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10 mai 2017

Birmanie, fragments d'une réalité ---- Frédéric Debomy et Benoît Guillaume

BirmaniefragmentsEn 2015, Benoit, plutôt néophyte des problèmes birmans, et Frédéric, spécialiste et impliqué dans la vie sociale du pays à travers des associations, partent pour deux mois en Birmanie, avec un passage par la Thaïlande. Le pays, après avoir connu pendant longtemps la dictature militaire, semble s'ouvrir au reste du monde depuis quelque temps. Signe le plus flagrant aux yeux des Occidentaux, après avoir été assignée à résidence pendant plusieurs années, Aung San Suu Kyi, est élue députée en 2012 mais les problèmes n'ont pas disparu pour autant : l'islamophobie fait rage, entretenue par Wirathu, un moine bouddhiste prêchant la haine des musulmans et les différentes régions du pays ne sont toujours pas unies, chacune défendant ses droits vis à vis d'un gouvernement où les militaires conservent toujours une place prépondérante …

Cela n'a pas été facile de faire mon résumé car je ne connais pas grand chose à la Birmanie et, qui plus est, après cette lecture, si j'en ai appris un peu plus, ce n'est pas forcément plus clair dans ma tête ! On suit les deux auteurs en voyage dans le pays et ils vont rencontrer de nombreuses personnes. Il y a ceux qu'ils connaissent déjà, avec qui ils sont en lien régulier et qui leur servent de guides et il y a ceux qui sont interviewés pour aborder un sujet précis : racisme, lutte contre le pouvoir en place, étudiants, musulmans, bouddhistes, régionalistes, membres de différents ethnies, paysans, membres de factions armées, membres d'associations de défense, hommes, femmes … bref, on rencontre beaucoup de monde et chacun raconte son ressenti, illustré par des compte-rendus d'évènements. J'avoue qu'en plus, avec les noms des régions et les noms des gens, qui ne sont pas faciles à retenir pour nous Occidentaux, je me suis souvent perdue dans tous ces témoignages. Je suis néanmoins arrivée à retenir certaines choses dont ces deux idées majeures : si le pays s'ouvre et s'améliore, ce n'est pas pour autant gagné et il reste beaucoup à faire et le racisme contre les musulmans est très fort dans le pays (moi qui croyais que les bouddhistes étaient zen et tolérants, j'ai bien déchanté !). Le graphisme ne m'a pas franchement séduite : j'ai trouvé le trait un peu grossier et les couleurs choisies (en majorité du jaune et du gris avec quelques planches tout en rouge) ne m'a pas vraiment convenu. Mais c'était surtout pour le propos que j'avais décidé de lire cet album, pas pour ses dessins. C'est une lecture qui m'a intéressée mais que j'ai trouvée un peu fouillis, avec trop d'infos sur de trop nombreux sujets mais je comprend que, pour avoir une vision d'ensemble, il faut bien parler de tout. Mais cette débauche d'informations a eu tendance à noyer mon petit cerveau et je ne suis pas sûre de retenir beaucoup de choses de cette lecture (mais bon, à partir du moment où il en reste une ou deux traces dans la mémoire, c'est déjà ça !).

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09 mai 2017

Groenland vertigo ---- Tanquerelle

GroenlandvertigoNovembre 2010. Georges est dessinateur et scénariste de bandes dessinées mais a un peu perdu l'inspiration. C'est alors qu'il est contacté par Magnus Kuller, capitaine de la goélette Aurora, qui a obtenu son adresse mail par un ami commun, Jørn Freuchen, un auteur de nouvelles arctiques se déroulant au Groenland. Il lui propose de rejoindre l'expédition qui mêlera scientifiques et artistes et qui aura lieu au nord-est du Groenland en août 2011. Bien qu'il ne soit pas fan de voyages, Georges accepte et rejoint l'équipage et les participants en Islande où ils embarqueront à bord. Georges est à la fois inquiet et impatient de découvrir la région et il est content de retrouver son ami Jørn …

