La bibliothèque du dolmen

26 mai 2019

Jazz Lieutenant ---- Durand et Le Bot et Jiwa

JazzlieutenantJames Reese Europe, musicien noir, a réussi à s’imposer sur la scène new-yorkaise. En 1907, il reprend à la suite d’Ernest Hogan, son mentor, malade de la turbeculose et crée peu après une société d’entraide des artistes noirs de New York, The Frogs. En 1911, il fonde le Clef Club, qui, cette fois, défend le droit de ces artistes. Se produisant sur des scènes réputées, devant un public de Blancs et de Noirs réunis dans le plaisir de la musique, leur style de jazz, le ragtime, devient de plus en plus populaire. Quand la guerre débute en Europe en 1914, les Etats-Unis ne semblent pas concernés par le problème mais quand le pays se lance à son tour dans ce conflit, James veut absolument aller se battre pour son pays, convaincu que, si la population américaine voit les Noirs prêts à se sacrifier pour leur pays, ils seront plus à même de les intégrer et de les respecter …

Je ne connaissais pas du tout ce musicien et pourtant, je me suis aperçue que j’avais quand même entendu certaines de ses musiques. Du coup, c’est plutôt bien de savoir qui il était et voir tout ce qu’il a fait pour essayer d’intégrer au mieux les Noirs dans la société blanche américaine. On voit comment les musiciens se sont organisés, comment la musique a pu réunir toutes sortes de personnes, comment un couple de danseurs blancs a pu mettre à l’honneur le ragtime. En lisant à propos de cette période avant-guerre, il semblerait presque que le racisme n’était pas si développé que ça aux Etats-Unis mais cette vision est un peu faussée car une grande partie de l’histoire se déroule à New York, ville cosmopolite et tolérante. Ensuite, on suite James Europe prêt à partir pour la France et les champs de bataille de la première Guerre Mondiale et les endroits où son régiment, arrivé à Brest, a été affecté. C’est presque à ce moment-là que le racisme commence vraiment à pointer le bout de son vilain nez. On apprendra ensuite le destin tragique de ce musicien hors pair et toujours prêt à se battre pour de justes causes. Le graphisme réaliste a du caractère, comme les personnages, avec des traits appuyés et des couleurs tranchées mais j’avoue que j’ai parfois eu du mal à différencier quelques personnages (mais ça n’a pas vraiment gêné ma lecture). Un album biographique et historique qui m’a intéressée et fait découvrir un homme bien et qui doit forcément être lu avec une bonne musique de l’époque en fond sonore !

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25 mai 2019

Nos vies prisonnières --- Parno et Phil Castaza

NosviesprisonnieresAlban a un poste de responsable du personnel dans une grande banque mais sa vie est actuellement plombée par son divorce car il n’a pas pu obtenir la garde de ses enfants. En plus, certains services n’atteignent pas les objectifs prévus. Il demande alors à une des responsables de service, Hélène, qui est une célibataire qui n’a que son travail dans la vie, de licencier le personnel qui n’arrive pas à suivre. Parmi eux, il y a Félix, dont la compagne rêve d’un enfant. Parallèlement, Julien est un médecin désenchanté. Il ne supporte plus les petits problèmes de ses patients, trouve que sa compagne ne le comprend pas et n’a qu’une envie : envoyer tout balader jusqu’au jour où un petit garçon de sept ans arrive dans son cabinet, atteint d’une maladie incurable. Julien n’arrive pas à accepter son impuissance et décide à prendre quelques jours de vacances en amoureux au bord de la mer. Mais alors qu’il est au restaurant, il doit aider un vagabond malade et bien connu des locaux et assiste à son décès. Avant sa mort, cet homme dont personne ne connaît le nom lui laisse un manuscript, lui faisant promettre de retrouver son fils et de lui remettre cette sorte de journal intime expliquand pourquoi il a abandonné sa famille sans jamais plus donner de nouvelles   …

