South Bronx ---- Abraham Rodriguez
Dans le quartier portoricain du South Bronx, à New York,
Alex passe sa vie dans un brouillard du à l'alcool qu'il ingurgite. Alors,
quand il se réveille un matin avec une femme nue inconnue à ses côtés, il n'en
pense pas grand chose. Mais cette jeune femme, Ava, a fui le danger pendant la
nuit et a trouvé par hasard refuge chez Alex. Dans le quartier, le chef d'une
bande de dealers et son frère semblent avoir disparu avec l'argent dérobé à des
terroristes et l'inspecteur Sanchez, flic déchu et amer, est chargé de
l'enquête, accompagné d'un agent du FBI …
Mon résumé me semble un peu embrouillé mais c'est un roman pas vraiment facile à suivre et je me suis longuement demandé où j'allais dans cette lecture. Tout d'abord, le style est assez déroutant : parfois classique roman noir, parfois délires de pensées des personnages (avec des phrases hachées et des sautes de sujet) et deux niveaux de narration (si je ne prends pas en compte les pensées et réflexions des protagonistes) avec l'histoire vue du côté d'Ava, d'Alex et de ses amis et l'enquête menée par l'inspecteur Sanchez et les autres forces de police. Pour faciliter le suivi, ces deux histoires sont racontées avec des polices de caractères différentes et je dois dire que cela aide bien. Le début est assez perturbant avec un certain nombre de personnages qui semblent n'avoir aucune relation avec l'enquête (ils ne semblent que vaguement reliés entre eux en plus !) à part le fait qu'ils habitent le quartier mais l'ensemble va devenir de plus en plus cohérent au fur et à mesure des pages. Quand je me suis habituée à la façon de raconter de l'auteur, je me suis immergée dans les rebondissements de l'histoire et les questionnements des personnages, avec en toile de fond, le quartier et sa culture portoricaine très présente. Je dirais que c'est peut-être un roman un peu trop "style noir" pour mon goût mais l'ambiance est excellente, sans oublier une histoire très intéressante et très fouillée, le tout mené de façon très originale qui réclame l'attention soutenue des lecteurs.
La lamentation du prépuce ---- Shalom Auslander
Shalom est né dans une famille juive orthodoxe qui vit
dans le New Jersey et l'élève dans la plus stricte tradition. Mais son père se
soûle au vin cachère les jours de Shabbat, les disputes familiales étant ainsi
fréquentes ces jours-là, sa mère n'arrête pas de se lamenter et le jeune garçon
a une peur bleue de Dieu, car il croit qu'il n'attend qu'une seule petite faute
de la part des humains pour les châtier durement …
Le résumé avait l'air vraiment amusant et l'ensemble très iconoclaste, ce qui avait tout me plaire. Et dans l'ensemble, j'ai apprécié cette lecture, qui raconte des choses tragiques avec un humour mordant et une ironie décapante. Mais j'ai trouvé quelques longueurs lors de ma lecture et un peu la sensation de tourner en rond avec un certain nombre de variantes sur le thème "Dieu m'en veut et je vais être puni car j'ai fait des bêtises". Je peux comprendre les réactions de l'auteur qui raconte son enfance et son éducation religieuse stricte donnée par son entourage et ses professeurs car cela l'a complètement traumatisé, lui donnant une vision de la vie en général totalement faussée. J'ai particulièrement apprécié la découverte de la religion juive orthodoxe que je connaissais uniquement dans les très très grandes lignes et j'ai ainsi appris plein de choses, même si comme pour tout ce qui est extrême, cela m'a fait plutôt peur qu'autre chose. L'humour allège l'ensemble et certaines situations absurdes font rire mais au final, cela reste quand même un livre sur la religion en général et ses abus (et là, je place toutes les religions sur le même plan … quand on pousse à l'extrême, c'est toujours dangereux, il me semble … et en y réfléchissant, c'est valable pour tout !) et les réactions de Shalom risquent d'en choquer plus d'un pour peu qu'on soit croyant alors je dirais que c'est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains mais que j'ai trouvé très original.
