois dans mes lectures. C'est pour ça que j'avais noté son nom car j'avais alors vu à l'époque qu'un album lui était dédié. Une des choses que j'aime dans cette collection, c'est le graphisme. Les auteurs sont pourtant différents d'un album à l'autre mais tous optent pour un dessin réaliste, précis et détaillé, et des couleurs variées et vives tout en n'étant pas agressives. Il ressort toujours une impression haute en couleurs, que ce soit visuellement ou concernant les femmes fortes et modernes qu'on découvre. Maria Sibylla Merian ne fait pas exception à la règle : vu l'époque, c'est une femme décidée et libérée, qui fait ce qu'elle a envie de faire et qui s'assume. Il fallait être courageuse pour embarquer vers le Surinam, encore sauvage et méconnu. Même pour les hommes, ce n'était pas facile alors ce devait être pire pour les femmes. Et puis, la passion des insectes de cette femme qui va créer ainsi l'entomologie n'est pas commune pour l'époque (les gens croyaient que les insectes étaient diaboliques !). Par contre, j'ai trouvé qu'on ne comprenait pas vraiment en quoi elle était « la mère de l'écologie ». Cet album est donc une mini biographie sélective de Maria Sibylla, qui montre à nouveau que les femmes sont tout aussi capables, voire plus, que les hommes et qui permet de découvrir un nouveau portrait de femme hors normes qui m'a beaucoup intéressé et qui permet aussi de découvrir partiellement la société de l'époque.

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11 juin 2017

Le bigorneau fait la roue ---- Hervé Pouzoullic

LebigorneaufaitlaroueMarc Polovic, Breton expatrié à Paris, est étudiant en Sciences Po mais ne semble pas motivé par ses études. Il vient d'échouer pour la seconde fois aux examens et doit donc tripler son avant-dernière année. Mais il n'est pas le seul : son ami François, qui est paraplégique depuis son adolescence, est dans le même cas mais il semble moins inquiet car il va bientôt soutenir sa thèse pour Normale Sup et il va aussi se fiancer. Marc, en voyant le bonheur de son ami, se sent seul car il n'a jamais réussi à dépasser quelques jours dans ses relations amoureuses avec les femmes. En réfléchissant sur les raisons de ses échecs, il finit par en déduire que le ciment du couple est l'incompréhension mutuelle et que pour cela fonctionne, l'idéal est d'appartenir à deux cultures, deux pays différents. Marc commence alors à draguer à l'international. Par hasard, il tombe sous le charme d'une belle serveuse italienne lors d'un repas entre amis au restaurant …

C'est le titre qui m'a attirée parce qu'il est amusant et absurde ! J'imagine très bien un bigorneau déguisé en paon. Ici, le bigorneau, c'est Marc, le héros breton de l'histoire, d'où la référence à la bestiole marine. Et Marc ressemble beaucoup à l'auteur du livre donc on se demande où s'arrête la réalité et où commence la fiction. Marc est seul, encore jeune, étudiant, mais il souffre de ne pas réussir à tenir une relation au delà de quelques jours … surtout que c'est toujours les femmes qui le quittent. Du coup, ce roman, c'est un peu de la chick-lit masculine car c'est un homme qui écrit et qui raconte les déboires amoureux d'un homme et sa recherche de l'amour. Aborder ce thème rebattu de ce point de vue, ça change un peu et ça donne un petit air rafraichissant à l'exercice. Surtout que l'humour ne manque pas et il y a des réflexions qui m'ont bien fait rire. J'avoue quand même que j'ai commencé un peu à me lasser au fil des pages, surtout quand Marc part dans des envolées lyriques pour séduire sa belle … cela m'aurait plutôt fait fuir ! Mais comme c'est un roman assez court et facile à lire, il a été vite dévoré et l'ennui n'a pas eu trop le temps de s'installer. Voilà une lecture qui convient aux vacances d'été et qui ne prend pas la tête !

