La bibliothèque du dolmen

16 juillet 2019

Terreur grande ---- Jean-Pierre Milovanoff

TerreurgrandeQuand le père de l’auteur décède en 1967, il laisse derrière lui de nombreux papiers témoignant de leur vie de famille en Ukraine. Parmi ceux-ci, certains parlent de voisins, les Vassiliev, dont la famille Milovanoff n’avait plus eu de nouvelles à partir des années 1930. Le père de l’auteur avait fui l’Ukraine alors qu’il n’était alors qu’un adolescent alors que la famille Milovanoff subissait de plein fouet la tourmente des années 1920 tandis que les Vassiliev, proches des personnes de haut rang et amis des grands-parents Milovanoff, continuaient une vie normale. Mais en 1937, la terreur grande s’installe dans tout le pays. Personne ne sait plus à qui faire confiance, les alliances varient plus vite que la météo et Staline, de loin, demande à tous ses sbires de se débarrasser au plus vite de tous les ennemis de l’Etat. Les exécutions vont donc bon train, obligeant les fossoyeurs à travailler de nuit pour plus de discrétion …

C’est un petit livre de part son format mais c’est une claque magistrale et un grand témoignage de part son contenu. L’auteur, à partir d’archives, a reconstitué les évènements terribles ayant eu lieu en Ukraine en 1937, où des milliers de gens, la grande majorité étant totalement innocents de ce dont le gouvernement stalinien les accusait, ont été torturés et exécutés sans aucun procès (ou alors avec des simulacres de procès où l’issue était déjà connue d’avance). Il se focalise sur le destin de la famille Vassiliev, les voisins et amis de ses grands-parents et pourtant bien placés dans la hiérarchie. Autour d’eux, gravitent des gens du peuple, comme les fossoyeurs ou la vieille dame qui vend des fleurs au cimetière, des soldats simples exécutants et des hauts gradés sans pitié et ne pensant qu’à leur carrière. L’ensemble est proprement effrayant, glaçant et sans concession : cela nous montre comme un peuple peut être détruit par la folie d’un seul homme, Staline qui voyait des traitres partout, et comment il est facile de manipuler les gens et d’instaurer la terreur au quotidien. Beaucoup de scènes sont horribles (je dis toujours que je ne suis pas facilement impressionnée et que j’adore films et romans d’horreur et c’est vrai mais ce ne sont que des œuvres de fiction alors qu’ici, c’est la réalité qui est décrite et elle est malheureusement bien plus effrayante que la fiction !). Qui plus est, il y a aussi un certain suspense dans la narration car on ne sait pas ce que vont devenir les personnages et qu’on tremble pour eux. Je suis ressortie de cette lecture bouleversée par tant d’injustice mais en ayant aussi appris beaucoup sur cette période.

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15 juillet 2019

Alpha ... directions et Beta ... civilisations ---- Jens Harder

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L'univers s'est formé il y a des milliards d'année à l'issue du Big Bang. Peu à peu, des galaxies se sont formées, des soleils sont apparus et notre Voie Lactée s'est finalement créée, avec ses planètes et plus particulièrement la Terre. Mais avant qu'elle devienne ce qu'elle est actuellement, elle a connu nombres de changements et d'évolutions

