Rencontre avec Jean-Noël Blanc
Samedi dernier, le 26 avril 2008, à 16h, avait lieu à la médiathèque de la ville voisine une nouvelle rencontre avec un des auteurs sélectionnés dans le cadre du prix Inter Comités d'entreprise CEZAM 2008. Cette fois, il s'agissait de Jean-Noël Blanc avec son livre "La petite piscine au fond de l'aquarium" (voir mon billet ici).
Malgré le beau soleil, il y avait quand même du monde et la rencontre avait lieu dans la salle de lecture de la médiathèque où les fauteuils sont très confortables !
Cela a commencé par une courte présentation du prix CEZAM pour ceux qui ne connaissaient pas ce prix (en espérant que cela poussera de nouveaux lecteurs à se lancer dans les livres proposés), puis l'auteur s'est rapidement présenté. Sociologue pendant de nombreuses années, dans le milieu de l'urbanisme et de l'architecture, il se consacre aussi à l'écriture de façon très prolifique car il est l'auteur d'une trentaine de livres, que ce soit des romans comme "Esperluette et compagnie" qui parle des relations entre un grand-père et son petit-fils, des livres jeunesse comme "Chat perdu" dont Lisa a parlé ici, ou des essais sur différents sujets. D'ailleurs, l'auteur ne fait aucune différence quand il écrit un roman jeunesse ou un roman adulte ! Il est aussi un grand fan de foot et de vélo, ce qu'on peut remarquer au vu de certains de ses titres ("Le tour de France n'aura pas lieu" et "Tir au but" par exemple).
Le livre sélectionné pour le prix CEZAM a pour thème le monde du travail et de l'entreprise. La petite entreprise Robert et Fils sert de décor à l'histoire qui a une saveur très actuelle. Mais l'auteur tient à souligner que cela reste un roman et non un document ou un essai. Pour lui, les sciences humaines et les romans ne doivent jamais se rencontrer car les sciences humaines se veulent une étude neutre, complète et sans parti pris alors que le roman est forcément la vision d'une personne sur un ou des sujets précis qui ne sont en aucun cas exhaustifs (il n'est pas question d'enterrer le lecteur sous des tonnes de détails !).
L'auteur n'a d'ailleurs pas la même façon d'aborder la rédaction d'un essai et d'un roman. Pour l'essai/document, il prépare un plan préalable alors que pour le roman, il laisse se développer les personnages au fur et à mesure de l'écriture. S'il a une idée première du thème, il ne sait pas ensuite où cela va le mener et il trouve cela bien plus amusant !
Le sujet de son roman est traité de façon décalée : le héros, Pierre Lacroix, qui travaille dans cette petite entreprise traite ses collègues de travail et ses clients comme des êtres humains mais quand l'entreprise est rachetée, la nouvelle politique consiste surtout à faire du chiffre et Pierre Lacroix se retrouve en concurrence avec de jeunes loups.
L'auteur n'avait alors aucune idée de comment aller réagir son personnage qui est plutôt brave gars, enfin c'est du moins ainsi que l'auteur le perçoit mais ce n'est pas l'avis de tout le monde car beaucoup de lecteurs ont eu du mal à cerner le personnage. Ces différences de perception lui ont beaucoup plu. Jean-Noël Blanc crée en général des personnages à "trous", en le faisant apparaître par fragments, de façon à impliquer le lecteur lors de sa construction. Chacun apporte alors sa propre impression, ses propres idées correspondant aux "blancs" laissés intentionnellement et cela donne des avis très différents et contrastés sur un même livre. D'ailleurs, il a eu une citation que j'ai beaucoup aimé : "Ecrire, c'est laisser des silences", qui sont donc à remplir par le lecteur.
L'auteur a fait intervenir certains personnages au cours de l'histoire pour changer le ton et le rythme du roman, par exemple pour passer d'une atmosphère dramatique à une ambiance plus légère et ainsi apporter diverses émotions au lecteur, qui se sent d'autant plus impliqué.
Suite à une question sur le temps qu'il lui a fallu pour écrire ce livre, Jean-Noël Blanc nous a cité une histoire où Picasso avait dit à une dame que le dessin qu'il avait fait en quelques minutes contenait néanmoins les 80 ans de sa vie. Il a donc fallu à l'auteur 4 à 5 mois pour rédiger un premier jet, qu'il a ensuite retravaillé quand celui-ci a été accepté pour publication. Lors de ce deuxième "passage", il a parfois inséré de nouvelles scènes qui avaient été écrites il y a longtemps mais qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'utiliser.