Désaxé ---- Marcus Sakey
Danny Carter semble être un homme banal : il vit à Chicago
avec Karen, la femme qu'il aime, et travaille en tant que chef de projet dans
le bâtiment. Mais pour mener cette vie tout ce qu'il y a de plus normal, il a
définitivement tourné le dos à sa jeunesse délinquante. Mais un jour, Evan, un
ami du passé, sort de prison et le contacte pour effectuer un dernier coup
ensemble. Evan met en avant le fait qu'il n'a pas dénoncé Danny lors du casse
pendant lequel il s'est fait arrêter et pour lequel il a écopé de 7 ans sous
les barreaux et les menaces envers la famille de Danny sont à peine voilées …
Après avoir dévoré "Des gens biens", son dernier roman publié en français, j'ai voulu découvrir le titre qui a lancé cet auteur au milieu des grands écrivains de thrillers. Là encore, les pages ont défilé très vite, même si j'ai légèrement moins aimé mais cela reste un excellent thriller mâtiné de psychologie. Et puis, c'est son premier roman et il faut quand même dire que c'est brillant, tant dans l'histoire que dans la façon de la mener (même si certains faits s'imposaient à mon esprit avant qu'ils ne s'imposent au héros du livre !). On suit Danny, qui se retrouve vite dans une situation impossible, pris entre le marteau et l'enclume et cela m'a tenu en haleine. Le dilemme de Danny est bien tourné, crédible mais le personnage m'a semblé parfois un peu trop naïf en comparaison de son passé et de son expérience. En plus, sous des dehors de thriller, un côté plus profond apparaît dans ce roman : je me suis posée des questions sur le comportement de certains délinquants (certains semblent ne pas vouloir être sauvés et ceux qui se sauvent ont parfois du mal à rester en dehors de ce milieu), sur les raisons qui les ont amenés à adopter une telle vie et sur le fait que le passé rattrape parfois les gens. Danny est assez attachant, même si je n'ai pas toujours été d'accord avec ses choix et Evan est particulièrement infâme et incontrôlable mais amène incontestablement le piquant de cette histoire. En tout cas, je vais attendre avec impatience le prochain livre de cet auteur qui s'annonce vraiment plein de talent !
Laïka ---- Nick Abadzis
Octobre 1957, en URSS, l'équipe de l'ingénieur en chef Korolev vient de réussir à mettre en orbite autour de la terre le premier satellite russe, Spoutnik I. Presque 20 ans auparavant, Korolev s'était enfui du goulag où il s'était retrouvé suite à des purges staliniennes. Alors, quand le Premier Secrétaire Khrouchtchev lui demande de lancer un autre satellite mais cette fois avec un être vivant dedans, Korolev accepte sans se poser de question …
Tout le monde a été marqué par l'histoire tragique de la petite chienne Laïka qui a donné sa vie lors de la compétition spatiale entre russes et américains. L'ambiance très délatoire et très étouffante de l'URSS des années 50 est très bien décrite (mais on sent une légère amélioration par rapport à l'époque stalinienne malgré tout) et j'ai particulièrement aimé de découvrir la véritable histoire de Laïka car en fait, je ne la connaissais que très peu (en fait, juste le fait qu'elle avait été le premier être vivant envoyé dans l'espace et qu'elle était morte là-haut). L'auteur s'est énormément documenté pour coller le plus possible à la vérité et j'ai plusieurs fois pleuré devant l'absurdité de cette compétition qui a couté la vie à de nombreuses chiennes avant Laïka. L'émotion est donc au rendez-vous de cette lecture, en plus de la qualité documentaire. Les personnages sont plus ou moins connus mais j'ai trouvé que l'auteur les avait bien décrits, certains peu concernés par les vies qu'ils sacrifiaient et d'autres très émus par tous ces évènements mais pour qui il était impossible d'agir sous peine de représailles. Si l'histoire est très réussie, le dessin m'a moins plu, un peu trop brouillon avec des personnages peu "esthétiques" par moments mais j'ai trouvé les couleurs très adaptées à l'ambiance et à l'époque. Voilà donc un album passionnant et rempli d'émotion qui permet de découvrir ou redécouvrir un moment de l'histoire de la conquête de l'espace (et pas le plus glorieux à mes yeux !)