Je suis passionnée de sciences en tous genres alors quand j'ai repéré ce titre sur quelques blogs, j'ai de suite été intéressée, à tel point que j'ai du aller à la bibliothèque de l'Ecole Supérieure d'Art de la ville voisine pour pouvoir l'emprunter. J'avais peur de ne pas accrocher, de me perdre dans les explications, voire de m'ennuyer par moments d'où l'emprunt (vu le prix de vente, il vaut être sûr de soi quant à son niveau d'appréciation de cette oeuvre mais maintenant, je dois dire qu'il est amplement justifié !). L'auteur commence à nous narrer l'évolution de l'univers en commençant au tout début connu : le Big Bang, ce qui donne parfois une lecture un peu ardue, avec la création des atomes et des éléments de base et petit à petit, on voit la Terre se créer, la vie commencer à apparaître de façon invisible (à l'ère cryptozoïque), puis de façon visible et de plus en plus évoluée, malgré les nombreux cataclysmes qui ont stoppé, brièvement, cette évolution. Je n'ai pas forcément raffolé du graphisme au départ car je l'ai trouvé un peu lourd mais vu le sujet traité, il est quand même très réussi et je suis pleine d'admiration devant le travail titanesque effectué. Les différentes périodes sont illustrées par une évolution dans la couleur des bandeaux de haut de page, ce que j'ai trouvé bien pratique. De même, l'auteur insère régulièrement des vignettes semblant « hors sujet » au fil de sa narration : on retrouve des images de Jurassic Park au moment des dinosaures, ou bien des images religieuses pour illustrer comment les hommes se représentaient la Terre et son histoire à certaines périodes de l'humanité ou bien des images d'usines ou de plate-formes pétrolières quand il parle de la création des couches de carburants fossiles. C'est vraiment hyper bien fait et passionnant, éducatif à bien des niveaux. Bon, je reconnais que j'en parle très mal vu que le sujet est dense et riche donc je ne vais pas en faire en plus et ne peux que conseiller cette lecture à toute personne intéressée par le sujet. A noter qu'il y aura deux autres tomes à venir : un sur l'évolution proprement dite de l'Homme (de son apparition à nos jours) et un sur les futurs possibles de la Terre et je compte bien les lire quand ils paraitront !

L'avis de Mo' et un billet collectif sur K.BD.

RoaarrChallengeChallenge Roaarrr : Fauve, Prix de l'Audace 2010.

 

 

 

 

 

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Edit du billet du 26 mai 2011

 

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 La Terre poursuit son évolution et lors du passage du Crétacé au Tertiaire, il y a 65 millions d’années, un gigantesque bloc de pierre a frappé notre planète, anéantissant presque toute vie et faisant disparaître rapidement les dinosaures. Mais quelques mammifères ont survécu au cataclysme et vont enfin pouvoir de développer, différents biotopes se créer et la vie va redevenir florissante. Des rats insectivores vont prospérer, ainsi que les animaux nocturnes qui voient leurs prédateurs disparaître. Peu à peu, à coups d’évolution, le groupe des prosimiens va apparaître, développant d’autres branches comme celles des singes et plus tard des primates jusqu’à voir l’ancêtre de l’homme prendre place sur Terre …

 J’avais adoré le premier tome de cette trilogie sur l’Histoire de la Terre et de l’Homme (en prenant du recul sur ma lecture du premier tome, je le trouve de mieux en mieux !), à tel point que je l’avais finalement acheté et j’avais aussi acheté le tome 2 dès sa parution mais je voulais le lire au bon moment, quand je serai tranquille car c’est une lecture qui demande de l’attention. Et puis, sachant qu’il faut un minimum de cinq ans à l’auteur pour publier une suite à cette gigantesque épopée, je savais qu’il n’y avait pas d’urgence à la lecture du tome 2 (qui date quand même de 2014). C’est donc avec plaisir et délectation que je me suis plongée dans ce pavé au graphisme hyper détaillé, mélangeant dessins de l’auteur, reprises de photos existantes et reprises sous forme de dessin, références bibliques, artisitiques, populaires et j’en passe, comme pour le premier opus. Le graphisme est en noir et blanc associé à une teinte monochrome variant selon les époques et les scènes. Les couleurs choisies sont aussi un peu brillantes et cela donne un aspect particulier à l’ensemble que j’apprécie bien. Certes, c’est touffu car mais maintenant que je connais le style de l’auteur, je m’y suis habituée et je l’aime beaucoup (c’est un goût qui s’acquiert avec le temps !). On part donc la disparition des dinosaures qui laisse le champ libre aux mammifères et on suit leur évolution jusqu’à l’apparition des premiers Hommes. De même, on va suivre leur évolution jusqu’à l’Antiquité et l’album s’arrête avec la naissance de Jésus car pour beaucoup d’humains, cette naissance va aussi être le début de l’ère moderne occidentale (et l’an 1 de notre calendrier). L’ensemble est érudit sans être pompeux, j’y ai appris beaucoup de choses (trop peut-être car je suis sûre de ne pas tout retenir … mais au moins, si j’ai besoin de m’en rappeler, je sais où chercher !). J’adore la façon dont l’auteur aborde la narration : chronologique dans l’ensemble mais on retrouve des références populaires actuelles dans les chapitres du passé de la terre (comme une affiche de King Kong quand il parle de l’évolution des singes ou des tableaux du Moyen-Age représentant le Paradis quand les premiers hommes apparaissent). Tout est bien référencé en fin d’album et les parallèles qu’il fait entre passé et présent sont logiques et permettent de mieux comprendre certaines choses (par exemple, on peut comprendre comment la Bible et la religion ont intégré certains phénomènes d’évolution en les transformant en actes de Dieu). Bien sûr, pour mieux apprécier tout le travail fait par l’auteur, il vaut mieux avoir une solide culture générale ! Ça fonctionne aussi si on ne l’a pas mais il me semble que cela enlève un peu de saveur à la lecture. J’ai été tout aussi passionnée par ce tome 2 et j’attends avec impatience le tome 3 … je n’ai rien trouvé au sujet d’une possible parution mais j’espère que cela ne saurait tarder (peut-être dans les 2 ou 3 ans qui arrivent !!!! de toute façon, quand on a parcouru autant de milliers d’années au travers des pages de ces tomes, 2 à 3 ans, ça paraît plutôt relativement court !)