Pas facile de faire un résumé de cette histoire car celle-ci est construite par petits bouts, chaque chapitre se focalisant sur un moment précis dans la vie d’un des personnages. Le récit n’est donc pas vraiment linéaire, on saute d’une personne à l’autre pour mieux y revenir ensuite et voir comment les liens vont se tisser entre elles. C’est une construction qu’on retrouve de temps en temps (je pense surtout aux romans de Kate Atkinson) mais ce n’est jamais facile de rédiger un résumé cohérent et suffisamment intéressant dans ce qu’il présente. Par contre, c’est un style de narration que j’apprécie beaucoup ! Le titre annonce la couleur car il évoque plusieurs vies et montre qu’on est tous plus ou moins prisonniers d’un système, d’une société, d’un chemin qu’on s’est tracé (ou qu’on nous a tracé) et qu’il est difficile d’en sortir même s’il ne nous convient plus. Au début, il m’a été difficile de trouver les personnages sympathiques : que ce soit Hélène ou Alban, ils paraissaient tous les deux se focaliser sur leur petite personne et quant à Julien le médecin, je l’ai carrément trouvé détestable ! Félix apparaît comme immature, sa compagne comme colérique … avec une telle brochette de protagonistes, je me suis demandée où est-ce que j’allais ! Mais c’est justement l’intérêt de la chose car impercertiblement, ma perception de ces gens s’est modifiée en même temps que leur attitude et leur évolution lente qui les a rendus meilleurs. Chacun est confronté à ses problèmes et doit les affronter pour pouvoir changer et se sentir mieux. Le dessin est moderne et correspond bien à la couverture : du réalisme et des détails (sauf pour la narration du journal intime du vagabond, qui présente des dessins plus enfantins et monochromes), des couleurs variées mais pas agressives, des décors soignés et des personnages tous bien différenciés (et il vaut mieux que ce soit le cas vu leur nombre et les sauts d’un personnage à l’autre). Le début de la lecture peut être un peu pertubant car on nous présente tous les protagonistes un à un sans connaître les liens entre eux et ça fait pas mal d’infos mais il suffit juste d’être attentif à ce moment-là ! J’ai été plus dubitative quant au contenu du journal intime du vagabond qui semble enthousiasmer tous ceux qui le lisent dans l’album, provocant parfois une prise de conscience, mais qui m’a paru plutôt fade et assez prévisible. Avec cet album à l’ambiance assez sombre au départ, j’ai été portée par l’envie d’en savoir plus sur des gens qui ne se sentent pas toujours bien dans leur vie et le récit dénonce aussi les travers de nos sociétés qui nous imposent certains codes : le besoin de reconnaissance, l’ambition qui peut détruire, la place de la famille par rapport au travail … de quoi réflechir sur nos besoins et nos envies !

L'avis de Cuné, qui n'a pas du tout aimé !

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24 mai 2019

Papier tue-mouches ---- Hans Hillman d'après Dashiell Hammett

PapiertuemouchesLes Hambleton, famille fortunée new-yorkaise, voit Sue, la benjamine de la famille, filer du mauvais coton. Malgé leur argent et leur réputation, la jeune femme de 21 ans quitte la maison familiale après avoir fréquenté les gangsters de la Dixième Avenue. Se mettant en ménage avec Hymie le Sulfateur, elle se voit obligée de travailler dans un speakeasy à la mort de ce dernier, mitraillé avec sa propre arme par une bande de Chicago venue chercher fortune à New York. Le major Hambleton, inquiet pour sa fille, avait fait appel à une agence de détective privé et quand, à la fin de l’année 1927, la jeune femme disparaît de la ville avec son nouveau compagnon, Babe, après une bagarre sanglante dans un bar, personne ne semble savoir où ils sont partis. Jusqu’au jour où le major reçoit un télégramme en provenance de San Francisco et signé Sue, lui réclamant de l’argent pour financer son voyage de retour. L’agence envoie un détective sur place pour savoir s’il ne s’agit pas d’une arnaque et pour découvrir si Sue va bien …

