La bibliothèque du dolmen

31 janvier 2023

A fake story ---- Jean-Denis Pendanx et Laurent Galandon d'après Douglas Burroughs

AfakestoryLe dimanche 30 octobre 1938, en soirée, les auditeurs américains qui sont en train d’écouter la station de radio CBS apprennent en direct qu’un objet étrange vient de tomber du ciel près de la petite ville de Grover’s Mill, dans le New Jersey. Des journalistes dépêchés sur place décrivent des scènes effrayantes faisant mention d’êtres extraterrestres martiens semant la mort sur leur passage, nouvelle qui va entrainer un vent de panique chez bon nombre d’auditeurs. Et sur une petite route menant à Heathcote, un village non loin de l’impact, un adolescent blessé est recueilli par un automobiliste. Tombé dans le coma à son arrivée à l’hôpital, il a eu le temps de dire que c’était son père qui l’avait blessé après avoir tué sa mère avec un fusil et pensant que son fils était lui aussi mort, s’était à son tour donné la mort. Douglas Burroughs, un ancien journaliste devenu romancier, est envoyé sur place par CBS pour mener l’enquête, la chaine de radio comptant sur sa droiture et son impartialité pour découvrir la vérité …

Tout le monde connaît cet évènement radiophonique provoqué par Orson Wells qui avait mis en scène le roman d’H.G. Wells, La guerre des mondes, de façon tellement réaliste que cela avait créé un mouvement de panique chez les auditeurs habitant non loin des lieux cités dans l’émission et en train d’écouter la radio à ce moment-là. Cela peut prêter à sourire maintenant mais cela est néanmoins un phénomène très intéressant à décrypter. Ici, cette soirée propice au chaos est aussi une soirée marquée par le drame : un homme tue son épouse, blesse son fils en pensant l’avoir tué et se suicide ensuite pour échapper aux Martiens. Qui étaient ces gens et pourquoi ont-ils réagi de cette façon extrême ? Pour mener l’enquête en parallèle avec la police locale qui est restreinte à deux policiers vu que la ville est petite, un ancien journaliste est envoyé sur place pour découvrir la vérité mais il n’est pas le seul à s’intéresser à l’affaire. Une jeune femme, qui espère percer dans le milieu journalistique et dont le grand-père est à la tête de la feuille de chou locale, compte bien prouver que CBS est responsable de ces décès. En plus d’une enquête policière relativement classique, avec quelques rebondissements, on découvre aussi la vie et les habitants d’une petite ville rurale du New Jersey en 1938, avec les tensions qui peuvent exister entre voisins, le racisme caché mais bien réel, la difficulté d’avoir une vie privée quand on vit dans un lieu où tout le monde se connaît et s’observe. Et puis, il y a aussi la réflexion sur le travail de journaliste, de l’éthique du métier, incarné par Douglas Burroughs, pour qui la vérité est primordiale et les risques de manipuler une histoire de façon à ce qu’elle corresponde à ce qu’on voudrait faire passer, soit de façon volontaire, soit en ne vérifiant pas suffisamment ses sources. Pour conclure, il y a un épilogue final qui laisse planer un doute que je me suis empressée d’aller vérifier et qui s’est confirmé mais je ne dirai rien à ce sujet sauf qu’il est particulièrement bien vu et complètement dans la lignée du récit. Le graphisme est réaliste et sobre, avec de jolis décors qui représentent bien cette époque et les personnages sont bien campés. J’ai aussi particulièrement aimé les couleurs choisies, qui donnent à l’ensemble un côté encore plus rétro. J’ai trouvé l’album original car les auteurs ont développé une idée intéressante à partir d’un événement plutôt bien connu et visuellement, c’est tout aussi réussi !

L'avis de Cannibal Lecteur.

