TamaradreweDans le petit village anglais de Ewdown, la majorité des habitants se connaissent. Il y a Beth, qui tient Stonefield, une retraite paisible pour écrivains en manque de tranquillité, qui est, elle-même mariée à Nicholas, écrivain à succès et incorrigible coureur de jupons. Il y a Andy, qui a toujours vécu dans le coin et qui s'occupe des champs et des jardins des maisons secondaires occasionnellement habitées par les gens de la ville. Et il y a Winnards Farmhouse, dont la propriétaire vient de décéder et qui passe alors aux mains de sa fille, Tamara Drewe, journaliste à potins à Londres mais qui décide de venir se mettre au vert. Maiq ses longues jambes, ses tenues sexy et son nez nouvellement refait vont semer le trouble dans la campagne anglaise habituellement si tranquille …

Vu que j'avais le film qui a été tiré de cet album à voir, je me suis alors jetée sur ce roman graphique qui « trainait » depuis un moment dans ma PAL. Rien de tel qu'une petite motivation ! J'avais énormément aimé Gemma Bovery, album précédent de cette auteure anglaise, inspiré comme son titre l'indique du roman de Flaubert, et elle continue sur sa lancée à adaptant ici un roman de Thomas Hardy que je ne connais pas du tout. Est-ce justement parce que je ne peux pas juger de la qualité et de la subtilité de l'adaptation que Tamara Drewe m'a un chouïa moins plu que Gemma Bovery ? Par contre, j'aime toujours autant la façon dont Posy Simmonds a de traiter une histoire, mélangeant texte, extraits d'articles, lettres et dessins. Dans le cas de ses livres, le nom « roman graphique » prend vraiment tout son sens ! De même, j'aime beaucoup son style graphique, qui peut sembler assez simple mais qui est riche en détails si on y prête attention. L'histoire narrée ici illustre la vie dans un petit village anglais de nos jours, avec une partie des « anciens » habitants qui doivent composer avec les « nouveaux » arrivants (le plus souvent de riches Londoniens qui ne viennent que ponctuellement) et la vie morne et routinière qui est typique de ce genre d'endroit. L'ennui ambiant est d'ailleurs très visible à travers les personnages les plus jeunes de l'histoire, mais n'est pas limité à ceux-ci. Le petit côté « littéraire » transparait avec les écrivains installés à Stonefield et à travers Nicholas, qui lui, a déjà obtenu le succès tant rêvé. Le ton est donc ironique et sans concession, dénonçant aussi bien les travers de plusieurs milieux (littéraire, journalistique, rural par exemple) et s'il y a quelques pointes d'humour mordant, l'ensemble (comme pour toute l'oeuvre de Thomas Hardy il me semble) est plutôt tragique et cruel. La psychologie des personnages est vraiment bien rendue, aussi bien par le texte que dans les expressions des visages et c'est autour des tensions, des jalousies, des envies et des frustrations que se noue l'histoire du village d'Ewdown et de ses habitants. Un album pas toujours facile à lire (il faut vraiment prendre son temps) mais une critique acide de la société anglaise très réussie !

Les avis de Mo', Karine, Nina, Keisha, Antigone, Ys, Jean-François.

WomenBd2Lu dans le cadre du challenge Women BD.

 

 

 


RoaarrChallengeChallenge Roaarrr : Grand Prix de la critique ACBD 2009.