EntreicietailleursCoralie, 28 ans, est à nouveau célibataire depuis peu. Elle s'est séparée de Régis avec qui elle vivait depuis plusieurs années et doit apprendre à vivre seule pour la première fois. Ses origines laotiennes du côté de son père ne semblent pas un problème dans la vie quotidienne mais la jeune femme se sent déchirée entre deux cultures et deux mondes. N'osant plus aller dans les soirées organisées par ses amis de peur d'y rencontrer son ex, Coralie ne sort plus que pour aller travailler. Son frère Thibault, qui vit à Paris, vient de temps en temps passer le week-end chez elle et c'est en jouant à un jeu vidéo ensemble que Coralie a l'idée de s'inscrire à un cours de capoeira, où elle va rencontrer des gens de toutes origines et qui, parfois, ont les mêmes problèmes identitaires qu'elle …

J'aime bien le dessin de cette jeune auteure française, qui s'est inspirée de son propre ressenti et de son propre vécu (vu qu'elle aussi a une mère française et un père laotien) pour créer le personnage de Coralie. Dès les premières pages, j'ai retrouvé le coup de crayon à mi-chemin entre dessin classique et manga que j'avais découvert avec L'immeuble d'en face et qui m'avait bien déjà bien plu à cette époque. Il me semble qu'il est même devenu plus assuré depuis, ce qui est encore mieux ! Le noir et blanc, avec des dégradés de gris par moments), va à merveille avec l'histoire (il me semble que la couleur aurait trop chargé le ton) et avec le format de l'album. On découvre Coralie un peu à côté de la plaque au début, qui semble ne pas être très douée pour vivre seule et franchement, elle m'a un peu agacée (je croyais même qu'elle avait 19 ans au lieu de 28 tellement elle m'a paru un peu immature). Heureusement, elle s'améliore au fil des pages, même si certains travers semblent être tenaces. On la voit évoluer dans son quotidien, au travail avec son amie Océane, avec son frère Thibault, sa découverte des cours de capoeira et des gens qui y participent, avec entre autres Kamel, un jeune Algérien qui a des liens ambivalents avec son pays d'origine. Il y est aussi question de relations de couple, d'amour, de respect, d'amitié, d'identité, de racisme. C'est intéressant de voir que, dans le récit, les gens posent souvent la question des origines aux personnes qu'ils trouvent typées car c'est une chose qui ne m'est jamais arrivée : la personne que j'ai en face de moi est un être humain, peu importe son origine et j'attendrai plutôt que ce soit elle qui m'en parle si elle en a envie. Pour moi, ce n'est pas ce qui définit une personne, même si cela influence forcément sa façon de vivre ou de penser. Mais il me semble que les qualités humaines sont universelles (de même que les défauts ! mdr !). J'ai donc apprécié de voir ce sujet traité de cette façon, sans pathos ni excès. C'est sobre, pudique, l'émotion n'est jamais bien loin sans être étouffante et l'ensemble reste très positif. Cela se lit assez facilement mais nécessite un certain temps car c'est assez dense malgré un aspect aéré. Voilà une auteure qui ne m'a jamais déçue !