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10 juin 2017

Ma guerre, de La Rochelle à Dachau ---- Guy-Pierre Gautier et Tiburce Oger

MaguerreLa Roche-sur-Yon, 2015. A l'occasion des cérémonies du 8 mai, Guy-Pierre, 91 ans, grand-père maternel de l'auteur, doit recevoir la Légion d'Honneur pour son rôle pendant la seconde guerre mondiale. Sous la pluie, le vieil homme reste droit et est devenu le représentant de tous les hommes entrés en résistance et morts pour la France. Il se rappelle son enfance à Saintes, son adolescence solitaire et l'arrivée des troupes allemandes à La Rochelle en 1940. Son engagement dans la Résistance, alors qu'il avait à peine 17 ans, lui fait perdre son innocence : il découvre les horreurs de la guerre, voit ses amis mourir aux mains de la Gestapo allemande et finit lui-même par être capturé en envoyé au camp de Dachau …

On peut se dire que c'est un énième album sur le sujet de la seconde guerre mondiale et la Résistance mais quand il sagit d'une histoire familiale, comme c'est le cas ici, je trouve qu'il y a une dimension émotionnelle supplémentaire et intéressante. L'auteur Tiburce Oger met en images les souvenirs de son grand-père maternel et montre son parcours pendant ces années de guerre. L'engagement dans la Résistance se fait tout simplement, comme une évidence. On voit comment chacun pouvait, avec les moyens du bord, influer sur l'occupation allemande, ne serait-ce qu'en distribuant des tracts. J'ai aimé le fait qu'on montre que ce n'était pas toujours des actions prestigieuses et spectaculaires. Guy-Pierre est attachant car il est fort et fragile à la fois, il reste un adolescent, un adulte en devenir, plongé dans un monde chaotique et effrayant. Au départ, les souvenirs de ses débuts de résistant sont entrecoupés par des flashs du camp de Dachau mais ensuite, la narration devient plus linéaire, plus chronologique. Les risques pris, le danger, les Allemands omniprésents, tout semble mener à l'envoi de Guy-Pierre à Dachau en tant que prisonnier de guerre. Mais les conditions de vie dans le camp sont terribles et l'auteur n'a rien occulté des horreurs vécues. Même le retour à la Libération ne se fait pas sans mal. Le graphisme est assez classique tout en ayant un trait moderne et dynamique et les couleurs sont douces, contrastant avec la dureté du propos. Malgré les liens familiaux unissant le héros et l'auteur, ce dernier reste impartial et ne cherche pas à enjoliver quoi que ce soit. J'ai trouvé que c'était un bel hommage de l'auteur à son grand-père !

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09 juin 2017

Cher pays de notre enfance, enquête sur les années de plomb de la Vème république ---- Etienne Davodeau et Benoit Collombat

CherpaysdenotreenfanceEn 2015, Etienne, auteur de bandes dessinées, et Benoit, journaliste et écrivain, décident de mener une enquête sur les années de plomb de la cinquième République. Interviewant de nombreuses personnes, les deux hommes se penchent d'abord sur l'assassinat du juge Renaud en 1975, l'omniprésence du SAC, le service d'action civique, dans toutes les strates de la société et à la botte de certains hommes politiques ou de certains partis, mais leurs recherches les mènent aussi à creuser sur l'opposition du syndicat patronal aux syndicats d'ouvriers dans les usines automobiles de Poissy pour terminer sur le soit-disant suicide du ministre du travail Robert Boulin en 1979 …

