HaythamunejeunessesyrienneHaytham a quatre ans quand Hafe El-Assad, le président syrien meurt en 2000. Vivant à Deraa, une petite ville  au sud de Damas, l’enfant ne comprend pas ce qui se passe : ses plaisirs consistent à manger des clémentines, à grimper dans les citronniers de son jardin et à jouer avec ses copains. Mais il sait que l’homme était important car il y a des photos de lui partout et qu’il y a trois jours et trois nuits de prière dans la ville, fidèle au régime en place. L’année suivante, son père revient au pays après avoir enseigné les maths au Qatar. La famille est enfin réunie et le jeune Haytham voit son père et ses amis militer pour l’ouverture de la société syrienne. Quand Haytham a dix ans, il peut enfin participer à quelques manifestations mais celles-ci tournent vite à l’affrontement contre les forces du régime, qui devient de plus en plus répressif …

C’est très difficile de comprendre ce qui se passe vraiment dans cette région du monde et lire des BD sur le sujet me paraît souvent plus intéressant et plus abordable que de regarder des reportages. Cette fois, il s’agit de découvrir l’enfance et l’adolescence d’un jeune Syrien dont le père est impliqué dans la révolte contre le régime en place. Le graphisme crayonné en noir et blanc est très soigné, très réaliste, très précis et détaillé et m’a beaucoup plu. Il n’ya pas grand chose de plus à en dire car le découpage et l’ensemble sont classiques mais j’ai trouvé que c’était un album très agréable à regarder (la violence semble même moins dure dans ces dessins). Mais j’ai été un peu déçue par l’histoire proprement dite. Elle raconte l’enfance et l’adolescence d’un jeune Syrien, Haytham, et les auteurs se sont inspirés du récit de ce maintenant jeune homme (l’album date de 2016 et Haytham avait donc 20 ans à l’époque de sa parution). On voit comment l’enfant perçoit la mort du président du pays en 2000, comment il sait, même jeune, qu’il y a des gens travaillant dans les services de renseignements de l’état dont il faut se méfier, comment son père (et une grande partie des hommes de sa famille) s’implique dans l’opposition au régime et comment lui-même, en grandissant, veut aussi prendre part au mouvement. On découvre comme celui-ci est réprimé, comment les manifestations sont sources de danger, les morts et les arrestations qui en résultent et pour finir la fuite du pays pour rejoindre la France qui va devenir terre d’accueil pour cette famille. Si le propos est intéressant pour voir qu’il n’est pas facile de s’opposer et que l’exil est parfois la seule solution pour rester en vie, on n’apprend pas grand chose sur la vie en Syrie, sur les motivations des personnages, sur le régime en place et les différentes factions d’opposition. En fait, l’album est divisé en deux grandes parties : une période d’enfance et de pré-adolescence du narrateur en Syrie avec la montée en puissance de la révolte et une période en France, racontant l’arrivée et l’intégration au pays. Mais dans l’ensemble, rien n’est vraiment creusé ni approfondi, on reste essentiellement dans les faits quotidiens. J’ai bien aimé cette lecture mais je m’attendais à quelque chose de plus détaillé, de plus réfléchi … il me semble que c’est un album qu’il faut conseiller aux lecteurs plus jeunes qui veulent découvrir le sujet plutôt qu’à des lecteurs qui seraient curieux de mieux connaître les racines du conflit syrien.   

L'avis de Jacques.