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30 janvier 2023

Florida ---- Jean Dytar

FloridaA Londres, Eleonore est en train de préparer le repas quand arrive Walter Raleigh avec de terribles nouvelles de France : l’amiral Coligny est mort, en même temps que de nombreux Huguenots lors du massacre de la Saint Barthélémy. Pour la famille Le Moyne, eux-mêmes Huguenots, c’est une tragédie car c’est Coligny qui les avait aidés à fuir la France vers l’Angleterre. Mais Raleigh a aussi envie de savoir ce qu’a vécu Jacques Le Moyne lors de son séjour en Floride il y a plusieurs années, périple colonial qui s’est très mal terminé …

C’est un album qui m’a tout de suite attirée vu que cela parle de la Floride et de son histoire coloniale, sujet qui m’intéresse car on a vécu un moment dans la ville de St Augustine, là où le premier explorateur européen a accosté le futur territoire américain en 1513 et qui fut fondée par les Espagnols en 1565. Et puis, la couverture est bien plaisante aussi ! Le récit mêle deux histoires en utilisant de longs flashbacks reconnaissables à leurs tons bleus et verts, contrastant avec les tons beiges de l’époque anglaise. On découvre Jacques Le Moyne à Londres, où il s’est exilé depuis qu’il est devenu Huguenot, sa femme Eleonore, qui s’est toujours intéressée à la cartographie mais que son statut de femme a empêché de se réaliser dans sa passion, et leurs deux filles mais il y a aussi le père de Jacques, qui est resté un Catholique fervent et qui est un serviteur proche de Mary Stuart. Mais par le récit que Jacques fait à son épouse, on découvre aussi le temps que Jacques a passé en Floride (mais dont certains lieux qui sont maintenant situés en Caroline du Sud) lors de l’expédition menée par Jean Ribault et René de Laudonnière en 1564-1565 et où la découverte d’un monde inconnu, des tribus indiennes et la rivalité avec les Espagnols ont rythmé les mois passés là-bas. Employé comme cartographe et illustrateur, il était censé témoigner de leurs découvertes mais les évènements tragiques l’ont laissé traumatisé à jamais. L’album met la vie de cet homme dans un contexte historique où la rivalité entre Anglais et Espagnols est à son apogée, l’envie de conquérir le Nouveau Monde, les guerres de religion qui opposent Catholiques et Protestants, le début de la transmission de la connaissance au plus grand nombre grâce à l’imprimerie, la condition des femmes alors que l’Angleterre avait pourtant une Reine à sa tête. Le graphisme est réaliste et soigné mais un peu flou lors des flashbacks, comme peut l’être la mémoire. Une postface explicative est intéressante et vient éclairer un peu plus un récit déjà bien mené et très intéressant. Voilà une lecture éducative comme je les aime, qui nous apprend des choses tout en nous divertissant !

Les avis de Mo, Brize, Géraldine, Stemilou.

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29 janvier 2023

The lost symbol (Le symbole perdu) ---- Dan Brown

ThelostsymbolContacté par son ami et mentor de longue date le milliardaire Peter Solomon, Robert Langdon doit remplacer à la dernière minute le conférencier vedette du gala privé réunissant les membres du Smithsonian Institute à Washington D.C. en donnant une conférence sur le symbolisme en architecture dans la capitale américaine. Arrivé par un jet privé dépêché à Boston pour le récupérer, Langdon arrive au Capitole où la soirée doit avoir lieu mais sur place, aucun évènement n’est programmé dans la salle prévue. Alors que l’universitaire essaie de comprendre pourquoi il a reçu des informations erronées, une main coupée est découverte au centre d’une salle du Capitole. Robert identifie vite cette macabre découverte comme la main de Peter Solomon dont le ravisseur demande à Langdon d’élucider une série d’énigmes concernant les Francs-Maçons pour libérer son ami …

