La frénésie du lundi - Manic Monday # 123
Quel bruit ou son aimez-vous ?
Quel bruit ou son détestez-vous ?
Quelle profession autre que la votre auriez-vous aimé exercer ?
Quelle profession n'aimeriez-vous pas avoir ?
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Mon son favori est le ronronnement d'un chat : cela me calme, me rassure, m'endort ! Mais j'adore aussi la voix de mon chéri quand il me réveille, ou bien quand qu'il rentre du travail, ou alors quand il me téléphone :)
Le bruit que je déteste le plus est le bruit du trafic : les voitures, les klaxons, les motos, les camions, le bruit ambiant qui se dégage de tous ces véhicules qui se déplacent ... rien de plus stressant quand on n'est pas dans une voiture soi-même !
Alors là, c'est facile ! J'aurais voulu être médecin légiste. En fait, j'ai commencé des études de médecine mais je me voyais très mal annoncer des mauvaises nouvelles à des patients ou à leurs familles (moi qui ne suis même pas capable de lire à haute voix un passage émouvant d'un livre sans me mettre à pleurer !). Par contre, je ne suis pas impressionnée par les morts (moins de stress, ils ne peuvent plus nous faire grand chose) et trouver la raison de leur décès est à la fois utile (en cas de maladie contagieuse ou non) mais aussi le dernier honneur qu'on peut leur faire, à eux et à leurs familles. Je crois qu'il n'y a rien de pire de ne pas savoir la raison d'une mort (on se dit alors qu'on aurait pu peut-être faire quelque chose !)
Pour le métier que j'aurais détesté, je ne sais pas s'il y en a vraiment un ! Il me semble que j'arriverais à trouver quelques avantages dans n'importe quelle occupation maintenant :) Oui, vous pouvez le dire ... je suis une éternelle optimiste :)
Bonne à tout faire ---- Saira Rao
Sheila, d'origine indienne, vient juste de quitter l'université de Columbia où elle vient de passer son examen pour devenir avocate. Elle quitte New York pour Philadelphie où elle va faire un stage d'un an dans le bureau d'un juge fédéral. Mais alors qu'elle s'attend à apprendre et à apprécier le temps passé en tant que stagiaire greffier, elle découvre que l'Honorable Helga Friedman, qui va être sa chef, est un véritable tyran d'un mètre quarante qui terrorise stagiaires et secrétaires. La vie de Sheila va vite devenir un enfer …
Dans la même veine que le roman de Lauren Weisberger, "Le diable s'habille en Prada" que j'ai lu il y a quelque temps, je dois dire que j'ai nettement plus apprécié le livre de Saira Rao ! On y retrouve peut-être toutes les ficelles du "Diable s'habille en Prada", avec une chef tyrannique et horrible et des pauvres subalternes tremblants et prêts à tout pour satisfaire les ordres donnés mais l'ensemble, au lieu de se situer dans le milieu de la mode, prend place dans le milieu de la loi et de la Cour fédérale, qui lui donne un peu plus de poids et d'intérêt. Le côté héroïne indienne donne aussi une dimension supplémentaire au roman sans pour cela représenter un gros morceau de l'histoire (d'ailleurs on finit même par oublier les origines de Sheila par moments). Mais c'est surtout un humour ironique et grinçant présent pendant tout le livre qui m'a plu et qui a rendu cette lecture facile et agréable. Certains traits sont parfois un peu répétitifs (comme le chignon dansant de la juge quand elle est en colère … c'est-à-dire tout le temps !) mais cela n'a pas été trop pesant. Quelques petites coquilles ont aussi émaillé ma lecture mais rien de trop grave ni de trop fréquent ! Ce fut donc une lecture légère et pleine de bonne humeur, parfaite pour l'été !
