Rencontre avec Jean-Noël Blanc
Samedi dernier, le 26 avril 2008, à 16h, avait lieu à la médiathèque de la ville voisine une nouvelle rencontre avec un des auteurs sélectionnés dans le cadre du prix Inter Comités d'entreprise CEZAM 2008. Cette fois, il s'agissait de Jean-Noël Blanc avec son livre "La petite piscine au fond de l'aquarium" (voir mon billet ici).
Malgré le beau soleil, il y avait quand même du monde et la rencontre avait lieu dans la salle de lecture de la médiathèque où les fauteuils sont très confortables !
Cela a commencé par une courte présentation du prix CEZAM pour ceux qui ne connaissaient pas ce prix (en espérant que cela poussera de nouveaux lecteurs à se lancer dans les livres proposés), puis l'auteur s'est rapidement présenté. Sociologue pendant de nombreuses années, dans le milieu de l'urbanisme et de l'architecture, il se consacre aussi à l'écriture de façon très prolifique car il est l'auteur d'une trentaine de livres, que ce soit des romans comme "Esperluette et compagnie" qui parle des relations entre un grand-père et son petit-fils, des livres jeunesse comme "Chat perdu" dont Lisa a parlé ici, ou des essais sur différents sujets. D'ailleurs, l'auteur ne fait aucune différence quand il écrit un roman jeunesse ou un roman adulte ! Il est aussi un grand fan de foot et de vélo, ce qu'on peut remarquer au vu de certains de ses titres ("Le tour de France n'aura pas lieu" et "Tir au but" par exemple).
Le livre sélectionné pour le prix CEZAM a pour thème le monde du travail et de l'entreprise. La petite entreprise Robert et Fils sert de décor à l'histoire qui a une saveur très actuelle. Mais l'auteur tient à souligner que cela reste un roman et non un document ou un essai. Pour lui, les sciences humaines et les romans ne doivent jamais se rencontrer car les sciences humaines se veulent une étude neutre, complète et sans parti pris alors que le roman est forcément la vision d'une personne sur un ou des sujets précis qui ne sont en aucun cas exhaustifs (il n'est pas question d'enterrer le lecteur sous des tonnes de détails !).
L'auteur n'a d'ailleurs pas la même façon d'aborder la rédaction d'un essai et d'un roman. Pour l'essai/document, il prépare un plan préalable alors que pour le roman, il laisse se développer les personnages au fur et à mesure de l'écriture. S'il a une idée première du thème, il ne sait pas ensuite où cela va le mener et il trouve cela bien plus amusant !
Le sujet de son roman est traité de façon décalée : le héros, Pierre Lacroix, qui travaille dans cette petite entreprise traite ses collègues de travail et ses clients comme des êtres humains mais quand l'entreprise est rachetée, la nouvelle politique consiste surtout à faire du chiffre et Pierre Lacroix se retrouve en concurrence avec de jeunes loups.
L'auteur n'avait alors aucune idée de comment aller réagir son personnage qui est plutôt brave gars, enfin c'est du moins ainsi que l'auteur le perçoit mais ce n'est pas l'avis de tout le monde car beaucoup de lecteurs ont eu du mal à cerner le personnage. Ces différences de perception lui ont beaucoup plu. Jean-Noël Blanc crée en général des personnages à "trous", en le faisant apparaître par fragments, de façon à impliquer le lecteur lors de sa construction. Chacun apporte alors sa propre impression, ses propres idées correspondant aux "blancs" laissés intentionnellement et cela donne des avis très différents et contrastés sur un même livre. D'ailleurs, il a eu une citation que j'ai beaucoup aimé : "Ecrire, c'est laisser des silences", qui sont donc à remplir par le lecteur.
L'auteur a fait intervenir certains personnages au cours de l'histoire pour changer le ton et le rythme du roman, par exemple pour passer d'une atmosphère dramatique à une ambiance plus légère et ainsi apporter diverses émotions au lecteur, qui se sent d'autant plus impliqué.
Suite à une question sur le temps qu'il lui a fallu pour écrire ce livre, Jean-Noël Blanc nous a cité une histoire où Picasso avait dit à une dame que le dessin qu'il avait fait en quelques minutes contenait néanmoins les 80 ans de sa vie. Il a donc fallu à l'auteur 4 à 5 mois pour rédiger un premier jet, qu'il a ensuite retravaillé quand celui-ci a été accepté pour publication. Lors de ce deuxième "passage", il a parfois inséré de nouvelles scènes qui avaient été écrites il y a longtemps mais qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'utiliser.
