La bibliothèque du dolmen

31 janvier 2020

Mécanique céleste ---- Merwan

MecaniquecelesteLa Terre a été ravagée par une succession de catastrophes. En février 2068, en forêt de Fontainebleau, la température et l’humidité sont tropicales et le taux de radioactivité est élevée mais la population qui vit là s’y est habituée. Pour Aster, qui vit isolée, la journée qui commence s’annonce sans surprise : elle va aller chercher des choses à échanger contre de la nourriture et Wallis, un habitant de la cité agricole de Pan, l’accompagne. Les deux jeunes gens sont amis et Wallis aide souvent Aster, qui ne fait pas partie de la communauté. Mais un jour, une délégation de la République de Fortuna débarque en plein milieu des élections devant renouveler le gouvernement de Pan et déclare que dorénavant, les villageois devront fournir à Fortuna plus de nourriture dans le cadre du projet Refondation. Eddy, le représentant en chef de Pan, refuse et demande à subir l’arbitrage par la Mécanique Céleste. Pan doit alors constituer une équipe de joueurs pour se battre contre Fortuna dans un jeu dont ils ne connaissent strictement rien …

Je n’avais aucune idée du sujet de cet album sauf qu’il allait parler de science-fiction vu la couverture. Du coup, je n’avais aucune attente particulière et après les quelques premières pages dont je ne parle pas dans mon résumé et que je trouve totalement inutiles, j’ai vite plongé dans ce monde post-apocalyptique, aux côtés d’Aster et Wallis. Le graphisme moderne est soigné et percutant visuellement (et en plus mis en valeur par la grande taille de l’album) : on croirait voir un film et comme il y a pas mal d’action dans le récit, c’est plutôt une bonne chose et on sent des inspirations américaines et japonaises dans le trait, ainsi que des touches plus classiques et plus européennes. Ce mélange convient bien à l’histoire et les couleurs douces contrastent avec la violence et le dynamisme du récit. Les personnages ont tous leur caractère et un physique bien reconnaissable et ils sont aussi expressifs. Les décors ne sont pas en reste : ils savent se faire oublier si nécessaire mais peuvent être aussi une part non négligeable de l’histoire, la nouvelle « Terre » étant représentée là, avec la nature omniprésente et les ruines d’origine humaine qui surgissent pour nous rappeler qu’il y a eu un bouleversement conséquent. Le récit montre des zones divisées en communautés et bien sûr, il faut qu’il y en ait une qui veut dominer toutes les autres et est prête à tout pour cela. Les gens de Pan, eux, ne sont pas d’accord et avec l’arbitrage par la Mécanique Céleste, c’est là que le récit commencer à bouger vraiment. Une très grande partie de l’histoire raconte donc les matches de Mécanique Céleste, une sorte de ballon prisonnier adapté à la sauce futuriste mais que j’ai trouvé sympa et original (finalement, on a tous joué au ballon prisonnier mais c’est rare qu’on en entende parler !) Bien sûr, je pense que tout lecteur sera comme moi et voudra voir l’équipe de Pan, les outsiders, gagner mais rien n’est simple, surtout qu’ils ne connaissent rien au jeu. En parallèle, mais peu évoqué, on voit les liens qui existent entre certains joueurs et joueuses mais ce n’est pas très développé, de même que les manipulations des hautes sphères pour prendre le pouvoir sur l’ensemble des communautés. Il semblerait que ce soit un album jeunesse (bien que ma médiathèque l’ait classé en rayon adultes), ce qui pourrait expliquer ce manque de détails sur des sujets qui auraient été intéressants à découvrir. A noter aussi qu’il y a des moments d’humour bien sympathiques et quelques instants plus intimes. J’ai pris énormément de plaisir à cette lecture qui pourtant ne creuse pas forcément ses personnages mais qui est dynamique et dont la philosophie dégagée par Aster m’a bien plu.

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30 janvier 2020

Une vie de moche ---- François Bégaudeau et Cécile Guillard

UneviedemocheGuylaine a été une petite fille choyée par ses parents, jouant des heures avec son voisin et ami Gilles jusqu’au jour où Gilles demande à un groupe de gamins jouant au ballon s’ils peuvent se joindre à eux. Ils acceptent mais ils ne veulent pas de la moche, c’est-à-dire de Guylaine. La petite fille ne comprend pas en quoi elle est laide mais sait que c’est un problème. A partir de ce moment-là, le paradis de Guylaine devient un enfer et elle va grandir en essayant de se fondre dans le décor, ne s’alliant qu’avec d’autres filles comme elle, jusqu’à l’adolescence où elle va essayer de devenir la copine rigolote, histoire de pouvoir fréquenter d’un peu plus près les garçons à défaut d’avoir un petit ami …

