La bibliothèque du dolmen

29 mars 2022

Un cri sous la glace ---- Camilla Grebe

UncrisouslaglaceA Stockholm, Emma est une jeune vendeuse travaillant dans une boutique de la chaine Clothes&More et a une relation cachée avec le directeur controversé de cette chaine de magasins, qu’elle a rencontré par hasard. Mais alors qu’ils viennent de se fiancer, Jesper disparaît et le corps d’une jeune femme inconnue est découvert dans la maison de Jesper. Peter Lindgren est mis sur l’affaire. Ce policier, séparé depuis longtemps de sa compagne avec qui il a eu un fils qu’il voit rarement, n’a plus d’illusion sur son métier et sur son avenir. Mais la mise en scène du cadavre rappelle une autre affaire vieille d’une dizaine d’années sur laquelle Peter et son équipe avaient collaboré avec Hanne, une consultante pour la police, qui les avaient aidé à mieux comprendre le meurtrier. Pour tout le monde, il semble donc logique de demander à Hanne de rejoindre à nouveau l’équipe d’enquêteurs mais personne ne sait qu’elle souffre de pertes de mémoires. Qui plus est, Hanne et Peter ont eu une relation amoureuse qui s’est mal terminée …

On avait envie de proposer un polar nordique pour le club lecture de mon village et c’est ce titre qui a été choisi car personne ne l’avait lu et on avait aussi envie que tout le monde découvre un livre en même temps (en général, on a tendance à proposer des livres que les organisatrices ont lus !). J’avais découvert l’auteure il y a plusieurs années quand elle écrivait des polars avec sa sœur et j’avais plutôt bien aimé le premier tome (le seul de cette série traduit en français). Du coup, j’étais curieuse de voir ce qu’elle pouvait produire seule ! Avec Un cri sous la glace, elle entame une nouvelle série avec Peter et Hanne et raconte une histoire chorale, avec trois narrateurs : Peter, Emma et Hanne. Bien sûr, autour d’eux, gravitent d’autres protagonistes secondaires mais le nombre de personnages est relativement limité (une dizaine pour chaque narrateur) donc j’ai trouvé qu’on suivait très bien le déroulement des évènements. On a trois points de vue, complétés par l’histoire personnelle de ces narrateurs, permettant ainsi de découvrir par petits bouts leur passé. Les choses mettent peut-être un peu de temps à se mettre en place car il faut présenter ces trois personnages avant de rentrer vraiment dans l’enquête. Il y a beaucoup de non-dits, de secrets, de gens abimés par la vie, le tout dans une ville soumise au froid et à la neige. J’ai trouvé intéressant la psychologie des personnages et la construction du roman, qui est faite de façon à faire douter constamment le lecteur, qui distille des indices à compte-goutte et qu’on peut ne pas remarquer. Je me suis doutée de certaines choses, pas parce que je les avais repérés, mais parce que certains rebondissements m’ont paru peu crédibles (ils auraient pu l’être si l’auteure avait présenté certaines choses autrement). Aucun des protagonistes ne m’a paru réellement attachant même s’ils sont bien construits mais ils ont quand même éveillé ma curiosité et mon intérêt. Quant au final, il correspondait bien à ce que j’avais partiellement imaginé et a le mérite d’être original (et probablement inattendu si on ne lit pas ou ne visionne pas beaucoup de polars). En tout cas, je continuerai à découvrir cette série pour voir si cette bonne surprise se confirme !  

Les avis de Clarabel, Canel.

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09 mars 2022

Year of wonders ---- Geraldine Brooks

Yearofwonders

HEARTS2

 

 

 

Dans un petit village du Derbyshire, Anna Frith est femme de mineur et mère de deux petits garçons et la vie s’annonce belle jusqu’à ce que son mari décède dans un accident lors de l’exploitation de son filon de plomb. Heureusement, Anna travaille comme servante chez le révérend Mompellion et l’épouse de ce dernier, Elinor, lui a aussi appris à lire. Au printemps 1665, George Viccars, un tailleur venu de Londres, cherche un logement où s’installer et la jeune femme accepte de le recevoir car le loyer va lui permettre de compléter son maigre revenu. George s’entend bien avec les enfants d’Anna et celle-ci le trouve aussi très gentil et poli mais après avoir reçu un colis de tissus en provenance de la capitale, il déclare une fièvre et le révérend Mompellion, appelé à son chevet devant l’aggravation des symptômes, confirme vite les propos effrayants tenus par le pauvre homme malade : il s’agit de la peste et très vite, tout le village va devoir affronter une terrible épidémie et Anna va se retrouver en première ligne …

