LhommegribouilleParis, 2015. La pluie s’abat depuis plusieurs jours sans discontinuer sur la capitale, installant une chape de grisaille. Betty, qui travaille dans une maison d’édition, s’arrête boire un verre dans un bar en début de soirée et ne répond pas au gars qui la drague obstinément. Il faut dire qu’elle est incapable de sortir un mot, souffrant d’aphasie par périodes, ne retrouvant à chaque fois sa voix qu’après une session avec Paul, un magicien aux talents multiples qui l’hypnotise et la rassure. Suite à un dégât des eaux dans son appartement, Betty et sa fille adolescente Clara se sont installées provisoirement chez Maud, la mère de Betty, qui a connu la gloire en écrivant des romans jeunesse à succès. Mais un matin, un visiteur étrange sonne à la porte, demandant à voir Maud. Clara, qui a ouvert la porte, découvre alors sa grand-mère inanimée. Paniquée, elle surprend le visiteur à fouiller et celui-ci exige que Clara lui livre dans quelques jours un colis que sa grand-mère aurait déjà du lui amener. Semblant grandir démesurément et proférant des menaces en lien avec sa famille, l’homme part, laissant à Clara un mot avec la date et le lieu de livraison et deux plumes noires …

Je suis toujours partante pour une bonne histoire lorgnant vers le fantastique et avec cet album, c’est bien le cas. La couverture nous montre un homme inquiétant, presque animal, avec cette veste en plumes et ce profil d’oiseau. Il sera au centre de l’histoire, omniprésent à chaque page, comme s’il lorgnait dans les marges et on s’attend à le voir surgir à tout moment. Tout d’abord, les auteurs ont planté une ambiance partiulière : il pleut sans discontinuer, les rues sont noyées de flaques de façon préoccupante, le ciel est gris, tout cela sert déjà à légèrement angoisser le lecteur en donnant un petit goût d’apocalypse à venir. Qui plus est, le graphisme noir et blanc et ses dégradés de gris accentuent cette ambiance. J’ai beaucoup aimé le dessin, actuel, réaliste mais sans trop en faire, avec des personnages bien campés, des décors un peu inquiétants, avec toute cette eau qui crée des reflets (mais les scènes intérieures, à l’abri de la pluie, peuvent comporter aussi leur lot de tension). Le récit donne dans le registre du fantastique, doublé de suspense et d’un peu d’action. Si certaines choses sont prévisibles (comme la scène au parc), je reconnais que je n’avais aucune idée de la direction dans laquelle allait se diriger l’histoire et j’ai apprécié de me laisser porter et entrainer à la suite de Betty et Clara, qui se révèlent être très attachantes. De même, certains personnages peuvent être très effrayants (je pense à l’auteur à six doigts par exemple) et font monter le malaise. A bien y réfléchir, les thèmes abordés ne sont pas nouveaux mais ils sont variés et la façon de les traiter est plutôt originale car elle mêle plusieurs styles et niveaux et la psychologie des protagonistes n’est pas laissée de côté. Les auteurs abordent les relations familiales, la transmission, le pouvoir des mots, la création littéraire en imaginant par exemple des personnages. La tension monte au fil des pages, le rythme s’accélère et le final est étonnant et bien mené.  Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant cet album mais j’ai bien apprécié cette lecture qui mêle polar et fantastique de façon très réussie.

Les avis de Mo, Noukette, Jérôme, Brize, Jacques.