Il est difficile de définir ce qu’est la beauté et i n’y a rien de plus sujectif que cela. J’étais donc curieuse de voir comment le sujet allait être abordé et la morale qui allait en ressortir. En plus, j’ai aussi été tout de suite attirée par le graphisme en légers tons de gris tirant sur le sépia, avec une découpe variée (absence de vignettes par moments, dessins pleine page, …) et un trait ample qui pourrait paraître simple mais qui est travaillé et expressif. Et à la lecture, ma première impression a été confirmée : j’ai beaucoup aimé le dessin, bien plus porteur d’émotions que le texte. Maintenant, revenons donc au récit en lui-même car c’est là que ça a coincé pour moi. La narratrice est Guylaine et on a donc qu’un seul point de vue, ce qui m’a gênée un peu. Le début est bien mené car on voit une époque bénie et insouciante où le jugement des autres n’existe pas. Et puis, tout à coup, le monde cruel reprend ses droits et Guylaine devient moche sans comprendre pourquoi. Tout au long des pages, cet handicap sera là, lui pourrissant la vie mais il faut dire que Guylaine n’a pas eu le temps de se forger une assurance, sa « déchéance » arrivant à un âge tendre et elle est incapable de s’affirmer vis à vis des autres. En plus, j’ai eu du mal à adhérer au récit car je ne la trouvais pas moche ... elle m’a juste paru normale et naturelle. Donc, on suit les pérégrinations de Guylaine au fil de sa vie : son adolescence, son premier petit ami et sa relation totalement ratée, l’entrée à l’âge adulte, son moment de révolte, et le déroulement des jours jusqu’à la retraite. Compte tenu des informations sur les modes en vigueur, j’en ai déduit que Guylaine était un peu plus âgée que moi et du coup, j’ai été un peu perplexe quant à son rapport au paraître : elle n’a pourtant pas grandi à une époque où une grande partie des relations est basée sur le physique, comme de nos jours avec les diktats de la mode et des réseaux sociaux. L’auteur traite donc son récit comme si ce qui se passait dans ces années-là était exactement la même chose que maintenant alors que ce n’est pas le cas. Alors, oui, certaines de ses réflexions sur la place de la femme dans la société sont intéressantes et font réfléchir mais elles ne sont pas complètement adaptées au contexte. Même si la femme n’avait pas une place très agréable dans les années 70, au moment où Guylaine entre dans l’âge adulte, elles étaient moins jugées sur le physique hormis par certaines strates de la société, strates qui ne semblent pas être celles de la famille de Guylaine. Qui plus est, je n’ai vraiment pas accroché à la morale générale qui m’a semblé ressortir de l’album. L’auteur dit bien que la femme n’a pas à être dépendante des hommes, elle doit être elle-même sans crainte d’être jugée et ne doit pas se soumettre aux règles édictées par la société mais ce qui ressort au final, c’est quand même que si tu es moche, tu vas galérer, tu auras une vie pourrie et peu d’amis, sans parler des chances de pouvoir fonder une famille !!!!! Franchement, j’ai trouvé ça très machiste comme raisonnement et très superficiel : il me semble que tous les goûts sont dans la nature et qu’une personne qu’untel trouve moche peut plaire à un autre ! Donc, un très bon point pour le graphisme mais des gros doutes sur l’histoire en elle-même.

Les avis plus positifs de Canel et Meséchappéeslivresques.

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29 janvier 2020

Civilizations ---- Laurent Binet

CivilizationsA la mort de son époux roi-guerrier d’Irlande puis de son fils, Aude s’installe en Islande en compagnie d’un groupe d’hommes nobles, dont des Vikings faits prisonniers. Parmi eux, Erik le Rouge se voit obligé, un jour, de tuer son voisin et est banni d’Islande. Ne pouvant retourner en Norvège, il part vers l’Ouest et atteint le Groenland où il fonde une famille mais une de ses enfants, Freydis, a le goût des voyages et part à son tour encore plus à l’ouest, puis au sud, où son groupe va rencontrer des êtres de petite taille, un peu étranges mais amicaux. Au fur et à mesure du trajet, les contrées découvertes paraissent accueillantes et les peuples rencontrés prêts à coopérer mais il y a parfois des résistances, surtout où les traditions guerrières semblent importantes. Quelques centaines d’années plus tard, la flotte menée Christophe Colomb quitte l’Espagne, direction l’ouest, et après une traversée sans trop d’encombres, les marins abordent les côtes d’une petite ile habitée d’êtres paisibles et curieux. Mais le reste de l’exploration ne va se dérouler aussi aisément …

