LarepudieeA Jérusalem, dans le quartier juif ultra-orthodoxe de Méa Shéarim, Rachel et Nathan sont mariés et heureux en ménage depuis 10 ans. Rachel travaille en tant que comptable pour nourrir le foyer et s'occupe de la maison alors que Nathan étudie à la yéchiva. Mais seule ombre au tableau, ils n'ont pas d'enfants et le père de Nathan, aussi responsable religieux, presse son fils de répudier sa femme stérile …

Ne connaissant pas grand chose aux pratiques juives ultra-orthodoxes, j'ai souvent été, dès le départ du roman, perdue dans le détail des rites religieux et quotidiens de cette famille que l'auteure a décrit minutieusement pour mieux immerger son lecteur dans l'atmosphère de ce quartier de Jérusalem. Je parle de famille car on découvre aussi la vie de la jeune sœur de Rachel, qui est promise au mariage avec un homme qu'elle n'aime pas alors qu'elle n'a d'yeux que pour Yacov. Comme tout ce qui est extrême, religion ou autre, j'ai de suite été hérissée par la manipulation des individus et la pression de la société et de l'entourage. De toute façon, je trouve qu'il faut de la modération en tout pour vivre en harmonie avec les autres et ce roman ne décrit pas vraiment un monde très ouvert aux autres. La condition de la femme est une coche au-dessus de l'animal : elle est juste là pour faire tourner la maison et faire des enfants et bien sûr, il n'est guère surprenant de voir que ce sont des hommes qui tiennent les rênes de la société. Rachel et sa sœur Naomi représentent deux types différents de femmes mais elles sont toutes les deux amoureuses et sont prêtes à beaucoup pour conserver cet amour, comme la fin le révèlera. Bien sûr, je m'identifie plus à Naomi qu'à Rachel qui m'a par moments agacée mais le parallèle entre ces deux femmes est bien mis en valeur. Ce que j'ai le moins aimé dans ce court roman, c'est le style d'écriture, très poétique et avec un peu trop d'envolées lyriques à mon goût, surtout vers la fin, mais c'est une lecture intéressante pour qui veut avoir un aperçu de cette religion (à mes yeux, c'est la partie la plus intéressante du livre, avant même les portraits de femmes qu'il décrit).

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FilmKadoshKadosh (Sacré) de Amos Gitaï

Après avoir lu le livre d'Eliette Abécassis, j'ai donc regardé ce film qui aborde la même histoire de base avec un certain nombre de différences, parfois non négligeables à mes yeux. Pour mieux m'immerger dans l'histoire, je l'ai regardé en VO sous-titrée français, c'est-à-dire en hébreu car je trouvais qu'ainsi, on conservait la "musique" des prières et je peux vous le dire, il n'y en a pas qu'une dans le film ! Dès le départ, on sait que la religion va tenir un rôle très important et les noms des personnages principaux sont mieux adaptés que dans le livre : Rachel devient Rikva, Nathan devient Meïr et Naomi Malka. Du coup, entre les images de Jérusalem, des tenues, le dialogue en hébreu et les noms, je me suis sentie beaucoup immergée dans l'histoire que dans le livre où j'avais parfois tendance à oublier où les personnages vivaient (cela aurait presque pu être une secte n'importe où dans le monde). L'histoire diffère du livre sur quelques détails sans grande importance dans le sens où on continue de percevoir les personnages de la même façon mais j'ai trouvé moins évident de repérer les relations familiales dans le film (qui est parent avec qui par exemple). De même, j'ai trouvé le dilemme de Nathan/Meïr moins visible et il semble plus passif dans le film et la pression de la société et de son entourage semble aussi moins présente et moins forte. L'amour intense que porte Rachel/Rikva à son mari, bien mis en avant dans le livre, ne m'a pas touchée ici et c'est tout juste si on le remarque. Elle aussi m'a paru bien passive ! La différence majeure est dans le personnage de Naomi/Malka que j'ai trouvé plus puissant dans le livre car elle prend certaines décisions plus rapidement et ne cherche pas à temporiser comme dans le film. Elle en devient encore plus forte et plus attachante alors que dans le film, je l'ai trouvée moins affirmée alors qu'elle est bien plus présente. Sinon, ce que j'ai le moins aimé, c'est toutes les longueurs dans l'histoire … je suppose que le réalisateur et que beaucoup de spectateurs considèrent cela comme un parti-pris esthétique alors que je vois cela comme du "meublage" (franchement voir un couple s'embrasser pendant 3 minutes ne m'évoque pas forcément un sentiment amoureux entre eux et au niveau visuel, ben, je ne vois qu'un couple qui s'embrasse pas une œuvre d'art !). Comme pour le roman, il est intéressant de découvrir cette religion extrême mais j'aurais bien coupé une bonne trentaine de minutes à ce film à caractère assez lent et contemplatif.

Lu et vu dans le cadre de la rencontre de mai "Hors champ" de ma médiathèque (thème les romans français dont l'auteur a aussi travaillé sur le film tiré de son roman).

Lunettesnoirespourpagesblanches6ème billet