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14 juillet 2019

Moins qu'hier (plus que demain) ---- Fabcaro

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Les relations de couples ne sont jamais simples : lors de la première rencontre, on essaie d’impressionner l’autre en lui faisant croire qu’on aime des choses qui nous ennuient en fait profondément, on essaie de conserver (ou pas) un peu de romantisme dans le quotidien qui fait la part belle au matériel et au pratique en lieu et place de l’amour, on se cache des choses, on partage nos ressentis avec nos amis, on croit qu’on connaît bien l’autre mais on découvre que ce n’est pas forcément le cas …

Cela faisait un petit moment que cet album m’attendait dans ma PAL mais comme il ne reste plus beaucoup de titres de cet auteur à lire, je les déguste lentement et à intervalles un peu distants (en fait, j’attends d’acheter sa dernière parution pour m’attaquer à celle que j’avais acheté précédemment … du coup, il m’en reste normalement toujours une en attente de lecture). Et comme aujourd’hui, la canicule annoncée sur la France ne s’installe pas en Bretagne (on se croirait en octobre : 20-22° et un ciel gris et de la pluie par moments), j’ai eu besoin d’une lecture légère et amusante (je vous précise que si mon billet ne paraît que maintenant, j’ai néanmoins lu cet album le 24 juin) ! J’ai retrouvé le trait typique de l’auteur, avec des visages minimalistes et des décors quasi-absents vu que le récit se concentre sur les personnages (le décor n’est là que pour illustrer un contexte). Les couleurs sont limitées : du noir et blanc complété par un ton autre et différent à chaque page : du vert olive, du kaki, du rose, du gris, du jaune, de l’orange, entre autres. Chaque page se concentre sur un couple et une heure de la journée, celle-ci commençant à 6h58 et se terminant à 23h01. Parfois, on retrouve certains couples au fil des pages alors que certains ne font qu’une seule apparition. L’humour est décalé, absurde, prenant les choses au premier degré, souvent cru et potache mais cela me fait toujours beaucoup rire car je ne me choque pas facilement et que c’est un humour auquel j’ai été habituée jeune et qui me convient bien. Mais je reconnais que cela peut ne pas plaire à tout le monde car ce n’est pas toujours très subtil mais ne pas avoir à réfléchir fait du bien aussi. Pour moi, c’est une lecture détente par excellence et elle me permet de faire travailler mes zygomatiques (et mes abdos aussi car j’ai parfois tellement ri que j’en ai eu mal au ventre !)

Les avis de Noukette, Theaustistreading, Hérisson, Sandrine, AlexandraK, Laure.