Dès que j’ai vu le sujet de ce roman, j’ai été intéressée mais mon résumé n’en parle pas vraiment. En fait, il s’agit d’une uchronie qui voit les Incas dominer les pays européens après une guerre entre Atahualpa et Huascar, deux frères qui se partageaient l’Empire des Quatre Quartiers, Huascar régnant sur Cuzco et Atahualpa dirigeant les provinces du Nord. En s’opposant l’un à l’autre, Atahualpa s’est vu obligé de fuir vers l’est et donc vers l’Europe, où il deviendra puissant. J’ai eu un peu de mal au départ, avec toute l’histoire des Vikings qui me paraissait un peu vague et peu utile (je n’ai d’ailleurs toujours pas compris sa raison d’être hormis le fait que ce peuple venu du Nord a amené des armes inconnues sur ce nouveau continent et qui s’avèreront utiles). Avec l’arrivée de Christophe Colomb, les choses commencent à devenir vraiment intéressantes car l’auteur nous parle de choses qu’on connaît un minimum mais qu’il transforme pour servir son récit. S’enchaine alors la guerre entre frères incas, puis la fuite de l’un d’eux et son arrivée au Portugal. A cette arrivée fictionnelle se mêlent des faits historiques réels (comme le tremblement de terre de 1531 à Lisbonne) et des personnages ayant existé comme Charles Quint. Le contexte historique du Portugal et de l’Espagne de cette époque est bien rendu : les tensions entre les différents pays, les possessions des différents rois dispersées à travers l’Europe suite à diverses alliances, la persécution des Juifs, la puissance de la religion et de l’Inquisition … tout y est mais tout est forcément différent vu que les Incas vont imposer leur croyance et leur façon de vivre. C’est d’ailleurs un des sujets les plus fascinants du roman car on découvre une société très humaine, beaucoup plus tolérante, qui écoute les gens quel que soit leur niveau social et surtout des méthodes s’appuyant sur le bon sens et sur l’utilité des hommes pour faire fonctionner l’ensemble de la société. Il est évident que l’avènement des Incas en Europe ne se fera pas sans mal et qu’il faudra des batailles, des campagnes « politiques », des négociations et des alliances et c’est passionnant de voir comment des peuples très différents peuvent faire basculer les choses d’un côté ou l’autre. J’ai un peu regretté de voir le roman se terminer avec les aventures de Cervantès car j’aurais trouvé captivant de découvrir comment cette Europe décrite aurait évolué jusqu’à notre époque. En tout cas, il me semble qu’il y a largement matière à une suite ! Cela n’enlève rien au plaisir que j’ai eu avec cette lecture, riche en détails historiques réels mais jubilatoire dans son développement improbable, qui se lit comme un roman d’aventure mais qui fait réfléchir aux comportements humains.

L'avis de Caroline (Choup).

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28 janvier 2020

Forté ---- Manon Heugel et Kim Consigny

ForteFlavia est une petite fille qui vit dans les favelas de Belém, au Brésil. Elle est proche de son père, qui travaille comme concierge et qui est très apprécié dans le quartier pour toute l’aide qu’il apporte à ses voisins alors que sa mère effectue des ménages. La famille n’est pas riche mais ils sont heureux et un soir, pour faire plaisir à Flavia, son père va lui acheter un ballon mais il est tué par une balle perdue lors d’un règlement de compte entre gangs. Malgré le chagrin, Ana, la mère de Flavia doit travailler encore plus et accepte un poste de femme de ménage chez un monsieur célibataire qui accepte qu’elle vienne travailler avec Flavia quand celle-ci n’a pas école. Monsieur Lima est un mélomane qui écoute du Chopin et Flavia est vite intriguée par le piano. Le vieux monsieur se rend vite compte des aptitudes musicales de Flavia et commence à lui apprendre la musique et à jouer du piano …

