LanuitdesbeguinesParis, janvier 1310. Ysabel est l’intendante du béguinage royal, fournit la communauté de femmes en remèdes et soigne les malades. Mais son âge commence à se faire sentir. Alors qu’elle sort acheter du lait pour se réchauffer, elle découvre une frêle silhouette à la porte du béguinage : il s’agit d’une jeune fille rousse, mutique et glacée. A force de patience, Ysabel va apprendre qu’elle s’appelle Maheut et qu’elle a fui un mariage imposé. Mais l’arrivée d’une rousse soulève des inquiétudes et va bouleverser la vie tranquille du béguinage, en ces temps troublés par les procès faits aux Templiers et à toute personne semblant sortir des préceptes traditionnaux de l’église …

Lu dans le cadre du club lecture de mon village, j’aurais, de toute façon, été poussée vers ce roman car ma période historique favorite est le Moyen-Age et je suis toujours curieuse quand un roman aborde un sujet que je connais peu. Ici, on découvre qui étaient les béguines, ces femmes libres vivant en communauté laïque mais qui aidaient aussi les autres et qui étaient souvent croyantes (mais pas suffisamment praticantes pour être tentées par le couvent). C’est vrai que la condition des femmes à cette époqu n’était pas forcément enviable mais il y avait néanmoins des lois étonnament modernes, qui imposaient par exemple le consentement mutuel pour un mariage (pas toujours respectée !) et ces fameux béguinages qui permettaient aux femmes veuves de mener leur vie à leur guise, sans rendre de compte à quiconque. Ce roman permet donc d’apprendre plein de choses à ce sujet et il est très bien documenté. Il s’ancre aussi brillament dans l’Histoire en plantant le décor au moment des procès des Templiers et d’une béguine un peu trop hardie pour l’Eglise. Et en parlant de décor, on est aussi dans un Paris non édulcoré, avec ses quartiers animés, souvent sales et puants, mais sa campagne toute proche. Les personnages sont tous attachants, même ceux qui ont parfois un comportement peu charitable car on peut les comprendre (jalousie, manque d’éducation qui les rend influençables aux affirmations des autres, ignorance). Les femmes sont bien sûr mises à l’honneur mais les hommes sont aussi présents, sous la forme des représentants du roi, de moines ou de marchands … et bien sûr, en tant que maris, même décédés depuis longtemps. J’ai trouvé ce roman très intéressant, aussi bien dans le contexte historique que dans le sujet abordé. Qui plus est, il y a un certain suspense quant au devenir de divers personnages et l’écriture est fluide tout en étant recherchée et précise, avec des mots de l’époque pour décrire certaines choses (les métiers ou les repas par exemple). Avec le sujet de la condition des femmes très présent actuellement sous différentes formes (égalité, harcelement et autres), c’est vraiment un roman à découvrir et je ne peux que le conseiller !

L'avis de Miss Alfie.