Le café Julien ---- Dawn Powell
New York, 1948 : le café Julien est le lieu de rencontres de nombreuses personnes qui font partie de différents milieux mais qui ont parfois (ou souvent !) l'occasion de se parler devant un verre ou un petit plat. On y retrouve Rick, l'officier qui revient de la guerre et qui espère y retrouver un jour Ellenora, la femme de sa vie qu'il a rencontré à cette brasserie, Dalzell Sloane, un peintre sans le sou et sans succès qui ne sait plus quoi faire de sa vie mais qui est amoureux de Cynthia Earle, une philanthrope très accueillante avec les artistes habituellement fauchés et bien d'autres personnages tous aussi excentriques. Tout ce monde se croise et s'entrecroise au gré du hasard, que ce soit au Julien ou dans la ville …
Je sens que ce billet va être très difficile à rédiger ! Parce que , malgré le fait que ce livre se lit assez facilement, je n'ai pas éprouvé de réel plaisir à cette lecture mais je suis incapable d'expliquer pourquoi ! Les nombreux personnages m'ont à coup sûr perturbée, m'obligeant plusieurs fois à revenir en arrière pour me rappeler qui était qui. Ce roman est une satire de la société bourgeoise et artistique de l'Amérique de l'après-guerre et certains personnages sont librement inspirés de personnes réelles, à part qu'il est à présent très dur de faire le rapprochement par manque de connaissance de cette époque. L'histoire donne aussi une vision d'un New York à présent disparu mais qu'il est souvent difficile d'imaginer car le roman se limite trop à certaines strates de la société. Je suppose que j'aurais du y voir de l'humour mais cela n'a pas été le cas et la nostalgie d'une époque passée ne m'a pas touchée car je n'arrivais à la reconnaître. Les personnages sont très excentriques, excessifs, modernes mais vu le nombre, il est vraiment difficile de s'attacher à l'un d'eux car l'histoire passe de l'un à l'autre constamment. La vision très ironique du monde de l'art, qui pouvait paraître inovante à l'époque, m'a semblé parfois un peu ennuyeuse mais, il faut le dire, très juste ! C'est finalement un roman à remettre dans le contexte de son écriture, qui décrit avec cynisme et précision un certain monde mais pour lequel je n'ai pas franchement accroché sans pourtant l'avoir détesté !
Le remplissage du vendredi - Friday Fill-Ins #78
1. Les anniversaires sont l'occasion de rappeler aux gens qu'on les aime et qu'on pense à eux.
2. L'été est ma saison favorite parce que c'est rapide de s'habiller, on est souvent dehors à profiter du beau temps et les gens ont le sourire avec le soleil.
3. Je me sens au top quand je suis avec mon mari (autant dire qu'en ce moment, je ne suis pas au top ... mais il rentre dans un peu plus d'un mois !).
4. Les sushis (mon repas de soir d'ailleurs !) est sont mon mes aliments favoris !
5. Les premières impressions sont à prendre en considération avec beaucoup de précautions ... elles ne reflètent pas toujours la réalité !
6. Le meilleur conseil que j'ai reçu était de rester soi-même et ne dépendre de personne.
7. Et, comme comme c'est le week-end, ce soir, je suis impatiente de regarder un film (je ne sais pas encore lequel ... peut-être "Le come-back") et surtout de voir une de mes minettes allait mieux (elle était toute léthargique aujourd'hui ... serait-ce le rappel de vaccination effectué hier qui l'aurait mis dans cet état ?), demain je prévois de tondre la pelouse si je m'en sens le courage (ce qui n'est pas gagné ! mdr !) et dimanche, je veux me reposer, ne rien faire à part lire et profiter du jardin s'il fait beau :)
La question du jeudi - Booking through Thursday - Définition
Quelle est, pour vous, la définition d'un "lecteur" ? Est-ce une personne qui lit indifféremment tout ce qui est dans sa ligne de vision ? Une personne qui lit des LIVRES ? Une personne qui lit, un point c'est tout, peu importe ce que c'est ? ... Ou bien, plus spécifiquement, est-ce par exemple, la personne précise qui lit ce que vous avez écrit ?