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13 juillet 2019

L'homme qui n'aimait pas les armes à feu (tomes 1 à 4) ---- Lupano et Salomone

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Tome 1 : Chili con carnage
Tome 2 : Sur la piste de Madison
Tome 3 : Le mystère de la femme araignée

Désert de l'Arizona, 1899. L'avocat d'origine anglaise Byron Peck, qui hante habituellement les tribunaux de Los Angeles, semble être sur la piste de quelque chose ou quelqu'un, voire même des deux. Il est accompagné de Knut Hoggaard, un danois de forte carrure qui a des difficultés d'élocution mais les deux hommes, pourtant très différents, semblent avoir le même but. Pendant ce temps, le train qui traverse le désert est attaqué par des hors-la-loi mexicains et ceux-ci ne restent pas insensibles au charme d'une des voyageuses, Margot de Garine. Celle-ci réussit à convaincre Manolo Cruz, le chef de bande, de faire équipe avec elle et de l'emmener dans son repaire car la belle est aussi à la recherche de quelque chose …

J'avais été impressionnée par la file d'attente pour les dédicaces concernant cette série lors du festival BD de Nîmes cette année alors je l'avais notée dans un petit coin de mon cerveau. J'hésitais juste à me lancer dans cette lecture car le quatrième et dernier tome n'est pas encore paru et en général, je préfère lire les séries quand elles sont terminées. Mais quand j'ai vu les trois tomes à la médiathèque, j'ai craqué (et je me suis dit aussi que cela risquait de ne plus arriver dans un futur proche). Je trouve le titre très intriguant et les couvertures superbes et amusantes avec ce ton décalé, comme l'est Byron Peck. Le personnage est très anglais, avec son côté un peu précieux et flegmatique et son compagnon danois est tout l'inverse, un peu grosse brute et frustre avec ses borborygmes. Quant à Margot, normal qu'elle charme tous les hommes vu son allure mais je suis d'accord avec les exclamations de Knut à son sujet (si vous voulez en savoir plus, il faut lire la série!). J'étais contente de me plonger dans une ambiance western, que j'apprécie à nouveau depuis quelques années, et avec ces trois tomes, je me suis bien régalée. L'histoire est originale car elle aborde un sujet finalement bien défini par le titre de la série et l'ensemble ne manque ni d'humour ni d'action, sans compter des personnages très réussis et un graphisme superbe. Les paysages sont de toute beauté, riches en détails, et les personnages sont bien différenciés et la petite touche de caricature est bienvenue. Les couleurs aussi sont bien choisies et cela donne des albums très agréables à regarder. Je ne lis pas souvent des albums de format traditionnel (de 48 pages) mais là, je trouve qu'ils sont vraiment bien menés et apportent un excellent moment de détente, sans oublier que le thème qu'ils abordent laisse quand même à réfléchir. Il me tarde de voir le dernier tome paraître !

Les avis de Midola et Violette.

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Edit du billet du 14 janvier 2015

 

Relecture des tomes 1 à 3 :

Comme j’ai enfin réussi à mettre la main sur le quatrième et dernier tome de cette excellent série, j’ai eu enfin (et besoin) de relire les trois premiers opus pour me remettre dans l’ambiance et rafraichir ma mémoire assez brumeuse sur les détails de l’histoire. Effectivement, si je me rappelais très bien des personnages hauts en couleur, j’avais oublié pas mal de choses concernant leurs aventures, leurs motivations et leurs buts. En plus, comme l’ensemble est très réussi, j’ai pris énormément de plaisir à cette relecture et je ne me suis pas ennuyée une seconde !

 

Lhommequinaimaitpaslesarmes4Tome 4 : La loi du plus fort

 

Après de nombreuses péripéties et rebondissements, Margot est en route pour Washington, avec à ses trousses son mari Byron et son ex-amant Knut, qui sont bien décidés à mettre la main sur les fameuses lettres pouvant soit rapporter gros soit changer à tout jamais la société américaine. Mais dans cette course folle, des Navajos se sont aussi invités, se battant pour leurs droits à la terre avec des réserves diminuant comme peau de chagrin. En ligne de mire : la capitale américaine, ses politiciens, ses hommes d’affaire et peut-être de nouvelles alliances en vue pour notre groupe impropable qui ne cesse de s’opposer les uns aux autres …

 