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu un roman de Dan Brown (je pense que ma dernière lecture de lui remonte à 2004 ou 2005 !) car j’avais été plutôt déçue par ses derniers titres. Mais comme l’adaptation en série de cet opus avec Robert Langdon était diffusé à la télévision, je m’y suis attelée, vu que je préfère toujours lire le livre avant de voir sa version ciné ou télé. Et « attelée » est finalement un terme bien approprié car je me suis trainée lors de cette lecture … un comble pour un thriller qui se veut prenant ! Si j’étais contente de retrouver Robert Langdon, qui me parait sympathique, j’ai trouvé l’ensemble poussif et assez prévisible, suivant toujours la même recette et le même déroulé dans le récit, ce qui gâche les surprises vu qu’on s’y attend. Le méchant de l’histoire parait aussi très improbable et le mystère à son sujet est aisément éclairci avant la fin tellement c’est cousu de fil blanc. Quant aux péripéties qui font voyager les personnages à travers la capitale américaine, cela reste quand même intéressant car cela permet de (re)découvrir des bâtiments et de les regarder différemment, en faisant attention aux petits détails (même si ceux-ci servent parfois le récit de façon bien convenue et bien pratique). Il y a aussi quelques scènes plutôt bien troussées et je pense surtout à celle dans le laboratoire de la sœur de Peter Salomon et la poursuite dans le noir, même si cela parait encore totalement improbable. Malgré mon manque d’enthousiasme au sujet de ce thriller, je compte quand même lire le suivant vu que son adaptation cinématographique m’attend sur mon enregistreur depuis des mois (peut-être même plus d’un an !) … j’espère juste que j’apprécierai plus que The lost symbol (et pour info, l’adaptation en série que j’ai vu de suite après ma lecture n’est vraiment pas terrible … encore moins bien que le livre !).

*Lu en anglais*

Titre français : Le symbole perdu

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28 janvier 2023

The Grocery, l'intégrale (tomes 1 à 4) ---- Singelin et Ducoudray

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Une épicerie vient d’ouvrir dans un quartier défavorisé de Baltimore et Elliott, plutôt bon élève, est le fils du marchand, qui l’encourage à sortir faire connaissance avec les jeunes du coin. Mais le carrefour est surtout un lieu de revente de drogues en tous genres et Elliott est vite confronté aux fusillades habituelles du quartier opposant différents gangs. Parmi les spectateurs de la scène, il y a Sixteen et sa bande, qui vont vite faire amis avec Elliott qui les approvisionne en bonbons. Mais la drogue et la violence des gangs ne sont pas les seuls problèmes : beaucoup d’habitants perdent leurs maisons à cause de la crise des subprimes et parmi eux, il y a Washington, un Marine de retour d’Irak, qui retrouve le logement familial saisi et sa grand-mère placée en maison de retraite …

Cela fait des années que ces albums me faisaient de l’œil (en fait quasiment depuis leur sortie) mais j’avais peur du graphisme particulier. Il faut dire ces personnages aux allures peu communes ont de quoi dérouter ! Ils ont plus l’allure de têtards ou de ballons de baudruche que d’humains traditionnels ... on pourrait même dire que leurs formes sont variées et à tendance organique mais j’avais peur de m’y perdre et d’avoir du mal à identifier tous les protagonistes (et ils sont quand même assez nombreux). Effectivement, j’ai eu un peu de mal à reconnaître tout le monde sauf Elliott et son père, très reconnaissables (j’ai un peu plus galéré pour Sixteen qui avait eu le malheur de changer de casquette à un moment donné) et son entourage. Heureusement, chaque personnage a souvent un petit détail qui permet de le reconnaître (un nez particulier, un tatouage ...) et le problème a disparu au fil des pages. J’ai même fini par l’apprécier car il a une identité forte et rien n’est laissé au hasard, avec des petits détails qui ont leur importance. En plus, le choix des couleurs délavées est agréable et permet de contraster avec le propos car si le dessin peut paraître enfantin, l’histoire, elle, ne l’est pas une seule seconde ! On découvre la vie quotidienne d’un quartier défavorisé d’une des villes les plus pauvres des Etats-Unis, une des plus violentes aussi. Le récit ne se contente pas de parler de gangs et de drogues, sujet qui peut concerner tout le monde (on le voit à travers les personnages d’Elliott et son père, qui auraient dû ne rien connaître à ce milieu mais qui s’y retrouvent plongés par la position centrale de leur magasin) car il parle aussi de familles plus en retrait, comme celle du Marine Washington, qui se retrouve à la rue du jour au lendemain et qui n’est pas le seul à galérer alors que des politiciens, des banquiers et des dealeurs s’en mettent plein les poches. Et puis, il y a aussi le côté politique et racial avec les groupes de suprémacistes blancs, qui sont bien évidemment détestables en tous points mais qui pourraient laisser filtrer quelque espoir grâce à certains personnages de ce groupe qui paraissent parfois humains malgré leur embrigadement dans le groupe. La violence est omniprésente et pendant un bon moment, j’ai eu la sensation que ce n’était qu’une descente sans fin vers l’enfer pour tous les protagonistes mais heureusement, tout n’est pas noir. Bon, c’est sûr que les âmes sensibles risquent de trouver cette lecture difficile et horrible mais de mon côté, j’apprécie de ne pas voir les choses trop édulcorées. En tout cas, je me suis attachée à Elliott et ses amis et cette histoire va me rester longtemps en mémoire, que ce soit pour son dessin que j’ai appris à aimer ou pour son analyse sociétale et sa puissance émotionnelle ! 

