Sweettooth1

Volume 1

HEARTS2

Gus, alias Sweet Tooth, est un jeune garçon de neuf ans qui vit seul dans les bois avec son père, depuis qu'un virus a décimé la population mondiale. Son père, très malade, l'a élevé tout seul, lui a appris à lire et à écrire et lui a fait promettre de ne jamais quitter les bois car ailleurs, c'est dangereux, c'est le feu et la mort. Il faut dire que Gus est spécial : il a des bois de cerf qui lui pousse sur la tête. Mais au décès de son père, Gus rencontre des chasseurs dans les bois et est sauvé in extremis par un grand gaillard solitaire, Jepperd surnommé le Costaud, qui lui demande de le suivre hors des bois. Gus accepte et va découvrir la vie qui a continué à se développer tant bien que mal ailleurs, avec toute la violence qu'elle entraine …

C'est la couverture qui m'a séduite immédiatement : comment résister aux grands yeux innocents et inquiets de Gus ? Premier tome d'une trilogie, je connaissais l'auteur pour ses romans graphiques mais ignorais qu'il avait aussi oeuvré dans le comics. Le graphisme m'a beaucoup plu car il est à la fois dynamique et expressif et ne ressemble pas vraiment aux dessins habituels du genre. Il y a un côté plus travaillé, plus recherché dans la construction des personnages. Quant aux couleurs, elles sont assez foncées mais elles conservent une petite touche lumineuse qui fait qu'on voit bien les détails (sans compter le fait que le papier ne soit pas glacé et qu'il n'y a donc pas de reflet). J'ai trouvé l'histoire passionnante et originale : une pandémie a frappé la Terre et des être mi-humains mi-animaux sont nés à l'issue. Bien sûr, ceux-ci sont chassés par les humains survivants puisqu'il faut bien qu'il y ait des méchants ! Le héros est vraiment très attachant : il n'est encore qu'un enfant, il ne connait rien au reste du monde en dehors des bois, ignore à qui il doit faire confiance, il ignore même que le mal existe. On a envie de le protéger et de le mettre à l'abri des dangers. Quant à Jepperd, son rôle est plus trouble : il traine un lourd passé, est violent et sait se battre, il est prêt à tout mais on sent une faille en lui, une sorte de détachement du monde qui l'entoure, comme si plus rien ne pouvait vraiment l'atteindre. Toutes ces imperfections le rendent d'autant plus intéressant à le voir évoluer dans cette histoire. Ce premier tome est surtout une mise en place : dans une première moitié, on découvre comment le monde a changé, ce qui s'y passe et dans la seconde, il y a le début d'une histoire plus ciblée, qui provoque action et suspense. J'ai vite été accro à cette lecture et quand l'album se termine, j'ai trouvé très frustrant de ne pas avoir la suite sous la main !!!!

Les avis de Mo, Jérôme et Noukette.

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Edit du billet du 12 février 2017

Attention risques de spoilers !

Sweettooth2Volume 2

HEARTS2

Gus a été abandonné par Jepperd aux mains de la milice dans ce qu’il croyait être la Réserve. Sur place, une équipe de scientifiques étudient les hybrides qu’on leur amène en espérant trouver un remède et stopper ainsi l’épidémie qui ravage l’humanité. Parmi eux, le docteur Singh est particulièrement intéressé par Gus, qu’il pense être peut-être le patient zéro, celui par qui tout est arrivé. Quant à Gus, il se lie d’amitié avec Wendy et Bobby, d’autres hybrides prisonniers. Jepperd, qui a repris la route et retrouvé les jeunes femmes qu’il avait sauvées quelque temps avant, se sent terriblement coupable d’avoir abandonné Gus. Il décide alors de retourner au camp pour le délivrer …

 