Cet album à la couverture très classique est à la fois un récit de voyage et une espèce de racontar arctique ! Car même si les personnages ont des noms différents, on ne peut que penser à Jørn Riel dans le rôle de l'auteur de nouvelles et à Tanquerelle, l'auteur de cet album (mais aussi de l'adaptation BD des racontars de Jørn Riel), dans son alter ego de papier Georges. En tout cas, j'espère qu'il n'est pas aussi maladroit que lui ! Car Georges, le narrateur, est non seulement un être inquiet dès qu'il n'est plus dans son environnement habituel (d'où son peu d'intérêt pour les voyages et ses cauchemars la première nuit) mais il est aussi très gaffeur, ce qui donnera des scènes amusantes qui rappellent les aventures des personnages de Riel, mais mis à la sauce actuelle. Bon, bien sûr, ce n'est pas tout à fait aussi savoureux que les racontars car les personnages de ces nouvelles étaient déjà très hauts en couleur et il ne pouvait être que difficile de les égaler mais l'auteur s'y efforce de son mieux (avec un artiste allemand un peu fou et parano, un Jørn Freuchen toujours prêt à l'aventure et un Georges qui enchaine les bêtises). On découvre un Groenland en été, sans glace ni neige et donc un peu moins « pittoresque ». Seuls les icebergs sont présents pour rappeler le rude climat. Le dessin est très classique et fait penser aux albums de Tintin (et d'ailleurs, Georges est parfois surnommé Tintin par ses collègues de l'expédition). Le trait est simple, les couleurs franches, les décors suffisamment détaillés pour qu'on s'y croit mais sans l'être trop (disons qu'on n'a pas l'impression de regarder une photo !) et les personnages ont tous des gueules bien reconnaissables. Je ne suis pas forcément fan de ce style graphique mais je trouve qu'il allait très bien avec l'histoire. Il y a de l'humour et de l'aventure, un peu de dépaysement et cela reste une lecture légère. Il y a par contre un bémol concernant l'impression de l'album : une feuille d'erratum y est jointe pour corriger les nombreuses fautes dans le texte mais j'avoue que je suis parfois restée un peu perplexe vu que je n'ai pas toujours vu de différence entre ce qui était écrit dans l'album et la correction à effectuer (et dans l'ensemble, les fautes sont souvent sur les accents ou leur absence ou sur les noms propres). Mais le pire, c'est qu'il y a même des fautes dans l'erratum (par exemple, sur le numéro de la case concernée par la correction) ! Franchement, je ne suis pas sûre que les erreurs m'auraient beaucoup gênée car mon cerveau les avait corrigées automatiquement lors de la lecture (sans compter que j'ai eu l'occasion de voir largement pire !). Voilà une lecture que j'ai trouvée sympathique et agréable, qui est sûrement plus savoureuse pour ceux qui connaissent l'oeuvre de Jørn Riel et qui, pour les autres, pourrait les inciter à se lancer dans ses excellents recueils de nouvelles !

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08 mai 2017

Les inséparables ---- Stuart Nadler

LesinseparablesHenrietta Olyphant, 70 ans, vient de perdre son époux Harold il y a quelques mois et n'a pas encore terminé son deuil. Mais en plus de la tristesse d'être devenue veuve après avoir été très proche de son mari, elle doit aussi faire front à des problèmes financiers. C'est pourquoi elle a enfin accepté que son unique roman, « Les inséparables », soit réédité. Ce livre, écrit dans les années 1970, alors qu'elle était une universitaire féministe et une jeune maman, est devenu culte mais lui a valu beaucoup de critiques et une renommée dont elle se serait bien passée. Qui plus est, sa fille unique Oona, chirurgienne orthopédique, vient de se séparer de son mari Spencer et est venue habiter chez elle. Quant à sa petite fille Lydia, la jeune fille de quinze ans avait désiré finir sa scolarité lycéenne dans un pensionnat haut de gamme du Vermont mais, trahie par son petit ami, elle vient de découvrir qu'une photo d'elle dénudée circule parmi les élèves …