Les avis de Mo (tomes 1 et 2) et Mr Zombi (tomes 1 et 2).

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27 janvier 2023

Kinderland ---- Mawil

KinderlandBerlin-Est, 1989. Mirco, jeune garçon à l’aube de l’adolescence, préfère passer son temps le nez dans les livres plutôt que de s’occuper de sa petite sœur agaçante ou de socialiser avec ses camarades de classe, même s’il participe activement aux Jeunes Pionniers de la Jeunesse Libre Allemande. Mais ce matin-là, une déviation inattendue du bus l’amenant au collège lui permet de faire la connaissance d’un nouvel élève, Torsten, qui semble à l’opposé de Mirco. Autant l’un est timide, craintif et effacé, autant l’autre est rebelle, fort en gueule et plutôt sportif. Mais c’est autour de la table de ping-pong de l’école que vont se tisser les amitiés, indifférentes aux bouleversements historiques qui se préparent …

Je suis toujours à l’affût de romans graphiques autobiographiques, surtout quand ils abordent des pays et des époques que je connais assez mal. La couverture et la taille de cet album a donc bien aidé à le repérer à la médiathèque. Je me suis demandée ce que ces gamins faisaient et il s’avère qu’ils sont en train de saluer à la façon des Jeunes Pionniers, groupe socio-politco-familial de la RDA qui faisait le lien entre le pays, l’école et la famille mais qui, au vu du salut effectué, me fait plutôt froid dans le dos ! On découvre Mirco et sa famille, qui vivent dans Berlin-Est et comme tout adolescent qui se respecte, Mirco s’intéresse plus à ses livres et à ce qui se passe dans son entourage proche qu’à l’agitation qui secoue le pays, prémices de l’effondrement du mur. On voit bien que les adultes parlent de ceux qui sont passés de l’autre côté, qu’ils envisagent toujours la possibilité de traverser aussi si cela ne s’avérait pas aussi dangereux avec des enfants mais au niveau des enfants, cela paraît lointain et de peu d’intérêt. Leur vie quotidienne s’articule autour des cours à l’école, des moments de récréation, des liens d’amitié ou d’opposition qui se tissent entre eux, du sport omniprésent pour beaucoup, des soirées en famille, des cours de piano, des journées passées chez les Jeunes Pionniers et puis c’est tout ! J’avais espéré découvrir beaucoup de chose sur la vie de ce côté-là du mur mais au final, cela reste très survolé, le récit se focalisant surtout sur le ping-pong et l’organisation d’un tournoi. Le graphisme est simple, enfantin et coloré et j’ai trouvé qu’il collait bien au sujet mais j’ai souvent été un peu agacée par des détails un peu bizarres : certains nez ressemblent à des gants de ménage (pour ne pas citer de marque bien connue) ou bien les sourcils s’apparentent plus à des excroissances sur le crâne ! Malgré ses presque 300 pages, l’ensemble se lit facilement et rapidement mais à part quelques petites choses comme l’organisation des Jeunes Pionniers que j’ai découvert ici, je n’ai pas appris grand-chose et je me suis presque ennuyée dans l’organisation de ce fameux tournoi de tennis de table. Une petite déception !

