RevolverA Tokyo, un soir de pluie, Nishikawa, étudiant à l'université, découvre le cadavre d'un homme au bord de la rivière. Est-ce un meurtre ou un suicide ? A ses côtés se trouve un revolver. L'arme fascine immédiatement le jeune homme, qui l'emporte avec lui. Peu à peu, cet revolver à l'éclat métallique hypnotisant, va prendre une place de plus en plus importante dans la vie de Nishikawa et celui-ci, qui ne savait pas trop ce qu'il voulait faire et qui s'ennuyait souvent, devient tout à coup plein d'entrain et de motivation tout en pensant constamment à son revolver …

Le polar japonais est mis à l'honneur dans un de mes clubs de lecture donc vous allez voir passer un certain nombre de billets sur ce thème dans les prochaines semaines ! J'ai commencé par un roman court mais assez sombre : l'obsession d'un jeune homme pour un revolver trouvé à côté d'un cadavre. Tout d'abord, ce qui m'a marqué, c'est la dérive de Nishikawa, qui semble n'avoir aucun but, aucune envie, qui se moque de tout, qui se laisse porter là où la vie le mène. Comme symbole de cette dérive, sa promenade du début du roman : il marche sans aller nulle part, juste parce qu'il n'a pas envie de rentrer chez lui mais même marcher ne lui plait pas vraiment. Tout le livre sera ainsi : ce jeune homme suit le troupeau, ses amis, sa famille mais n'a aucune motivation qui lui est propre … jusqu'à la découverte de l'arme. Là, tout change : il est fasciné par le revolver, son allure, sa puissance, il passe des heures à le nettoyer. C'est comme si cet objet avait le pouvoir de transformer Nishikawa. Mais forcément, l'action d'une arme ne peut pas être bonne puisque son utilité première, c'est d'apporter la mort ! J'ai trouvé assez fascinant le fait que l'auteur réussisse à tenir le lecteur intéressé juste par cette relation glauque d'un jeune homme avec un revolver. On voit peu à peu la descente aux enfers d'un étudiant sans histoire mais cette spirale infernale est tellement progressive qu'elle laisse parfois penser qu'en fait, la vie et le caractère du garçon s'améliorent. C'est donc un roman noir très psychologique, avec une ambiance étrange et qui peut rendre mal à l'aise car, en tant que lecteur, on a un certain recul sur le sujet et on craint le pire (alors que Nishikawa est aveuglé par l'arme). Il y a des moments intenses où j'ai trouvé qu'on ressentait bien la détresse du jeune homme quand il réalise certaines choses. Pourtant, je ne l'ai jamais trouvé attachant : il reste trop en dehors de sa vie pour qu'on est pitié de lui mais je pense qu'il est assez représentatif d'une génération de jeunes japonais. C'est une lecture où l'action est très limitée mais que j'ai trouvé néanmoins assez prenante grâce à l'atmosphère glauque et au suspense créé autour de l'utilisation possible de l'arme.