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A mes yeux, un lecteur est une personne qui lit, peu importe ce qu'il en est (livres, livres audio, bandes dessinées, mangas, magazines ... mais attention, dans ce dernier cas, je ne parle pas de feuilleter le magazine et de regarder que les photos ! mdr !). Par contre, je mets quand même une condition : il faut que ce soit régulier :) Pour moi, quelqu'un qui lit un magazine ou un livre (ou autre) une fois tous les 3 mois n'est pas un véritable lecteur. Eventuellement, je pourrais dire que c'est un lecteur occasionnel ... et encore ! Bien sûr, il peut y avoir des périodes de la vie où on n'a pas le temps de lire mais cela ne représentera qu'un temps limité (même si cela peut durer un ou deux ans !) et la personne se remettra à une lecture régulière à l'issue de cette période. Pour moi, c'est ça, un lecteur : quelqu'un pour qui lire apparait comme une nécessité et un réflexe et qui éprouve vraiment du plaisir à ces lectures :)
La vie secrète de E. Robert Pendleton ---- Michael Collins
Dans le milieu des années 1980, Robert Pendleton est professeur de littérature à l'université de Bannockburn, non loin de Chicago. Il est célibataire, n'écrit plus depuis longtemps, n'est pas apprécié sur son lieu de travail ni par ses chefs. Quand il doit s'occuper de la venue d'Allen Horowitz, un romancier à succès qui a fait ses études en même temps que lui, il s'aperçoit de la médiocrité de sa vie et tente de se suicider. Mais une de ses étudiantes, Adi, arrive alors qu'il est inanimé et le sauve de la mort. Se sentant responsable, elle s'installe chez lui pour jouer la garde-malade et découvre un des romans de Pendleton, publié à compte d'auteur et dont personne n'a jamais entendu parler. Ce livre, qui a pour titre "Le cri" raconte la vie d'un professeur raté qui devient meurtrier. Adi est fascinée par cette lecture et décide, avec l'aide d'Horowitz, de faire republier le livre mais elle découvre alors qu'une adolescente a été tuée dans la région de la même façon que celle décrite dans le roman …
Livre à mi-chemin entre le roman policier (qui sert de fil conducteur) et le roman critique sur les conditions de travail et d'études dans les universités et sur la littérature, je dois dire que je me suis trainée lors de cette lecture. Le style littéraire est assez agréable et facile à lire mais je l'ai trouvé pédant quand l'auteur part dans des réflexions philosophiques car cela m'a profondément ennuyée (ce n'est pas pour rien que je n'ai pas fait d'études littéraires, je déteste la philosophie !). L'histoire policière est sans grande surprise, les retournements de situation peu intéressants et peu surprenants, un peu trop forcés comme si l'auteur se sentait obligé d'en faire car c'était une obligation du genre. J'ai aussi trouvé les personnages peu attachants (mais avec leurs passés, ils ne sont pas forcément censés l'être) et surtout très agaçants, avec leurs problèmes et leurs indécisions ! Cela ne m'étonnait pas de les voir se débattre dans des questions existentielles vu le peu de courage et les bassesses dont ils font preuve tout au long des pages mais je me souciais pas du tout de ce qui pouvait leur arriver. L'époque décrite m'a paru lointaine et j'avoue que j'avais du mal à penser que cela ne se passait pas à notre époque actuelle car rien ne nous permet vraiment de nous rattacher à une date précise (sauf quand l'auteur en cite une !) : je pense qu'il est peut-être plus facile pour un lecteur américain qui a vécu dans les années 1980 de s'y retrouver. Quant à la partie critique de la société américaine et de ses universités, j'ai trouvé cela assez léger, peu fouillé et plutôt pesant dans son développement. J'ai donc surtout la sensation que l'auteur n'a pas trop su quel genre de livre écrire ou bien qu'il n'a pas eu le courage de décider mais à force de toucher à tout, on finit par n'obtenir qu'un résultat moyen !
L'avis nettement plus positif d'Yvon !
La frénésie du lundi - Manic Monday # 122
Etes-vous dans la catégorie de ceux qui parlent ou de ceux qui écoutent ? Est-il vraiment possible d'être les deux à la fois ?
Pensez-vous que Dieu a le sens de l'humour ?
Croyez-vous au coup de foudre ? L'avez-vous déjà expérimenté ?