Je n’aime pas trop faire des billets sur différents tomes d’une même série car je trouve qu’on en révèle alors trop ! J’ai donc fait ici un résumé du dernier opus assez court en essayant d’en révéler le moins possible. Après ma relecture des trois premiers tomes qui fut tout aussi plaisante que ma découverte de ceux-ci, j’ai donc enchainé avec ce quatrième et ultime volume. Le graphisme est toujours aussi agréable et sympathique. Comme cette fois, le récit se déroule plutôt en ville, exit les paysages grandioses mais les décors restent superbement bien détaillés et agréables à regarder tout en nous plongeant dans une époque révolue. Les personnages sont toujours aussi réussis, expressifs et amusants dans leurs mimiques et leurs attitudes légèrement caricaturées. Quant aux couleurs, elles sont lumineuses et très adaptées : elles plantent une ambiance aussi bien rétro que réaliste. L’ensemble est donc une réussite visuelle et totalement à mon goût ! Le récit conserve son ton décalé et émaillé d’humour, même si certaines situations se révèlent plus dramatiques mais avec néanmoins une touche d’ironie amère et bien ancrée dans la réalité. Et bien sûr, il y a toujours de l’action et des retournements de situation (peut-être quand même moins spectaculaires que dans les tomes précédents : on est en ville et en plus, l’histoire court à sa fin). Le sujet est effectivement toujours d’actualité (le titre nous en donne un aperçu) et risque de le rester encore longtemps et du coup, c’est une lecture qui sera toujours aussi intéressante à lire au fil des années. Avec ce genre de série, cela me donne envie de tenter plus souvent des lectures d’albums que je considère comme des formats « classiques » (48 pages) car on peut s’apercevoir avec cet Homme qui n’aimait pas les armes à feu que le genre se renouvelle de façon brillante et réussie !

 

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04 juillet 2019

Merdre : Jarry, le père d'Ubu ---- Daniel Casanave et Rodolphe

Merdre

Le 8 septembre 1873, Alfred Henry Jarry nait à Laval d’une mère bourgeoise, fille de notable, et d’un père négociant. Il a une sœur ainée, Charlotte, et semble être un enfant obéissant et bon élève mais ses parents se séparent après la faillite de son père et Alfred, Charlotte et leur mère s’installent à Saint-Brieuc dans la famille maternelle où Alfred découvre l’immense bibliothèque de son grand-père et s’attaque à en dévorer les livres. Toujours excellent élève, il rejoint le lycée à Rennes où il se moque vite de ses professeurs et monte des pièces de théâtre jouées par des marionnettes. Son professeur de physique lui inspirera le personnage d’Ubu, qu’il peaufinera tout au long des années. En 1891, Alfred et sa famille rejoignent Paris où le jeune homme est inscrit au lycée Henri IV pour devenir enseignant mais lui n’a qu’une idée : écrire et commence à fréquenter le salon tenu par Rachilde, femme de lettres scandaleuse et épouse de l’homme à la tête de la maison d’édition du Mercure de France …

J’aime beaucoup des albums de Daniel Casanave qui racontent la vie de personnages plus ou moins célèbres, comme Chamisso, ou des auteurs bien connus, comme Shelley ou Verlaine ou Flaubert. Je suis déjà fan de son style graphique, avec ses dessins en noir et blanc aux traits pointus, aux personnages expressifs et aux décors parfois un peu biscornus mais qui représentent merveilleusement bien une époque précise. Donc, quand je me plonge dans un de ses albums, que je connaisse plus ou moins le personnage étudié, je sais que je vais apprendre plein de choses et passer un bon moment. Ici, il a travaillé avec Rodolphe sur le scénario (parfois, il travaille seul mais honnêtement, à chaque fois, cela me paraît réussi et bien documenté). C’est vrai que je ne connaissais strictement rien à Alfred Jarry, à part le fait qu’il avait écrit la pièce de théâtre Ubu roi et qu’il avait une façon absurde et bizarre de présenter les choses (en créant de nouveaux mots par exemple) et je n’avais jamais rien lu de lui. Du coup, j’ignorais tout de sa vie et des relations qu’il a tissées avec Guillaume Apollinaire ou le Douanier Rousseau, entre autres, ou même qu’il avait rencontré Oscar Wilde. Avec la lecture de cet album, j’ai donc amélioré de beaucoup mes connaissances sur le sujet et sur l’époque et j’ai particulièrement aimé cet auteur fantasque mais attachant, bizarre mais brillant et sa vie fut magnifique dans sa vitalité, parfois amusante dans ses situations mais aussi tragique. J’ai aussi découvert des extraits de ses œuvres mais j’avoue que je ne suis pas sûre d’avoir vraiment envie de les lire ! Par contre, j’aurais beaucoup aimé rencontrer cet homme hors normes à qui cet album rend un bien bel hommage !