Après avoir découvert cet auteur avec Un été à Bluepoint, que j'avais bien aimé mais qui m'avait néanmoins un peu déçue (je m'attendais à autre chose), j'ai voulu savoir si mon coeur allait basculer d'un côté ou de l'autre avec ce nouveau titre. Là encore, il y est question de famille. On découvre Henrietta, la doyenne, qui voit sa vie bouleversée par la disparition de son mari et par des problèmes financiers. Il lui faut donc vider la maison familiale, bousculant les souvenirs qui y sont forcément associés mais aussi faire face à la réédition de son roman « Les inséparables », qu'elle considère comme un boulet qu'elle a trainé toute sa vie. Il faut dire que ce livre aborde le plaisir sexuel féminin et a donc fait couler beaucoup d'encre à l'époque de sa parution plus de quarante ans auparavant. Il y a aussi sa fille Oona, qui vient de se séparer de son époux, éternel adolescent incapable d'avoir un travail rémunérateur et accro au cannabis. Mais se retrouver seule après vingt ans de mariage, cela se révèle peu facile, surtout quand il est question de se replonger dans les relations homme-femme. Et puis, pour terminer, il y a Lydia, la fille adolescente d'Oona et Spencer, qui est tiraillée entre ses parents séparés depuis peu, et qui se retrouve, elle aussi, dans les problèmes jusqu'au cou car une photo d'elle dénudée qu'elle a prise dans les douches lui a été volée par son petit ami et circule parmi les élèves du pensionnat qu'elle fréquente. La jeune fille, pour qui s'était la première relation plus qu'amicale, se sent à la fois trahie et lynchée sur la place publique alors qu'elle n'y est pour rien. L'auteur nous décrit donc trois générations de femmes, chacune avec une histoire différente (le couple heureux d'Henrietta et Harold mais que la mort est venue briser, le couple en crise d'Oona et Spencer et l'embryon de couple de Lydia et Charlie ou devrais-je dire l'illusion d'un couple). Le vécu de ces trois femmes influence leur présent et on ressent bien aussi que les époques de la jeunesse de chacune a joué un rôle important et se révèle assez caractéristique (années 1970, liberté sexuelle et féminisme pour Henrietta, conséquences du féminisme avec plus de pouvoir et d'opportunités donnés aux femmes et difficultés des couples pour Oona et la superficialité des relations et la circulation mondiale de l'information via Internet pour Lydia). J'ai trouvé tout cela intéressant, touchant et bien mené. Il me semble qu'on peut facilement se retrouver un peu dans chacune des héroïnes. L'écriture est fluide et très agréable, les chapitres se focalisant tour à tour sur chacune des trois femmes (les hommes n'étant forcément jamais bien loin !). Il y a un peu d'humour mais il y a surtout aussi beaucoup de nostalgie car le deuil tient une place importante dans ce roman : deuil d'un époux, d'un père, d'un couple, d'une innocence adolescente … il y prend plein de formes et l'auteur a su montrer, de façon subtile, douce et attachante, les sentiments de ces femmes tout à la fois fortes et fragiles. Un bien joli roman !

Babelio

 

Merci à Babelio

et

Albinmichel

 

aux éditions Albin Michel

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01 mai 2017

La maison où je suis mort autrefois ---- Keigo Higashino

LamaisonoujesuismortautrefoisSakaya, une jeune femme mal dans sa peau et mère d'une petite fille de trois ans, contacte son ancien petit ami de l'université pour qu'il l'aide dans une quête bien particulière. Après la mort de son père il y a un an, Sakaya a reçu un plan associé à une clé mais elle ne sait pas à quoi cela correspond. N'ayant aucun souvenir d'avant ses cinq ans, elle espère que ces découvertes vont lui permettre de mieux se comprendre et s'accepter. La carte mène alors à une maison isolée perdue dans les montagnes où le temps semble s'être figé : les affaires des anciens habitants sont encore là, comme abandonnées, les horloges sont toutes arrêtées à la même heure, la poussière a tout envahi, montrant ainsi que personne n'est passé depuis longtemps. En fouillant les différentes pièces, ils finissent par trouver le journal intime d'un jeune garçon mais celui-ci révèle des choses inquiétantes …