Je ne joue d’aucun instrument mais le piano est celui qui m’attire le plus (ainsi que la batterie, ce qui est totalement différent). J’ai donc été très intéressée de voir le parcours improbable d’une petite fille des favelas brésiliennes avoir, par le plus grand des hasards, la chance de « rencontrer » un piano et de travailler pour essayer de devenir une grande concertiste en venant étudier à la prestigieuse Ecole Normale de Musique de Paris. Dès le départ, Flavia est une petite fille attachante et au caractère bien arrêté mais qui, pourtant, a ses failles qu’elle peut souvent dominer grâce à son courage. C’est étrange de voir comment un destin peut dépendre de petits enchainements et comment un drame, la mort du père de Flavia, peut lui permettre de découvrir son talent au piano et sublimer sa vie et son avenir. J’ai particulièrement apprécié de voir la relation d’un artiste avec son art, moi qui n’ai aucun talent en quoi que ce soit, cela m’a toujours fascinée. Les sacrifices faits, le travail constant fourni pour atteindre l’excellence, je trouve tout ça admirable car je suis une vraie flemmarde de naissance et je n’aurais jamais eu ce courage ni cette tenacité. Pour moi, l’art, c’est principalement en rapport avec la détente : lire plus qu’écrire, chanter comme une casserole sur des airs que j’aime, danser comme une folle parce que je ne peux m’en empêcher, admirer un tableau plutôt que dessiner ou peindre et me régaler d’un bon film plutôt que de jouer un rôle (bon, j’avoue : j’ai fait de la danse classique pendant plusieurs années et du théâtre au lycée mais bon, ça ne m’a pas transcendée, même si j’y ai passé d’excellents moments). Avec cet album, comme on suit Flavia mais aussi ses amis et d’autres étudiants de l’école de musique, on découvre l’art comme un travail mais aussi une passion, une façon de vivre, voire même une obsession. On voit comment cela peut influer sur la vie privée, sur la santé, mais comment cela permet aussi de s’élever, d’atteindre une chose que seuls les artistes vrais peuvent connaître (je pourrais appeler ça une extase !). Le graphisme est agréable, même si je l’ai trouvé assez typique de ce qu’on peut voir dans d’autres albums ces dernières années. Les couleurs sont douces et l’ensemble m’a fait ressentir une patte très féminine, toute en délicatesse et en traits fins. La fin un peu brusque m’a laissée un peu sur ma faim, même si elle est logique et ne dépare en rien le récit. J’aurais aimé quelques pages de plus mais il faut dire que je me sentais bien avec Flavia et que je n’avais pas vraiment envie de la quitter !

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27 janvier 2020

L'humain ---- Agrimbau et Varela

Lhumain500 000 ans ont passé et la Terre n’est plus ce qu’elle était. Les humains ont disparu mais avant cette extinction, un couple de scientifiques, Robert et June, ont organisé une mission un peu particulière : ils ont mis des vaisseaux en orbite autour de la planète en programmant un retour dans le futur pour pouvoir étudier l’évolution de la vie et relancer la présence humaine. Un des vaisseaux atterrit brutalement au milieu de hordes de primates se faisant à moitié la guerre. A bord, Alpha, une androïde, se réveille et initialise ses programmes de mission mais ceux-ci s’avèrent corrompus par le choc. Heureusement un autre robot vient son aide et à eux deux, ils parviennent à libérer les autres androïdes tombés aux mains des primates. Enfin, c’est finalement au tour de Robert d’être réveillé et l’homme se met tout de suite à la recherche du vaisseau de son épouse June …

Je suis contente de voir que, depuis quelques années, la science-fiction est de retour en BD et que les albums sur le sujet sont variés. Du coup, dès que j’en vois un passer, je suis tentée de le lire, surtout si c’est un one-shot, comme c’est le cas ici. Les auteurs sont argentins et je connaissais surtout le dessinateur pour avoir quelques-uns de ses albums dans ma PAL (et l’avoir aussi rencontré sur un salon). D’ailleurs, c’est son style graphique, à la fois moderne et suranné, un peu rond, très sobre, qui m’avait fait le remarquer, un style que je trouve vraiment très adapté aux récits futuristiques. Je ne sais pas pourquoi il m’évoque un peu le genre de films des années 50 comme Planète interdite ! On retrouve donc bien sa patte dans cet album et j’ai bien aimé, même si je n’ai pas été très emballée par le choix des couleurs, se limitant à du noir, du blanc et une déclinaison de tons rouges. Mais ça a au moins le mérite de planter une ambiance particulière ! Le récit débute avec l’arrivée assez violente d’une capsule/vaisseau avec des androïdes à son bord qui semblent un peu perdus vu que leurs programmes ne fonctionnent plus forcément très bien. Heureusement, parmi eux il y a Robert, le seul humain du groupe et on comprend qu’il a organisé une mission pour ramener des humains sur une Terre ravagée et où une faune sauvage et simiesque domine. Il y a un autre vaisseau qui a doit atterrir ou qui est arrivé il y a peu avec à bord, d’autres androïdes et surtout June, l’épouse de Robert, avec qui il doit mener à bien la mission. L’histoire est divisée en cinq grands chapitres rythmant les évènements, avec un début assez lent, un milieu qui s’installe et qui préfigure un final sauvage et que je n’ai pas trouvé si inattendu que ça. Disons qu’il m’a paru logique et naturel et si on s’attache au départ à certains personnages, cela peut vite se modifier ! Du coup, comme je voyais se profiler cette fin, j’ai eu un peu de mal à accrocher à l’histoire. Beaucoup de choses sont peu développées au cours du récit alors qu’il y avait matière à réfléchir plus avant et cela donne au final une sensation de manque d’originalité et de rapidité. Peut-être que mes impressions ne sont dues qu’au fait que je lis un bon nombre d’histoires du même genre et que cela devient difficile de me surprendre ! Mais c’est un album qui se laisse lire facilement et qui a tout pour plaire à différents types de lecteurs, particulièrement ceux qui ne sont pas forcément habitués à des récits futuristes où la destinée de l’humanité est en question.

