CaniculeUne sévère canicule sévit depuis plusieurs mois, dans la petite ville de Kiewarra, située à six heures de route au nord de Melbourne. Les fermiers ne savent plus comment nourrir leurs bêtes et les cultures n’ont pas poussé. Aaron Falk, qui travaille à la brigade financière de Melbourne, retourne dans sa ville natale pour assister à l’enterrement de son ami d’enfance, Luke Hadler, de sa femme et de son fils de six ans. La police locale, assistée par des enquêteurs de la ville voisine, a classé ces morts comme deux meurtres suivis d’un suicide, le tout étant la conséquence des difficultés croissantes rencontrées par les fermiers de Kiewarra pour faire vivre leur famille malgré la canicule. La seule survivante du massacre est Charlotte, la fille de Luke et Karen, qui n’a que treize mois. Mais les parents de Luke ne croient pas que leur fils ait pu assassiner sa famille et ils demandent à Aaron d’enquêter à ce sujet, bien que ce dernier ne soit pas le bienvenu en ville depuis qu’il avait du fuir en compagnie de son père alors qu’il n’était encore qu’un adolescent …

J’étais à la recherche d’un bon roman policier quand je suis tombée sur ce titre australien qui m’a donné envie. En plus, par le plus grand des hasards, j’ai découvert peu de temps après qu’il était mis à l’honneur dans une librairie de Saint-Helier, à Jersey (il avait été élu thriller du mois en juin à Waterstones) ! Et puis, lire un livre qui parle de canicule, c’est mieux de le faire en été, pour mieux se plonger dans l’atmosphère (bon, on ne peut quand même pas dire que la météo était très chaude pendant cette lecture … malheureusement !). Dès le départ, on sait qu’il y a eu ce massacre horrible et cette famille décimée dans une ville déjà très éprouvée par les conditions climatiques. L’atmosphère est donc étouffante, tout le monde se connaissant dans cette communauté rurale relativement coupée de tout. Aaron Falk retourne sans enthousiasme dans sa ville natale et découvre vite que ses habitants le tiennent toujours pour responsable de la mort d’Ellie, une jeune fille de 16 ans qui était l’amie d’Aaron et Luke quand ils étaient tous adolescents. L’histoire alterne donc entre le passé et le présent. On découvre l’enfance et l’adolescence d’Aaron, son amitié avec Luke, leurs relations avec Ellie leur voisine, la fuite d’Aaron et son retour pour l’enterrement de son ami Luke et sa famille. On voit que, si la nature a bien changé (assèchement de la rivière, canicule, désertification des champs), l’ambiance de la petite ville n’a pas franchement évoluée : les griefs restent toujours vivaces après des années, les amitiés tissées dans l’enfance sont toujours présentes mais les inimitiés aussi, de même que les à priori et les suppositions infondées. L’auteure a réussi à bâtir une ambiance typique de l’Australie profonde en décrivant le genre d’endroit où tout étranger au coin a toutes les chances de se sentir mal à l’aise et d’être observé par la population comme une bête curieuse (et peut-être malvenue). On sent bien que le passé d’Aaron le hante et son retour houleux à Kiewarra va faire ressortir bien des choses. Mais l’enquête pour savoir si Luke a vraiment tué sa famille avant de se suicider est le fil conducteur de l’histoire. Ici, pas question de gadgets, d’enquête basée sur la technologie … tout se base sur les profils psychologiques des personnages et sur des détails simples, facilement observables par tout le monde. Pour cela , l’auteure a placé quelques protagonistes hauts en couleur et un enquêteur qui se sent forcément impliqué dans l’histoire car il connaît pratiquement tous les habitants de la ville de longue date. J’ai donc trouvé tout cela fort intéressant, cohérent et avec un suspense bien mené car si j’avais déduit certaines choses, je n’avais pas du tout deviné qui était le coupable ! La fin est assez intense, avec un peu plus d’action par rapport au reste du roman mais on est loin du thriller effréné. Au final, j’ai été happée rapidement par cette histoire et j’ai apprécié cette lecture dépaysante.