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Comme je pense que je fais partie des deux catégories, je pense que c'est réellement possible de se partager : c'est ce que j'appelle le dialogue ;) Il faut parfois savoir écouter les autres, partager leurs problèmes, les soutenir, les encourager mais par moments, il faut aussi se décharger soi-même de nos soucis ! J'avoue que, quand je suis nerveuse (c'est-à-dire quand je ne connais pas forcément bien la personne), j'aurais peut-être tendance à plus parler pour cacher ma nervosité. Mais je sais écouter car beaucoup de gens viennent à moi pour me parler de leurs problèmes :) Dans tous les cas, faire partie d'une seule de ces catégories n'est pas très bon : comme pour tout, il faut trouver un juste milieu :)
A supposer que Dieu existe (ou toute autre entité au-dessus de nous), il aurait un sens de l'humour noir, vu tout ce qui se passe dans le monde !
Pour l'avoir expérimenté, je crois au coup de foudre ! En fait, il y a deux types de coups de foudre, celui qui arrive avec une personne qu'on rencontre dans la rue par exemple : en général, cela ressemble plus à de la passion et à une attirance qu'à de l'amour. Et puis, il y a eu le coup de foudre que j'ai eu avec mon mari : il était dans le même cours que moi mais j'aurais été incapable de le dire pour ne l'avoir jamais remarqué avant (on me l'aurait mis devant les yeux, j'aurais juré ne l'avoir jamais vu !). Mais un jour, quelqu'un m'a fait une réflexion sur lui et je l'ai regardé ... j'ai su alors que ce serait mon futur époux mais lui ne le savait pas ! mdr ! Et maintenant, cela fait bientôt 22 ans qu'on est marié :)
La loi des rêves ---- Peter Behrens
En Irlande, en 1846, Fergus est le fils d'un tenancier qui s'occupe de surveiller le bétail dans les montagnes. Mais la famine, due à la maladie qui a attaqué les plants de pommes de terre, contraint le fermier qui leur louait la terre à expulser les gens et à les envoyer à l'asile pour qu'ils puissent manger. De plus, le typhus fait son apparition et la famille de Fergus, qui a refusé de partir, se voit touchée par la fièvre. Seul survivant, sans le sou, Fergus se retrouve sur les routes où il va rencontrer embûches, aventures, amis et voleurs en tous genres …
Ce roman est le premier que je lis de cet auteur canadien (qui n'avait écrit alors que des nouvelles mais que je ne connaissais pas pour autant !). Je suis assez fan des sagas d'aventures où les personnages doivent quitter leur pays pour en découvrir un autre et la 4ème de couverture annonçait : "véritable roman initiatique, […] est un récit des origines de l'Amérique" car le personnage principal, Fergus, allait quitter son Irlande natale pour aller au Québec. Eh bien, la partie Québec ne représente qu'une toute petite partie du livre, le reste se passant en Irlande et en Angleterre, ce que j'ai trouvé décevant ! On suit les pérégrinations du héros à qui il arrive tous les malheurs du monde et j'avoue que je n'ai pas été touchée une seconde par ce qui lui arrivait. L'auteur n'a pas réussi à m'interpeler et à me faire trembler pour Fergus, à qui j'avais franchement envie de donner des baffes tellement il reste naïf malgré toutes les entourloupes qu'on lui fait. Il y a même un passage sur le bateau qui ne semble pas crédible du tout pour un être élevé dans la campagne à cette époque-là (mais je ne dis pas quoi pour ne rien révéler). Enfin bref, je ne l'ai pas trouvé très futé, ce brave garçon et pas attachant pour deux sous. Ce fut donc au final une lecture moyenne qui m'a encore prouvé que la qualité littéraire, qui est pourtant présente dans le roman, n'est pas suffisante pour me convaincre et me captiver alors que l'histoire avait tout pour me charmer à l'origine !
L'avis d'Yvon.
Rencontre avec Virginie Ollagnier
Samedi dernier, le 14 juin 2008, à 14h15, avait lieu à ma médiathèque une nouvelle rencontre, la dernière de la saison, avec un des auteurs
sélectionnés dans le cadre du prix Inter Comités d'entreprise CEZAM 2008. Cette fois, il s'agissait de Virginie Ollagnier avec son livre "Toutes ces vies qu'on abandonne" (voir mon billet ici).