Cela fait des années que ce roman traine dans ma PAL. D’ailleurs, il y est arrivé de façon inattendue ! Lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande, à la recherche d’une station de radio pendant un trajet en voiture, je suis tombée par hasard sur un feuilleton : c’était ce roman-là qui était lu à l’antenne, à raison d’une vingtaine de pages chaque jour à une heure précise et ce que j’ai entendu à ce moment-là m’a intriguée et bien plu. Du coup, j’ai noté le titre et je me suis précipitée dans une librairie pour l’acheter et puis, comme d’habitude, d’autres titres m’ont fait de l’oeil et celui-ci s’est retrouvé tout en bas d’une énorme pile. Comme ces derniers temps, j’avais envie d’un roman historique et que je voulais lire en anglais, celui-ci est donc revenu sur le devant de la scène ! Je n’ai d’ailleurs pas regretté ce choix car je me suis régalée, même si le vocabulaire recherché et typique de l’époque abordée et cette région de l’Angleterre n’a pas toujours facilité ma lecture (mais j’ai appris plein de nouveaux mots !). On plonge dans l’histoire à l’automne 1666, alors que l’épidémie sévit déjà depuis plusieurs mois et on découvre donc ce qui s’est passé grâce aux flashbacks fournis par Anna, qui est la narratrice s’adressant aux lecteurs. On sait donc certaines choses avant même qu’elles arrivent mais on ne sait pas comment elles se sont déroulées et cela permet une certaine tension dans la lecture car on attend de voir arriver ces drames et comme j’ai trouvé facile de m’attacher aux personnages, je me suis aussi prise à les redouter. Le récit s’appuie sur des faits réels mais peu documentés, ce qui a permis à l’auteure de mélanger fiction et personnages ayant existé sans que cela ne pose de problème. Le contexte historique est intéressant avec la restauration du roi et l’abandon progressif d’un puritanisme religieux et la vie quotidienne du village permet de bien se couler dans l’histoire. Si j’ai énormément aimé Anna et Elinor, d’autres protagonistes sont peu sympathiques et bien sûr, comme dans toutes les crises majeures, il y a toujours des gens pour chercher des boucs émissaires et la religion et la superstition sont omniprésentes. Certains moments sont durs, les évènements tragiques et c’est presque étrange de voir dans un livre écrit en 2002 un reflet des deux dernières années que le monde vient de vivre (et là, on peut relativiser et se dire qu’on s’en est bien sorti comparé aux personnages du livre). En plus de l’épidémie, de la religion, l’auteure nous parle aussi de la condition des femmes, du fonctionnement d’un village de l’époque et des relations entres gens communs et familles riches (et nobles) possédant des propriétés dans les environs. Le seul tout petit bémol est la fin qui m’a un peu moins convaincue mais qui a le mérite d’être originale ! Mais ça mérite quand même un coup de cœur !

*Lu en anglais*

Titre français : 1666

L'avis de Gambadou.