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26 janvier 2020

L'Arabe du futur, une jeunesse au Moyen-Orient (tomes 1 à 4) ---- Riad Sattouf

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Larabedufutur3Tome 1 : 1978-1984
Tome 2 : 1984-1985
Tome 3 : 1985-1987

En 1980, Riad Sattouf a deux ans quand ses parents et lui partent s’installer à Tripoli, en Lybie. Son père, d’origine syrienne, a fait ses études à la Sorbonne à Paris où il a rencontré sa mère, d’origine bretonne et il pense que l’amélioration des conditions de vie dans les pays arabes viendra de l’éducation de leurs populations et c’est pourquoi il a postulé pour un poste de professeur en Lybie. Le petit Riad va découvrir le pays et une nouvelle culture avec ses yeux d’enfant : la liberté de s’installer dans n’importe quelle habitation, sa fascination pour Kadhafi, sa relation avec les enfants voisins, un Yéménite et une Indienne, les difficultés pour obtenir de quoi manger et sa passion pour les bananes. Mais le retour en Bretagne pour les vacances est aussi l’occasion de se frotter à de nouveaux défis mais au moment du retour au Moyen-Orient, ce n’est plus en Lybie mais en Syrie que Riad et sa famille vont habiter …

Qui n’a pas entendu parler ou lu cette série de Riad Sattouf ? Il me semble parfois que je dois être la seule !!!! Mais comme les réservations à la médiathèque allaient bon train, j’ai préféré attendre que l’engouement se calme et j’ai finalement réussi à trouver les trois tomes qui m’attendaient bien sagement sur les étagères. Comme ce n’est pas la première fois que je lis cet auteur, et avec des sentiments mitigés sur son œuvre (Retour au collège ou Les cahiers d’Esther tome 1), j’avoue que je partais un peu dubitative. Mais au final, ça m’a beaucoup plu. Tout d’abord, on reconnaît bien le coup de crayon de l’auteur, avec ces personnages en rondeurs et son côté naïf et simple mais efficace. Qui plus est, on retrouve l’utilisation des monochromies par chapitre : celui en Lybie est jaune, ceux en Bretagne sont bleu-gris, ceux en Syrie sont rouge pâle (voire rose … et pourtant, le rose n’est pas une couleur que j’associera spontanément à ce pays !). Le récit est chronologique : on commence par la rencontre des parents de Riad, puis leur départ en Lybie, les vacances ou bien les séjours provisoires en Bretagne chez sa grand-mère maternelle, leur vie en Syrie. Riad nous raconte sa vie dans les différents pays, comment il perçoit sa famille et ses voisins, ses camarades d’école, on découvre des façons de vivre différentes, des nourritures exotiques et je dois dire qu’il n’est pas tendre ! Il nous montre les choses de façon crue, sans filtre bâti par nos esprits d’adultes et je trouve que personne n’est à son avantage : son père apparaît comme quelqu’un de peu sympathique, les habitants de Lybie et de Syrie semblent vivre au Moyen-Age, les châtiments corporels sont nombreux à l’école, la religion est omniprésente même si Riad ne se sent pas vraiment concerné. Il y a des moments savoureux et amusants, d’autres dramatiques (les animaux n’ont pas la vie facile) et on obtient même quelques explications toutes simples et compréhensibles sur la situation dans ces différents pays (avec les différents courants religieux ou clans tels que les Chiites, les Sunnites ou les Alaouites). Moi qui partais peu convaincue dans la lecture de cette série, je me suis finalement bien régalée tout en apprenant plein de choses !

