LanalphabeteEunice Parchman ne sait ni lire ni écrire et ne veut l'avouer à personne. Elle vit seule et, pour compléter ses fins de mois, fait chanter ses voisins car elle reste très observatrice malgré le peu de contact qu'elle a avec les autres personnes. Mais sa voisine lui prend rendez-vous pour une place de femme de ménage dans une famille bourgeoise, les Coverdale, et Eunice, malgré son abord froid, est embauchée car elle semble parfaitement faire l'affaire : elle travaille bien et ne dit rien …

Je vous ai fait un résumé qui colle plus à la 4ème de couverture qu'à la chronologie du roman car on sait de suite ce qu'il va se passer. L'auteure nous annonce directement la couleur dans les premières du livre et donc je ne peux pas dire qu'il y ait un vrai suspense. Néanmoins, je suis restée intéressée par cette lecture et les descriptions soignées et acides des personnages et de leur psychologie. J'avais peur que cela fasse un peu vieillot car ce livre date quand même de 1977 mais hormis quelques détails propres à cette époque, j'ai trouvé que l'ensemble était assez intemporel. La famille Coverdale est décrite comme bourgeoise mais relativement ouverte aux autres et somme toute plutôt tolérante et moderne. Quant à Eunice, qui va faire la connaissance de l'épicière du coin, Joan Smith qui joue un rôle important dans l'histoire, elle est décrite comme un être asocial, froid, sans émotion et sans sentiment et je n'ai pas eu vraiment pitié d'elle malgré sa condition et ses handicaps qui auraient pu la rendre attachante. Quelques petites piques d'humour grinçant apparaissent ça et là au fil des pages malgré le thème lourd et noir et je peux presque dire qu'elles allègent l'atmosphère pendant quelques secondes. D'ailleurs, on retrouve cet humour noir typiquement anglais lors du rebondissement final. Un roman noir sur une longue descente dans la folie et ses conséquences qui ne donne pas du tout envie d'embaucher une femme de ménage !

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FilmLaceremonieLa cérémonie de Claude Chabrol

Claude Chabrol a adapté assez librement le roman de Ruth Rendell, en le transposant en Bretagne, du côté de Saint-Malo et le modernisant pour le situer dans les années 1990 (vu que le film date de 1995). On perd ainsi l'atmosphère très anglaise qu'on pouvait trouver dans le livre et Sandrine Bonnaire, qui joue le rôle d'Eunice devenue Sophie, est loin de ressembler au personnage qu'on pouvait s'imaginer à la lecture. Mais si je peux passer outre les différences physiques, j'ai plus de mal à reconnaître cette femme froide et asociale dans le jeu de l'actrice : lors de son "amitié" avec l'épicière devenue postière et jouée par Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire sourit et rit et ce n'est pas du tout ainsi que j'avais perçu Eunice dans le roman. Par contre, la famille bourgeoise, malgré les modifications, colle assez bien aux Coverdale. Chabrol a quand même voulu garder le suspense et on ne découvrira le drame qu'à la fin du film, ce qui me semble mieux coller à une œuvre cinématographique (et je pense que les spectateurs en seront ainsi plus marqués!). La différence majeure que j'ai ressentie entre le livre et le film est sur le côté social de l'ensemble. Claude Chabrol a inséré plus de références aux différences de milieux des protagonistes et m'a semblé vouloir rattacher l'acte final à ces différences qui auraient amplifié la folie des deux femmes alors que dans le livre, la folie est déjà bien présente dans les personnages et l'élément déclencheur colle totalement au titre du roman. J'ai donc mieux perçu la descente dans la folie dans le livre, en repérant tous les petits détails qui poussent la roue alors que dans le film, cette folie arrive plutôt brusquement et on a du mal à cerner les raisons de celle-ci. Qui plus est, malgré l'excellent jeu des actrices, je n'ai pas été mise à l'aise par leur attitude car elle me prêtait plus à rire de part son ridicule qu'à m'effrayer. Ce ne sera donc pas un scoop si je vous dis que j'ai mille fois plus apprécié le livre, qui est très subtil, au le film, qui m'a paru assez banal.

Lu et vu dans le cadre de la rencontre de février "Hors champ" de ma médiathèque (thème le polar)

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