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08 mars 2022

Liens de sang ---- Damian Duffy et John Jennings d'après Octavia E. Butler

LiensdesangEn juin 1976, Dana et Kevin viennent de s’installer dans leur nouvelle maison dans les environs de Los Angeles. Couple mixte, Dana étant noire et Kevin blanc, et tous les deux écrivains, ils vivent leur relation de façon naturelle malgré les difficultés qui ont émaillé leur passé. Mais le jour des 26 ans de Dana, la jeune femme est prise de vertiges et se retrouve, non plus dans sa maison à vider les cartons, mais au bord d’une rivière dans laquelle un garçonnet est en train de se noyer. Dana plonge immédiatement pour le sauver et y réussit mais découvre aussi un fusil pointé sur elle juste avant de revenir dans sa maison de Californie. Ne comprenant pas ce phénomène étrange, la jeune femme a peur de ne plus rien contrôler et effectivement, quelques jours plus, elle est à nouveau prise de vertiges et se retrouve dans la chambre du même jeune garçon, cette fois un peu plus vieux, et qui a mis le feu à ses rideaux. Et cette fois, son séjour va être plus long et lui permettre de découvrir qu’elle est dans une plantation du Maryland appartenant au père du garçon, que la guerre de Sécession n’a pas encore eu lieu et que le jeune maitre est en fait son ancêtre …

J’ai eu une impression un peu mitigée lors de cette lecture car il y a des choses que j’ai énormément aimées et d’autres qui ne m’ont pas convenu. Tout d’abord, je n’ai pas été très fan du style graphique, parfois un peu brouillon et qui ne m’a pas toujours facilité l’identification des personnages qui se ressemblent un peu trop à mon goût. Par contre, j’ai aimé le choix des couleurs et la différenciation entre les années 1970 et les années 1810 : comme la majorité de l’histoire se déroule dans le passé, cette partie du récit est colorée alors que les scènes du présent sont dans les tons rouge orangé. J’ai aussi eu un peu de difficulté à retenir tous les personnages car certains apparaissent trop peu souvent pour retenir leur nom et certaines transitions narratives ne m’ont pas paru fluides, comme si j’avais sauté une page alors que ce n’était pas le cas. Ce n’était pas réellement un problème pour comprendre l’histoire mais ça a quand même perturbé ma lecture. Sinon, pour le côté positif, j’ai adoré l’idée de ce voyage dans le temps très particulier qui permet de bien réfléchir à la condition de la population noire : d’abord esclaves et traités comme du bétail par des propriétaires blancs sans compassion, conditions de vie que Dana va découvrir durement et ensuite, l’évolution, malheureusement encore trop limitée, qui a permis à Dana d’épouser Kevin et de s’affirmer comme une femme noire libre, forte, indépendante et décidée. On voit alors à travers ses sauts dans le temps comme elle va essayer de comprendre le fonctionnement d’un monde esclavagiste et cruel, comment les personnes de l’époque se comportaient, et les choix restreints que la société du Sud des Etats-Unis permettaient pour évoluer. J’ai trouvé l’ensemble passionnant et humain, car rien n’est tout complètement tranché, le bien se mélange souvent avec le mal et il faut être courageux comme l’est Dana pour tenter de faire changer les choses, ne serait-ce qu’à petites doses. J’ai maintenant envie de découvrir le roman  de cette grande dame de la science-fiction car je suis sûre qu’il sera encore mieux !

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26 février 2022

La dernière tentation ---- Val McDermid

LadernieretentationCarol Jordan, après avoir quitté son poste à la tête de la brigade criminelle dans l’East Yorkshire et rejoint la police métropolitaine, postule à présent pour un poste d’agent de liaison entre le National Criminal Intelligence Service et Europol dans le domaine du renseignement et de l’analyse. Mais lors de son entretien d’embauche, on lui propose une mission d’infiltration en Allemagne. Elle doit se rapprocher d’un réseau de trafics en tous genres, dirigé de main de maitre par Tadeusz Radecki car sa ressemblance avec la maitresse du gangster, décédée dans un accident, est frappante. Carol, n’ayant jamais effectué d’infiltration, demande conseil à son ami Tony Hill, qui a quitté son poste de profileur pour devenir professeur d’université, ne supportant plus la pression psychologique que la poursuite de deux tueurs en série a créé chez lui. Mais Tony, pour rester proche de Carol et l’accompagner à Berlin, accepte d’aider les polices allemande et hollandaise pour fournir le profil d’un potentiel tueur en série de psychologues …