Le roman se divise en dix grands chapitres, divisés eux-mêmes en petits chapitres. L'auteur a une écriture fragmentée typique de notre époque. Pour lui, l'écriture suivie, avec de nombreux détails et descriptions et avec une chronologie très linéaire, correspond au 19ème siècle. Le 21ème siècle, avec le cinéma, la télé, les magazines, a créé une façon de lire très différente, plus "hachée".
Certains lecteurs ont suggéré que l'écriture de Jean-Noël Blanc, par son côté fragmentaire, pouvait peut-être se rapprocher des techniques d'écriture des Oulipiens mais il a déclaré que ce n'était que sa façon d'écrire et non une contrainte qu'il s'imposait. Il trouve l'idée d'un thème principal (ici le travail) et a des thèmes secondaires (l'amour entre autres), qu'il appelle des fugues, qui apparaissent autour de l'idée principale de façon aléatoire ne dépendant que du rythme de l'ensemble et créant ainsi des ruptures de ton. Qui plus est, il était nécessaire d'avoir des sujets annexes plus légers pour compenser les sujets les plus graves et ces sujets permettent dans un même temps de dessiner les personnages plus en détail tout en leur gardant une part de mystère.
Pour ceux qui ne connaissaient pas les Oulipiens, l'auteur a parlé de ce groupe d'écrivains créé dans les années 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais et dont Georges Perec a fait partie. Ces écrivains s'imposaient des contraintes d'écriture (se basant souvent sur les mathématiques) pour favoriser la création et l'imagination : le parfait exemple est le roman de Perec "La disparition" d'où la lettre "e" est absente.
L'impertinence et l'humour sont souvent présents dans le roman de Jean-Noël Blanc. Pour preuve, les anglicismes francisés que l'on trouve dans le texte. L'auteur est souvent gêné par certaines expressions anglaises que l'on utilise sans véritable raison, juste parce que cela fait bien et il les ridiculise dans son livre. La langue française est suffisamment riche et explicite pour éviter l'emploi d'expressions anglaises à la mode. Il fait d'ailleurs remarqué que le langage des banlieues n'a pas besoin d'explications car les expressions utilisées sont souvent compréhensibles et très imagées (comme "ça me prend la tête"). De plus, certains mots anciens oubliés de tous font leur réapparition dans ces nouvelles expressions (comme le mot maille, qui signifie argent dans les banlieues et qui vient du vieux français : la maille était une ancienne monnaie).
L'auteur affectionne aussi tout particulièrement ce qu'il appelle la titraille : ces longs titres un peu surannés du genre "Où le héros va changer son destin en prenant un train de marchandises en direction de l'ouest et où sa famille va découvrir que leurs voisins ne peuvent plus quitter leur maison sous peine de voir s'effondrer le cours de la patate douce" (c'est moi qui invente, là ! mdr !). On peut d'ailleurs en avoir un bel aperçu dans son roman !
Le théâtre est très présent dans le livre. On aurait pu penser que Jean-Noël Blanc voulait ainsi faire un parallèle entre la scène et le monde du travail mais cette association n'était pas intentionnelle de sa part. En fait, ce thème récurrent est présent (avec d'autres thèmes comme les coiffures par exemple) pour créer un fil conducteur, ce sont des touches présentes pour tenir les fragments du texte ensemble et en faire un tout.
Le titre a été choisi par lui-même après un peu de tâtonnements et d'hésitation. Il a finalement été satisfait de sa trouvaille qui interpelle le lecteur avec son côté intriguant tout en étant amusant. Pour ceux qui se posent d'ailleurs la question de sa signification, on la découvre à la fin du livre !
L'auteur nous a lu deux extraits de son livre : un qui présente les personnages lors d'une réunion de travail et un sur les effets secondaires des médicaments que le héros doit prendre. Ces deux extraits ont été particulièrement bien choisis car ils ont permis aux personnes présentes qui n'avaient pas lu le livre de découvrir le ton employé par l'auteur.