Voilà un album publié récemment mais qui présente une œuvre qui ne l’est pas du tout. Reprenant une nouvelle de l’auteur américain Dashiell Hammett datant de 1929, le dessinateur allemand Hans Hillmann a construit un roman graphique en essayant d’utiliser le moins de mots possibles et ce roman graphique original date, lui, de 1975. Il est d’ailleurs difficile de considérer ce livre comme un album de bande dessinée car il s’apparente plus à un objet d’art. Le dessin crayonné tout en tons de gris, de noir et de blanc est magnifiquement travaillé et ciselé dans les moindres détails. Certaines scènes ressemblent même à des photos tellement c’est précis et net. L’auteur a aussi choisi des cadrages audacieux et originaux pour l’époque, s’inspirant du cinéma. Le texte reprend des phrases non modifiées de la nouvelle et est placé en bas de chaque dessin, comme une légende, que ce soit des dialogues ou des descriptions. Cela se lit donc différemment d’une BD classique. En plus, le fait que le graphisme soit en noir et blanc, avec son réalisme, évoque les films noirs des années 40 et 50 et colle à merveille à l’histoire sombre, peuplée de détectives, de voyous, de femmes plus ou moins perdues et faisant la part belle aux magouilles et aux fusillades. J’avoue que j’ai parfois eu du mal avec quelques dessins que j’ai trouvés un peu trop sombres ou bizarrement construits dans leur perspective (qui me semblait un peu « décalée ») mais à part ce tout petit détail, j’ai aimé cette lecture (après un petit temps très bref d’adaptation au style d’écriture de cette époque) et pourtant, je ne suis pas vraiment une fan des romans noirs de cette époque. Mais là, la longueur m’a bien convenu, les rebondissements arrivant à point nommé et j’ai apprécié l’ironie du récit. Voilà donc un bel album qui sort de l’ordinaire et qui mérite d’être découvert !

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Sortie de In Liber Libertas de Michel Kiefer, Laurent Ives et Jean-Claude Farenc

Inliberlibertas

Je suis contente de voir des amis publier enfin leur premier roman In Liber Libertas, que j'ai eu la chance de lire en avant-première (mon billet arrivera très bientôt !)

Je vous copie ici le résumé fourni par la maison d'édition :

« La région Midi-Pyrénées est passée aux mains d’Actionnaires après la faillite financière des Etats. L’écriture et la lecture ont été interdites pour lutter contre la subversion. Les Sachants, un groupe d’opposants qui a conservé la science ancestrale de l’écrit, sont confrontés à la répression impitoyable des Soldats de Sécurité de l’Agence dirigés par le Lieutenant Mandel.
Ce soir-là, Adrien Galves baissait la tête comme tous les passants coincés dans un contrôle de Sécurité de l’Agence Régionale.
Il s’apprêtait à présenter son avant-bras gauche au scanner pour une vérification d’identité. La panne du lecteur et cette petite cicatrice sur la pommette gauche allaient tout déclencher : une arrestation musclée, un interrogatoire chimique sans échappatoire et … sa rencontre avec Emile Galardon, l’inspirateur des Sachants. Le hasard des noms les avait conduit dans la même cellule. Il y avait urgence : demain, Emile savait qu’il risquait de tout révéler à ses bourreaux. »

Je peux vous dire que j'ai bien apprécié ma lecture en tout cas !

Ils sont en dédicace dans la région de Toulouse samedi :

Librairie "Au Fil des Mots"
Le samedi 25 mai de 10h à 19h

22 rue de la Croix Blanche 31700 Blagnac

Alors si vous êtes dans le coin, vous pouvez aller les rencontrer, ils sont très sympas et seront heureux de vous parler de leur plaisir d'écrire. Sinon, vous pouvez aussi commander le livre en cliquant ici.

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23 mai 2019

Jane ---- Aline Brosh McKenna et Ramón K. Pérez d'après Charlotte Brontë

JaneJane a perdu très tôt ses parents qui travaillaient sur un bateau de pêche et elle est recueillie et élevée sa tante, qui habite non loin. Mais la fillette ne s’intègre pas dans sa nouvelle famille qui semble l’ignorer. En grandissant, elle ne pense qu’à partir et dès qu’elle le peut, elle quitte sa ville de Nouvelle-Angleterre pour travailler elle aussi sur un bateau de pêche, histoire de se faire un petit pécule avant de rejoindre New York où elle loue un cagibi à Hector, un styliste qui essaie de percer. La jeune femme espère pouvoir suivre des études d’art car elle adore le dessin mais malgré sa bourse, il lui faut aussi trouver un travail pour payer les factures. Elle répond à une annonce postée sur le campus universitaire et à son grand étonnement, elle est embauchée immédiatement. Le travail consiste à s’occuper d’une petite fille solitaire, Adèle, qui vit dans un immense appartement luxueux sur Manhattan en compagnie d’une vieille gouvernante alors que son père, le mystérieux Mr Rochester, est très souvent absent et semble virer de façon très régulière les nounous qu’il embauche …

