LafemmedelallemandMercredi 2 avril à 14h30 avait lieu une rencontre avec l'auteure Marie Sizun. Cette conférence a pris place dans une des bibliothèques de quartier de ma médiathèque habituelle et bien que la salle n'était pas bien grande, le public était au rendez-vous et cela a donné un petit côté intimiste et sympathique à la rencontre, qui avait lieu dans le cadre du Prix Inter Comités d'Entreprises CEZAM (les résultats nationaux de ce prix seront connus le 11 octobre 2008, lors d'une cérémonie à La Villette). L'auteure est donc venue nous présenter son roman en lice pour le prix : "La femme de l'Allemand" que j'ai lu il y a quelque temps (voir mon billet).

C'est son deuxième roman publié (mais le troisième qu'elle a écrit, le premier n'ayant pas été accepté par les éditeurs) et est purement une fiction. Son premier livre édité a pour titre "Le père de la petite" (qui a fait partie de la première sélection Fémina 2004) et a des racines autobiographiques car elle y décrit le retour de son père, prisonnier français en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, alors qu'elle est encore petite et qu'elle ne le connait pas. Je ne l'ai pas lu mais il est dans mes tablettes pour une prochaine lecture ! D'ailleurs pour ceux qui seraient intéressés, il va sortir le 31 mai en poche.

ConferenceMarieSizun1La rencontre a commencé avec une présentation des motivations de Marie Sizun sur l'écriture de romans : elle a plaisir à écrire une histoire pour faire partager ses émotions à ses lecteurs, même si elle s'est mise à l'écriture sur le tard. Professeur de lettres, après des études à Paris, elle a enseigné en province mais aussi dans des lycées internationaux en Belgique et en Allemagne. De ce fait, elle n'avait pas beaucoup de temps pour l'élaboration d'un roman mais elle a quand même toujours eu un lien avec l'écriture en rédigeant de courts textes. Qui plus est, elle a avoué avoir été longtemps paralysée d'admiration devant les auteurs (classiques ou contemporains) et n'avoir pris un peu d'assurance et de confiance en son potentiel d'écrivain que relativement récemment. A son retour à Paris, une fois retraitée, elle a finalement osé se lancer dans l'écriture d'un roman, au plus grand plaisir des lecteurs qui ont pu la découvrir.

Elle a ensuite résumé l'histoire de "La femme de l'Allemand", sans rien dévoiler de crucial pour les lecteurs qui n'avaient pas encore lu ce livre et a lu le début de celui-ci pour donner un aperçu du style. D'ailleurs, une des questions posées a été à propos de la fameuse utilisation du "tu" comme processus narratif. Elle a opté pour ce style car la narratrice, Marion, se parle à elle-même en portant un jugement sur ses actions et ses sentiments, en effectuant un examen de conscience sur elle-même en revivant moment après moment sa relation avec sa mère. L'utilisation de ce "tu" permettait en outre de faciliter la narration pour l'auteure en intégrant un lyrisme nécessaire pour soutenir l'histoire et permettre une prise de responsabilité en basculant vers le "je" à la fin. Beaucoup de lecteurs n'avaient pas remarqué cette subtilité !

L'idée première de ce roman a été de parler de la maladie (je pense ne rien révéler en disant qu'il s'agit de troubles bipolaires, dont souffre Fanny la mère de la narratrice) car Marie Sizun connait bien cette maladie pour avoir une personne de son entourage qui en est atteint. En plus, l'auteure a suivi deux ans d'études de psychologie et a fait différents stages en hôpital psychiatrique, ce qui rend d'autant plus juste la description de cette maladie dans son roman. Elle a essayé d'éviter les répétitions des scènes de la maladie en décrivant à chaque fois une facette différente des symptômes. C'était aussi une autre façon de considérer la maladie en donnant un message d'espoir et des psychiatres pensent faire lire ce roman aux familles des malades car effectivement, le livre laisse une impression positive, en mêlant poésie et légèreté à l'ensemble de l'histoire dramatique qui est décrite.