Jean-Noël Blanc nous a ensuite parlé des auteurs qu'il aime bien : Annie Saumont, qui écrit des recueils de nouvelles et qui a connu la notoriété grâce aux bibliothèques et aux libraires qui sont passionnés par leur travail et qui ont su découvrir cette grande dame, François de Cornière, particulièrement pour "Boulevard de l'océan", et Colum McCann pour ses recueils de nouvelles "Ailleurs en ce pays" et "La rivière de l'exil" sur lesquels on a vu fleurir quelques billets sur les blogs à l'occasion de la St Patrick. Il trouve son plaisir de lecture augmenté par le côté technique de l'écriture soignée de ces auteurs.
Côté actualités pour Jean-Noël Blanc, un nouveau roman vient de sortir et a pour titre "Virage serré". C'est une histoire policière qui lui a été commandée par un groupe d'experts sur la sécurité routière et les accidents de la route pour illustrer les résultats de leur étude. Je l'ai d'ailleurs acheté et je vous en donnerai des nouvelles sous peu (enfin, il faut quand même compter quelques semaines !)
Dans un futur proche, en juin plus exactement, un nouveau livre de l'auteur paraitra. Ce ne sera pas un roman mais un recueil de 22 nouvelles ayant pour thème le football. Ce livre lui a été commandé pour le dixième anniversaire de la Coupe du Monde de football qui a vu la victoire de la France et les éditeurs savent qu'il est un grand fan de ce sport. Il nous a donné un petit aperçu de quelques nouvelles qui m'ont l'air intéressantes et originales alors que je déteste pourtant le foot !
L'auteur a maintenant suffisamment de recul et d'expérience pour aborder l'écriture et la littérature avec amusement. Cela se perçoit d'ailleurs dans l'humour présent dans "La petite piscine au fond de l'aquarium" mais aussi dans toute la rencontre. Pour lui, le contrat est rempli et le livre réussi si le lecteur arrive à suivre facilement et avec plaisir l'histoire, sans se rendre compte du travail fourni par l'auteur. Nul doute que Jean-Noël Blanc a réussi car j'ai passé un bon moment de lecture avec son roman. La rencontre fut d'ailleurs tout aussi réussie et sympathique, Jean-Noël Blanc ayant un véritable talent de conteur qui a maintenu l'attention de l'assistance très impressionnée par sa culture et son humour !

La rencontre s'est terminée par une séance de dédicaces et je dois dire que je ne peux résister à vous montrer celle que l'auteur m'a fait car elle est très réussie (et j'adore les petits dessins qui sont toujours sympathiques et amusants !). Ce fut un moment intéressant qui m'a permis de découvrir un auteur charmant, passionnant et cultivé !
Le garçon en pyjama rayé ---- John Boyne
Bruno a 9 ans et vit avec ses parents et sa sœur Gretel de
12 ans dans une grande maison à Berlin. Mais un jour, le travail de son père
les force à abandonner la vie qu'ils connaissent et leurs amis. Effectivement,
le père reçoit une promotion et la famille doit déménager pour aller vivre à la
campagne, dans une maison loin de tout, dans un endroit qui donne froid dans le
dos et Bruno va découvrir un monde dont il ne soupçonnait pas l'existence …
Mon résumé se veut très court pour ne pas influer sur la perception qu'auront les prochains lecteurs de ce roman jeunesse. D'ailleurs, la quatrième de couverture est encore moins explicite ! Pour les adultes qui le lisent, on sait très vite de quoi cela va parler et comment cela va se terminer mais pour les jeunes (le livre est conseillé à partir de 12 ans), je pense que cela doit être plus compliqué pour eux d'identifier la période historique et de quoi parle vraiment l'histoire (du moins, jusqu'à un certain niveau). Je trouve que l'auteur a réussi à montrer que tous les enfants sont pareils et que seule la société et les croyances des adultes peuvent réussir à les "catégoriser" alors qu'ils n'ont pas d'à priori sur les personnes au départ. Il montre aussi que les êtres humains ont beaucoup de facettes différentes et que rien n'est tout blanc ou tout noir. Je me demande aussi si tous les jeunes arriveront à comprendre complètement la fin (cela dépendra beaucoup de leurs connaissances sur le sujet) alors que pour les adultes, elle paraît évidente mais je ne suis pas sûre qu'ils soient tous bien au courant de tout ce qui s'est passé à cette époque-là. Cela reste un livre marquant et fort émotionnellement, que je ne peux que conseiller à tous, avec peut-être un encadrement adulte pour les plus sensibles des jeunes lecteurs.
Les avis de Cuné et Tamara (j'en oublie, non ?).