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03 juillet 2019

Le mobile ---- Javier Cercas

LemobileÁlvaro est un célibataire à la vie bien rôdée : son réveil sonne toujours à 8 heures, suivi d’une douche glacée et d’un tour au supermarché puis de son petit-déjeuner en lisant le journal. Sa journée de travail commence à 9 heures par l’écriture du roman parfait et son après-midi est dédié à son emploi de conseiller juridique dans un petit cabinet d’affaires. Álvaro a une idée très précise du livre qu’il veut écrire mais pour ancrer celui-ci dans la réalité, il a besoin de prendre pour modèles des gens qui l’entourent et d’observer leurs réactions et leurs comportements. Il a dans l’idée d’imaginer qu’un couple habitant dans un immeuble comme le sien et en difficulté financière pourrait être tenté d’assassiner un de leurs voisins, de préférence vieux, célibataire et riche, comme par exemple, le vieux Montero qui vit au dernier étage et qui ne parle à personne …

J’avais besoin d’un petit livre facile à lire après m’être trainée sur le roman de Philippa Gregory et donc, j’ai opté pour ce titre qui est plus une nouvelle qu’un roman. Ayant eu de bons échos via mes clubs lecture, je savais que je n’allais pas passer trop longtemps dessus et ce fut le cas. On découvre donc un homme célibataire, pas très jeune, relativement imbu de sa personne, pompeux (les premières pages, où il discourt sur sa vision de la littérature sont très représentatives et peu agréables à lire) et qui a l’idée de s’inspirer de son entourage pour écrire un roman qu’on pourrait qualifier de roman policier puisqu’il implique un meurtre dans un but purement vénal. Mais entre s’inspirer de ce qu’il voit autour de lui et tenter d’influer sur le cours de la vie quotidienne de ses voisins, il n’y a qu’un pas allègrement (et inconsciemment !) franchi. Le narrateur, qui est donc Álvaro, n’est pas quelqu’un de sympathique et c’est justement grâce à cela qu’on continue à tourner les pages : on veut savoir comment tout ça va tourner et éventuellement, si cela va lui revenir dans les dents, à notre plus grand plaisir. Comme à mes yeux, c’est une nouvelle, il fallait forcément que la fin soit mémorable, percutante, amusante et inattendue. Bon, côté inattendu, c’est un peu râpé car depuis que ce récit a été écrit (sa première publication date de 1987), on a eu maintes fois l’occasion de découvrir des histoires fonctionnant sur le même principe narratif et donc, il devient difficile à présent d’être surpris et de ne pas voir venir le final. Cela n’enlève heureusement rien de sa saveur ironique ! Voilà donc une lecture rapide mais sympathique qu’on peut caser à tout moment ! Par contre, si on achète le livre en version papier neuve, ça fait cher l’heure de lecture … de mon côté, c’était la médiathèque qui me l’a fourni !

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02 juillet 2019

Moi en double ---- Navie et Audrey Lainé

MoiendoubleEn juillet 2014, Navie doit courir après son petit garçon qui se rapproche dangereusement de la piscine et elle se rend compte que son surpoids l’handicape et pourrait devenir un vrai problème pour elle ou pour son entourage. Elle avait pourtant instauré toute une stratégie de mensonges pour cacher sa relation à son poids et après avoir essayé des quantités de techniques pour maigrir et vu des tas de spécialistes, elle finit par rencontrer celle qui lui explique qu’elle vit constamment avec son double, qu’elle le porte sur son dos. Cette prise de conscience lui permet alors de lutter contre ce double, celui qui la réconforte, qui la rassure mais qui la pousse aussi à manger mais le parcours sera long et souvent douloureux …