Comme c'est un titre que j'avais noté depuis longtemps, cela est bien tombé qu'il apparaisse dans la sélection du club lecture spécial polars japonais. En plus, ce n'est pas un pavé, ce qui m'arrangeait plutôt bien. Je ne me rappelais plus la quatrième de couverture (que j'avais du lire à l'époque) et je me suis donc plongée dans cette histoire sans savoir le sujet. La mise en place est assez lente mais pas trop : on a le temps de découvrir les deux protagonistes principaux : le narrateur et son ex-copine Sakaya. On apprend à les connaître, avec leurs défauts et leurs attentes, ce qui est utile pour comprendre pourquoi ils vont aller dans cette maison isolée. Puis, une fois les choses mises en place, on rentre dans le vif du sujet : on arrive dans un lieu étrange, abandonné, mystérieux. L'ambiance s'alourdit, devient inquiétante, et j'ai trouvé qu'on basculait presque dans le genre fantastique à cause de cette atmosphère particulière (et pourtant, il n'y a rien de surnaturel dans l'histoire). On découvre les anciens habitants de la maison, leur vie, en même temps que les personnages et, comme eux, on essaie de comprendre ce qui s'est passé là et en quoi c'est lié à Sakaya. Le petit garçon qui écrit le journal laissé dans la maison m'est apparu comme attachant et sympathique (ce qui n'est pas le cas des deux personnages principaux qui m'ont laissée plutôt indifférente). Le suspense monte au fur et à mesure et on s'imagine plein de choses, toutes plus horribles les unes que les autres. J'ai trouvé l'ensemble bien mené et original, même si j'ai eu parfois quelques doutes quant à la cohérence et la crédibilité de certaines explications. J'ai aussi eu la sensation d'une fin un peu précipitée dans l'épilogue, comme si le quota de pages était atteint et qu'il fallait vite en finir. Par contre, si certains détails rappellent qu'on est bien au Japon, il me semble que c'est une histoire qui pourrait se dérouler n'importe où (disons que ce n'est pas typiquement japonais) puisque son thème est universel et parle des relations familiales. J'ai lu l'ensemble rapidement (il vaut d'ailleurs mieux ne pas prendre trop de temps sur cette lecture sous peine de se perdre dans les explications) et avec plaisir … je note donc cet auteur pour découvrir ses autres titres.

Les avis de Lou, Brize.

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30 avril 2017

Martha & Alan ---- Emmanuel Guibert d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope

MarthaetalanEn 1930, Alan a cinq ans quand il rencontre Martha à l'école. Les autres enfants ne voulaient pas que la petite fille joue avec eux et Alan est venu la consoler. C'est ainsi qu'ils deviennent amis, leurs mères respectives tissant elles aussi des liens d'amitié. Alan passe de longues heures chez Martha, à jouer ensemble, à partager parfois des repas avec sa famille. Tous deux adorent grimper aux arbres et sont doués pour le chant, ce qui leur permet de rejoindre le choeur de la Première Eglise Prébystérienne de Pasadena …

J'avais lu il y a longtemps les trois volumes basés sur les souvenirs d'Alan Ingram Cope sur la seconde guerre mondiale (La guerre d'Alan) mais j'avoue que je n'en avais pas gardé grand souvenir, hormis le fait que cela avait été une lecture très (trop ?) dense. Cette fois, il s'agit de la relation entre Alan et Martha, débutée très tôt dans l'enfance et qui s'est surtout concentrée sur les années avant leur adolescence. Mais on voit aussi que le souvenir qu'avait Alan de Martha ne s'est jamais estompé et qu'il a toujours cherché à renouer le contact, de façon parfois plus ou moins réussie. La première moitié de l'album se focalise sur leurs aventures d'enfants : leurs jeux, le choeur d'enfants de l'église et se termine par leur éloignement. La seconde moitié commence aux 18 ans d'Alan, alors qu'il va partir à la guerre et qu'il veut d'abord revoir sa chère amie d'enfance pour ensuite enchainer sur leurs retrouvailles à l'âge mûr. Le graphisme est très réaliste, très soigné et minutieux, avec un petit aspect rétro et des couleurs vives. On croirait parfois voir des cartes postales noir et blanc colorisées et les décors sont bien mis en valeur grâce aux doubles pages qui les voient s'étaler en grand. Les personnages sont tout aussi travaillés, même si je les ai trouvés un peu figés. Ce n'est pas un album classique car tout le texte sert à commenter et compléter les scènes qui tiennent sur une ou deux pages et il n'y a pas de dialogue. Cela ressemblerait plus à un documentaire commenté par une personne extérieure, même si tout le texte utilise le « je », comme si c'était Alan qui parlait. Si j'ai bien apprécié le visuel de l'album, j'ai été nettement plus dubitative sur le contenu, que j'ai trouvé assez creux. Je n'y ai pas vraiment vu une solide amitié (Alan semble plus impliqué dans cette amitié que Martha) et je n'ai pas trop compris l'intérêt de l'histoire car on n'y découvre pas pour autant la vie quotidienne des familles américaines à cette époque (par exemple, c'est la Grande Dépression aux Etats-Unis à cette période mais on ne s'en rend pas du tout compte lors de cette lecture). Sûrement que j'ai du passer à côté de quelque chose !