Hug time ---- Patrick McDonnell
Jules le chaton a plein d'amour à donner et décide de parcourir le monde pour distribuer des calins à toutes les créatures qu'il rencontrera …
Je suis totalement vendue à Patrick McDonnell et je ne peux pas être totalement impartiale ! J'adore tout ce qu'il fait et ce livre ne fait pas exception à la règle. On y retrouve Jules, le chaton qui apparaît dans certaines des planches de la série "Mutts" (Earl et Mooch en français) et celui-ci est décidé à rendre le monde meilleur. Une histoire simple, des dessins tout aussi épurés mais que j'adore, des couleurs pastels , peu de texte mais plein de poésie et d'amour. Voilà un joli message que cet album trop vite lu fait passer !
*Lu en anglais - Non traduit à ce jour (mais il y a peu de texte à lire et ce n'est pas très compliqué)*
Edit du 29 avril 2008 : après recherches plus poussées (et grâce à Gawou qui m'a donné une piste de recherche), j'ai trouvé que cet album a été traduit en octobre 2007 sous le titre "Le temps des câlins", Edition du Panama.
Un sur deux ---- Steve Mosby
Mark Nelson est un jeune inspecteur de 28 ans qui va enfin
intégrer une équipe d'enquêteurs, et pas n'importe laquelle : celle de John
Mercer, un flic légendaire et particulièrement brillant, qui reprend du service
après une dépression provoquée par la mort d'un de ses collègues dans le cadre
du travail. Mais ce premier jour de travail va commencer sur les chapeaux de
roues : un meurtre particulièrement sanglant vient d'avoir lieu et des
similitudes avec un tueur en série en activité il y a deux ans sont relevées
sur les lieux du crime. Ce tueur, ennemi juré de Mercer, a toujours réussi à
passer à travers les mailles du filet. Il choisit des couples qu'il enlève et à
qui il propose un jeu : lequel des deux est prêt à mourir pour laisser la vie
sauve à l'autre ? Peu de temps après le crime, une jeune femme et son ami
disparaissent et l'équipe de policiers a jusqu'au lever du jour pour les
retrouver vivants …
En ce moment, il me semble que je suis d'humeur à lire des thrillers ! En tout cas, celui-ci m'a bien plu et m'a tenu en haleine pendant un petit moment. Ce tueur est vraiment machiavélique et les rebondissements et retournements de situation obligatoires pour ce genre de livre m'ont intéressé et sont bien menés. Je me suis doutée de certaines choses mais pas trop vite, ce qui m'a d'autant plus scotchée au livre. J'aurais bien aimé une autre fin, bien plus horrible et tordue que celle-ci, mais il en faut pour tous les goûts (je suis sûre que cette fin est tout à fait adaptée à la majorité des lecteurs) et celle-ci est très honnête : pas ridicule, pas tirée par les cheveux, pas bâclée … l'auteur s'en est bien sorti. Le petit reproche que je pourrais faire est que j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages : ils sont bien développés mais la connexion émotionnelle ne s'est pas effectuée avec moi, ce qui n'est quand même pas bien grave pour un thriller mais lui fait peut-être rater le 5/5 dans mon palmarès ! La narration oscille entre plusieurs points de vue mais le narrateur principal est le jeune inspecteur et cela donne un bon rythme au roman qui ne tombe pas trop dans les clichés du genre, ce qui est une réussite, il faut l'avouer ! Pour les âmes sensibles, il n'y a pas trop de descriptions sanglantes, l'ensemble penchant plutôt du côté suspense psychologique que histoire gore. Pas complètement un coup de cœur, mais pas bien loin … un auteur que je vais suivre de près !
Premières chaleurs ---- Jean-Philippe Peyraud
Tome 1 : Premières chaleurs de mai ...
Tome 2 : Premières chaleurs de juin ...
Tome 3 : Premières chaleurs de juillet ...