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26 janvier 2023

T'zée : une tragédie africaine ---- Appollo et Brüno

TzeeunetragedieafricaineDans le palais présidentiel à Gadbo, au milieu de la forêt équatorienne de l’ile au bout du fleuve de ce pays africain, Hippolyte, le fils de T’zée, le président en exil, se demande si son père reviendra rapidement reprendre sa place à la tête du pays alors que le chaos règne et que la guerre civile continue à sévir, les habitants poussés à bout par un gouvernement dictatorial corrompu. Mais au palais, le quotidien semble loin de l’agitation pour Hippolyte, ses amis proches et la nouvelle femme de son père, Bobbi, qu’il a abandonné derrière lui en fuyant. Pourtant les relations entre le jeune homme et sa jeune belle-mère sont tendues …

Je n’étais pas très emballée par le thème de cet album mais comme j’aime beaucoup ces deux auteurs, Appollo pour le scénario et Brüno au dessin, je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose à l’acheter … ce devrait être une valeur sûre ! Et j’avais raison !!!! Au final, j’ai été très intéressée par l’histoire, qui s’inspire du parcours d’un dictateur africain bien réel pour bâtir son récit dans un pays imaginaire d’Afrique. Cela parait logique car bien souvent, tous les dictateurs se ressemblent et le fait de planter son histoire dans la fiction sans citer de lieu particulier ou des noms précis rend les choses universelles et intemporelles. Ici, même quand on s’intéresse peu à ce qui se passe en Afrique comme c’est mon cas, j’avais quand même réussi à identifier le personnage ayant inspiré les auteurs, comme étant Mobutu qui a dirigé le Zaïre jusqu’à la fin des années 1990 car il y a des indices facilement identifiables. On découvre le contexte grâce à des flash-backs qui s’intercalent dans la narration, complétant le tableau du présent. Mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est de voir comment le fils d’un dictateur, qui a vécu confortablement grâce au pouvoir de son père, peut construire sa propre vision de son pays et comment il envisage son avenir. En cela, la présence de ses amis d’enfance, plus proches du peuple, peut aider à maintenir le jeune homme dans la réalité en lui montrant les conditions de vie des habitants. Et puis, pour couronner le tout, sur fond de guerre, de révolte et de questionnement, il y a une histoire d’amour, le genre de relation impossible, ce qui donne une dimension complète au sous-titre de l’album : la tragédie est totale, tant pour le peuple que pour ses dirigeants et pour ceux qui s’aiment alors que le chaos fait rage. Le graphisme de Brüno fait merveille pour représenter ce pays africain : sobriété des lignes, tons de savane, grands aplats de couleurs, l’atmosphère passe aussi en grande partie par le dessin très réussi, proposant des personnages bien reconnaissables et expressifs malgré la simplicité du trait. Comme quoi, quand les auteurs sont doués, ils peuvent séduire les lecteurs et lectrices comme moi avec une histoire qui les attirait peu au départ mais qui ressortent totalement convaincus d’avoir lu un grand album !  

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25 janvier 2023

Damien, l'empreinte du vent ---- Gérard Janichon et Vincent

DamienlempreinteduventGrenoble, été 1965. Gérard et Jérôme sont amis depuis leur rencontre au lycée et, à l’aube de la vingtaine,  alors que se profile une vie d’adulte rangée après des études supérieures, ils décident d’un commun accord de suivre un parcours d’accomplissement qui passera par la mer avec un tour du monde à la voile. Après presque cinq ans de préparation, consistant dans la construction du voilier appelé Damien et son équipement avec les maigres ressources des deux jeunes hommes, les voilà qu’ils quittent, joyeux et impatients, le port de La Rochelle fin mai 1969, direction le Nord et le cercle arctique via l’Angleterre et la Norvège …