Les avis de Jérôme et Canel.

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29 avril 2017

Jeu d'ombres (tomes 1 et 2) ---- Debola et Merwan

Jeudombres1

Jeudombres2Tome 1 : Gazi !
Tome 2 : Ni ange ni maudit

Dans la banlieue lyonnaise, les trafics vont bon train dans le cités. Cengiz Koçak, fils d'immigrés turcs et dont le frère ainé est en prison en Turquie, vient de réussir sa licence de droit. Mais alors qu'il rentre, en compagnie de son ami Bilail, de la fête célébrant sa réussite aux examens, il manque de heurter Amine en voiture. L'homme est poursuivi par les flics, il a du jeter son stock de drogue lors de sa fuite et est blessé. Cengiz accepte de le transporter jusque chez la tante d'Amine pour le mettre à l'abri. Mais le jour même, les jeunes des cités sont prêts en en découdre avec la police car ils ont entendu dire qu'Amine avait été tué lors d'un contrôle. Cengiz, qui sait pertinemment que ce n'est pas le cas, va devenir le négociateur inter-cités et inter-clans pour empêcher l'affrontement. Son talent pour convaincre les jeunes ne passe pas inaperçu de la maire de la ville, qui est en pleine campagne électorale …

Sélectionné pour mon club lecture BD, ce diptyque aborde le sujet des banlieues et des tensions qui peuvent y naitre mais aussi les relations familiales et les différents trafics qui peuvent avoir lieu un peu partout (y compris hors de France). J'avoue que j'ai eu énormément de mal avec cette lecture, particulièrement avec le premier tome, qui mélange argot des cités, mots étrangers (turc et arabe) et patois lyonnais et qui ne propose aucune explication. Par exemple, pélo en lyonnais, ça signifie mec mais il a fallu que j'attende le tome 2 et des « sous-titres » explicatifs pour le savoir (je pense donc que je n'ai pas été la seule à trouver que ce manque de « traduction » était pénible à la lecture du tome 1 puisque cela a été rajouté au tome 2). Dès le départ, on découvre pas mal de personnages et malheureusement, j'ai trouvé qu'il était souvent difficile de les différencier visuellement. J'ai même eu parfois du mal à reconnaître Cengiz, qui porte des lunettes mais pas tout le temps. Du coup, ça a perturbé un peu ma lecture (vu que j'étais obligée de revenir sur les cases précédentes ! Les filles ne sont pas nombreuses, il y a les mères, les soeurs, les amies mais dans l'ensemble, elles sont bien toutes reconnaissables. Le reste du graphisme, les décors sont plutôt sympathiques et modernes, avec des aquarelles aux tons assez sombres, comme l'histoire en elle-même. Celle-ci montre les efforts de Cengiz pour améliorer les banlieues, pour tenter de mettre tout le monde d'accord, en s'appuyant sur ses talents d'orateur, sur la réputation de son frère et sur l'appui (partiellement sur les finances) de la municipalité. On voit bien qu'il a de bonnes idées mais on voit aussi que ce n'est pas toujours facile de les mettre en oeuvre. Car Cengiz est aussi partagé entre ses bonnes actions et le soutien à sa famille et particulièrement à son frère Sayar, emprisonné en Turquie. J'ai aimé le fait que cela se passe dans la banlieue lyonnaise et non parisienne car ça montre bien que les problèmes sont les mêmes partout. Il y a aussi de l'action, en plus des réflexions sur la société actuelle, surtout dans le tome 2 mais les scènes et les détails me sont apparus comme un peu brouillés, fouillis (peut-être trop nombreux). Par contre, j'ai trouvé que la narration était par moments difficile à suivre (là aussi, peut-être que c'était juste dû au fait que j'avais du mal à reconnaître les personnages). La conclusion est assez ironique et mordante mais je suis restée assez mitigée à son propos, trouvant qu'elle n'était pas suffisamment marquée comme fin … on s'attend presque à un tome 3. C'est donc une lecture qui a de bonnes bases de départ et un sujet intéressant mais qui ne m'a pourtant pas passionnée !