Ayant très longtemps fait partie de la Brontë Society, je ne peux résister aux œuvres des sœurs Brontë et à toutes leurs adaptations, qu’elles soient cinématographiques ou autres. Cette fois, il s’agit d’une libre adaptation du roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre, que j’ai lu maintes fois. Mais attention, ici, c’est vraiment très librement adapté … on passe en coup de vent sur l’enfance et l’adolescence de Jane pour la retrouver jeune adulte et prête à se lancer dans le monde new-yorkais. Elle va être embauchée comme nounou par Mr Rochester et celui-ci est bourru mais terriblement séduisant. C’est sûr que vu comme ça, ça paraît quand même assez similaire mais Jane est une jeune femme moderne beaucoup moins effacée que le personnage de Charlotte et Mr Rochester est aussi un peu différent ... mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la découverte. Moi qui suis souvent très sévère dès que les adaptations s’éloignent un peu trop de l’original, j’ai néanmoins bien apprécié celle-ci car malgré les différences, on y retrouve la même atmosphère, avec un peu de mystère et beaucoup d’attirance entre Jane et Rochester. Le graphisme est moderne et dynamique mais aussi très américain : les personnages sont réalistes mais ont des traits anguleux, les caractères les caractérisant comme homme et femme sont accentués (Jane est très sexy, Rochester est une baraque au menton carré par exemple), les décors sont aussi réalistes et savent se faire oublier si nécessaire ou magnifier une scène au besoin. Les couleurs sont variées mais douces et le fait que les pages ne soient pas en papier glacé m’a bien plu (les couleurs sont moins agressives ainsi et il n’y a pas de problème de reflets). Par contre, le cadrage et la découpe en vignettes restent assez classiques alors que j’ai déjà vu des comics plus affirmés à ce niveau-là. Bien sûr, difficile de caser en 220 pages la totalité d’un tel roman et l’ensemble m’a parfois paru un peu précipité, les évènements et l’évolution des relations s’enchainant un peu trop rapidement à mon goût. Mais cela reste une chouette découverte et une bonne lecture … ce classique a été revisité de façon crédible et actuelle et s’est révélé être surprenant (vu qu’il ne suit pas complètement le roman !). 

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22 mai 2019

The test ---- Sylvain Neuvel

ThetestIdir Jalil, son épouse et leurs deux enfants ont quitté Téhéran pour s’installer à Londres, où Idir travaille comme dentiste. La vie en Iran était devenue trop contrôlée et dangereuse pour eux mais depuis peu, le gouvernement anglais demande à tous les hommes entre 16 et 45 ans non britanniques de passer un test validant leur permis de séjour, individuel ou familial. Idir a donc rejoint le centre d’Immigration et après un contrôle médical, il s’attelle à répondre à une série de questions portant sur l’Histoire et la société britannique alors que sa femme et son fils l’attendent dans le hall de l’immeuble. Mais alors qu’il est rendu sans problème à la question 5, un groupe d’hommes masqués et armés entrent dans le centre et prennent les candidats au test en otages. Idir, qui a déjà subi des violences dans son pays, pense qu’il ne faut pas paniquer et faire ce qu’ils demandent mais quand son les terroristes tirent sur son voisin de table, Idir ne pense qu’à aller aider le blessé …