J’avoue que je ne suis pas très fan de voile et je n’aurais jamais eu l’idée de lire cet album s’il n’avait pas été choisi pour mon club lecture spécial BD. Pourtant, je trouve la couverture plutôt attirante et le graphisme est magnifique, avec des aquarelles douces et lumineuses, mettant en valeur les superbes paysages rencontrés au fil de leur périple. On découvre aussi bien l’Atlantique, que les Caraïbes, la forêt amazonienne, les latitudes agitées des mers australes, les glaces aussi bien du cercle arctique que de l’Antarctique et j’en passe. Les personnages sont parfois un peu brouillon et je ne les ai pas toujours reconnus d’un endroit à l’autre car les deux aventuriers vont retrouver des amis au fil de leurs escales. J’ai trouvé intéressant de voir comment ces deux jeunes gars, qui ne connaissaient pas grand chose à la mer, ont réussi un tel voyage, avec tous les dangers que cela implique et ce que cette aventure leur a apporté : la rencontre de peuples différents comme les Indiens d’Amazonie, l’entraide sur tous les continents, les amitiés (et les amours) qui se tissent, la découverte de la faune et flore propre à chaque pays ou ile, la lutte incessante contre la nature et l’océan, le dépassement de soi, la solidarité et l’amitié qui les lie. Mais pour quelqu’un comme moi, qui ne connaît rien à la voile, aux termes employés et qui n’est pas plus intéressé que ça, j’ai trouvé l’ensemble trop détaillé (par contre, pour ceux qui s’y connaissent, je peux supposer que cela doit être passionnant) et j’avais du mal à me représenter les actions qu’ils décrivaient dans certaines manœuvres (un lexique explicatif aurait pu être utile en fin d’album). En plus, c’est un album très verbeux et si j’ose dire, je me sentais parfois plus à bord d’un canot que d’un voilier tellement je ramais dans cette lecture ! Par certains côtés, avec leur courage d’aventuriers un peu fous, cela m’a rappelé le livre de Guirec Soudée mais sans l’humour qui m’avait bien aidé dans ma lecture et qui m’a fait passer les pages aisément. Avec cet album, ce fut nettement plus laborieux, même si l’aspect visuel était très sympathique et que je reste pleine d’admiration pour ces personnes qui se lancent de tels défis, surtout à cette époque où la technologie n’était pas là pour aider.

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24 janvier 2023

47 cordes (tome 1) ---- Timothé Le Boucher

47cordes1Tome 1 : première partie

Ambroise, un jeune harpiste, fait la connaissance d’une jeune femme bronzant sur un bateau alors qu’il s’apprête à se baigner. Elle lui signale que la zone est privée et la plage recouverte par la marée et Ambroise découvre ses affaires trempées, son ordinateur portable complètement irrécupérable. Il ignore qu’il vient de rencontrer une métamorphe, capable de prendre n’importe quelle apparence et qu’il a séduit cette créature, qui sera prête à toutes les transformations pour le charmer. A la fin de l’été, Ambroise rejoint l’orchestre où joue sa sœur avec qui il partage un appartement et fait la connaissance des autres musiciens, parmi lesquels la concurrence est féroce. Mais la rencontre qui va changer sa vie est celle de la cantatrice Francesca Forabosco, qui lui propose une série de défis pour remporter une à une les 47 cordes d’une magnifique harpe mais un seul échec lui fera tout perdre …

Je n’hésite pas une seconde devant un album de ce jeune auteur que j’apprécie tout particulièrement. Donc quand j’ai vu ce titre, premier tome d’un diptyque, je n’ai même pas regardé le sujet de l’histoire et je l’ai pris ! Je me rappelle ma première sensation mitigée devant le graphisme qui me paraissait un peu trop lisse quand j’avais ouvert le premier album de cet auteur mais maintenant, je le trouve superbe et très agréable et j’adore le retrouver. J’apprécie aussi son choix de couleurs, variées mais douces, qui créent toujours une ambiance précise et ses personnages bien typés, surtout ici où ils sont nombreux, sans oublier la métamorphe qui change d’aspect ! Du coup, en un seul coup d’œil, je suis capable d’identifier son style tant il est particulier et reconnaissable. En plus, je sais aussi que je vais découvrir une histoire originale, où on ne sait pas toujours quelle est la réalité. Cette fois, le fantastique s’invite sous la forme variable d’une créature capable de changer d’aspect à volonté, aussi homme que femme et apparemment, elle n’est pas seule à vivre dans notre monde. Mais ses sentiments et ses envies ressemblent fortement à ce que ressentent les humains : envie, désir, attirance, amour peut-être, entêtement, manipulation, domination, soumission, frustration ... ce qui donne une histoire un peu étrange remplie de sensualité car le corps, quel qu’il soit, est une source de plaisir. La découpe en chapitres permet une lecture fluide et agréable car cela permet de faire des pauses tout au long de ces 400 pages. Et malgré leur nombre, je ne les ai pas vu passer tellement j’étais plongée dans le récit et son suspense : Ambroise semble détaché, on sent qu’il a un secret qu’on ne découvre que vers la fin de l’album et en plus, on se demande toujours quel sera le prochain défi lancé par Francesca. En parallèle, il y a aussi une histoire de lettres anonymes adressées au petit groupe de musiciens gravitant autour d’Ambroise qui crée un récit secondaire et parallèle. On se demande comment tout cela va se réunir dans le tome suivant ! Cette première partie est essentiellement une mise en place et on découvre le contexte et les personnages mais tout va se dénouer dans la seconde ... vivement qu’il paraisse parce que j’ai encore bien aimé et j’ai quitté Ambroise et compagnie avec regret !