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28 avril 2017

Le Kid de l'Oklahoma ---- Olivier Berlion d'après Elmore Leonard

LekiddeloklahomaEtats-Unis, années 1920 et 1930. Le journaliste Tony Antonelli travaille pour la revue True Detective et propose à son patron un reportage de quatre pages sur le marshall Carl Webster, en passe de devenir le policier le plus connu du pays. Il faut dire que, dès l'âge de quinze ans, le jeune Carl a été confronté à la violence lors d'un vol et d'un meurtre dans l'épicerie de son village, menés par le bandit Emmett Long, puis lors d'un vol de bétail sur l'exploitation familiale où ses tirs précis ont tué un des voleurs. Son sang-froid et son don de tireur le font repérer par les marshalls en charge de l'enquête. Carl s'enrôle alors dans la police dès ses seize ans et n'a de cesse de pister Emmett Long mais surtout Jack Belmont, le fils d'un exploitant pétrolier qui n'a qu'une idée : devenir l'ennemi public numéro un …

J'aime bien cette collection qui adapte des romans policiers en bande dessinée. Je suis loin d'avoir tout lu des titres proposés mais dès que je tombe sur un de ceux que je n'ai pas encore lu, je n'hésite pas ! En plus, quand la couverture est aussi belle, c'est un plus. J'ai tout de suite été séduite par le graphisme classique et réaliste mais très soigné, très détaillé, aux couleurs douces tirant souvent vers l'ocre et le marron. Cela m'a vaguement fait penser au style de Miles Hyman mais en plus fin. J'ai parfois eu un peu de mal à reconnaître certains personnages mais cela est resté peu fréquent et cela n'a finalement pas été un réel problème. L'histoire se passe dans les années 1920 et 1930, au temps de la prohibition et des gangsters célèbres comme Al Capone, et on a donc l'atmosphère des romans noirs de l'époque mais avec un petit côté campagnard car tout se déroule dans le centre des USA : Oklahoma (comme le titre l'indique) ou bien Kansas et qu'on est souvent dans des petites villes voire même des villages. On suit la carrière de Carl Webster mais aussi celle de Jack Belmont et c'est essentiellement sur leur confrontation que le récit est focalisé. Mais j'ai parfois eu la sensation que la narration n'était pas fluide, comme si j'avais raté des pans de l'histoire, avec des petits sauts dans le temps et un manque de transition entre eux. C'est Tony le journaliste qui raconte l'histoire à son patron mais ce problème n'est apparu que dans la seconde moitié de l'album donc je ne pense pas que ce soit là la raison sinon cela serait apparu dès le départ. C'est assez difficile à définir car ce n'est pas très marqué mais ça a gêné en partie ma lecture. Sinon, j'ai été un peu déçue par la fin qui m'a fait l'effet de ne pas être à la hauteur de l'ensemble malgré une certaine ironie. Une lecture mitigée donc, avec un coup de coeur pour le dessin mais des bémols sur la narration et sur l'histoire qui m'a finalement paru assez banale.

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27 avril 2017

Mike's Place, chronique d'un attentat ---- Jack Baxter et Joshua Faudem et Koren Shadmi

MikesplaceEn avril 2003, le journaliste américain Jack Baxter se rend à Tel-Aviv, en Israël, pour faire un reportage documentaire sur le procès de Marwan Barghouti, un leader palestinien. Mais le procès est suspendu provisoirement à cause de la fête de Pessah. Jack se rend compte aussi qu'il n'est pas le seul à avoir eu cette idée. Prêt à rentrer aux Etats-Unis, il va passer la soirée au bar-restaurant-lieu de concert Mike's Place, tenu par Gal, qui lui donne une nouvelle idée de reportage : il pourrait faire un film à propos de Mike's Place, de ceux qui y travaillent et qui sont de tous horizons et des gens qui fréquentent le lieu, comme une ode au vrai visage multiculturel d'Israël. Jack a vite fait d'embaucher cameraman et techniciens et s'attelle aux interviews. Mais le 30 avril, la joie et l'insouciance qui sont la marque de Mike's Place volent en éclat lors d'un attentat suicide …