J'ai emprunté cet album à la médiathèque en sachant que j'allais probablement me perdre dans cette enquête et ce fut bien le cas ! Comme pour Les ignorants, Etienne Davodeau fait équipe, cette fois, avec un journaliste-reporter-écrivain qui a déjà de solides connaissances sur les sujets qu'ils vont aborder dans l'album. On reconnaît bien le trait de Davodeau, le crayonné noir et blanc, sobre et réaliste. En plus, le texte est bien lisible, ce qui est très agréable et cela vaut mieux, car du texte, il y en a beaucoup ! On voit les deux auteurs discuter entre eux de l'enquête, l'organiser, et on voit aussi toutes les interviews qu'ils ont menées, toutes les recherches. Rien à dire côté documentation, c'est du sérieux et du minutieux. Par contre, pour les personnes qui ne connaissent pas bien l'époque (comme moi, par exemple et pourtant, j'ai déjà entendu parler de certaines des affaires abordées), il est très facile de se perdre dans cette avalanche de détails et d'informations car les explications sont assez peu nombreuses et j'ai trouvé que l'époque n'était pas suffisamment détaillée (par exemple, une chronologie avec les présidents en place aux moments clés n'aurait pas été de trop). Pour certains, ce sera la découverte de voir que l'état français, les hommes politiques et les partis ne se gênaient pas pour magouiller (cela n'a pas franchement changé !) et pour éventuellement provoquer la mort des personnes gênantes. De mon côté, cela fait bien longtemps que je ne me fais plus d'illusions (d'ailleurs, je crois que je ne m'en suis jamais fait !) sur ce point et je n'ai donc pas été étonnée. Je reconnais une qualité indéniable à l'album, qui rend compte de façon rationnelle et précise des dérives d'un système qui se veut pourtant irréprochable, mais c'était vraiment trop d'informations pour moi, surtout que je n'ai jamais été passionnée par la politique. Du coup, je ne peux pas dire que j'ai vraiment aimé cette lecture mais c'est vraiment mon ressenti tout personnel et qui est fonction de mes goûts. Sinon, c'est une lecture édifiante !

L'avis de Géraldine (qui a abandonné).

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08 juin 2017

California Dreamin' ---- Pénélope Bagieu

CaliforniadreaminEn 1965, le groupe du moment le plus apprécié des jeunes américains, et plus particulièrement les jeunes Californiens, est The Mamas and The Papas avec leur chanteuse phare, Cass Elliott, qui semble charmer tout le monde. La jeune femme, de son vrai nom, Ellen Cohen, née dans une famille juive et commercante de Baltimore, plutôt enveloppée, ne semblait pourtant pas prédestinée au statut de star. Seule sa conviction de devenir quelqu'un de célèbre grâce à sa sublime voix et son caractère excentrique mais assumé mèneront Ellen au succès et la scène mondiale …

J'ai fait court dans le résumé car cet album raconte tout simplement une grande partie de la vie d'Ellen Cohen, devenue Cass Elliott ou Mama Cass pour le grand public et qu'il est plus intéressant de la découvrir en lisant l'album que mon résumé ! Tout d'abord, en plus d'être l'histoire d'une jeune femme hors normes, c'est aussi l'histoire d'une époque. On la découvre bébé, dans les bras de sa mère, à l'annonce de l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais, puis petite fille ouverte et gaie, fascinée par la musique, le chant, l'opéra dont son père était très féru. Et puis on voit l'adolescente, qui n'est déjà plus dans les normes requises mais dont l'énergie, le caractère et l'humour balaient tous les problèmes. Ensuite, on voit comment les groupes musicaux de cette époque se font et se défont, comment les amitiés se tissent, comment les amours vont et viennent, comment le succès arrive soudain grâce à quelques chansons et un agent un peu plus impliqué dans la promotion de ses poulains. J'ai découvert une personnalité attachante, à la fois forte et fragile, au talent indéniable, au caractère bien trempé, moderne, courageuse et têtue, à laquelle il est difficile de résister. Et puis, l'époque décrite, en majorité les années 1960, a aussi son intérêt : il y a une certaine légèreté dans la façon de vivre, probablement accentuée par l'utilisation des drogues, un espoir omniprésent qui mumure que tout est possible et qu'il faut se laisser porter par la vague et apprécier ce qu'on a. Pourtant, si on voit que Cass est capable de se satisfaire de peu, ce ne sera pas le cas de tout le monde dans l'histoire. Les sentiments de Cass sont montrés de façon subtile, pudique, et si je connaissais déjà les chansons de ce groupe (comme beaucoup de gens vu qu'elles sont célèbres), j'ignorais presque tout de la vie de la chanteuse principale, hormis le fait qu'elle est morte bien trop jeune. D'ailleurs, l'album n'est pas une biographie complète car le récit s'arrête quand le groupe va commencer à connaître des problèmes relationnels et on ne verra pas la carrière solo de Cass. Le dessin crayonné noir et blanc peut sembler un peu brouillon mais il est plein de vitalité et d'énergie et en cela, il représente bien Cass. Je l'ai trouvé particulièrement bien adapté à l'histoire et les personnages sont bien reconnaissables (il suffit d'aller voir les photos ou les vidéos sur Internet pour tout de suite les retrouver dans le dessin). Donc, au niveau graphique, j'ai bien accroché ! Au final, j'ai apprécié ce beau portrait de femme, lu tout en étant bercée par les musiques de son groupe.