Les avis de Framboise chez Mo (tome 1tome 2), MouetteJulia chez Mo (tome 3), Jérôme (tome 1, tome 2, tome 3), Géraldine (tome 1, tome 2), Aproposdelivres (tome 1, tome 2, tome 3), Canel (tome 1).

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Edit du billet di 8 décembre 2017

Larabedufutur4Tome 4 : 1987-1992

On est en 1988 et Riad a dix ans. Son père a accepté un poste de professeur à l’université de Riyad, en Arabie Saoudite mais sa mère a refusé de le suivre et elle s’est installée avec ses trois enfants en Bretagne nord, au Cap Fréhel, non loin des grands-parents maternels. Comme l’argent arrive au compte-goutte, son père voulant contrôler à distance la vie de sa famille, ce n’est pas toujours facile, surtout que la mère de Riad ne trouve pas de travail. Pour Riad, à l’école, cela se passe plutôt bien : ses beaux cheveux blonds ont du succès parmi les filles et son don pour le dessin aussi mais il a peu d’amis garçons et n’ai pas très bon en sport. Son père revient passer quelques semaines de vacances avec eux mais n’arrête pas de critiquer le pays et demande toujours à Riad de continuer à apprendre l’arabe et à lire le Coran …

 

J’attendais avec impatience de mettre la main sur ce nouveau tome à la médiathèque, tant que je me rappelais à peu près des premiers tomes. Dans ce nouvel opus, la vie de Riad se passe beaucoup plus en France car sa mère a refusé de suivre son mari en Arabie Saoudite. Et, hormis les problèmes d’argent et les fins de mois difficiles, cela semble plutôt bien se passer en Bretagne et le père ne manque à personne. Cela paraît triste, dit ainsi, mais quand on voit son comportement, ça paraît logique. Tous les travers et les défauts que le père de Riad avait dans les premiers tomes paraissent s’amplifier et dégénérer. Du coup, il est difficile d’avoir pitié de lui et l’auteur n’est pas tendre avec lui, même si son portrait me semble honnête et neutre : il ne cherche ni à cacher, ni à enfoncer, il le montre juste tel qu’il est, avec parfois de bons moments et souvent des réactions détestables. On voit donc la galère de la mère de Riad en Bretagne, heureusement aidée par sa mère et son beau-père, qui vivent tout près. Les enfants s’adaptent vite et Riad est plutôt content d’être là. D’ailleurs, quand la famille va être obligée de retourner en Syrie, Riad va pouvoir à nouveau comparer le mode de vie au Moyen-Orient et le mode de vie français mais avec plus de justesse car il est plus vieux et ses rapports avec les gamins de son âge de la famille sont différents à présent. J’ai trouvé l’ensemble toujours aussi intéressant, à défaut d’être moins dépaysant. Le graphisme simple est vraiment agréable et permet une lecture facile malgré la taille imposante de l’album et les codes couleurs en fonction des lieux est bien utile. Mais si l’humour est aussi toujours présent, des moments dramatiques ne sont jamais bien loin et le final est bien là pour souligner ce dernier point ! Dire qu’il va falloir attendre maintenant de savoir comment tout cela va se développer … ça va paraître long !!!!

Les avis de Canel, Aproposdelivres, Meséchappéeslivresques.

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25 janvier 2020

Police de New York : 200 ans de crimes et de faits divers ---- Bernard J. Whalen et Philip Messing et Robert Mladinich

Policedenewyork200ansdecrimesAvec les villes devenant de plus en plus grandes est venue la nécessité de protéger les citoyens et de faire respecter la loi. En 1802, alors que New York devient de plus en plus cosmopolite et peuplée, Jacobs Hays est promu high constable à la tête d’une petite troupe de veilleurs de nuit à temps partiel, système instauré il y a longtemps par les Hollandais. Cet ancêtre du NYPD se développera et s’étoffera, grandira en nombre de policiers, d’inspecteurs, de détectives, se spécialisera, utilisera des moyens scientifiques de façon à trouver et arrêter toutes sortes de criminels. Des braquages de banque, des assassinats en tous genres, des émeutes à contrôler, des enlèvements à résoudre, des gangs mafieux à contrer, des attentats à empêcher, les hommes et femmes du NYPD sont là pour protéger et servir …