Challenge Roaarrr : Will Eisner award, Meilleure publication ado 2008.
Webster le chat ---- P G Wodehouse
Lancelot Mulliner est un orphelin qui a été adopté dans
son enfance par son oncle Theodore, un homme d'église très conservateur. A 25
ans, le jeune homme décide de quitter le cocon familial pour aller à Londres et
devenir un artiste peintre, au grand dam de Theodore, qui voit d'un très
mauvais œil ce travail. Mais le vieil homme est envoyé en poste en Afrique et
confie alors son chat Webster à Lancelot qui va voir sa vie complètement
chamboulée par le félin …
Voilà une petite nouvelle bien sympathique ! Bon, déjà, vous vous doutez que le fait qu'un chat en était la vedette ne pouvait que m'attirer mais en plus, que cette histoire émane de l'imagination de PG Wodehouse a aussi beaucoup contribué à sa réussite. Ce chat très digne et très vertueux va venir influer de façon radicale sur la vie de ce pauvre jeune homme qui ne demandait qu'à être heureux comme il l'entendait et l'auteur décrit cela avec un humour totalement british frôlant un peu l'absurde. C'est léger, amusant, cela prouve encore une fois que les félins de salon ne sont pas toujours ce qu'on croit et c'est à lire pour passer un très bon moment (et puis, vu l'épaisseur, c'est facile à caser à n'importe quel moment) !
L'avis de Loulou.
J'aurais adoré être ethnologue ... ---- Margaux Motin
Margaux Motin est une épouse heureuse, une mère comblée et
travaille à domicile en dessinant sa vie quotidienne : les moments de détente,
les sorties entre filles, le travail qui l'isole parfois des autres, la famille
qui vient en visite ou passe un coup de téléphone, les chaussures, la tenue à
choisir au moment de sortir …
Comme vous pouvez le deviner à mon mini-résumé, cet album a été créé à la suite du succès du blog de la dessinatrice Margaux Motin et raconte, sous la forme de dessins d'une page (en général) un épisode de la vie quotidienne d'une jeune femme. On peut de suite penser à Pénélope Bagieu (voir mon billet) mais j'ai trouvé que les albums de chaque dessinatrice étaient suffisamment différents pour les lire tous les deux (mais avec un peu de temps entre). J'ai aimé le naturel et la franchise qui émaille l'album de Margaux car elle ne cherche pas à se mettre en valeur (au contraire !). L'humour est présent et même si je ne suis plus aussi jeune qu'elle, je me suis reconnue dans plusieurs dessins (et pas forcément les plus avantageux ! mdr !) et je pense que cela peut arriver à nombre de lectrices. Bien sûr, les hommes seront peut-être moins intéressés mais pourtant, je trouve que cette lecture leur permettrait de découvrir les femmes autrement et de façon très amusante. De plus, les dessins sont vraiment sympathiques et plein de vie, comme le contenu ! En tout cas, moi, je me suis régalée à lire cet album !
L'avis de Sandrounette.
Les déjantées tomes 1 à 3 ---- Maïtena
Les relations entre hommes et femmes sont toujours semées de petites embûches, de petits défauts, de souvenirs et de réactions propres à chaque sexe : les hommes ne peuvent pas comprendre la vision qu'on a de l'épilation ou la terreur que peuvent nous inspirer les plages et surtout les maillots de bain ou bien il est facile de confondre homme galant et femme handicapée incapable de faire quoi que ce soit elle-même …
Avec ce premier album, Maïtena nous prouve à nouveau que les différences hommes-femmes sont universelles et que nous ne sommes pas vraiment différentes les unes des autres. Car cette série amusante, aux dessins simples et aux couleurs pétillantes est née sous la plume d'une dessinatrice argentine et à part quelques rares subtilités (comme les plats servis au restaurant), il est très facile de s'identifier à ces petites études de caractères s'étalant sur une page. J'ai très souvent ri, je m'y suis reconnue plus d'une fois et j'y ai aussi reconnu mon homme. Bien sûr, vous allez me dire qu'il n'y a rien de nouveau dans le concept de cet album mais cela n'empêche en rien de prendre énormément de plaisir à le lire !