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23 janvier 2023

La science improbable du Dr Bart ---- Pierre Barthélémy et Marion Montaigne

Lascienceimprobabledudrbart

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Nos scientifiques curieux ne se lassent pas d’étudier des sujets aussi bien terre à terre qu’improbables mais toujours amusants dans leur absurdité : comment fonctionne le patator, quelle est la durée de vie des chocolats à l’hôpital, combien d’enfants un homme peut-il avoir, un robot peut-il donner des ordres aux humains, comment estimer la valeur de Pi au fusil à pompe, les odeurs ont-elles des couleurs, la hauteur des talons détermine-t-elle l’attirance des hommes envers les femmes …

Troisième et dernier tome de cette excellente série (snif !), ce recueil regroupe une sélection des chroniques toujours parues dans Le Monde entre décembre 2013 et mars 2015 donc toujours dans la continuation du tome 2. Et mon snif de regret de voir cette série se terminer fait écho au sujet abordé dans ce livre avec « le reniflement est-il contagieux ? ». Cette fois, Marion Montaigne, toujours à l’illustration, a créé le personnage du Dr Bart (inspiré de l’auteur des chroniques), ce qui a donné le titre du recueil. Les scientifiques n’ont encore pas démérité avec cet opus réunissant toutes leurs expériences et études totalement barrées mais ô combien réjouissantes ! Je ne vais pas dire plus que ce que j’ai déjà dit précédemment pour les autres tomes à part le fait que je ne me lasse pas de lire ce genre de livre : j’y apprend beaucoup de petites choses, ça favorise les discussions, ça fait me réfléchir et surtout ça m’amuse énormément ! Il me reste un livre de cet auteur à lire, sur le même sujet mais indépendant de ces chroniques … je me le garde pour plus tard !

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22 janvier 2023

Improbablologie et au-delà ---- Pierre Barthélémy et Marion Montaigne

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Les scientifiques ont toujours l’esprit curieux et rien ne les arrête quand il s’agit d’étudier des sujets vraiment bizarres et inattendus : quels sont les objets les plus étranges trouvés dans une vessie, comment fonctionne l’estomac d’un ogre, le craquant d’un billet neuf augmente-t-il son effet valeur, à quoi reconnait-on un cochon heureux, quelles mesures adopter pour l’égalité des sexes, …

Me revoilà avec le tome 2 de cette excellente série de chroniques scientifiques, cette fois publiées entre novembre 2012 et décembre 2013 dans le supplément Sciences et techno du journal Le Monde (donc à la suite du premier opus). Et on retrouve toujours Marion Montaigne aux manettes pour illustrer ces études, ce qui me semble bien approprié. J’ai donc plongé avec délice dans ces expériences et explorations de sujets variés mais toujours aussi fous. Certains m’étaient déjà connus pour les avoir découverts dans d’autres livres du même genre (par exemple les séries BD Tu mourras moins bête ou Axolot) ou carrément par hasard sur Internet (on sait comment c’est : une recherche en entraine une autre, qui en entraine une autre et ainsi de suite pour finir par se retrouver à des années-lumière du point de départ). C’est toujours aussi amusant et c’est aussi très étonnant de voir qu’il peut exister autant d’études sur des sujets improbables mais souvent ancrés dans nos vies quotidienne et qui questionnent sur nos propres actions et réactions. Encore une excellente lecture qui mêle détente et éducation !

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