Souffrant d’hyperphagie, Navie s’est associée à la dessinatrice Audrey Lainé pour raconter sa relation avec son poids et le parcours qu’elle a suivi pour essayer de s’en débarrasser. J’aime bien le relativement petit format qui rend la lecture plus intimiste sans pour autant enfermer le dessin. D’ailleurs, le graphisme noir et blanc avec quelques touches de rouge toujours bien placées pour accentuer le ressenti de lecture. Le style est réaliste et soigné mais il est aussi très moderne et très dynamique et le dessin a réussi à bien transmettre les émotions (les pages sur la douleur sont une vraie claque tellement on y plonge soi-même en les regardant). C’est un premier album pour la dessinatrice mais vu la qualité graphique, nul doute qu’il y en aura d’autres ! Quant à l’histoire, elle parle de poids, d’estime de soi, de l’image qu’on donne aux autres, d’addiction, d’amour, d’amitié et de courage. Finalement, on pourrait, dans l’absolu, parler de drogues ou de toute autre chose dont on ne peut se débarrasser facilement et pour lesquelles un parcours de prise de conscience doit être effectué au préalable. J’ai trouvé l’ensemble très intéressant et très bien mené, avec pudeur et sans pathos. On voit les difficultés mais on voit aussi le courage et la volonté. On découvre aussi que c’est un combat permanent, que les victoires ne sont pas éternelles et qu’elles ne résolvent pas tout (voire même qu’elles peuvent créer d’autres problèmes). C’est une lecture qui m’a beaucoup plu et que j’ai trouvé positive malgré les hauts et les bas vécus par l'auteure.

Les avis de Brize et Stephie.

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01 juillet 2019

Quand j'avais ton âge ---- Katja Klengel

QuandjavaistonageLili est étudiante en musique et chant à l’université de Dresde et elle joue régulièrement en concert dans des bars et des festivals avec son groupe Pigeon Attack. La jeune femme est satisfaite de sa vie de couple avec Jim, même si l’appartement où ils vivent est plutôt spartiate. Lors de la St Sylvestre, elle doit jouer dans une boite de nuit mais Jim, qui a passé une partie de la soirée chez un ami, ne vient pas assister au concert et ne rentre que le lendemain matin avec une explication peu crédible. La grand-mère de Lili, elle, vit seule depuis qu’elle est devenue veuve il y a plusieurs années et sa santé n’est pas excellente. Mais la vieille femme refuse toute aide, y compris celle de son gentil voisin, veuf lui aussi …

Vu le titre, je m’attendais principalement à un échange entre une grand-mère et sa petite-fille, expliquant les conditions de vie de l’une par rapport au style de vie de l’autre mais au final, cela n’a pas été vraiment ça. Le petit format carré est plutôt sympa mais il ne met pas vraiment le dessin en valeur et surtout, la police et la taille des caractères (fonction de la taille de l’album) n’a pas facilité ma lecture. Il a fallu que j’en lise une partie avec une loupe tellement j’avais des difficultés … en journée, ça allait mais le soir, la diminution de l’éclairage n’aidait pas (et bon, il faut aussi avouer que je dois aller chez l’ophtalmo pour de nouvelles lunettes !). Le graphisme noir et blanc m’a bien plu : il est moderne, dynamique, un peu anguleux et lorgne parfois vers le manga. Les personnages sont expressifs, bien typés, et les décors bien détaillés sans être étouffants. Le récit se focalise surtout sur Lili, avec quelques intermèdes sur sa grand-mère Rosalie, au caractère bien trempé. On découvre leur relation plutôt inexistante au début et qui s’améliore tout doucement (sans qu’on comprenne bien pourquoi d’ailleurs … j’ai trouvé que ça arrivait un peu comme un cheveu sur la soupe !). Forcément, avec Lili au centre de l’histoire, on retrouve les habituelles questions : que fais-je faire de ma vie, mon couple est-il solide et vrai, comment exister par soi-même sans couper les ponts avec sa famille et en acceptant l’histoire familiale, enfin bref, rien de vraiment neuf sous le soleil. Les difficultés de Rosalie à accepter son deuil m’ont paru bien plus intéressantes et originales mais trop peu fréquemment développées à mon goût : on a des petits flash-backs sur sa vie avec son mari mais ils sont trop peu nombreux pour se faire réellement une idée complète de sa relation avec lui. J’ai par contre aimé sa relation avec son voisin, que j’ai trouvé vraiment adorable et charmant, malgré le sale caractère que Rosalie lui oppose. On voit donc effectivement deux relations en parallèle, celle de Lili et Jim et celle de Rosalie et son voisin Bernd, voire même trois si on compte Rosalie et son mari décédé Siegmund. La seule liaison avec le titre, c’est que les deux femmes ont été éduquées différemment et abordent l’amour en fonction de ce qu’elles ont appris à attendre de celui-ci. Cela reste une lecture sympathique et pudique mais au final assez classique et j’aurais aimé une plus grande comparaison entre l’époque de Rosalie et celle de Lili.

