Latelleempoisonne

 

HEARTS2

 

 

Florence Maybrick, 26 ans, américaine d’origine, a épousé voilà quelques années James Maybrick, un courtier en coton de Liverpool de vingt ans son ainé, qu’elle a rencontré sur le bateau transatlantique qui l’amenait en Europe. Installés dans une maison bourgeoise de la banlieue de Liverpool avec leurs deux enfants, le couple n’a plus la fouge des débuts. Florence s’ennuie et se sent prisonnière d’une vie étriquée réglée par de nombreuses règles typiques de la société victorienne de l’époque. James, hypocondriaque, abuse des potions et de médicaments en vente libre et voit ses affaires ralentir peu à peu, l’argent commençant à manquer pour maintenir leur position dans la société. Mais en mars 1889, Florence s’inquiète de la santé de plus en plus défaillante de son époux, avec qui les relations sont tendues depuis qu’elle a fait la connaissance du jeune et séduisant Alfred Brierley, un marchand de coton lui aussi. Malgré la présence de médecins et des soins constants, James Maybrick finit par décéder le 11 mai 1889 et Florence est immédiatement soupçonnée de l’avoir empoisonné …

Dans la même veine que les livres de Kate Summerscale dont j’ai déjà lu deux titres, Kate Colquhoun signe ici sa seconde parution (son premier titre m’attend dans ma PAL) avec le supposé meurtre de James Maybrick et le procès de son épouse soupconnée de l’avoir empoisonné avec de l’arsenic, très répandu à l’époque. De façon très documentée et très précise, l’auteure va décortiquer la vie à l’apparence sans histoire des Maybrick qui cachait pourtant un mal-être typique de cette époque, concernant particulièrement les femmes qui devaient jouer le rôle d’épouse dévouée et de maitresse de maison exemplaire alors qu’elles étouffaient littéralement dans leurs foyers. On sent les prémices du féminisme souffler sur la société rigide victorienne où toute liberté féminine était considérée comme une ouverture à la criminalité et à la dépravation. On ne suit pas seulement l’affaire Maybrick mais on découvre aussi toute une société au bord du changement et effrayée par celui-ci. Florence va ainsi devenir un symbole pour les différents partis en lice et j’ai trouvé passionnant de voir comment les choses pouvaient être interprétées de différentes manières. L’auteure nous parle de la condition des femmes, de l’omni-présence des poisons partout et dans toutes les maisons, de la médecine de l’époque, à la fois moderne et très rétrograde sous certains aspects, de la justice et du déroulement des procès, de la presse qui pouvait, en prenant partie, influer sur l’opinion publique, sur le comportement des hommes peu enclins à autoriser les femmes à avoir une vie libérée des contraintes. C’est un livre document qui se lit comme un roman policier mais qui est aussi une critique étayée de la société de l’époque … tout à fait le genre de livre que je dévore avec un plaisir sans égal !

L'avis d'Olivia.