PanthersintheholeDans la prison d'Angola, en Louisiane, la vie est dure pour les prisonniers soumis à des travaux pénibles et aux pires punitions. En 1972, après plusieurs mois passés dans différentes prisons, trois jeunes hommes noirs, accusés d'avoir tué un gardien, sont placé à l'isolement. Ils se retrouvent seuls dans une cellule de deux mètres sur trois, avec juste une heure de sortie par jour pour aller marcher dans une cour fermée. Robert King finira par être libéré en 2001 après 29 ans passés à l'isolement, Herman Wallace mourra d'un cancer trois jours après sa libération temporaire en 2013 car l'état de Louisiane espérait de voir retourner en prison après leur appel. Quant à Albert Woodfox, l'homme était toujours en isolement, en 2014, après 42 ans passés dans ces conditions inhumaines. Leur crime majeur : être noir, avoir rejoint le groupe des Black Panthers en prison et ceci est l'histoire des « trois d'Angola », leur histoire semée d'injustices et de racisme …

Avec la libération assez récente du dernier des trois d'Angola, Albert Woodfox, en février 2016 et sa venue en France en compagnie de Robert King en novembre 2016 pour témoigner de leur vie en prison, cela m'a rappelé que j'avais noté ce titre depuis un moment. Ce fut donc l'occasion de mettre la main dessus à la médiathèque, surtout qu'il est paru en 2014 et que ce n'est plus une nouveauté (donc facilement trouvable en rayon !). Le graphisme noir et blanc réaliste m'a bien convenu : c'est sobre tout en étant suffisamment détaillé pour qu'on se représente bien les choses, les personnages sont reconnaissables et expressifs et ressemblent bien à la réalité. On lit l'album comme un témoignage, un compte-rendu et il fallait un dessin qui colle bien à l'histoire tout en se faisant oublier, comme si on regardait un film ou une série de photos et de ce côté-là, je trouve que c'est bien réussi. L'histoire est racontée par Robert King, le premier des trois à avoir été libéré, même si parfois, il semble y avoir un narrateur extérieur à l'ensemble, comme au début, quand on présente la prison d'Angola. La narration n'est pas linéaire au niveau chronologique : il y a des allers-retours dans le passé, parfois on se concentre sur un personnage puis sur un autre pour mieux comprendre leur parcours. On découvre un monde terrifiant où la justice n'a aucune place : l'état de Louisiane a juste besoin de coupables, peu importe qui ils sont mais cela n'est pas vraiment étonnant car les problèmes pour les trois d'Angola ont commencé au début des années 1970 et la ségrégation, même abolie depuis plusieurs années, reste très présente dans les états du sud des USA. On découvre un monde carcéral horrible, dur, inhumain et il est difficile de s'imaginer comment on peut survivre à ce qu'ont vécu les trois d'Angola. L'album nous y aide un peu mais je ne pense pas qu'on puisse vraiment se mettre à leur place : il a fallu que ce soit des hommes forts et courageux pour qu'ils aient tenu aussi longtemps en isolement sans devenir fou. Alors, forcément, quand on découvre la mauvaise fois des autorités et de la justice, les abus du directeur de la prison, il est difficile de rester calme et de ne pas être outré lors de cette lecture ! Un excellent dossier reprend toute l'affaire, montre comment la lutte pour la libération des trois d'Angola s'est organisée, avec des témoignages de personnes concernées. Un album petit par sa taille mais grand par son contenu et qui remue les tripes !

L'avis de Mo (en milieu de billet).