Comme j’avais adoré la trilogie des Dossiers Themis l’été dernier, j’étais très curieuse (et impatiente) de lire autre chose de cet auteur. Cette fois, il s’agit plus d’une longue nouvelle que d’un véritable roman et bien sûr, Sylvain Neuvel nous y décrit un monde futuriste mais pas vraiment éloigné de notre monde actuel. Les conditions d’obtention de permis de séjour en Grande-Bretagne se sont durcies et les hommes de la tranche d’âge des travailleurs doit subir un test montrant qu’ils cherchent à s’intégrer à la société britannique. Jusque là, rien de très révolutionnaire car c’est déjà le cas dans la réalité lors d’une demande pour avoir la nationalité britannique et que ce genre de test a aussi lieu aux USA pour les mêmes raisons. Mais bien sûr, l’auteur ne va pas se limiter à cette histoire de test puisque des hommes armés prennent les candidats du test en otage. Je me suis très vite doutée de la direction qu’allait prendre le récit puisque l’auteur écrit pour la série Black Mirror et qu’on peut supposer que l’histoire va plonger dans une dystopie. Idir va devoir faire des choix, essayer de faire les bons mais peut-être qu’il n’y a pas de véritable bon choix et qu’il n’est pas aussi maitre de son destin qu’il pourrait le croire. J’ai trouvé Idir très attachant car il essaie d’être quelqu’un de bien et qu’il se pose toujours des questions. Il est très humain et oscille entre aider les autres et s’intégrer sans faire de vagues. Forcément, l’histoire est sombre et certaines scènes un peu exagérées pour donner plus d’impact au sujet. Mais j’ai trouvé intéressant la façon d’amener les choses, de forcer la réflexion, de pousser les lecteurs à se demander ce qu’ils auraient fait et la justesse morale des situations décrites. Même si j’ai moins aimé ce titre que sa trilogie, je trouve que cet auteur a le chic pour entrainer les lecteurs dans des mondes décalés pour faire réfléchir sur notre monde actuel et je continuerai avec grand plaisir ce qu’il plubliera dans l’avenir.

*Lu en anglais* Non traduit à ce jour

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21 mai 2019

La tournée ---- Andi Watson

LatourneeG. H. Fretwell est un auteur anglais qui vient de publier un nouveau roman, « Sans K ». Sa renommée reste limitée et son éditeur l’envoie faire une tournée de dédicaces dans des librairies à travers le pays. Il quitte sa femme, qui ne semble pas bouleversée par son absence, muni d’un sac pour ses affaires personnelles et d’une valise où il a stocké plusieurs exemplaires de son livre. Mais dès son arrivée à la gare de son premier arrêt, un homme, se faisant passer pour un porteur, lui dérobe sa valise. Fretwell va porter plainte à la police puis rejoint la librairie où il doit signer son roman. Mais la foule ne se presse pas, peut-être à cause de la pluie, et il a donc l’occasion de discuter avec la jeune femme de la librairie, qui se fait une joie d’aller manger dans un restaurant couru dans la soirée, ayant reçu plus tôt une invitation inattendue. Mais le lendemain, alors qu’il est dans une autre librairie où sa séance de dédicaces n’a pas plus de succès, Fretwell reçoit la visite de deux policiers et apprend que la jeune librairie de la veille a disparu …

Avec mon résumé, on pourrait penser qu’il s’agit d’une histoire policière mais en fait, c’est bien plus que ça. En fait, je n’avais aucune idée du sujet mais en voyant sur cette couverture ce petit bonhomme tout seul au milieu de ces énormes piles de livres, je n’ai pas pu résister ! En plus, j’aime beaucoup ce que fait Andi Watson, même si j’ai été déçue par Points de chute alors que j’avais été charmée par Slow news day, Breakfast after noon et Ruptures. On retrouve ici son nouveau style graphique mais qui a encore évolué depuis Points de chute … ici, il n’y a plus que du noir et blanc, des traits simples, des personnages représentés de façon un peu naïve et des décors très anglais (des rues pluvieuses, de vieilles maisons, des librairies croulant sous les livres). C’est étonnant de voir que des visages aussi simplifiés peuvent montrer sans problème des sentiments. Si je n’avais été convaincue précédemment, cette fois, le dessin me convient plutôt bien et j’ai tout de suite été touchée par le personnage de Fretwell et sa face lunaire. Il paraît tellement gentil, tellement respectueux. Mais ce pauvre homme effacé n’a vraiment pas de chance : après le vol de sa valise, sa tournée de dédicaces ne marche pas du tout, les gens le traitent plus ou moins bien et son voyage est terni par des disparitions de femmes et l’enquête qui en découle. Même la météo semble lui mettre des bâtons dans les roues ! Le récit qui débute de façon classique va prendre un tour un peu étrange qui m’a vaguement rappelé le film Brazil … les choses tournent mal et les interprétations des choses peuvent pourrir la vie de quelqu’un d’innocent (ou pas ?). On se croirait plongé dans un cauchemar à part que c’est la réalité vécue par Fretwell et celui-ci reste pourtant toujours respectueux et essaie de rendre service à tout le monde. Au fil des pages, j’ai espèré voir les choses s’arranger pour cet auteur poissard et j’avais donc envie d’avancer dans l’histoire, de savoir ce qui allait se passer. Mais arrivée à la fin, je suis restée un peu perplexe : je n’ai pas trouvé la réponse à plusieurs de mes questions (à moins que je n’ai rien compris à l’histoire) et c’était un peu frustrant ! Mais l’attitude de Fretwell est très british et l’absurde est encore bien présent dans le dénouement donc ça compense un peu ma frustration. En tout cas, j’ai beaucoup aimé voyager à côté de ce charmant auteur anglais très gentleman.

