AkkinenTessie suit son père Gaspar, embauché dans la société de son jeune frère Elias, qui exploite des sables bitumineux à Akkinen, une petite ville minière du Grand Nord. Ils sont logés dans une annexe sur la propriété d’Elias et Gaspar est souvent occupé à conduire les camions dans le cadre de son travail. Tessie est donc seule durant la journée, attendant la fin des vacances scolaires pour découvrir sa nouvelle école. La jeune fille parcourt la ville en vélo, faisant la connaissance de la propriétaire de l’épicerie et prenant de nombreuses photos de la faune et de la flore locale. C’est à cette occasion qu’elle rencontre Aslak, un jeune homme un peu étrange et artiste créant d’énormes sculptures à partir des déchets trouvés dans la nature. Celui-ci lui présente alors son ami Pekko, un vieil écologiste qui n’arrête pas de clamer que la société exploitant les mines pollue l’eau et ment sur les relévés d’analyse …

La couverture, avec cette statue étrange, pourrait laisser penser qu’on a affaire ici à une histoire mâtinée de fantastique mais ce n’est pas le cas. Il y a juste un peu de mystère et une sensation de décalage dus à l’atmosphère de la ville (il faut se présenter à la police à son arrivée … on se croirait un peu dans une société futuriste et hyper contrôlée !) et au caractère étrange d’Aslak, qui est très proche de la nature (et qui crée ces sculptures) mais l’histoire reste bien ancrée dans le réel. Tessie et son père arrivent donc dans cette petite ville minière du Grand Nord (aucun pays n’est cité mais on peut imaginer le Canade par exemple), plutôt isolée, où tout le monde se connaît et où les seuls emplois sont principalement liés à l’exploitation des sables bitumineux. Cette exploitation provoque de la pollution et des rejets mais peu de gens semblent s’en soucier, trop contents de travailler. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’Elias, le frère de Gaspar, qui dirige la mine, a des façons de faire très extrêmes et effrayantes. Le décor est donc planté pendant presque la moitié de l’album et ensuite, on rentre dans la partie s’apparentant à un polar, avec Pekko qui s’oppose à la grande entreprise locale et qui disparaît mystérieusement. De nombreuses choses cachées vont alors ressortir : les tensions entre habitants, les rancunes, les alliances faites entre certains, les manipulations. Tessie est au cœur de l’histoire car c’est elle qui fait le lien entre les écologistes et l’exploitation minière : elle est amie avec les premiers et liée par le sang à la seconde. Elle doit donc faire un choix et c’est une adolescente attachante et réfléchie, qui se soucie des autres.  Côté graphisme, ce qui retient tout d’abord l’œil, ce sont les couleurs choisies : du blanc, du noir et du rouge-orangé, comme sur la couverture. Cela plante une ambiance particulière car on se sent vraiment dans une région froide et isolée.  L’ensemble a aussi un petit côté épuré car les décors sont simples, minimalistes (la ville est petite, les maisons souvent décorées de façon moderne avec peu de choses). Les personnages sont à la fois réalistes et avec un aspect un peu naïf qui n’occulte pas les expressions. J’ai donc trouvé le graphisme original et particulièrement bien adapté à l’histoire. L’auteur ne tombe pas forcément dans la facilité pour sa conclusion, même si je l’ai trouvée un peu précipitée : il y a des choses satisfaisantes, d’autres plus tristes et le sujet abordé, ancré dans l’actualité, fait réfléchir et pousse les lecteurs à vouloir s’impliquer plus dans l’utilisation de la nature faite par les industries (on ne peut s’empêcher de penser à l’exploitation des gaz de schiste dans le grand nord canadien par exemple, qui est plus connue du grand public). J’aurais sûrement préféré que l’auteur développe plus longtemps la seconde partie, avec la dénonciation des pollueurs mais cela reste une lecture intéressante et visuellement réussie.