Les avis de Mo, Tamara, Clarabel, Canel.

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07 juin 2017

Au bout du fleuve ---- Jean-Denis Pendanx

AuboutdufleuveAu Bénin, dans un petit village situé sur la route de Cotonou, Kémi survit en vendant de l'essence frelatée. Son père est mort il y a quelques mois dans un accident de moto alors qu'il transportait du carburant pour Marcellin, un trafiquant local, et le jeune garçon a été obligé d'arrêter ses études pour travailler et gagner ainsi de quoi manger. Mais il doit encore régler les frais d'obsèques de son père et il finit par accepter d'effectuer à son tour de travailler pour Marcellin et d'aller chercher des bidons d'essence. Mais il espère surtout retrouver son frère jumeau, Yao, qui a disparu brusquement il y a un an. Au fil des ses voyages, il apprend que Yao serait parti au Nigéria, pays voisin et qu'il aurait peut-être rejoint le delta du fleuve Niger où le trafic illégal de pétrole fait rage …

J'avais découvert le dessin de cet auteur avec Tsunami et Le maitre des crocodiles, où il faisait équipe avec Stéphane Piatzszek. Cette fois, c'est tout seul qu'il s'est lancé dans ce nouvel album et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé son trait réaliste et ses couleurs vives. Les paysages sont de toute beauté, même les bidonvilles, certains sont dans les tons ocres, secs comme la savane africaine, d'autres plus verts aux abords du fleuve, les cités lacustres sont magnifiées et le delta du Niger et ses tons sombres ressemble vraiment à l'enfer, à voir toute cette nature détruite. Les personnages sont bien reconnaissables, avec parfois une légère exagération dans leurs traits mais ça ne m'a pas gênée. On découvre la vie difficile de Kémi, qui survit comme il peut, qui fait le maximum et qui voit que ça ne suffit pas. Il est donc obligé de suivre les traces de son père dans le transport d'essence frelatée, travail qui comporte de nombreux risques. Mais il est surtout à la recherche de son frère jumeau et est prêt à tout pour le retrouver ou du moins à savoir ce qu'il est devenu. Le récit est sans concession mais il lorgne aussi parfois du côté des croyances africaines : esprits des morts, marabouts, statuettes et sacrifices. Sans cette part de « surnaturel », cela n'aurait pas eu la même saveur et aurait sûrement paru moins ancré dans le pays. J'ai trouvé Kémi très attachant, très humain, et son périple lui permet de rencontrer différentes personnes, ce qui amène parfois un peu d'humour à une histoire plutôt sombre, qui dénonce au passage l'exploitation à outrance des réserves naturelles par l'homme et les trafics en tous genres qui, eux, exploitent les hommes en les faisant travailler dans des conditions ignobles. C'est une lecture qui m'a finalement bien plu alors que je n'étais pas très sûre de l'apprécier quand j'avais découvert le résumé.

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