J’avais envie de retrouver Carol Jordan et Tony Hill avec cette troisième enquête et cette fois, c’est dépaysant car on quitte l’Angleterre pour l’Allemagne. J’ai toujours un peu peur quand un auteur écrit une histoire qui ne se déroule pas dans son propre pays ou un pays dans lequel il a vécu mais là, ça passe très bien (mais en même temps, je ne connais ni l’Allemagne, ni les Pays-Bas donc j’aurais du mal à repérer les erreurs !). Comme pour l’opus précédent, on sait tout de suite qui est le tueur de psychologues mais on découvre ses motivations par étapes et l’essentiel du développement de cette enquête se focalise sur la façon qu’ont les enquêteurs pour le retrouver, ainsi que la façon dont Tony Hill bâtit le profil du tueur. Parallèlement, il y a le récit sur l’infiltration de Carol Jordan auprès de Radecki et comment elle va gérer cette situation toute nouvelle pour elle. Et pour finir, il y a bien sûr la relation intense entre Carol et Tony, ainsi que la vie des personnages secondaires (une enquêtrice allemande et une hollandaise, Radecki et son homme de main). C’est assez touffu mais facile à lire et prenant car j’ai toujours eu envie de voir comment les choses aller tourner, même si je sais que les aventures de Carol et Tony ont encore plusieurs autres tomes à suivre ! L’auteure n’est pas tendre avec ses personnages et elle ne leur facilite pas la tâche mais j’ai été un peu déçue par un rebondissement peu digne des protagonistes qui ne me paraissent pas aussi bêtes pour avoir fait ce qu’ils ont fait (je ne vais pas développer là dessus car ce serait divulgâcher !). Sinon, c’est toujours un plaisir de lire cette série car la psychologie de nos héros est toujours bien développée et ils sont attachants (on peut même comprendre partiellement les méchants de ce tome ... comme quoi, l’auteure ne fait pas dans le manichéen). Sûr que j’attaquerai le tome 4 dans quelque temps !

Le tome 1 et le tome 2.

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23 février 2022

L'exorciste --- William Peter Blatty

LexorcisteChris McNeil, actrice divorcée et mère de Regan, une fillette de onze ans, s’est installée dans une maison cossue de Georgetown, un quartier de Washington DC car elle tourne un film dans les environs. Willie et Karl, un couple de Suisses, s’occupent de la vie quotidienne du foyer tandis que Sharon assiste Chris dans son travail en tant qu’assistante personnelle. Alors que tout se passe bien et que tout le monde est heureux et bien installé, Regan commence à se plaindre de bruits étranges dans sa chambre, ainsi que d’odeurs désagréables. Chris trouve aussi que la pièce est souvent glaciale et comprend que Regan passe beaucoup de temps dans la salle de jeu du sous-sol, où elle joue avec une planche de oui-ja. Mais les choses vont empirer : Regan va se mettre à agir de façon bizarre et Chris, après lui avoir fait subir de nombreux examens médicaux et vu divers docteurs, ne sait plus à qui s’adresser pour enrayer le cauchemar que fait vivre Regan aux habitants de la maison …