Ce n’est pas souvent que je lis des documents mais quand j’ai vu celui-ci à la médiathèque, j’ai craqué ! En fait, en général, c’est le genre de livre que j’achète et dans lesquels je picore par ci par là sans ordre particulier mais là, comme il fallait le rendre à une certaine date, pas question de me contenter de le feuilleter si je voulais en apprendre plus. Après une présentation sur l’histoire du département de police de New York, sa création, son évolution, ses missions, on se retrouve vite plongé dans différents cas, rangés par ordre chronologique. Certains sont très connus, d’autres moins et d’autres pas du tout (enfin, du moins, pour des lecteurs français). Chaque chapitre est illustré de photos noir et blanc des lieux des crimes, de unes de journaux, de photos des coupables ou des victimes et comme ils sont relativement courts (environ moins de 10-12 pages, photos inclus), c’est facile d’en lire trois ou quatre à suivre, de s’arrêter un temps et de reprendre sans se perdre … pratique quand on lit plusieurs livres en même temps comme j’ai tendance à le faire. J’ai trouvé intéressant de voir comment les méthodes ont évolué, même si les enquêtes ne sont pas trop détaillées : on apprend plus sur les crimes que sur les moyens et les procédures ayant permis de les résoudre. On voit aussi comment les délits changent au fil des ans (par exemple, les braquages de banque ou les enlèvements ne sont plus trop « à la mode »). Il est aussi intéressant de voir que certains policiers n’ont pas toujours été du bon côté de la barrière ! Par contre, j’ai trouvé plusieurs coquilles dans des dates mais je pense qu’elles sont facilement repérables pour ne pas induire le lecteur en erreur. Dans l’ensemble, c’est une lecture que j’ai trouvée agréable et assez éducative sans trop en faire … le crime ne paie pas mais on peut parfois ne jamais être pris, même si cela devient de plus en plus difficile grâce aux méthodes modernes des enquêteurs !

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24 janvier 2020

Les derniers jours de Stefan Zweig ---- Sorel et Seksik

LesderniersjoursdestefanzweigAoût 1941, l’auteur allemand Stefan Zweig et sa seconde épouse Lotte, de trente ans sa cadette et qui est aussi sa secrétaire, quittent New York, où ils ont fait une longue escale après avoir quitté l’Angleterre et l’Europe en guerre. Mais son statut germanique lui attire des hostilités et un visa qui ne serait que provisoire et le couple part alors en paquebot pour le Brésil où sa réputation est grande et où il a été précédemment bien reçu. Le couple s’installe à Petrópolis, où la vie semble paisible. Mais Zweig n’arrive pas à oublier les horreurs perpétrées par les Allemands alors que Lotte essaie de soigner son asthme grâce à l’air pur des environs. Dans cette petite ville de province, ils ne sont pas les seuls à avoir fui l’Europe et ils retrouvent parfois des connaissances, ces rencontres étant l’occasion de se souvenir d’un passé d’avant-guerre où tout semblait beau et possible …

Cela faisait des années que cet album trainait dans ma PAL, depuis sa parution en 2012, pour laquelle j’avais eu la chance de le faire dédicacer par le dessinateur Guillaume Sorel. Je n’ai pas lu le roman de Laurent Seksik mais je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de l’écrivain allemand Stefan Zweig donc je savais de quoi aller parler l’histoire. Mais je savais aussi que j’allais me régaler avec le superbe dessin de Sorel, ses personnages un peu anguleux mais expressifs et attachants, ses décors grandioses, ses couleurs douces qui permet de s’installer tranquillement dans une ambiance. Cette dernière, avec le contexte historique et le destin de Zweig, n’est bien sûr pas joyeuse mais il y a une sorte de sérénité empreinte de nostalgie, de regrets, d’espoirs déçus mais de beaux moments, d’une sorte de bonheur fugace qu’on sait bref et fragile. Les références à l’œuvre de Zweig, qui émaillent le récit, sont magnifiques et donnent envie de se plonger dans les livres de lui qu’on n’a pas encore lus (pour moi, je dois avouer que c’est toute son œuvre !). On sent aussi l’amour qui lie Stefan et Lotte, l’amitié qu’il y a aussi avec d’autres personnes mais on sait malheureusement que ce n’est pas assez pour contrer les démons qui hantent et torturent l’écrivain, des démons bien vivants commettant des horreurs en Europe et l’impuissance de Zweig, la honte aussi, de savoir qu’il appartient au même peuple. J’ai trouvé l’album magnifique et poignant mais terriblement désespéré et on n’en ressort pas totalement indemne.

Les avis de Noukette, Canel, Miss Alfie, Karine, Antigone, Kikine, Jacques, Aifelle, Lasardine, Géraldine.

