LatomateDans un futur plus ou moins lointain, dans un pays où des lois strictes permettent la survie de tous, Anne, une jeune femme travaillant au service d’épuration d’objets, se retrouve jugée devant un tribunal. Elle tente d’expliquer les faits qui l’ont amenée là. Lors d’une mission dans un quartier défavorisé de la ville, elle doit retrancher un résidu découvert par des habitants. Il s’agit d’une vieille revue du monde d’avant mais Anne découvre un sachet joint à la revue. Il s’agit de graines de tomates et la jeune femme, sans comprendre les raisons de son geste, ne peut se résoudre à les détruire. Au contraire, elle va même les planter, à l’insu de son compagnon et se priver de sa ration d’eau pour tenter de faire pousser ces graines de l’ancien monde …

Une histoire dont le point de départ de cette histoire est des graines de tomate, chose qui paraît bien banale dans notre monde actuel, a de quoi intriguer. Mais en même temps, elle pourrait aussi préfigurer ce qui peut nous attendre dans le futur, quand on voit que les graines et les semences sont de plus en plus contrôlées par une poignée d’entreprises mondiales (pour ne pas dire une seule que je ne citerai pas mais qui m’effraie beaucoup). Faire pousser un plant de tomates pourrait devenir un exploit ou, comme dans le cas de cet album, un acte totalement illégal et donc dangereux. On sait déjà partiellement comment l’histoire se termine vu qu’Anne se retrouve à expliquer son geste devant un tribunal. A travers son récit, on découvre peu à peu comment elle s’y prend et comment les gens autour d’elle peuvent réagir. Le monde décrit ne donne pas vraiment envie d’y vivre. Le monde décrit est froid, impersonnel. Le graphisme est sobre, réaliste, souvent minimaliste, avec des décors épurés. Les couleurs augmentent avec le niveau que les gens ont dans la société : c’est tout gris chez les démunis, les tons sont bleutés chez les classes moyennes et c’est lumineux et clair chez les riches. On voit aussi que les conditions de vie sont différentes et que les pauvres sont traités comme des animaux (qui sont d’ailleurs totalement absents). Alors, quand on voit cette plante illégale qui va donner de magnifiques tomates bien rouges, ces fruits tranchent de façon flagrante avec l’ambiance (ou comment rendre une tomate sexy et diablement attirante !). L’idée est donc bonne et très intéressante mais j’ai regretté que la psychologie des personnages, leurs motivations et leurs sentiments ne soient pas plus développés. Ce ne sont pas vraiment les faits qui sont intéressants mais les raisons d’agir, les réactions des gens impliqués et du reste de la population : sont-ils émerveillés, révoltés, effrayés, veulent-ils secouer le cocotier pour faire réagir et provoquer une révolution pour que le monde ne soit plus ce qu’il est ? Rien n’est vraiment expiqué ni suggéré et presque tous les personnages semblent sans âme, agissant et réagissant presque comme des machines, sans aucun sentiment. La fin est cruelle mais cadre bien avec l’ensemble de l’histoire mais m’a laissée frustrée d’en apprendre si peu sur ce monde effrayant qui avait tant de possibilités de développement !

Les avis de Noukette, Meséchappéeslivresques.