AuboutdufleuveAu Bénin, dans un petit village situé sur la route de Cotonou, Kémi survit en vendant de l'essence frelatée. Son père est mort il y a quelques mois dans un accident de moto alors qu'il transportait du carburant pour Marcellin, un trafiquant local, et le jeune garçon a été obligé d'arrêter ses études pour travailler et gagner ainsi de quoi manger. Mais il doit encore régler les frais d'obsèques de son père et il finit par accepter d'effectuer à son tour de travailler pour Marcellin et d'aller chercher des bidons d'essence. Mais il espère surtout retrouver son frère jumeau, Yao, qui a disparu brusquement il y a un an. Au fil des ses voyages, il apprend que Yao serait parti au Nigéria, pays voisin et qu'il aurait peut-être rejoint le delta du fleuve Niger où le trafic illégal de pétrole fait rage …

J'avais découvert le dessin de cet auteur avec Tsunami et Le maitre des crocodiles, où il faisait équipe avec Stéphane Piatzszek. Cette fois, c'est tout seul qu'il s'est lancé dans ce nouvel album et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé son trait réaliste et ses couleurs vives. Les paysages sont de toute beauté, même les bidonvilles, certains sont dans les tons ocres, secs comme la savane africaine, d'autres plus verts aux abords du fleuve, les cités lacustres sont magnifiées et le delta du Niger et ses tons sombres ressemble vraiment à l'enfer, à voir toute cette nature détruite. Les personnages sont bien reconnaissables, avec parfois une légère exagération dans leurs traits mais ça ne m'a pas gênée. On découvre la vie difficile de Kémi, qui survit comme il peut, qui fait le maximum et qui voit que ça ne suffit pas. Il est donc obligé de suivre les traces de son père dans le transport d'essence frelatée, travail qui comporte de nombreux risques. Mais il est surtout à la recherche de son frère jumeau et est prêt à tout pour le retrouver ou du moins à savoir ce qu'il est devenu. Le récit est sans concession mais il lorgne aussi parfois du côté des croyances africaines : esprits des morts, marabouts, statuettes et sacrifices. Sans cette part de « surnaturel », cela n'aurait pas eu la même saveur et aurait sûrement paru moins ancré dans le pays. J'ai trouvé Kémi très attachant, très humain, et son périple lui permet de rencontrer différentes personnes, ce qui amène parfois un peu d'humour à une histoire plutôt sombre, qui dénonce au passage l'exploitation à outrance des réserves naturelles par l'homme et les trafics en tous genres qui, eux, exploitent les hommes en les faisant travailler dans des conditions ignobles. C'est une lecture qui m'a finalement bien plu alors que je n'étais pas très sûre de l'apprécier quand j'avais découvert le résumé.