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23 janvier 2020

Du moment qu'on s'aime (Le monde selon Ch'ro) ---- Chereau

DumomentquonsaimeL’amour et le couple, voilà un sujet universel qui concerne tout le monde. On se marie mais l’amour va-t-il durer ? Les familles sont recomposées de mille et une façons, des gens les plus improbables se mettent en couple et les célibataires cherchent leur âme sœur par tous les moyens. Une relation qui dure plus d’une journée peut paraître un record pour certains mais quand les enfants arrivent, le couple a encore plus de raisons de galérer …

Je ne connaissais pas cet auteur quand je suis tombée sur ce titre à la médiathèque. Mais je suis toujours fan de ce genre d’album à sketches humoristiques car je trouve toujours un moment pour les lire, sans compter le fait, qu’en général, ce sont des lectures rapides. Celui-ci ne fait pas exception à la règle ! Les sketches d’une page peuvent aussi bien comporter un seul dessin ou bien alors une série de quatre ou cinq vignettes mais ils tournent tous autour de l’amour, du couple et de la famille. Le graphisme a un côté cartoon, avec des personnages caricaturés, avec des traits longilignes et des rondeurs, qui le rendent plutôt sympathique. Bien sûr, dans ces cas-là, les décors sont purement utilitaires : soit ils sont inexistants, soit très simples, soit carrément une photo retravaillée en dessin. C’est bizarre car ce style graphique m’a tout de suite frappée par une sensation de déjà-vu mais je suis incapable de dire où (particulièrement les réprésentations des personnages féminins) ! Disons qu’il est très actuel ! Les couleurs sont variées, avec des aplats, ce qui convient très bien. Quand il s’agit d’humour, je ne recherche pas forcément un dessin hyper travaillé et hyper réaliste … je veux juste un graphisme qui colle bien au sujet et là, ça fonctionne bien. Les différentes situations décrites m’ont souvent bien fait rire … il y en a de tous styles et niveaux : des machistes, des absurdes, des cyniques, des subtiles, des « bruts de fonderie », mais elles s’appuient souvent sur des fonds de vérité, du vécu pour mieux le détourner ou en montrer le ridicule. J’ai donc passé un excellent moment de détente, sans prise de tête, et cela m’a donné envie de découvrir les autres albums de cet auteur !

L'avis de Canel.

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22 janvier 2020

Appelez-moi Nathan ---- Catherine Castro et Quentin Zuttion

AppelezmoinathanLila est une adolescente qui ne se sent pas bien dans son corps. Elle se rappelle très bien le jour où elle a mis une robe pour faire plaisir à sa mère, les cadeaux de fille qu’elle recevait pour Noël, le moment où les garçons de son équipe de water polo l’ont traitée différemment des autres équipiers et le pire, le jour où sa poitrine a commencé à apparaître. Car Lila ne se sent pas fille du tout et elle veut avoir enfin un corps qui lui correspond, celui d’un garçon mais pour sa famille, cela risque d’être difficile et compliqué à accepter …

Voilà un sujet qui est peu abordé en BD alors quand j’ai vu ce titre, je n’ai pas hésité, surtout que l’histoire racontée ici s’appuie sur le témoignage d’une personne réelle, ce qui ne peut qu’émouvoir et interpeller de façon encore plus forte. En plus, le graphisme est fin et délicat, avec des couleurs douces qui rendent l’ensemble très agréable visuellement. On voit aussi très les émotions ressenties par les personnages, que ce soit dans leurs expressions ou dans des représentations imagées de leurs envies. Au niveau du récit en lui-même, je l’ai trouvé très intéressant : on voit et on comprend combien il est difficile de ne pas être en adéquation avec son corps et que le cheminement permettant d’arriver à la prise de décision s’avère compliqué pour tout le monde, que ce soit la personne concernée en premier lieu ou bien sa famille et son entourage. En dehors du parcours psychique, l’album aborde aussi, sans rentrer trop dans les détails techniques, le parcours « officiel » que doit subir toute personne souhaitant changer de sexe : les psychologues, les médecins, les traitements hormonaux, les opérations, le tribunal pour modifier son identité … Tout cela est décrit avec justesse, naturel et pudeur, sans parti pris hormis celui du bien-être et du bonheur des personnes. J’ai quand même été étonnée de la réaction des parents qui voyaient pourtant bien Lila qui se comportait comme un garçon manqué mais on n’a pas parfois pas le recul suffisant pour remarquer l’évidence. C’est une lecture éducative, humaine et utile pour mieux comprendre ce sujet et qui s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes. J’ai beaucoup aimé qu’on se décide enfin à en parler !

Les avis de Noukette, Autist Reading, Enna, Meséchappéeslivresques, Stéphie, Aproposdelivres.

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