A Paris, un peu avant l'été, une sympathique bande de copains et de copines trentenaires ou en passe de l'être vivent des petits drames et des grandes joies quotidiennes. Il y a Véro, Nina et sa demi-sœur Abie qui cherchent l'âme sœur après plusieurs ruptures, Nini qui attend un bébé et Globule, le futur papa très fier mais un peu inquiet, Gaby qui vient de rompre avec Charlotte, Marco qui a une relation très libre avec son amie Delphine, Maxime qui est célibataire et compte le rester, Jean-Bath qui vient de se séparer de son petit ami Miguel et qui ne désespère pas de trouver le prince charmant …
J'aime bien les séries qui parlent de la vie quotidienne d'ami(e)s ou de couples celle-ci est assez réussie mais j'avoue que je me suis parfois un peu perdue au milieu de tous ces nombreux personnages. Il a fallu que je sois rendue au 3ème tome pour être capable de mettre un prénom sur chaque et il est parfois difficile de s'attacher à l'un d'eux à cause du nombre. Aucun des personnages n'est mis en avant plus qu'un autre et les nombreuses histoires restent au final plutôt superficielles. De même, il y a peu de conflits dans cette bande de copains, ce qui paraît assez étonnant ! Côté dessins et couleurs, je les ai trouvés frais et agréables, les personnages sont bien tous différents mais les profils sont un peu bizarres (il suffit de regarder la majorité des nez sur les couvertures !). Un moment de lecture sympa mais pas extraordinaire … il me reste deux tomes à lire mais je ne les emprunterai pas tout de suite.
Same difference ---- Derek Kirk Kim
Nancy et Simon sont deux jeunes américains d'origine
coréenne. Ils vivent sur la côté ouest des USA, près d' Oakland, ils ont la
vingtaine et sont amis depuis qu'ils ont rejoint le milieu du travail. Un jour,
par hasard, Simon aperçoit une de ses amies de lycée, une jeune fille aveugle
mais n'ose pas aller lui parler car il n'est pas très fier du comportement
qu'il a eu envers elle à cette époque-là. De son côté, Nancy vient d'aménager
dans un nouvel appartement et reçoit par erreur des lettres d'amour destinées à
la précédente occupante. Elle décide de répondre en se faisant passer pour
celle-ci et demande à Simon de l'accompagner pour découvrir qui est ce
mystérieux amoureux …
A mon habitude, voilà encore un album en noir et blanc, aux dessins simples et assez réalistes sauf au niveau de quelques visages plutôt mal rendus mais à mes yeux, l'ensemble est quand même réussi visuellement car il soutient la narration sans l'étouffer par un excès de détails. L'histoire est étonnante de justesse, faisant penser à un récit initiatique de passage à l'âge adulte car les deux amis vont enfin réaliser que certaines de leurs actions, de leurs erreurs et de leurs mensonges peuvent blesser d'autres personnes et vont alors faire face à leurs responsabilités. On est touché par les sentiments des personnages très humains car qui n'a pas menti un jour pour se protéger ou par lâcheté, même un petit mensonge qui paraissait sans conséquence à l'époque ? L'album reste néanmoins léger, avec des touches d'humour et une bonne dose d'espoir. Une bande dessinée intimiste agréable à lire et bien aboutie, tant au niveau du graphisme qu'au niveau de l'histoire.
Le fantôme de Baker Street ---- Fabrice Bourland
En 1932, Andrew Singleton, le narrateur, et son ami James
Trelawney viennent de s'installer à Londres depuis peu et attendent désespérément des clients pour leur affaire de détectives privés. Leur
surprise est la plus totale quand ils reçoivent la visite de la veuve du grand
écrivain Sir Arthur Conan Doyle dont ils sont tous deux de grands admirateurs
de son personnage Sherlock Holmes. Celle-ci vient solliciter leur aide car il
semblerait que la nouvelle numérotation de Baker Street ait créé quelques
problèmes au numéro 221B, numéro correspondant à l'adresse imaginaire du
célèbre détective. Des phénomènes bizarres ont lieu dans cette maison et les propriétaires
en sont effrayés. Mais nos deux amis, septiques, ne sont pas au bout de leur
surprise. Lors d'une séance de spiritisme dans ladite maison, ils découvrent
l'identité du fantôme. Parallèlement et non moins inquiétant, une série de
crimes particulièrement violents touche Londres et ceux-ci ressemblent
étrangement à des crimes décrits dans certains romans victoriens tels que
"Le portrait de Dorian Gray" ou "Dracula" …
Après avoir lu de nombreux avis enthousiastes (et quelques-uns un peu moins), je n'ai pas hésité à me lancer dans cette lecture. Pour tout lecteur qui aime bien la littérature anglaise du XIXème siècle, qui apprécie les romans policiers et qui n'a pas peur d'une touche de fantastique, alors il ne faut pas attendre et lire ce livre ! Comme je correspondais aux trois catégories, cela ne pouvait donc que me plaire. Le thème de la création littéraire et de ses conséquences m'a souvent fait réfléchir et rêver tout en sachant que beaucoup de mes rêves resteront impossibles. Bien sûr, il vaut mieux connaître la littérature dont Fabrice Bourland s'inspire librement car cela augmente le plaisir de lecture mais si on n'a pas lu les romans dont il parle, cela ne pose pas de réels problèmes. Là où ça peut bloquer certains lecteurs, c'est le côté fantastique, avec les séances spirites qui étaient très à la mode en ce temps-là et toutes les croyances souvent farfelues qui en découlent. Je reproche juste la rapidité du changement de mentalité du narrateur (qui ne reste pas septique très longtemps) ainsi qu'une légère facilité dans le final, très rapide et pour lequel on peut émettre des doutes sur l'efficacité mais ce n'est qu'un petit détail. Mais à partir du moment où on accepte le côté extravagant et quelques petits défauts sans grande importance, on passe un excellent moment de détente avec ce livre qui est un hommage à la littérature victorienne.
