LejouroumamanmapresenteshakespeareA dix ans, pour un petit garçon, sa mère est ce qu’il y a de plus important au monde. Et quand celle-ci est comédienne de théâtre, amoureuse de Shakespeare, fantasque, plus cigale que fourmi et avec des revenus très limités, la vie pourrait être difficile. Mais le quotidien est enchanté par des petits détails : la rencontre avec la voisine Sabrina, qui est toujours prête à aider, les répétitions de la troupe de théâtre dans le jardin familial, les chansons de Brassens reprises en cœur, les journées d’école rythmées par les récréations et les matchs de foot. Mais un jour, la réalité rattrape le narrateur et sa maman : ils sont expulsés de chez eux parce que le loyer n’est pas payé, la pièce Le songe d’une nuit d’été ne semble pas attirer grand monde et le narrateur est placé provisoirement chez sa tante, qui travaille dans le milieu de le finance et qui ne rit pas souvent …

Ceci est le troisième roman d’un auteur dont je n’avais jamais entendu parler mais le titre m’est apparu bien sympathique avec sa référence à Shakespeare. On sait aussi que le narrateur sera un gamin vu qu’il parle de sa maman. On suit donc ce jeune narrateur qui va avoir onze ans et qui vit seul avec sa mère, comédienne de théâtre fantasque mais au grand cœur.  Dès le départ, j’ai trouvé qu’il était facile de s’attacher à ces deux personnages car on sent bien l’amour entre eux et j’ai tout de suite bien aimé leur vision du monde (souvent illustrée par des jeux de mots tels que huissier d’injustice ou les magasins de grande désillusion). L’histoire en elle-même est simple car on voit le quotidien de cette famille de deux qui est pourtant entourée de nombreux amis pouvant être considérés comme une famille d’adoption : il y a la voisine dépressive, la troupe d’acteurs et le metteur en scène. Le pire, c’est que la vraie famille du narrateur, comme sa tante et son cousin, n’apparaissent pas comme sympathiques et sont relativement éloignés du style de vie et de la conception du monde qu’a la mère du narrateur (l’opposition monde du spectacle/monde de la finance est bien décrite en jouant sur le concept cigale et fourmi). Le style est simple (normal, c’est un enfant de dix ans qui raconte) mais souvent subtil quand il reprend les expressions des adultes. Et son analyse des sentiments est juste : la réalité du monde ne l’a pas encore atteint et on espère que cela se fera le plus tard possible (voire même jamais). Forcément, la carrière de comédienne de théâtre ne rapporte pas beaucoup d’argent et le narrateur sera séparé de sa mère pour intégrer ce que beaucoup pourraient considérer comme le monde « normal » mais où le rêve n’a pas sa place. Il y a de très jolis moments émouvants, des réflexions judicieuses qui nous rappellent que la vie est courte et qu’il faut en profiter et ne pas se laisser toujours commander par sa tête mais laisser parler son cœur. Je ne suis vraiment pas fan de Brassens mais là, ses chansons font sens dans le contexte et si je n’ai pas toujours bien compris l’attachement du narrateur et sa maman à ce chanteur, cela m’a néanmoins paru adorable. Au final, j’ai essuyé quelques larmes d’émotion mais c’est un joli roman feel-good qui me donne envie de découvrir ce que l’auteur a écrit auparavant.

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