De nombreuses personnes, en majorité des femmes, avaient fait le déplacement car il semble que ce livre a eu beaucoup de succès parmi les usagers de la médiathèque et la rencontre avait lieu dans la salle de lecture habituelle. J'ai trouvé que les auditeurs et auditrices étaient particulièrement nombreux cette fois-ci !
Elodie Pajot, travaillant chez Liana Levi qui a édité ce roman, était aussi présente pour participer à la rencontre.
On a commencé par une présentation rapide de l'auteure, née à Lyon et formatrice en communication écrite. Elle est aussi photographe pour le festival de cinéma de la ville de Bron et en plus de son roman, elle est co-scénariste de la bande dessinée en 3 tomes qui a pour titre "Kia Ora" (publiée chez Vents d'Ouest).
Le livre, publié en 2007, est le premier roman de Virginie Ollagnier. L'histoire se déroule à Annecy en 1918. La première guerre mondiale vient de se terminer et les soldats rentrent du front. Claire, une jeune novice, est là pour les accueillir et les soigner mais aussi pour aider aux retrouvailles avec les familles. Arrive alors un homme blessé, catatonique, qui ne parle plus et dont personne ne sait rien. Le professeur Tournier, qui chapeaute Claire, lui confie ce patient, pas comme les autres pour essayer de la faire sortir de son mutisme et découvrir son identité.
Ce roman a eu un parcours un peu particulier, qui nous a été raconté par Elodie Pajot. Le manuscrit avait trouvé preneur chez une grosse maison d'édition avant même d'avoir été terminé mais l'affaire avait tourné court quand l'éditeur avait été racheté. Virginie Ollagnier avait alors laissé tombé la possibilité d'être publiée. Mais le manuscrit arrive alors par la poste aux éditions Liana Levi et a franchi la barrière de la première lecture pour parvenir jusqu'à la directrice de la maison qui l'a lu à son tour et l'a beaucoup apprécié. Hors, il faut dire que très peu de manuscrits arrivant par la poste finissent par être publiés (chez cet éditeur, cela représente un manuscrit par an !). Liana Levi contacte alors Virginie Ollagnier qui ne savait pas que son roman avait été envoyé ! C'est le compagnon de l'auteure qui avait expédié le manuscrit sans le lui dire et il a vraiment bien fait car voilà le livre en lice pour un prix ! Qui plus est, les éditions Liana Levi publie peu de littérature française (ils sont plutôt spécialisés en littérature étrangère) alors ils sont d'autant plus tatillons quand il est question de choisir un roman français.
Les questions ont ensuite fusé avec une première interrogation : d'où vous est venue l'idée du roman ? A l'origine, l'histoire devait se passer en 1968 au Vietman, pendant et à l'issue de l'offensive du Têt car c'est une guerre qui a beaucoup marqué l'auteure. Elle était très jeune et les photos qu'elle a pu voir à l'époque dans les journaux sont restées dans sa mémoire. Mais Virginie Ollagnier voulait aussi parler du corps des hommes pendant la guerre, à ce qui arrive à ces corps pendant ces moments terribles et aussi ce qui arrive dans les esprits. Pour cela, elle se plonge dans la thèse de médecine d'Anne-Cécile Lestrade que cette jeune femme a rédigé au sujet de Paul Voivenel, médecin sur le front pendant la Grande Guerre. Celui-ci doit se débrouiller par lui-même car les protocoles cliniques n'existaient pas encore et qu'on ne sait pas encore comment gérer les traumatismes des soldats, traumatismes physiques mais aussi psychologiques. La guerre du Vietnam devenait alors inutilisable car les progrès en médecine ne laissaient plus la place aux essais et aux tâtonnements. Le fait d'écrire un livre sur la guerre de 14-18 faisait un peu peur à l'auteure car il y a déjà eu de nombreux romans sur cette période et elle ne voulait pas que les gens se disent "Encore un livre sur la première guerre mondiale !"