Auprès de moi toujours ---- Kazuo Ishiguro
Kathy, lors des longs trajets en voiture nécessités par son travail, se rémémore son enfance et son adolescence à Hailsham. Cette école de rêve, perdue dans la campagne anglaise, a été le berceau de ses premières amitiés : Ruth, une enfant beaucoup plus sûre d'elle que Kathy l'était et Tommy, un jeune garçon au caractère coléreux. Mais leur vie à part dans cette école particulière, qui met l'accent sur l'art et le devoir, va-t-elle les préparer vraiment à ce qui les attend dans le monde extérieur ? Avec le recul, Kathy se demande quel était le sens de leur vie d'alors et si les instants de bonheur passés peut les aider à surmonter le présent …
Je ne veux pas trop révéler de l'histoire qui est très captivante et riche en émotions mais bon, je dois dire qu'on apprend vite ce qu'il en est : pour moi, j'ai su où allait se diriger l'histoire dès la 2ème page du roman. Et la fin ne m'a pas surprise, je ne l'aurais pas imaginée autrement. Alors, le côté mystère et recherche de la vérité de l'histoire m'est un peu passé à côté ! Je dois regarder trop de films, cela doit venir de là ! Cela ne m'a pas empêchée d'apprécier cette lecture car l'auteur a réussi à créer une atmosphère très prenante, pleine de nostalgie, et des personnages auxquels on s'attache très rapidement. Le style d'écriture, sobre et poétique à la fois, tout en non-dits et en petits détails, y est d'ailleurs pour beaucoup dans cette ambiance. Et même en sachant ce qui allait se passer, je ne pouvais m'empêcher de tourner les pages, suivant la vie et les questionnements des trois amis, leur reprochant quand même leur passivité, me demandant juste si cela serait possible de trouver des personnes aussi faciles à manipuler si le monde décrit ici s'avérait un jour d'actualité (ce que je n'espère pas !). Un excellent roman qui envoûte, qui émeut et qui fait réfléchir !
Les nombreux avis de Fashion, Anne, Clarabel, Karine, Cuné, Loutarwen, Emeraude, Tamara et Papillon (je dois en oublier !). Jules ne l'a pas terminé et dit pourquoi.