Bon, qui ne connaît pas cette histoire de gamine possédée et agissant de façon particulièrement horrible ? Je pensais avoir déjà lu le roman mais en fait, je me suis aperçue que ce n’était pas le cas et comme j’ai vu le film il y a vraiment très longtemps (la première fois quand j’avais douze ou treize ans au cinéma et la seconde fois avec mon homme mais ça date d’au moins une vingtaine d’années !), mes souvenirs étaient devenus suffisamment vagues pour ne pas gâcher ma lecture. Hélas, elle n’a pas été très bonne pour la simple et bonne raison que ... comment dire ... je ne sais pas si c’est juste dû à la traduction ou si c’est plus global, mais j’ai trouvé l’ensemble terriblement mal écrit et pourtant, je ne suis pas difficile sur ce plan ! En général, j’aime juste que l’écriture d’un livre ne se fasse pas remarquer, que cela soit fluide et facile à lire mais là, entre les phrases aux tournures bizarres, les mots à pouffer de rire (qui peut s’exclamer « crotte ! » devant sa fille qui semble possédée ?) et des dialogues semblant surréalistes (particulièrement avec l’inspecteur de police qui ressemble un peu à Colombo sans en avoir l’intelligence), je me suis trainée comme une âme en peine au fil des pages. Du coup, comme je voulais me débarrasser de cette lecture pénible, j’ai carrément accéléré mon rythme au détriment des autres livres que je lisais parallèlement et qui pourtant me plaisaient cent fois mieux. Mais je pense que, même si la traduction paraît maladroite et un peu vieillotte, le problème est aussi dans la construction du récit, en commençant par le prologue qui n’a franchement aucune utilité. Quant aux personnages, aucun n’est attachant, les situations sont mal décrites et n'ont créé aucun sentiment en moi, hormis l’ennui profond et même les scènes censées être effrayantes lorgnaient plus du côté du grand Guignol (bon, je n’avais pas été non plus très impressionnée par le film !). J’avais beau essayer de replacer le roman à l’époque de son écriture au début des années 1970 pour lui trouver des excuses mais ça n’a pas très bien fonctionné, ma tolérance au style général ayant très vite atteint ses limites. J’ai l’espèce de suite que l’auteur a écrit dans les années 1980 que je comptais lire dans la foulée mais après une telle expérience, j’hésite (mais j’ai vu que ce n’était pas le même traducteur !) ... en attendant, pour me motiver et me réconcilier avec L’exorciste, je vais essayer de voir la nouvelle série qui a été adaptée de ce roman qui semble être considéré comme l’un des plus grands romans d’horreur de tous les temps mais qui a été à des années-lumières de fonctionner pour moi !

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10 février 2022

Les strates --- Pénélope Bagieu

LesstratesLes amis de Pénélope se demandent souvent pourquoi elle n’a pas de chat alors qu’elle les adore mais la raison se loge dans son passé. Son dernier été avant l’an 2000, alors qu’elle venait d’avoir son bac, fut magique et éducatif. Sa relation au sport est particulière car, depuis qu’elle a eu son trophée à l’Ecole Française de Ski, Pénélope sait qu’elle est capable de tout réussir. Le plus gros problème des enfants est d’arrêter de suçoter leurs doigts mais Pénélope a une volonté de fer alors qu’à l’adolescence, c’est plutôt l’apparition des seins qu’on guette avec impatience et inquiétude mais au final, il y a quand même certaines choses ne semblent ne jamais changer …

J’ai hésité longtemps à investir dans cet album car j’avais peur que les souvenirs d’une enfance et d’une adolescence vécues dans les années 1980 et 1990 soient assez éloignés des miens (vu qu’à quatre ou cinq ans près, l’auteure aurait pu être ma fille vu sa date de naissance !). Mais n’ayant pas d’enfant et donc étant restée une éternelle adolescente dans ma tête (oui, oui, dans ma tête, j’ai 19 ans mais mon corps me ramène souvent à la dure réalité), je me suis dit qu’on ne devait pas être très différentes au final. Le graphisme noir et blanc est tout simple mais agréable et change en fonction des époques décrites (par exemple, il est plus naïf, plus enfantin quand le souvenir concerne l’enfance). Les histoires peuvent s’étaler entre une et une dizaine de pages, avec une découpe classique mais parfois un sens de lecture un peu plus original mettant en avant la comparaison entre deux périodes. Bon, avec la première histoire, je n’ai pas pensé à mon enfance mais bel et bien à ma vie adulte et si ceux qui me connaissent ont lu cet album, ils se doutent bien que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ! Ensuite, c’est plus léger, les anecdotes sont souvent mignonnes et abordent différents sujets : les premières relations amoureuses (sujet universel mais il me semble que, malgré un accès moins facile à l’information, on en savait plus à ce sujet à mon époque), les amies (là aussi, ça transcende les époques), les séjours à l’étranger quand on n’a pas beaucoup d’argent (là, je m’y suis bien reconnue ... à part que je n’étais pas seule dans cette galère car j’étais déjà mariée), le deuil (ça concerne toutes les tranches d’âge), les pieds froids et plus général, les extrémités gelées (je pense que beaucoup de femmes vont s’y retrouver !), et j’en oublie. J’ai trouvé le mélange émotion/rires bien dosé et touchant car l’auteure ne cherche pas non plus à apparaître sous son meilleur jour. Bien sûr, c’est un album plus à même d’interpeller les filles et les femmes mais bon, les gars, il ne faut pas non plus vous en priver, ne serait-ce que par curiosité sur la vie et les pensées de la gent féminine (sans oublier que je pense que les angoisses des premières relations ne sont pas vraiment une question purement de fille) !