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20 mai 2019

Talc de verre ---- Marcello Quintanilha

TalcdeverreRosângela semble être une femme comblée dans tous les domaines de la vie : elle travaille comme dentiste dans son propre cabinet florissant dans la ville de Niterói, près de Rio de Janeiro, elle est l’épouse de Mario, un cardiologue reconnu et très amoureux d’elle, elle est la mère de deux beaux enfants, une fille et un garçon, elle a une nouvelle et grosse voiture et leurs comptes bancaires sont bien garnis. Mais Rosângela doit recevoir en consultation sa cousine Daniele, une superbe jeune femme blonde qui vient d’un quartier populaire et qui est divorcé d’un mari violent, après avoir subi les colères d’un père alcoolique et qui a dû retourner vivre chez sa mère. Daniele, sans le savoir, fascine Rosângela, qui n’arrive pas à oublier son sourire éclatant et sa joie de vivre. Petit à petit, Rosângela va chambouler sa vie pour comprendre et se rapprocher de cet idéal de féminité joyeuse …

Je n’ai aucune idée de la raison du titre hormis le fait que le talc est censé être doux et le verre brisé totalement l’inverse ! Et c’est vrai que cette histoire mélange des choses opposées. Tout d’abord, il y a le statut social de Rosângela comparé à celui de sa cousine Daniele, qui sont aux antipodes, de même que leur niveau d’éducation et de culture. Et pourtant, Rosângela envie cette cousine que rien ne semble atteindre. Elle voudrait être comme elle mais ne sait pas comment faire. Deuxième album paru en France de cet auteur brésilien, j’avoue que j’ai eu énormément de mal au départ avec la narration et que je me suis même demandé si j’allais laisser tomber. Mais c’est vraiment exceptionnel que j’abandonne la lecture d’une BD. Donc je me suis accrochée et j’ai fini par m’habituer un peu à la façon dont l’auteur déroule son récit. Il y a une voix off omniprésente qui s’adresse au lecteur en l’interpellant mais j’ai trouvé que la façon de s’exprimer de cette voix, comme un observateur extérieur qui analyserait les sentiments et le ressenti de Rosângela, était particulièrement lourde, avec beaucoup de tatonnements, d’hésitations, de redites, une sensation de ne jamais nommer les choses, de tourner autour du pot … ça m’a vraiment très vite horripilée (il n’a fallu qu’une seule page !!!!!). Mais la fascination de Rosângela pour Daniele est intéressante et c’est effrayant de voir comment les choses évoluent, comment une chose insignifiante dans la vie de quelqu’un qui, visiblement s’ennuie et voudrait autre chose (mais quoi ?), peut prendre des proportions gigantesques. La plongée en enfer de Rosängela est volontaire bien qu’inconsciente mais je n’ai jamais eu pitié d’elle car j’ai trouvé qu’il y avait une absence de sentiments et tout semble axé sur le paraître et la superficialité, l’envie, la jalousie, l’ennui, le besoin artificiel de reconnaissance. Rosângela souffre indéniablement de problèmes psychologiques et l’auteur a réussi à construire un récit glauque mais fascinant de la dérive d’une femme qui a tout pour être heureuse mais qui est incapable de le savoir. Le graphisme noir et blanc aux traits fins ne m’a pas vraiment enthousiasmée : j’ai trouvé les personnages parfois bizarres (on dirait quelquefois qu’ils ont trop de dents par exemple) mais les décors sont plutôt sympathiques et dépaysants (vu que c’est le Brésil). Et il y a quelques scènes aux cadrages assez originaux et dynamiques. En fait, mon problème majeur avec le dessin se situe au niveau de la représentation des protagonistes qui ont tout à la fois un aspect réaliste et un côté décalé (qui est peut-être voulu vu l’histoire). Le dénouement m’a paru logique mais je n’étais pas sûre que cela allait tourner ainsi. Je ne regrette finalement pas d’avoir lu cet album, même si j’ai eu beaucoup de mal avec la voix off, pas mal de difficultés avec Rosângela qui m’a profondément agacée et un peu avec le dessin, car l’histoire se révèle passionnante et l’auteur a su nous plonger dans l’esprit tortueux et torturé d’une femme qui perd tout sens des réalités.