Le roman se divise en dix grands chapitres, divisés eux-mêmes en petits chapitres. L'auteur a une écriture fragmentée typique de notre époque. Pour lui, l'écriture suivie, avec de nombreux détails et descriptions et avec une chronologie très linéaire, correspond au 19ème siècle. Le 21ème siècle, avec le cinéma, la télé, les magazines, a créé une façon de lire très différente, plus "hachée".
Certains lecteurs ont suggéré que l'écriture de Jean-Noël Blanc, par son côté fragmentaire, pouvait peut-être se rapprocher des techniques d'écriture des Oulipiens mais il a déclaré que ce n'était que sa façon d'écrire et non une contrainte qu'il s'imposait. Il trouve l'idée d'un thème principal (ici le travail) et a des thèmes secondaires (l'amour entre autres), qu'il appelle des fugues, qui apparaissent autour de l'idée principale de façon aléatoire ne dépendant que du rythme de l'ensemble et créant ainsi des ruptures de ton. Qui plus est, il était nécessaire d'avoir des sujets annexes plus légers pour compenser les sujets les plus graves et ces sujets permettent dans un même temps de dessiner les personnages plus en détail tout en leur gardant une part de mystère.
Pour ceux qui ne connaissaient pas les Oulipiens, l'auteur a parlé de ce groupe d'écrivains créé dans les années 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais et dont Georges Perec a fait partie. Ces écrivains s'imposaient des contraintes d'écriture (se basant souvent sur les mathématiques) pour favoriser la création et l'imagination : le parfait exemple est le roman de Perec "La disparition" d'où la lettre "e" est absente.
L'impertinence et l'humour sont souvent présents dans le roman de Jean-Noël Blanc. Pour preuve, les anglicismes francisés que l'on trouve dans le texte. L'auteur est souvent gêné par certaines expressions anglaises que l'on utilise sans véritable raison, juste parce que cela fait bien et il les ridiculise dans son livre. La langue française est suffisamment riche et explicite pour éviter l'emploi d'expressions anglaises à la mode. Il fait d'ailleurs remarqué que le langage des banlieues n'a pas besoin d'explications car les expressions utilisées sont souvent compréhensibles et très imagées (comme "ça me prend la tête"). De plus, certains mots anciens oubliés de tous font leur réapparition dans ces nouvelles expressions (comme le mot maille, qui signifie argent dans les banlieues et qui vient du vieux français : la maille était une ancienne monnaie).
L'auteur affectionne aussi tout particulièrement ce qu'il appelle la titraille : ces longs titres un peu surannés du genre "Où le héros va changer son destin en prenant un train de marchandises en direction de l'ouest et où sa famille va découvrir que leurs voisins ne peuvent plus quitter leur maison sous peine de voir s'effondrer le cours de la patate douce" (c'est moi qui invente, là ! mdr !). On peut d'ailleurs en avoir un bel aperçu dans son roman !
Le théâtre est très présent dans le livre. On aurait pu penser que Jean-Noël Blanc voulait ainsi faire un parallèle entre la scène et le monde du travail mais cette association n'était pas intentionnelle de sa part. En fait, ce thème récurrent est présent (avec d'autres thèmes comme les coiffures par exemple) pour créer un fil conducteur, ce sont des touches présentes pour tenir les fragments du texte ensemble et en faire un tout.
Le titre a été choisi par lui-même après un peu de tâtonnements et d'hésitation. Il a finalement été satisfait de sa trouvaille qui interpelle le lecteur avec son côté intriguant tout en étant amusant. Pour ceux qui se posent d'ailleurs la question de sa signification, on la découvre à la fin du livre !
L'auteur nous a lu deux extraits de son livre : un qui présente les personnages lors d'une réunion de travail et un sur les effets secondaires des médicaments que le héros doit prendre. Ces deux extraits ont été particulièrement bien choisis car ils ont permis aux personnes présentes qui n'avaient pas lu le livre de découvrir le ton employé par l'auteur.