Les avis de Clarabel et de Moka.

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03 février 2022

The lying game --- Ruth Ware

ThelyinggameIsa, la trentaine, avocate et ayant donné naissance il y a six mois à Freya, une petite fille qu’elle allaite tant qu’elle est en congé maternité, semble avoir une vie londonnienne tranquille avec son compagnon Owen. Mais quand elle reçoit un SMS en plein milieu de la nuit qui émane de Kate, une de ses amies de lycée et qui dit « j’ai besoin de toi », elle n’hésite pas et avec Freya, qu’elle ne peut pas laisser à Owen car le bébé refuse de prendre le biberon, elle part pour Salten, une petite ville côtière, où Kate continue de vivre dans la maison familiale, un ancien moulin isolé et perdu au milieu des marais. Isa y retrouve donc Kate mais aussi Thea et Fatima, les deux autres amies composant leur bande à Salten House, où elles étaient toutes pensionnaires. Mais ces retrouvailles sont surtout un retour en arrière sur une tragédie qui a frappé leur groupe seize ans auparavant et qui a provoqué leur séparation …

C’est mon troisième roman de cette auteure (après The death of Mrs Westaway et The turn of the key) et je suis maintenant sûre de passer un bon moment plongée dans ses pages. Je ne peux pas vraiment le qualifier de roman policier car c’est plus une histoire d’ambiance, où la psychologie des personnages est importante mais qui ne néglige pas pour autant le suspense et il y a quand même une histoire de mort étrange. Dès le départ, une découverte (dont je ne parle pas dans mon résumé) va provoquer la mise en route du récit avec les retrouvailles d’amies de lycée très proches et qui faisaient tourner en bourrique les autres élèves en leur racontant régulièrement des mensonges, certains étant très élaborés. Le roman alterne donc des scènes dans le moulin de Kate à l’époque actuelle, des scènes situées au même endroit ou à l’école proche qui se déroulent du temps de l’adolescence des personnages et des scènes actualles se passant à Londres. Avec cette variété de temps et d’espace, pas le temps de s’ennuyer ! On suit Isa, la narratrice de l’histoire et on a donc uniquement son point de vue et j’avoue que je n’ai pas eu beaucoup d’atomes crochus avec elle. Je l’ai trouvée peu sympathique, plutôt égoïste et souvent de mauvaise foi mais malgré tout ça, cela ne m’a pas empêchée de vouloir savoir ce qui s’était passé et comment cela allait influer sur le présent. J’ai trouvé l’atmosphère du moulin et de cette petite ville de bord de mer un peu à l’abandon particulièrement prenante et la tension augmente au fil des pages, laissant le lecteur dans le brouillard quant aux tenants et aboutissants du récit. J’avais eu un pressentiment sur une partie de la conclusion mais je n’avais vraiment pas vu venir le reste. Ce roman, qui joue sur les souvenirs d’adolescence, sur des décors particuliers, qui se base sur l’amitié, sur les liens familiaux, qui parle de l’amour et des couples, des liens mère-fille, se lit très facilement, c’est fluide, les personnages sont bien campés et ont tous des côtés intéressants et variés et le suspense est bien mené pour pousser à ne pas lâcher le livre, même s’il n’est pas mon préféré de l’auteure (probablement et uniquement à cause de mon manque d’attachement à l’héroïne).