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19 mai 2019

Prendre refuge ---- Zeina Abirached et Mathias Enard

PrendrerefugeDans le Berlin de nos jours, Karsten, célibataire, passe une soirée entre amis chez Elke, qui lui plait beaucoup. Il découvre dans sa bibliothèque un livre, « Prendre refuge », qui parle du bouddhisme. Cela fait écho au voyage de deux jeunes femmes en Afghanistan en 1939, où elles rencontrent un couple d’archéologues dans une vallée isolée où de nombreuses statues de Bouddha sont à flanc de montagne et où des niches pour les moines ont aussi été creusées. Mais lors d’une kermesse où Karsten tient un stand en compagnie d’Elke, il rencontre Neyla, une réfugiée syrienne à qui il va donner des cours d’allemand. Petit à petit, des liens forts se tissent entre eux, similaires à la relation naissante entre une des voyageuses et la femme de l’archéologue en Afghanistan …

J’avais beaucoup aimé les précédents albums de l’auteure dessinatrice libanaise Zeina Abirached, qui s’inspiraient souvent de sa vie et de sa propre expérience et qu’elle avait écrits seule. Cette fois, elle fait équipe avec l’écrivain français Mathias Enard pour raconter deux histoires d’amour qui, bien que se déroulant à des époques et des lieux différents, se font l’écho l’une de l’autre. J’ai retrouvé avec plaisir le style bien reconnaissable de Zeina Abirached, avec son noir et blanc franc et tranché, ses personnages typiques et sobres et des décors stylisés. Bon, j’ai eu un peu de mal à différencier les personnages féminins au départ car ils se ressemblent (mais c’est fait exprès dans certains cas pour accentuer le lien entre les deux récits). Donc, au niveau graphisme, je n’ai rien à redire : c’est parfait et il y a aussi beaucoup de poésie visuelle dans certaines scènes. Par contre, au niveau histoire, je n’ai vraiment pas accroché ! Tout d’abord, on plonge dans les deux récits sans aucune explication, on change d’époque et de lieu brusquement et sans vraie transition et les premières fois, c’est un peu perturbant … ensuite, on le sait et on s’y habitue. Mais je n’ai vraiment pas été convaincue par ces deux romances, qui m’ont paru plates, sans émotion et sans grand intérêt. Pourtant, l’une d’elle s’inspire du voyage de Annemarie Schwarzenbach et Ella Maillart qui est pourtant un témoignage important pour l’époque (deux femmes seules qui voyagent en Afghanistan en 1939, c’était plutôt rare). Mais non, rien à faire, je me suis ennuyée profondément en lisant l’album, c’est lent, très contemplatif, il ne se passe pas grand chose et avec la conclusion, cela n’a pas arrangé mon ressenti (quoi, tout ça pour ça ?!?). Il y a bien une tentative de montrer le déracinement des réfugiés, la difficulté de s’intégrer dans un nouveau pays, même avec l’aide des autres mais je n’ai ressenti aucune émotion. Cela ne me donne pas envie de lire les romans de Mathias Enard en tout cas ! Heureusement, cela reste vite lu mais c’est sûr que ce sera tout aussi vite oublié !

