LaluneestblancheEn septembre 2011, alors que son album sur les terres australes françaises est paru, le dessinateur Emmanuel Lepage est contacté par le nouveau directeur de l’Institut Polaire. Il lui demande de faire un album sur la petite partie du continent antarctique où les Française sont présents : la Terre-Adélie et l’Institut prendrait à sa charge le voyage. Emmanuel demande alors que son frère François, photographe, puisse l’accompagner dans l’aventure, permettant ainsi d’obtenir un album plus complet mêlant dessins et photos. S’ensuit alors plusieurs conférences d’explications sur la vie en Antarctique et sur le déroulement des missions scientifiques et le départ est prévu pour mi-décembre 2012. Mais les conditions météos ne sont pas favorables et l’attente commence à peser, surtout que les deux frères sont aussi prévus comme chauffeurs sur le Raid, le convoi de ravitaillement reliant la base Dumont d’Urville à Concordia, base franco-italienne perdue au milieu du continent de glace …

Etant fascinée par tout ce qui concerne les pôles, cet album était obligé de faire partie de ma collection de titres sur ce sujet. Et puis, je savais que je n’allais pas être déçue par le graphisme d’Emmanuel Lepage que je trouve toujours superbe, même si j’ai parfois quelques réticences sur la façon dont il raconte les histoires. Cette fois encore, dès les premières pages, avec ces aquarelles minutieuses qui s’étalent de façon grandiose sur les pages, on est emporté dans les glaces, sur une mer agitée et sauvage. J’ai aimé que la partie du récit racontant la préparation du voyage soit en sépia. On sait tout de suite à quelle époque on est en jetant un coup sur la page, on sait s’il y aura de grands ou de petits flashbacks. Toute la partie voyage et Antarctique se devait d’êtte en couleur pour bien rendre l’atmosphère : le gris de la mer qui se transforme peu à peu dans des palettes de bleus, le blanc éblouissant de la glace qui, elle aussi, peut avoir des teintes variées allant du bleu au jaune en fonction de la météo et de l’éclairage. On découvre la solidarité, la bonne entente parmi les équipes scientifiques et parmi les techniciens et les marins. On voit une traversée houleuse et propice au mal de mer. Et surtout, on arrive en Antarctique et on découvre peu à peu son immensité, sa froideur, sa difficulté mais sa beauté sans pareille. Les photos et les dessins magnifient tout cela, en nous donnant l’impression d’y être nous aussi. Ça, c’est tout ce que j’ai aimé. Du côté de mes bémols, j’ai trouvé l’auteur très enfant gâté : il est contrarié dès que les choses ne vont pas comme il le souhaite (le retard au départ, le choix à faire pour être chauffeur sur le Raid) et, si j’ai trouvé que c’était tout à son honneur de ne pas se montrer systématiquement à son avantage, il m’a néanmoins agacée. Ensuite, je n’ai pas toujours trouvé que l’organisation des rotations était bien menée : suite au retard pris à cause de la météo, certains scientifiques ne sont restés qu’un jour en Antarctique, de peur de ne pas pouvoir les récupérer plus tard. A croire qu’il est impossible de s’organiser pour réserver des places dans des vols de rotation prévus par les autres pays ! Du coup, ça dessert un peu l’Institut Polaire, qui, lui non plus, n’est pas franchement à son avantage ici. A part ces petits détails un peu irritants, ce fut une belle lecture qui donne envie de découvrir ce continent et surtout de le protéger à tout prix de nos dérives !