*Lu en anglais*

Titre français : Les cinq règles du mensonge

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15 janvier 2022

Là où chantent les écrevisses ---- Delia Owens

LaouchantentlesecrevissesUn matin d’août 1952, la petite Kya, six ans, regarde Ma, sa mère, valise à la main, s’éloigner à pied de la maison familiale, une cabane délabrée perdue au milieu des marais de la Caroline du Nord, non loin de la petite ville de Barkley Cove. Benjamine d’une fratrie de cinq enfants, seul Jodie, son frère le plus proche d’elle en âge mais avec quand même sept ans de plus, est resté au domicile familial et Pa, leur père, n’est pas très présent. Mais quand il est là, il est souvent saoul et a tendance à être violent avec son entourage. Heureusement, Jodie apprend de nombreuses choses à Kya au sujet de la vie dans le marais : elle sait reconnaître de nombreux oiseaux et animaux, sait où se cacher, les plantes qui sont comestibles, comment se repérer dans les proches canaux autour de la cabane mais un beau jour, Jodie finit lui aussi par partir et Kya se retrouve seule avec un père absent. Seul Tate, un jeune garçon dont le père est pêcheur, semble s’intéresser à la petite fille et essaie de l’aider. Dix-sept ans plus tard, en 1969, le corps sans vie de Chase Andrews, un jeune homme de Barkley Cove dont la famille est bien connue et respectée, est découvert au pied d’une tour de guet abandonnée dans les marais …

Après avoir entendu beaucoup parlé de ce roman lors de mes clubs lecture (à l’époque où on se réunissait encore ... donc pré-virus), on a fini par le choisir comme lecture pour le club lecture de notre village et j’ai donc enfin fini par le lire. Le titre est déjà intrigant, même si l’histoire d’une enfant livrée à elle-même a déjà été exploitée en livres et en films (je pense, pour ne citer que les plus connus, à Mowgli et Tarzan), ce qui me faisait un peu peur. Mais l‘écriture de ce roman est très agréable et j’ai été vite happée par Kya et sa vie proche de la nature et des marais. Comme je peux être moi-même un peu sauvage sur les bords, appréciant la solitude et les animaux, j’ai été très intéressée par la façon dont elle se débrouillait pour survivre. Et puis, l’alternance entre l’histoire de Kya qui commence en 1952 et qui se développe au fil des années et l’enquête de 1969 sur la mort de Chase permet de ne jamais se lasser et de maintenir l’intérêt. On a forcément envie de savoir ce qui s’est passé et comment Chase est mort donc il y a aussi un petit côté « roman policier » à l’ensemble, même si ça n’en est pas un. J’ai particulièrement apprécié la description de la nature, des canaux, des marais, de la faune et de la flore, du respect de Kya pour des choses qui pourraient paraître insignifiantes pour beaucoup (de mon côté, j’ai tendance à moi aussi prêter attention aux petites bestioles ... si je trouve un moucheron ou une autre bébête chez moi, je les sors sans les tuer et si par hasard, je tue un insecte, je m’excuse !!!!!). Les relations humaines sont bien décrites, sans en faire trop et la psychologie des personnages n’est pas laissée de côté et le contexte social et historique joue aussi son rôle (la ségrégation en place à l’époque, le microcosme des petites villes, le mépris de la population pour les très pauvres, l’importance et l’influence des familles aisées ou anciennes dans un lieu). La fin peut paraître surprenante si on ne fait pas attention à certains détails (mais si on repère bien les choses, c’est moins inattendu !) mais l’émotion est bien présente au fil des pages et c’est avec la larme à l’oeil que j’ai quitté Kya et ses marais !

Les avis de Gambadou, Sylire, Enna, Keisha, Kathel, Mes échappées livresques, Aproposdelivres, Géraldine, Alex, Hélène, et probablement que j'en oublie vu le succès de ce titre sur la blogosphère !

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14 janvier 2022

Kosmos ---- Perna et Bedouel

KosmosJuillet 1969. La course à l’espace fait rage entre Américains et Soviétiques. C’est à qui battra l’autre dans la réalisation de nouveaux exploits. Et le 21 juillet, un petit module se détache de la fusée Apollo 11 pour aller se poser sur la Lune. Quand Neil Armstrong pose enfin le pied sur le sol lunaire, c’est l ‘émotion et la fierté dans le camp américain mais quel n’est pas son étonnement quand quelques mètres plus loin, il aperçoit un drapeau soviétique planté crânement au bord d’un cratère et plus loin, il découvre un module lunaire et ce qui semble être un cosmonaute au fond de la cavité …