L'avis plus positif de Meséchappéeslivresques.

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18 mai 2019

Trashed ---- Derf Backderf

TrashedHEARTS2

 

 

 

J.B. vient d’arrêter ses études à l’université et est retourné vivre chez sa mère, qui ne compte pas voir le jeune homme trainer éternellement dans sa chambre en désordre perpétuel. Du coup, J.B. se voit obligé de postuler pour différents jobs et finit par décrocher un poste au service d’entretien de la petite ville de l’Ohio où il habite. Mais il s’avère que ce poste est celui d’éboueur, lui qui avait déjà du mal à gérer ses propres poubelles. Avec son ami Mike, embauché peu de temps après lui, les deux jeunes hommes vont découvrir les joies du métier : sacs percés, poubelles ayant macéré au soleil, sacs de couche-culottes, … sans oublier la rencontre régulière des habitants dont certains ont vraiment des habitudes bizarres. Tous les jours, sous un soleil de plomb ou dans un blizzard d’enfer, ils doivent ramasser les déchets de toute une communauté tout en respectant les demandes de leur supérieur, qui sortent parfois de la légalité …

J’avais adoré Mon ami Dahmer de ce même auteur et je ne pouvais résister à ce titre paru il y a déjà un moment. Encore une fois, l’auteur s’inspire de sa propre vie et de sa propre expérience pour raconter la vie quotidienne des éboueurs dans une petite ville du Middle West, ce qui n’est pas un sujet fréquemment abordé, il faut le dire. Derf Backderf a été lui-même éboueur pendant un an en 1979 et en avait tiré une histoire de cinquante pages qui avait permis de le révéler au public et aux critiques. Quand il a voulu reprendre le récit pour l’étoffer en 2010, il a dû rafraichir ses connaissances sur le sujet en faisant des visites régulières dans les déchetteries et dans les services d’entretien des villes et en se renseignant sur l’évolution des déchets et leur recyclage. Il a d’ailleurs été étonné de voir comment les choses avaient finalement peu évolué et a transformé son récit autobiographique en fiction (mais inspirée de faits réels … tous les cas décrits ayant été vécu par l’auteur). L’histoire est toute simple car on suit nos deux compères lors de leurs tournées quotidiennes de ramassage des ordures et il y a de grands moments. L’ensemble est traité avec beaucoup d’humour et j’ai souvent ri car leurs aventures ressemblent parfois à un croisement entre Laurel et Hardy, les Pieds Nickelés et les Marx Brothers, avec une bonne touche d’absurde. En plus, comme moi aussi, j’ai joué les éboueurs à l’arrière du camion dans ma jeunesse (mais beaucoup moins longtemps que l’auteur), j’ai reconnu certaines des situations : ramasser les ordures à la pelle devant la cuisine de la cantine (une cantine pour presque 2000 personnes), je l’ai fait ! Et à l’époque, les camions n’étaient pas équipés du mécanisme de soulevage des poubelles donc il fallait tout porter soi-même. Bon, forcément, il vaut mieux ne pas être facilement choqué (le langage est parfois cru) ou dégouté (par les ordures) pour lire cet album mais je trouve que les déchets d’une société sont assez représentatifs de celle-ci et j’ai trouvé que cette lecture permettait de réfléchir à ce qu’on jette et ce que cela devient. Il y a d’ailleurs quelques pages expliquant l’histoire du traitement de nos déchets, le fonctionnement d’une décharge ou bien celui d’un camion poubelle. Le graphisme est très reconnaissable car l’auteur a un style bien particulier, avec des personnages aux têtes légèrement démesurées et des corps longilignes. Quant aux décors, ils sont typiques d’une petite ville américaine, certains sont détaillés (voire même trop !) et d’autres plus simples. J’ai bien aimé le choix des tons bleus qui sont très apaisants. Je n’aurais jamais pensé que je prendrais autant de plaisir à lire un album parlant d’éboueurs mais j’ai vraiment passé un excellent moment en compagnie de ces courageux jeunes gens.

L'avis de Canel.

Posté par sassenach à 04:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]