Il me semblait avoir entendu parler de cet album lors d'une de mes précédentes lectures mais je suis incapable de retrouver où ! En tout cas, je l'avais noté à ce moment-là alors quand je l'ai trouvé à la médiathèque, je l'ai vite emprunté (ce n'est pas une parution récente mais c'est la première fois que j'y tombe dessus). Cette histoire vraie, mise en image dans un film de Jack Baxter (Blues by the beach) que je n'ai pas vu, l'a donc aussi été en bande dessinée. Le dessin noir, blanc et gris est très réaliste : les décors sont précis et détaillés et les personnages sont bien reconnaissables (surtout quand on a vu leur photo sur Internet !). Il reste assez classique mais je lui trouve du caractère, particulièrement dans la représentation des protagonistes. L'histoire est donc celle d'un attentat : on voit ce qui se passe du côté des terroristes, on suit aussi le journaliste Jack et ainsi, on découvre toute l'équipe de Mike's Place, leur motivation, leurs attentes et leurs espoirs. A travers eux, on découvre aussi un pan de la société israélienne, celle qui ne veut pas que la religion devienne un mur entre les personnes, qui veulent profiter de la vie. Après avoir mis en place le décor et les protagonistes, on assiste à l'attentat mais cela reste pudique (tout en étant néanmoins violent) et on voit ce qui va se passer ensuite, comment faire son deuil, rebondir, reprendre le fil de sa vie. J'ai bien aimé la neutralité du propos : il n'y a pas de jugement porté, seul un message de tolérance est avancé, un message d'encouragement à ne pas se laisser abattre par les drames. J'avoue que je n'ai aucun souvenir de cet attentat mais quand il a eu lieu, je devais probablement être dans l'avion allant vers la Nouvelle-Calédonie et je n'avais donc que peu d'accès aux informations. Du coup, cet album sensible et pudique permet de revenir sur ce drame tout en montrant qu'on peut faire face sans oublier les victimes et que c'est leur faire honneur que de continuer à vivre.

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26 avril 2017

Enquêtes générales, immersion au coeur de la brigade de répression du banditisme ---- Raynal Pellicer et Titwane

EnquetesgeneralesLa brigade de répression du banditisme ou BRB est une brigade prestigieuse et très fermée. Elle est en charge de nombreuses affaires, allant aussi bien du vol à main armée au vol avec effraction en passant par les extorsions de fonds ou les séquestrations. Elle est composée essentiellement d'hommes, comporte plusieurs groupes, comme ceux spécialisés dans les jeux ou dans la lutte contre les infractions dans le domaine des biens culturels ou bien le groupe Flag. C'est au sein du groupe des enquêtes générales que le reportage des auteurs en vue de la rédaction d'un livre se fera. Pendant quatre mois, les enquêtes vont s'enchainer, à commencer par le braquage d'une société de métaux précieux où douze kilos d'or ont été dérobés …

Cet album est à mi-chemin entre la bande dessinée et le reportage et du coup, ce n'est pas très facile de le classer dans une ou l'autre de ces catégories. Ce qui m'a tout d'abord frappée, c'est le côté « journal de bord », avec un découpage peu habituel : des dessins disséminés un peu partout sur les pages, sans plan récurrent, une quantité de texte non négligeable, allant avec les illustrations à l'aquarelle ou à l'encre, comme croquées sur place et sur le vif. Je pense qu'effectivement, de nombreux dessins correspondent à des scènes saisies sur l'instant et peaufinés ensuite au calme. En tout cas, j'adore ce style réaliste tout en étant sobre. Cela donne du sérieux et plus d'humanité que des photos. Quant au contenu, c'est passionnant ! On plonge au coeur du travail des enquêteurs, qui consiste le plus souvent en des taches fastidieuses et de nombreuses paperasses. On est loin de ce qu'on peut voir dans certaines séries policières américaines ! On voit comment se déroulent les interrogatoires de témoins et de suspects, comment chaque cas est minutieusement épluché, jusqu'à trouver le petit détail qui fait tout basculer. On revient sur quelques affaires connues, surtout celle du braquage de la bijouterie Harry Winston en 2008 et du coup, avec cette lecture, on voit l'affaire d'un oeil neuf. C'est vraiment éducatif, sans parti pris, j'ai appris de nombreuses choses et c'est aussi un bel hommage à tous ces policiers !