Moi et les uchronies, c’est une histoire d’amour ! J’adore découvrir ce qui aurait pu être, comment les choses auraient pu se passer autrement et on peut faire confiance aux écrivains en tous genres pour nous concocter des récits étonnants. Avec cet album, ce qui frappe d’emblée, c’est son graphisme épuré, au fort contraste noir et blanc et ses grandes vignettes. La couverture est d’ailleurs très représentative de l’économie des traits : c’est très efficace et l’atmosphère de vide de l’espace est ainsi très bien rendue. Mais l’histoire est tout aussi réussie ! Après la séquence d’arrivée sur la Lune du module américain, où j’ai retenu mon souffle comme si tout cela se déroulait en direct sous mes yeux, on s’aperçoit, en même temps qu’Armstrong, qu’il y a quelque chose d’inattendu et c’est à partir de là, qu’on va découvrir ce qui s’est passé. A travers des interviews de personnalités américaines et russes impliquées dans les programmes spatiaux des deux pays, on apprend certaines choses et on se retrouve aussi à bord du Soyouz 5, à suivre la mission des cosmonautes. Présenté comme un documentaire, cela interpelle aussi les lecteurs sur la perception qu’on peut avoir des faits historiques, se mélangeant allègrement avec la manipulation, la création de fake news ou la dissimulation d’évènements, sans pour autant virer au complotisme (mais forcément, on y pense quand on voit toutes ces tendances actuelles qui fleurissent partout). Un album que j’ai vraiment beaucoup apprécié, même si j’ai été un peu frustrée par sa rapidité de lecture !

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13 janvier 2022

1984 ---- Fido Nesti d'après George Orwell

1984bdAvril 1984, Londres, troisième province d’Océania. Winston Smith rentre chez lui après sa journée de travail au Ministère de la Vérité, où il est charge de réécrire l’Histoire en rectifiant les documents du passé. Son appartement spartiate est dominé par le télécran, omniprésent qui diffuse et observe en même. Organe de diffusion de l’idéologie du Parti et de Big Brother, il sert aussi à vérifier que tout le monde est bien réceptif et obéissant. Mais Winston a acheté un carnet et s’apprête en cachette à y coucher par écrit ses réflexions et ses pensées, ce qui est un crime majeur car réflechir et penser par soi-même n’est pas autorisé …

Je n’avais pas été très emballée par ma lecture du roman, que j’avais trouvé trop long mais je me suis dit que cela passerait peut-être plus facilement en adaptation BD et en français. Eh oui, je suis tenace ! L’album pèse son poids et s’avère dense car il colle de très près au livre d’Orwell. Le graphisme est plutôt simple et semble un peu s’inspirer du visuel de l’adaptation en film (j’ai trouvé que le Winston dessiné ressemblait beaucoup à John Hurt qui joue ce rôle dans le film et Julia ressemble elle aussi à l’actrice Suzanna Hamilton, pour ne citer qu’eux). Du coup, pas de grande surprise visuelle, même si l’ensemble est homogène et plutôt réussi. Forcément, dans un tel monde, les couleurs choisies pour planter l’ambiance lourde ne peuvent pas être variées et lumineuses : on est dans les tons gris, noir, rouge, voire orange pâle. On suit donc fidèlement Winston et son cheminement dans ce monde horrible et c’est sûr qu’à chaque lecture, j’ai retrouvé des liens avec notre époque actuelle, ce qui n’est pas vraiment étonnant. Mais comme l’adaptation s’attache au roman, j’y ai forcément aussi retrouvé les mêmes défauts, les mêmes longueurs, surtout que l’ensemble est verbeux, avec carrément plusieurs pages de texte (quand Winston lit un certain livre). Mon mari riait à me voir lorgner le nombre de pages restant dans ma lecture en sentant que je languissais de passer à autre chose ! C’est sûr que c’est une adaptation réussie, qui montre bien comment les choses peuvent dériver mais à nouveau, j’ai eu les mêmes problèmes à pleinement apprécier malgré une justesse effrayante de l’histoire et de la façon de manipuler les populations.

Les avis de Mes échappées livresques, Enna.

 

Posté par sassenach à 05:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]