***
Edit du billet du 25 septembre 2009 :

Tomes 2 et 3 : Quantité nécessaire et Les déjantées 3 (bizarrement, il n'y a plus de titre d'album pour le tome 3)
Les femmes ont une vie intense : devoir composer, pas toujours facilement, avec les hommes, s'occuper des enfants, retrouver leurs copines, sortir et faire du shopping, travailler. Elles mènent tout de front mais ont peur d'une chose : vieillir et ne plus être au top alors que les hommes sont moins inquiets et moins sollicités dans leur vie quotidienne …
J'ai continué ma découverte de cette auteure sud-américaine avec les deux albums suivants dans cette série très sympathique pour se détendre et avoir le sourire. On retrouve les petits problèmes qui émaillent la vie de chaque femme à un moment ou à un autre : différences dans le couple, difficultés de gérer la famille et les enfants, discussions entre copines … tout est passé au crible de façon juste, légère et amusante. Le dessin est toujours autant coloré et un peu caricatural mais il me semble avoir perçu une légère modification de style ou de couleur dans le tome 3 : le dessin semble un peu plus "fini" mais je n'arrive pas vraiment à trouver en quoi je le perçois différemment (peut-être des fonds de couleur plus présents dans les vignettes ?). Rien de tel que cette lecture pour s'aérer l'esprit et passer un bon moment. Un tome 4 est sorti mais ma biblio ne l'a pas sinon je l'aurais lu avec plaisir !
Qui es-tu Alaska ? ---- John Green
Miles Halter, 16 ans, vit en Floride avec ses parents et a
du mal à s'intégrer dans son école où il n'a pas d'amis. Il demande alors
d'intégrer le pensionnat de Culver Creek, en Alabama, où son propre père avait
suivi sa scolarité car il espère pouvoir enfin rencontrer des copains et faire
les expériences de tous les jeunes de son âge. A son arrivée dans cette
nouvelle école, il se lie avec son compagnon de chambre, Chip alias le Colonel,
et surtout avec Alaska, une jeune fille troublante et au caractère bien trempé
…
Ce roman jeunesse a été estampillé "choix des bibliothécaires" à ma médiathèque et l'histoire avait l'air intéressante mais en fait, c'est le sous-titre de couverture (avec la partie "dernières paroles" qui a tout pour intriguer) qui m'a convaincue de me lancer dans cette lecture ! C'est effectivement un roman dense sur de multiples sujets tels que l'amitié, l'amour, la soif de découvertes et d'expériences et sur la perte et le deuil. L'histoire s'organise autour d'un évènement central qui va modifier la vie de ses adolescents avec un "avant" et un "après" et il est facile de deviner ce qu'il va se passer dès la mise en place des personnages (mais je pense que les ados trouveront là un petit suspense). J'ai trouvé la façon de traiter tous ces sujets assez originale mais je n'ai pas été émue par les problèmes et les drames qui ont touché ou touchent les personnages, auxquels que je n'ai pas réussi à m'attacher. Je pense que c'est peut-être du à un excès d'alcool dans l'histoire … c'est sûr qu'il est normal d'expérimenter et de profiter de sa jeunesse mais je me suis souvent demander à quel point ces jeunes éprouvaient du plaisir à boire (il est sûr que le plaisir n'entrait pas en ligne de compte pour certains et à peine pour d'autres … plutôt le fait de suivre le mouvement et faire comme les autres). Bref, en tant qu'adulte, je n'ai que moyennement accroché et j'ai trouvé quelques longueurs, dues probablement au manque de surprise sur les évènements de l'histoire et au peu d'atomes crochus entre Miles et ses amis et moi.
Les avis de Clarabel et Clochette.