ConferenceMarieSizun2Comme Marie Sizun voulait décrire ces troubles à une période où les traitements étaient encore à leurs balbutiements, elle a trouvé logique de positionner l'histoire à la fin de la seconde guerre mondiale. Et les souvenirs bouleversants qu'elle a elle-même de cette fin de guerre, de la violence, des femmes tondues et méprisées par la population l'ont entrainée à faire de Marion la fille naturelle d'un Allemand, même si Fanny, sa mère, ne fait pas partie de ces femmes tondues.

On retrouve donc le thème de la recherche du père, que Marion n'a jamais connu, son attachement à cet homme absent. Mais le fait de vivre à Paris (que l'auteure connait bien pour y avoir vécu et pour y vivre actuellement) permet à Marion et à Fanny de passer inaperçues, ne faisant pas porter de jugement de la part de leurs voisins, qui ignorent totalement qui est le père de Marion. Seuls les grand-parents de Marion ont renié leur fille quand celle-ci s'est retrouvée enceinte mais ils ne repoussent pas Marion, qui n'a commis aucune faute à leurs yeux. D'ailleurs, les personnages des grand-parents sont un peu caricaturaux au départ mais s'étoffent et deviennent plus humains au fil de l'histoire. C'est une des remarques que Marie Sizun a faites : après avoir fait son plan d'écriture, certains personnages sont brusquement apparus et d'autres se sont étoffés au fur et à mesure qu'elle écrivait, prouvant encore une fois que le créateur n'est pas toujours maitre de ses créations :)

C'est aussi un roman sur le thème de l'amour maternel et de l'amour filial. Fanny a un tempérament d'artiste, elle dessine et elle essaie d'éveiller sa fille à la beauté de l'art. Mais l'équilibre entre exaltation normale et maladie est toujours instable. Marion en souffre mais reste fascinée par sa mère, qu'elle considère plus comme une amie que comme une mère. D'ailleurs, elle l'appellera Fanny pendant une grande partie de l'histoire et la mère fait de sa fille un double d'elle-même en la surnommant Funny. La notion de "maman" n'arrivera que vers la fin, faisant du roman un véritable chant d'amour de la fille pour sa mère, acceptant les bons et les mauvais côtés de cette dernière. De plus, il s'est finalement révélé indispensable d'avoir opté pour cette période d'après-guerre car on pourrait légitimement se poser la question de savoir si une mère souffrant de la même façon que Fanny aurait pu conserver la garde de sa fille de nos jours.

Les courts chapitres sont là pour donner du rythme au roman. Ils ressemblent à des scènes de film, éclairant à chaque fois un aspect différent de l'histoire et permettant de suivre l'évolution des personnages. Qui plus est, le cinéma a aussi une part dans le livre, Fanny et Marion étant fascinées par les films qu'elles vont voir régulièrement.

Pour conclure, Marie Sizun, contrairement à ce que pourrait faire penser son nom, n'est pas originaire de Bretagne. Ce nom n'est qu'un pseudonyme inspiré par une visite au cap Sizun mais elle est bretonne de coeur, venant très souvent se ressourcer dans la maison qu'elle a acheté dans cette région.

ConferenceMarieSizun3Un futur roman est en préparation ... en fait, il est déjà bien avancé vu qu'il doit sortir en septembre, toujours chez Arléa dans la même collection,et il se passera en Bretagne, dans la région de Penmarch, prouvant une fois de plus l'attachement de l'auteure pour cette région. Nul doute que je le lirai à sa sortie !

ConferenceMarieSizun4La rencontre s'est terminée avec l'incontournable séance de dédicaces.

Ce fut un bel après-midi, très intéressant, avec une auteure passionnée et passionnante, qui a permis d'éclairer ce roman sous un jour nouveau !

Sylire l'a aussi rencontrée : le compte-rendu est ICI.