La neuvième vie de Louis Drax ---- Liz Jensen
Louis Drax va avoir 9 ans. Depuis sa naissance, il est sujet aux accidents et problèmes en tous genres : il a commencé par la mort subite du nourrisson, heureusement détectée à temps par sa mère Natalie, et ensuite, les chutes et autres maladies se sont enchaînées régulièrement, au plus grand désespoir de ses parents. Le père, Pierre, vit loin d'eux, à Paris car il est pilote à Air France et il ne peut pas faire les trajets à chaque fois. Natalie se retrouve donc à devoir affronter toute seule les problèmes de Louis. Le petit garçon, qui est très intelligent, est aussi suivi par un psychiatre mais les résultats n'ont pas l'air très concluants. Pour les 9 ans de Louis et les 40 ans de Natalie, un pique-nique est organisé près de Vichy mais un drame va se dérouler pendant cette journée. Louis tombe dans un ravin, son père disparaît mystérieusement et après été déclaré mort, Louis ressucite à la morgue mais reste dans un coma profond …
Suite au billet de Florinette, j'ai été très attirée par cette histoire à deux voix, celle de Louis et celle du médecin qui le suit et par son côté un peu bizarre. Je ne savais pas vraiment si cela allait mêler fantastique et sentiments ou bien si l'ensemble allait rester logique, les parties racontées par Louis n'étant alors que les impressions, sentiments et souvenirs d'un enfant plongé dans le coma. J'ai été accrochée dès le départ, par le style et l'humour noir qui reste assez présent dans les interventions de Louis alors que le reste du roman est beaucoup plus sombre. Mais arrivée vers la moitié du roman, j'ai perdu un peu de mon intérêt initial, trouvant que l'auteure répétait un peu trop les mêmes choses, tournant en rond sur les mêmes thèmes : la mère éplorée, le docteur qui s'attache à ses patients, le petit garçon qui détient la clé de l'énigme mais qui ne comprend pas tout. Le suspense est devenu alors très limité car il n'y avait pas beaucoup de possibilités et j'en ai déduit le final plutôt rapidement. J'ai donc plutôt continué ma lecture pour savoir comment l'auteure allait tourner tout ça mais je n'avais plus de surprise ni de grand intérêt. L'intérêt principal du roman est la personnalité de Louis, enfant intelligent mais étrange alors que les autres personnages semblent parfois peu crédibles et surtout bien souvent agaçants. Une lecture moyenne au final, pas vraiment désagréable mais un peu trop longue et répétitive, qui ressemblait par ses défauts à un premier roman mais après recherches, ce n'en est pas un, ce qui rend la déception un peu plus grande !
La mariée mise à nu ---- Nikki Gemmell
Une mère envoie à un éditeur le manuscrit d'un livre écrit
par sa fille qui a mystérieusement disparu il y a un an. Ce manuscrit raconte
anonymement la vie d'une femme mariée, qui a tout de la parfaite épouse. On y
découvre le quotidien souvent frustré, plein de non-dits, de cette jeune femme
de 36 ans qui se cachait derrière une facade de bonheur et d'équilibre mais qui
se révèle enfin sans artifice dans ce journal matrimonial au jour le jour …
Pour en savoir plus sur cette vie cachée et pas toujours très avouable, il vous faut lire ce livre parfois étrange. Les chapitres ont été transformés en leçons de l'ère victorienne aux titres savoureux mais le contenu est loin d'être aussi prude et raisonnable ! La narration colle de près à l'étrangeté du livre, utilisant le "vous" pour mieux interpeller les lecteurs, les prenant à témoin, les forçant à pénétrer dans la tête de la narratrice pour mieux la comprendre. Epouse frustrée par un mari souvent absent ou inattentif à ses besoins, femme dominée par une amie d'enfance très sûre d'elle et sans gêne, l'héroïne (dont on ne saura jamais le nom) a quitté son emploi pour faire plaisir à son mari. Isolée et malheureuse, peu sûre d'elle, elle n'a pas de vrai but ni de motivation dans la vie. Elle va suivre un parcours insolite pour se trouver et éventuellement trouver le bonheur : ce chemin va alors passer par une initiation sexuelle qui va lui faire découvrir son corps mais aussi les raisons qui poussent les hommes et les femmes ensemble. Les descriptions sont parfois crues mais n'ont pas de caractère malsain, on n'est pas là dans un roman érotique, même si j'ai pu me lasser un peu de tous ces détails au bout d'un moment, ayant la sensation que cette femme avait parfois un horizon assez limité aux relations charnelles. Mais on sent la détresse de la narratrice, le mal-être et l'émotion qui se dégagent de l'ensemble avec toutes les questions que la majorité d'entre nous ont pu se poser (ou se poseront un jour) sur les relations entre les deux sexes et le fonctionnement d'un mariage. Ce roman est une confession honnête et franche, sans tabous, de la vie d'une épouse comme les autres, à laquelle j'ai eu un peu de mal à m'identifier cependant cela reste un livre qui se révèle bien plus profond que le résumé et le thème auraient pu le laisser supposer. Mais si vous pensez avoir la réponse à toutes vos questions sur les femmes et sur celle-ci en particulier, après cette lecture, détrompez-vous. De toute façon, n'est-il pas vrai que les femmes restent un peu mystérieuses tout en se dévoilant ? C'est le cas dans ce livre étonnant à découvrir.
Les avis de Fashion, Yvon, Cuné, Camille, La Liseuse, Stéphanie et Tamara.
