Après avoir relu le tome 1 pour me remémorer les choses et me remettre dans l’ambiance (bien que je n’ai jamais totalement oublié Gus), je me suis attaquée au tome 2, qui rentre dans le feu de l’action. On avait laissé Gus aux mains de personnages peu recommandables et il se sent effrayé et désespéré : il découvre là que le monde est violent et sans pitié et qu’il a été trahi par Jepperd, en qui il avait confiance. Et en tant que lecteur, on se sent aussi trahi par cet homme, qu’on savait profondément blessé mais qu’on pensait bon. Avec ce tome, on va découvrir la raison de sa trahison et comment il va essayer de se racheter, voulant sauver Gus et ses amis à tout prix. Il y a donc beaucoup d’action dans ce volume, maintenant que les personnages et les décors ont été mis en place. On voit aussi comment les humains essaient de survivre et de trouver des solutions, quitte à se comporter comme des bêtes sans pitié. Forcément, j’étais du côté de Gus et des hybrides et quand on découvre les hommes de la milice, on n’a pas trop envie de les voir survivre … si c’est ça l’humanité, ce serait peut-être une bonne chose qu’elle s’efface ! Bien sûr, les femmes, cantonnées au rôle de « pondeuses d’hybrides » dans le camp, sont elles aussi des victimes. Seuls les hommes, les mâles, sont ceux qu’on voudrait voir disparaître. Heureusement, au milieu de cette noirceur, la solidarité pointe le bout de son nez : solidarité entre hybrides, ce qui paraît normal, mais aussi quelques personnes travaillant au camp semblent conserver une part d’empathie et d’amour. Et bien sûr, il y a Jepperd, le grand costaud au cœur énorme qui renait peu à peu à la vie. Les évènements s’enchainent à bonne vitesse, la quête de la vérité mais surtout l’influence de chacun des personnages les uns sur les autres, sont les moteurs de ce tome. Dans ce monde post-apocalyptique, difficile de savoir à qui faire confiance et comment protéger ceux qu’on aime. Pourtant, malgré la noirceur qui devrait régner, il y a des moments poétiques et chargés d’émotion, des flash-backs explicatifs, des rencontres heureuses et d’autres moins. Les liens qui se tissent entre Gus, le point central, et les autres protagonistes semblent contenir l’espoir d’une vie meilleure alors que le monde, lui, semble se diriger tout droit vers l’enfer et ce, pour tout le monde. Le dessin m’a énormément plu, avec un trait nerveux, des personnages très attachants (comment résister au regard de Gus ?), des décors variés et servant à alourdir ou alléger l’ambiance, des couleurs très agréables et un déccoupage dynamique, qui utilise tous les plans possibles (des vues aériennes, des spirales, des vignettes disposées en étoile, une narration comme celle d’un album pour enfants, des pages scindées en deux qui racontent en parallèle deux développements …). Tout cet univers est riche et original, aussi bien sur le point de vue technique que sur l’histoire racontée. Une fois que je me suis plongée dans ces pages, je n’ai pas pu m’arrêter tellement j’étais prise par le récit et attachée aux personnages. Je me suis donc jetée sur le tome 3 dans la foulée car impossible de rester en plan alors que la suite m’attendait !

L'avis de Mo.

 

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Sweettooth3Volume 3

 

HEARTS2

Le docteur Singh est convaincu, après avoir lu la « bible » rédigée par le père de Gus, que ce dernier est spécial et qu’il porte l’avenir de la Terre. Pour découvrir en quoi il diffère des autres, il est donc nécessaire d’aller sur les lieux de son origine, là où Gus est apparu la première fois, c’est-à-dire dans une petite ville d’Alaska. Mais il ne sait pas encore qu’un siècle auparavant, une expédition de missionnaires et marins anglais s’était rendue sur place et avaient découvert une chose impensable. Gus, ses amis hybrides, le docteur Singh, Johnny, qui les a sauvés de la milice, Lucy et Becky, ainsi que Jepperd, qui protège tout ce monde, ont trouvé provisoirement refuge dans un barrage abandonné où vit Walter, un homme un peu étrange. Mais Abbott et ses mercenaires sont toujours à leurs trousses et Gus veut absolument comprendre d’où il vient et veut rejoindre l’Alaska à la recherche de ses origines …

 

Dernier tome de cette série magistrale, le début, dessiné par Matt Kindt, dont j’apprécie aussi le trait, est un peu perturbant car il nous fait « sortir » de l’univers de Gus pour nous plonger en 1911, lors de l’expédition de recherche d’un groupe de missionnaires anglais disparus en Alaska. Et pourtant, ces épisodes, s’étalant sur presque 70 pages, vont nous expliquer beaucoup de choses concernant Gus et les hybrides. Mais je dois dire que j’étais quand même pressée de retrouver Jepperd et ses protégés car le tome précédent s’était terminé sur une menace voilée mais omniprésente, avec le groupe séparé (et comme on le sait, en général, c’est l’union qui fait la force !). Le périple vers l’Alaska suit son cours, avec tous les dangers et les menaces inhérents à ce genre de voyage, surtout qu’Abbott a fait de la capture de Gus une affaire personnelle. La violence est toujours aussi présente, avec des moments durs voire horribles. On voit bien l’évolution de Gus, de Jepperd et des autres personnages, même si certains sont moins développés que d’autres. Cette quête des origines, menée en commun, a forgé des liens forts, la peur est toujours présente mais le courage ne fait pas défaut non plus et les plus « humains » sont ceux qui le sont le moins physiquement. Il y a encore beaucoup d’action dans ce tome mais aussi beaucoup d’émotion. Il y a quelques révélations sur certaines choses, mais cela n’est pas très important car on ne se soucie pas vraiment de comment les choses sont arrivées : elles sont là et il faut faire avec et la seule chose importante est de savoir quel monde on veut bâtir maintenant (en plus, j’ai trouvé le peu d’explication suffisant). La tension monte au fil des pages et la confrontation finale va arriver avec une sorte de soulagement, même si elle m’a fait verser de grosses larmes. La conclusion est tout en finesse et se déroule plusieurs années après les évènements : ce qu’on découvre est beau et logique et m’a totalement convenu. On retrouve le même graphisme et les mêmes techniques de découpage : c’est varié, c’est coloré, c’est original, c’est dynamique, et je suis complètement sous le charme du trait. C’est une série qui me semble majeure dans le genre : en mélangeant science-fiction, action et sentiments, elle interpelle les lecteurs dans leur conception de l’humanité, de la religion et des croyances, de la tolérance, de ce qu’on peut considérer comme une famille, sur les liens forts d’amitié et d’amour, sur le sacrifice. C’est sûr, cette trilogie fera partie de mes coups de cœur de l’année !

 

L'avis de Mo.