Jean-Noël Blanc nous a ensuite parlé des auteurs qu'il aime bien : Annie Saumont, qui écrit des recueils de nouvelles et qui a connu la notoriété grâce aux bibliothèques et aux libraires qui sont passionnés par leur travail et qui ont su découvrir cette grande dame, François de Cornière, particulièrement pour "Boulevard de l'océan", et Colum McCann pour ses recueils de nouvelles "Ailleurs en ce pays" et "La rivière de l'exil" sur lesquels on a vu fleurir quelques billets sur les blogs à l'occasion de la St Patrick. Il trouve son plaisir de lecture augmenté par le côté technique de l'écriture soignée de ces auteurs.
Côté actualités pour Jean-Noël Blanc, un nouveau roman vient de sortir et a pour titre "Virage serré". C'est une histoire policière qui lui a été commandée par un groupe d'experts sur la sécurité routière et les accidents de la route pour illustrer les résultats de leur étude. Je l'ai d'ailleurs acheté et je vous en donnerai des nouvelles sous peu (enfin, il faut quand même compter quelques semaines !)
Dans un futur proche, en juin plus exactement, un nouveau livre de l'auteur paraitra. Ce ne sera pas un roman mais un recueil de 22 nouvelles ayant pour thème le football. Ce livre lui a été commandé pour le dixième anniversaire de la Coupe du Monde de football qui a vu la victoire de la France et les éditeurs savent qu'il est un grand fan de ce sport. Il nous a donné un petit aperçu de quelques nouvelles qui m'ont l'air intéressantes et originales alors que je déteste pourtant le foot !
L'auteur a maintenant suffisamment de recul et d'expérience pour aborder l'écriture et la littérature avec amusement. Cela se perçoit d'ailleurs dans l'humour présent dans "La petite piscine au fond de l'aquarium" mais aussi dans toute la rencontre. Pour lui, le contrat est rempli et le livre réussi si le lecteur arrive à suivre facilement et avec plaisir l'histoire, sans se rendre compte du travail fourni par l'auteur. Nul doute que Jean-Noël Blanc a réussi car j'ai passé un bon moment de lecture avec son roman. La rencontre fut d'ailleurs tout aussi réussie et sympathique, Jean-Noël Blanc ayant un véritable talent de conteur qui a maintenu l'attention de l'assistance très impressionnée par sa culture et son humour !

La rencontre s'est terminée par une séance de dédicaces et je dois dire que je ne peux résister à vous montrer celle que l'auteur m'a fait car elle est très réussie (et j'adore les petits dessins qui sont toujours sympathiques et amusants !). Ce fut un moment intéressant qui m'a permis de découvrir un auteur charmant, passionnant et cultivé !
Le garçon en pyjama rayé ---- John Boyne
Bruno a 9 ans et vit avec ses parents et sa sœur Gretel de
12 ans dans une grande maison à Berlin. Mais un jour, le travail de son père
les force à abandonner la vie qu'ils connaissent et leurs amis. Effectivement,
le père reçoit une promotion et la famille doit déménager pour aller vivre à la
campagne, dans une maison loin de tout, dans un endroit qui donne froid dans le
dos et Bruno va découvrir un monde dont il ne soupçonnait pas l'existence …
Mon résumé se veut très court pour ne pas influer sur la perception qu'auront les prochains lecteurs de ce roman jeunesse. D'ailleurs, la quatrième de couverture est encore moins explicite ! Pour les adultes qui le lisent, on sait très vite de quoi cela va parler et comment cela va se terminer mais pour les jeunes (le livre est conseillé à partir de 12 ans), je pense que cela doit être plus compliqué pour eux d'identifier la période historique et de quoi parle vraiment l'histoire (du moins, jusqu'à un certain niveau). Je trouve que l'auteur a réussi à montrer que tous les enfants sont pareils et que seule la société et les croyances des adultes peuvent réussir à les "catégoriser" alors qu'ils n'ont pas d'à priori sur les personnes au départ. Il montre aussi que les êtres humains ont beaucoup de facettes différentes et que rien n'est tout blanc ou tout noir. Je me demande aussi si tous les jeunes arriveront à comprendre complètement la fin (cela dépendra beaucoup de leurs connaissances sur le sujet) alors que pour les adultes, elle paraît évidente mais je ne suis pas sûre qu'ils soient tous bien au courant de tout ce qui s'est passé à cette époque-là. Cela reste un livre marquant et fort émotionnellement, que je ne peux que conseiller à tous, avec peut-être un encadrement adulte pour les plus sensibles des jeunes lecteurs.