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25 avril 2017

Americanah ---- Chimamandi Ngozi Achidie

AmericanahIfemelu, trentenaire, s'apprête à quitter les Etats-Unis, où elle a vécu treize ans, pour retourner dans son pays natal, le Nigéria. La jeune femme, après des études dans une université américaine et la tenue d'un blog à succès à propos des problèmes raciaux aux USA, a quitté son petit ami américain et a le besoin de retrouver ses racines. Ayant grandi à Lagos, fille unique dans une famille de classe moyenne, Ifemelu a connu son premier amour, Obinze, alors qu'elle n'était encore qu'au lycée. D'ailleurs, Ifemelu pense beaucoup à Obinze, qui s'est depuis marié et est devenu papa d'une petite fille. Pourtant, c'est bien elle qui avait rompu leur relation alors qu'elle venait à peine d'arriver aux Etats-Unis et qu'elle peinait pour survivre et trouver un travail …

Mon résumé ne fait pas vraiment honneur au livre mais celui-ci est tellement dense que ce n'est pas facile de décrire l'histoire en quelques lignes. En me relisant, on croirait même qu'il s'agit juste d'une histoire d'amour alors que c'est largement plus que ça ! Dans ce roman où on suit Ifemelu et Obinze, il est question de vie quotidienne en Afrique, aux USA et en Angleterre, de race et de racisme, de société, d'expatriation, de retour aux racines, d'identité et j'en passe. Si l'histoire commence avec Ifemelu prête à quitter les USA, on bascule vite dans le passé. On y retrouve une Ifemelu adolescente, vivant à Lagos, entourée de sa famille et de ses amis. Elle rencontre le jeune Obinze au lycée et c'est le coup de foudre. La relation, bien que débutée jeune, semble sérieuse … jusqu'au départ d'Ifemelu pour les Etats-Unis avec un visa d'étudiante. J'ai trouvé intéressant de voir comment se déroulait la vie quotidienne au Nigéria, comment se passaient les relations (familiales, amicales et amoureuses). L'histoire doit se dérouler, je pense, entre les années 1990 et 2010 et on pourra donc aussi observer l'évolution du pays et de sa société quand Ifemelu rentrera au Nigéria (en plus, elle aura un « oeil neuf », celui d'une personne ayant longtemps vécu à l'étranger). Ensuite, une bonne partie du roman suit Ifemelu depuis son arrivée sur le sol américain jusqu'à son départ. C'est l'occasion d'aborder les problèmes de races, avec ses différents degrés (les Noirs étant tout en bas de l'échelle), les problèmes des immigrés et leur place dans la société, les galères et les magouilles pour avoir un emploi, les relations de couple mixtes, la société américaine et sa superficialité et son politiquement correct. Ifemelu, par l'intermédiaire de son blog, aborde beaucoup de sujets, avec un ton souvent plein d'humour et d'ironie mais toujours très juste. Les thèmes abordés m'ont beaucoup fait réfléchir (j'ai même discuté de certains avec mon chéri). Mais le roman ne se limite pas à Ifemelu. On suit aussi le parcours d'Obinze, resté au pays, puis parti en Angleterre pour essayer de gagner de l'argent. Là aussi, on voit que rien n'est pas facile mais on note de grosses différences avec la vie aux USA. Le comportement des gens qui entoure Obinze n'est pas le même, il est aussi perçu autrement qu'Ifemelu en Amérique. Montrer ces différences et ces similitudes d'un pays à l'autre m'a paru être une bonne idée et l'auteure a très bien exploité le filon. La dernière partie du livre est le retour d'Ifemelu et les retrouvailles inévitables avec Obinze mais là, je laisse le suspense planer ! On sent, sans aucun doute, une part du vécu de l'auteure, qui est Nigérianne et qui a suit un peu le même parcours que son héroïne. Roman empreint de sensibilité, de justesse, d'humour, d'humanité, servi par une belle plume, j'ai été conquise par le ton de cette auteure et sa façon d'aborder des sujets universels. C'est sûr que je lirai autre chose d'elle !

*Lu en anglais* (même titre en français qu'en anglais)

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