Le personnage masculin principal, Pierre, le soldat catatonique, s'est imposé dès le départ. Il fallait que ce soit un homme blessé, traumatisé par la guerre car cela allait permettre à l'auteure de développer les différentes façons de réagir des hommes confrontés à cet évènement terrible. De plus, tous les personnages secondaires sont eux aussi encore hébétés après le traumatisme de la guerre. Pour contrebalancer cette noirceur, il fallait aussi un personnage féminin, Claire, qui apporte de la lumière et un peu de gaité en cette fin de guerre et à qui l'auteure pouvait plus facilement s'identifier. Virginie Ollagnier a alors choisi une relation miroir entre Pierre et Claire basée sur le désir plutôt que sur l'amour car ils ne se connaissent pas et la catatonie de Pierre ne favorise pas la découverte l'un de l'autre mais cela leur permet au contraire de faire une introspection lors des traitements où ils sont en contact physique mais prisonniers de leur propre tête.
L'histoire de Pierre comporte beaucoup de blancs qui permettent aux lecteurs d'imaginer ce qui a pu se passer. A l'origine, l'auteure avait développé plus en détail cette histoire mais l'éditeur lui a conseillé de laisser des zones d'ombre. Elle a donc supprimé des passages mais la particularité majeure dans la narration du personnage est l'absence de chronologie : on découvre des morceaux de Pierre, qui est un homme brisé, à chaque fois que Claire et ses méthodes arrivent à l'interpeler dans son enfermement. Il semble qu'à chaque partie du corps de Pierre sur laquelle Claire intervient, on a accès à un nouveau souvenir de Pierre, mais sans ordre chronologique particulier : c'est la mémoire de l'homme qui travaille de manière hasardeuse et sélective. En contraste, le personnage de Claire suit une chronologie sur un mois, le temps du traitement du soldat.
La période de la guerre est une période charnière pour les femmes : elles commencent à s'émanciper grâce au travail qu'elles doivent fournir en l'absence des hommes partis se battre. Le couvent représente l'ancien monde mais Claire, malgré son appartenance à ce couvent, représente la femme nouvelle : elle est active, moderne et réfléchit à ce qu'elle veut faire de sa vie.
Les personnages secondaires sont assez nombreux. Le roman se déroulant en milieu fermé (le couvent et l'hôpital), ils étaient nécessaires pour ouvrir l'histoire et donner un rythme à l'ensemble. L'auteure a beaucoup aimé écrire ces personnages variés et forts. Le professeur Tournier, le chef de Claire, a une relation très forte avec la jeune fille car il a perdu sa propre fille au début de la guerre et qu'il s'est installé un lien presque parent-enfant entre eux. Cela leur permet de s'aider l'un l'autre et Virginie Ollagnier a énormément apprécié la description de cette relation. Il y a aussi l'ambulancier blessé pendant la guerre, le jeune médecin planqué et protégé par la mort de son frère mais qui doit renouer une relation avec ses parents, les parents qui perdent leur fils (cela a été un moment très difficile à écrire pour l'auteure qui en était très touchée), le soldat qui rentre de la guerre sans aucune blessure mais qui reste tellement marqué psychiquement qu'il n'arrive pas à en parler. On retrouve donc dans les personnages annexes tous les cas de traumatismes qu'une guerre peut entraîner et qui peuvent toucher aussi bien les militaires que les civils.
La naissance de la psychiatrie clinique et de la chirurgie réparatrice permet de montrer comment on a essayé au départ de réparer physiquement et moralement les hommes en retour de la guerre. Les techniques décrites dans le roman (comme les massages) existent toujours dans le traitement de certaines maladies psychiques (comme la maladie d'Alzheimer) ou physiques (comme les comas). Un des participants de la rencontre, psychiatre de son métier, a d'ailleurs trouvé l'ensemble très juste mais néanmoins très féminin (avec beaucoup de contacts physiques dans le traitement utilisé). Anne-Cécile Lestrade, dont la thèse de médecine a servi de base au roman, a lu le manuscrit pour corriger les éventuelles erreurs, ce qui le rend d'autant plus précis et ancré dans la réalité.