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30 juin 2019

Lenny the lobster can't stay for dinner ... or can he ? You decide ! ---- Finn Buckley et Michael Buckley et Catherine Meurisse

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Lenny reçoit une invitation à un diner très classe dans une belle maison. Il se pomponne, achète des fleurs et un dessert et n’oublie pas les enfants qui seront présents. A son arrivée, les invités l’accueillent à grands cris : il semble être l’invité d’honneur du repas mais Lenny commence à se demander s’il a bien fait de venir et s’il doit rester pour le diner …

J’adore les homards et je n’en mange plus depuis des années (et je me prive car c’est super bon !) alors ce titre ne pouvait pas passer inaperçu à mes yeux. J’ai donc été ravie de le trouver en anglais et de le dévorer, si j’ose dire ! Lenny (devenu Homère en français) est un superbe homard très élégant et très gentleman (en fait très british d’où mon intérêt à lire l’album en anglais plutôt qu’en français !) et qui pense à faire plaisir à tout le monde quand il est invité quelque part. Mais cette invitation à diner semble cacher quelque chose dont tout lecteur adulte se doute aisément. Mais ce sera au lecteur de décider si Lenny reste ou non dans cette maison qui a tout du traquenard. Forcément, ma première lecture a été de le faire fuir immédiatement ! Mais ensuite, j’ai lu l’autre option, celle où Lenny reste au diner et les deux sont toutes aussi amusantes et réussies l’une que l’autre. Les dessins sont de Catherine Meurisse, dont j’apprécie énormément le style : c’est clair, lumineux, vivant et avec un petit côté rétro que j’adore. Et l’histoire a été écrite à deux : le fils, Finn, qui a une dizaine d’années, adore les homards (on est donc totalement sur la même longueur d’ondes lui et moi) et le père, Michael, qui est auteur de romans jeunesse. Une véritable réussite que cet album animé et amusant qui nous fait forcément regarder nos repas d’un autre oeil !

*Lu en anglais*
Titre français : Homère le homard doit-il rester diner ? A toi de décider !

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29 juin 2019

Le chat qui n'aimait pas les poils ---- Séverine de la Croix et Anthony Signol et Pauline Roland

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Eusèbe est un chat très poilu mais il a un gros problème : il n’aime pas les poils ! Un comble quand on en a le corps couvert et pas qu’un peu ! Il aime qu’on le câline mais surtout pas à rebrousse-poil, il aime faire sa toilette mais après, il a plein de poils sur la langue et ça l’énerve. Et puis, suivant l’endroit où il dort, ses poils prennent un mauvais pli et Eusèbe ne ressemble plus à rien. Alors, il ne reste plus qu’une seule chose à faire : se débarrasser de ces poils gênants, mais comment ?

Je ne connaissais pas cette collection qui regroupe un tas de titres sur des animaux qui n’aiment pas des choses qui sont essentielles dans leur vie (le dragon n’aime pas le feu, la poule les œufs ou le pou les cheveux par exemple) mais j’ai craqué devant la couverture représentant ce chat bleu en bagarre avec ses poils. Et j’ai trouvé cet album jeunesse vraiment excellent ! Tout d’abord, j’ai totalement accroché au dessin très actuel mais qui montre un Eusèbe très expressif et très amusant. On a envie de le caresser et de le câliner ! Et moi, j’avais envie de fourrer mon nez dans sa fourrure et de respirer un bon coup (autant dire que je ne suis pas du tout allergique aux poils de chat !). Et puis, Eusèbe, comme nom pour un chat, n’est-ce pas savoureux aussi ? Donc, on voit toutes les idées qu’a ce pauvre chat pour se débarrasser de sa toison encombrante et elles m’ont fait rire. Pauvre bête !!! Il lui arrive des tas de choses et on se demande s’il arrivera à ses fins et qu’est-ce qui se passera si c’est le cas. La fin est donc à la hauteur de l’ensemble de l’album : amusante et finalement très logique. Bref, je me suis régalée avec cette lecture et je suis tentée de me lancer dans les autres titres de cette collection originale.

L'avis d'Accrocdeslivres.

Posté par sassenach à 05:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]