ArmenlenferdesenfersAr-Men, c’est un phare accroché à un bout de rocher perdu en mer. Avant sa construction, qui n’a pas été facile, de nombreux bateaux s’écrasaient sur les cailloux, provoquant la mort de leurs équipages et faisant parfois le bonheur des habitants de l’île de Sein voisine qui pouvaient améliorer leur quotidien grâce aux fortunes de mer. Et pour être sûr que le phare remplisse bien son office, des gardiens y vivent pour entretenir cette lumière si importante. Parmi eux, il y a Germain, qui s’est retrouvé là pour fuir sa vie et qui partage quelques semaines d’isolement avec Louis, qui ne parle pas beaucoup mais qui lui aussi apprécie ce monde entre terre et mer …

Dernier album paru d’Emmanuel Lepage, ce titre fait partie de la sélection de mon club lecture spécial BD mais je l’avais déjà noté car j’avais découvert le monde des phares et de leur construction dans l’album de Bruno Le Floc’h, Trois éclats blancs, qui m’avait beaucoup intéressée. En plus, avec Emmanuel Lepage, on sait qu’on va s’en prendre plein les yeux au niveau dessin. La représentation de l’océan, que ce soit par beau temps ou en pleine tempête, est grandiose et le reste est tout aussi réussi. On peut passer du temps à admirer ses aquarelles et le festival de couleurs est souvent lumineux. Par contre, j’ai été moins convaincue par l’histoire, qui pourtant me semblait bien partie. On découvre Germain, gardien de phare semble-t-il provisoire, qui s’est réfugié là pour fuir sa vie. On sait bien qu’on n’est pas dans notre époque actuelle vu que tous les phares français sont maintenant automatisés et n’ont plus de gardien mais il est difficle au départ de situer la décennie décrite. On fait aussi la connaissance de Louis, un des gardiens habituels d’Ar-Men et qui lui aussi cache une blessure. Voilà donc deux histoires développées au fil des pages. Mais on va aussi se plonger, rapidement, dans la légende de la ville d’Ys, et cette partie, même si elle m’a assez intéressée, me paraît au final peu utile au récit et l’alourdit même un peu en cassant la narration des autres thèmes. Ensuite, l’auteur aborde aussi l’histoire de la construction du phare en introduisant un autre personnage, Moïzez, un enfant rescapé d’un naufrage. C’est donc au final quatre récits qui s’entremêlent et cela m’a donné l’impression que l’auteur s’éparpillait trop, ne creusant jamais suffisamment chaque thème et bâtissant des personnages qui ne sont pas suffisamment fouillés pour que je m’y attache (en revenant sur l’album pour rédiger ce billet, je me rends compte, par exemple, que je ne sais pas ou plus ce qu’est devenu Moïzez prisonnier du phare lors d’une tempête et en fait, je ne m’en soucie pas du tout !). La partie la plus intéressante pour moi est celle concernant la construction d’Ar-Men mais à ce sujet, j’ai nettement préféré l’album de Bruno Le Floc’h ! Je sais que beaucoup apprécient les albums d’Emmanuel Lepage mais de mon côté, si je suis fan de son dessin, je suis très souvent déçue par ses histoires et je ressors donc de ma lecture moyennement enchantée.

Les avis de Mo, Jérôme, Noukette, Leiloona, Antigone, Hélène, Kathel, Saxaoul, Brize, Enna, Aproposdelivres, Hérisson.