La fin du livre a du être retravaillée à la demande de l'éditeur qui trouvait que le lecteur était trop laissé dans l'attente, sans réponses à ses questions. Mais Virgine Ollagnier tenait à une fin ouverte laissant le choix au lecteur.
L'auteure était très attachée au titre de son roman car il fonctionne sur un double niveau. La raison "officielle" est un lien avec les titres du style "Autant en emporte le vent", cela fait penser à toutes les personnes qui ont disparu pendant la guerre. La raison "officieuse" a beaucoup plus de lien avec l'auteure. Elle n'avait pas un parcours professionnel l'amenant à l'écriture mais elle avait le sujet de ce livre en tête et poussée par son mari, elle s'est lancée dans cette rédaction sans penser être publiée un jour. Quand le livre a été terminé, Virginie Ollagnier a alors réalisé qu'elle avait fait des choix dans sa vie et qu'elle avait donc abandonné des possibilités de vie pour d'autres, d'où le côté personnel du titre ! L'éditeur le trouvait un peu long et n'aimait pas trop la notion d'abandon qu'il véhiculait mais Virginie s'est accrochée à son titre, qui a l'air de plaire beaucoup au final.
L'écriture du roman a un style très 19ème siècle, qui peut parfois sembler lent et lourd, mais qui est là pour mieux entraîner le lecteur dans l'époque. L'auteure s'est inspiré des écrits de Lamartine pour trouver la voix de Claire et des poèmes sensuels de Baudelaire pour définir Pierre. Le temps mis pour l'écrire a été assez long si on considère l'ensemble : entre la première pensée, le premier germe de l'histoire et la fin de l'écriture, il a fallu compter environ 4 ans. Mais la recherche, la documentation et la réflexion représentent la majeure partie de ce temps et la partie écriture proprement dite n'a représenté qu'une petite année. L'auteure travaille maintenant en atelier, où d'autres auteurs (surtout des auteurs de BD) se retrouvent aussi, car cela lui permet une meilleure concentration et moins de distractions !
Virginie Ollagnier est aussi la co-scénariste avec son mari de la bande dessinée en 3 parties "Kia Ora", dont 2 tomes sont déjà parus. L'histoire parle d'une famille de Maoris qui quitte son pays natal pour aller faire des spectacles de danse en Europe au début du 20ème siècle (à l'époque où il était malheureusement courant de voir des êtres humains venus d'ailleurs exposés comme des bêtes sauvages !). Le premier volume raconte l'arrivée de l'européen qui vient en Nouvelle-Zélande pour proposer ce voyage et choisir les personnes qui en feront partie. C'est lui qui est alors l'étranger. Le deuxième volume décrit l'arrivée des Maoris en Europe et leurs parcours, en montrant que ce sont eux qui deviennent alors les étrangers mais qu'il est quand même possible de s'intégrer. Le troisième tome, qui sort en septembre 2009 verra les contrats des familles Maoris rachetés par Barnum et le découverte d'un nouveau monde pour ces êtres qui ne connaissent pas encore l'Amérique. Le langage utilisé est là aussi celui de l'époque à laquelle se passe l'histoire, avec les mots blessants utilisés pour décrire les étrangers mais qui avaient cours à cette période. L'auteure n'a pas voulu "censurer" cette partie car c'était ainsi que cela se passait et qu'il est logique de le montrer pour ne pas retomber dans ces travers. L'idée de cette BD leur est venue grâce à un ami qui venait de lire un livre sur les zoos humains et plus particulièrement sur Coney Island, avec une partie de l'île colonisée par les riches, une autre partie abritant des pauvres et au centre l'immense parc d'attraction et le cirque Barnum. Ce découpage en strates, avec une partie "exposition au public de certaines personnes" était typique de l'époque et a lancé une discussion sur l'organisation de la société au 19ème siècle et au début du 20ème et sur la perception de la différence et du racisme. La série est donc rédigée de telle façon que leur fille de 7 ans puisse la lire et la comprendre, voyant ainsi comment les différences entre les êtres sont perçues.
