WinterroadDans la petite ville canadienne de Pimitamon, dans le nord de l’Ontario, l’hiver est rude mais les habitants y sont habitués. Parmi eux, il y a Derek, un ancien joueur de hockey, qui a la facheuse tendance à jouer des poings à la moindre contrariété. Cette violence lui a d’ailleurs coûté sa carrière de sportif et il végète depuis dans sa ville natale, travaillant comme serveur au diner’s local, habitant dans un local de la patinoire et passant ses soirées au bar où l’alcool exacerbe encore plus sa violence. Mais tout le monde le connaît et tolère plus ou moins ses excès. Mais un jour, la sœur de Derek, Bethy, revient à Pimitamon, après des années d’errance à Toronto où elle a découvert la drogue. Cette fois, c’est un homme qu’elle fuit : son petit ami violent l’a frappé une fois de trop et elle l’a quitté …

J’aime beaucoup cet auteur canadien, même si je n’ai pas tout lu de lui. En tout cas, les quelques albums de lui que j’ai lus m’ont tous charmée. J’appécie beaucoup son trait de crayon, qui sent un peu brouillon au premier abord mais qui a une force indéniable et qui est très dynamique. Il arrive à rendre ses personnages expressifs, ce qui limite alors les dialogues car beaucoup passe par l’image, et ses décors plantent toujours une ambiance particulière, mélancolique et souvent solitaire. Dans cet album, l’hiver est un personnage à part entière et à travers les teintes de bleu sur fond blanc, il arrive à nous faire frissonner et à être dans la neige à côté des protagonistes de cette histoire. Seuls les flashbacks sont en couleur, de même que certains détails du présent, le plus souvent associés à la violence des personnages. Ceux-ci sont des êtres blessés, abîmés, seuls, à la dérive, qui ont eu une enfance difficile et qui vivent dans une région qui n’est pas tendre avec les gens. Qui plus est, ils ont des origines amérindiennes du côté de leur mère, ce qui les place entre deux cultures. On fait donc connaissance avec Derek, l’ancien sportif devenu alcoolique, qui ne parle pas beaucoup, qui aurait tendance à fuir les gens et qui se sert trop souvent de ses poings, ce qui l’amène régulièrement en cellule de dégrisement au poste de police local. Et puis, Bethy, sa sœur qu’il n’a pas revue depuis leur adolescence, refait surface, elle a des problèmes elle aussi et cela va chambouler la routine. Mais je n’en dis pas plus ! Le rythme peut paraître lent mais c’est parce que l’auteur distille les évolutions des personnages par toutes petites touches, de façon subtile. Je trouve cette façon de raconter très intéressante et très judicieuse : dans ce monde-là, rien n’arrive rapidement et l’hiver semble modifier la perception du temps qui paraît s’étirer. De même, les dialogues sont limités au minimum car Derek est plutôt un taiseux. La fin m’a surprise car je ne l’avais pas vue venir mais elle m’a paru très réussie. Décidément, Jeff Lemire va devenir un de mes auteurs favoris dans le genre !

Les avis de Mo et de Jérôme.