MartinedenAu début du 20ème siècle, à Oakland, sur la côte ouest des Etats-Unis, le jeune Martin Eden, marin entre deux embarquements, a sauvé Arthur Morse d'une sordide bagarre dans un bar. Arthur, fils de bonne famille, l'invite à dîner pour le présenter à ses parents et à sa soeur Ruth. Martin est mal à l'aise dans ce milieu qu'il ne connait pas mais il découvre un petit recueil de poèmes sur une table et se passionne vite pour son contenu. Ruth, qui a l'âme romantique, est charmée de voir un homme intéressé par la poésie et accepter de le revoir. Martin, qui est tombé amoureux, ne veut pas lui faire honte et s'inscrit à la bibliothèque municipale pour essayer d'apprendre le plus de choses possibles et ainsi s'améliorer et se rapprocher de la norme habituelle propre au milieu aisé et cultivé de la jeune femme …

Je n'ai pas lu le roman de Jack London mais je savais qu'il était celui qui était le plus autobiographique car l'auteur a repris des pans entiers de sa vie pour les appliquer à Martin. Sans en savoir plus que ça, effectivement, l'album se rapproche beaucoup de la vie de Jack London et même la représentation dessinée de Martin ressemble beaucoup à Jack London ! Peut-être qu'Aude Samama s'est inspirée de portraits de l'auteur pour réaliser son Martin Eden. Côté graphique, on a la sensation de feuilleter un recueil de toiles expressionnistes, de peintures mais encore une fois, je n'ai pas été totalement séduite par le style (mais je ne suis déjà pas fan des peintres expressionnistes, ce qui peut expliquer ma tiédeur). Certaines vignettes sont belles mais d'autres m'ont paru trop simples et les visages des personnages souvent figés et peu expressifs car peu détaillés. Par contre, les couleurs, variées en fonction des moments, m'ont bien plu. Quant à l'histoire, si je ne peux juger de la qualité de l'adaptation du roman de London, ce qui a été présenté dans l'album est très intéressant. On voit l'envie de Martin de sortir de sa condition de marin peu éduqué et de son envie d'apprendre, de se cultiver, d'écrire et de pouvoir enfin monter dans la société. On voit toute l'énergie qu'il met à cela, le courage et l'optimisme qu'il a (il en paraît même un peu naïf) et on lui découvre des capacités insoupçonnées, le tout étant mu et motivé par l'amour qu'il porte à Ruth. Parallèlement, on voit aussi toutes les difficultés qui émaillent sa route, combien il est difficile d'être publié. Et bien sûr, il y a le regard que la société (et toutes ses strates) pose sur un tel être en quête de connaissances et d'amélioration. Martin m'est apparu comme attachant mais trop naïf. Alors qu'il a vécu tant d'expériences diverses, il ne semble pas connaître vraiment les hommes (au sens « les êtres humains ») alors qu'il devrait en avoir une solide connaissance. Les questions finales que se pose Martin restent terriblement d'actualité et portent les lecteurs à réfléchir. La fin n'est pas étonnante car elle est la logique continue de ce qui arrive à Martin et du ressenti de son évolution dans la société. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il aurait été plus sage pour lui de prendre du recul, de savoir se détacher de la vision des autres et que, malgré tout ce qu'il a appris, c'est quelque chose qui a semblé lui échapper au final. Mais en tout cas, c'est une histoire qui remue et qui fait cogiter !

L'avis de Jérôme.