Le deuxième roman de Virginie Ollagnier, qui a pour titre "L'incertain", va paraître le 25 août 2008 chez le même éditeur Liana Levi. Elle en a un peu parlé mais cela est beaucoup plus difficile que de parler de son premier livre car elle n'a pas, pour l'instant, le recul nécessaire ni les réactions des lecteurs pour la guider. Là aussi, il n'y aura pas vraiment un ordre chronologique car elle se sent incapable d'écrire de cette façon et la guerre et ses conséquences y seront aussi très présentes. Le personnage principal est un homme d'une soixantaine d'années, qui vit habituellement aux Etats-Unis et qui se retrouve à Paris en mai 1968 (cette période ne sert que de fond et n'est pas un élément principal de l'histoire) pour un problème dans un appartement qu'il possède dans la capitale. Il apprend alors le décès de sa première maîtresse, plus âgée que lui, avec qui il a vécu dans les années 1930. Il décide d'aller à son enterrement et rencontre alors la petite fille de cette femme qui a été très importante pour lui. La jeune fille veut qu'il lui raconte sa grand-mère qu'elle a mal connu mais l'homme s'y refuse et commence à raconter sa propre vie, du siège de Sébastopol dans les années 1920, aux Etats-Unis dans les années 1930, à nos jours. Il y a bien sûr de nombreux personnages secondaires pour faire avancer le récit et l'auteure a eu du mal à se séparer d'eux à la fin de la rédaction. Le héros est un homme pourtant très égoïste mais en même temps fascinant et devrait à la fois attirer et énerver les lecteurs !
Dans les projets futurs, il y aura aussi une autre bande dessinée qui doit paraître en 2009, avec Guillaume Martinez au dessin. Et peut-être un troisième roman dans quelques années car pour l'instant, ce n'est que l'ombre d'une idée ! Et il y aura vraisemblablement des résonances de la guerre à nouveau :)
Cette rencontre fut très intéressante et nous a permis de découvrir une jeune auteure passionnée, très communicative et aux talents très variés vu qu'elle oeuvre aussi bien dans le roman que dans la bande dessinée. Cela s'est bien sûr terminé avec l'habituelle séance de dédicaces.
Groenland Manhattan ---- Chloé Cruchaudet
En 1897, l'américain Robert Peary effectue une nouvelle expédition dans le nord du Groenland dans l'espoir de découvrir le pôle Nord. Pour cela, il est aidé par des hommes vivant dans la région, les Esquimaux, comme on les appelait à l'époque. A défaut d'avoir trouvé le pôle, Peary ramène une météorite mais lors d'une conversation avec ses guides qui n'arrivent pas à croire ce que l'explorateur raconte de la vie citadine, il a tout à coup l'idée de ramener un petit groupe "d'hommes des glaces" à New York. Parmi eux, il y a Minik, un jeune enfant et son père Qisuk. Mais malgré une arrivée triomphale et une curiosité sans bornes de chaque côté de la barrière, la vie civilisée risque de ne pas convenir à ces hommes habitués au froid …
Basé sur des faits réels, cet album a le mérite de nous faire découvrir ou redécouvrir un drame qui est un peu tombé dans l'oubli. L'histoire s'appuie sur des recherches solides et bien documentées et permet aussi d'imaginer ce qui a pu se passer dans les périodes où les informations manquaient. Le thème est bien sûr le problème des "sauvages" que les gens de l'époque considéraient comme des êtres inférieurs et négligeables et la pseudo recherche scientifique qui n'était en fait que de la curiosité malsaine mais qui était très répandue au début du 20ème siècle. Minik en est malheureusement la victime déchirée entre deux mondes, incapable de trouver sa place dans un comme dans l'autre. Les couleurs utilisées, dans les tons froids, mettent le lecteur directement dans l'ambiance et le petit dossier final sur les faits réels permet d'en découvrir plus avec des références à exploiter plus avant pour en apprendre plus. Un album bien réalisé et très intéressant !
Challenge Roaarrr : Prix René Gosciny 2008.











