Paniquedansle16emeEn mars 2016, une réunion publique de présentation et d’information concernant le projet de construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour sans-abris a lieu à l’université Paris-Dauphine. Ce centre doit être bâti en lisière du bois de Boulogne, dans le très chic seizième arrondissement et les habitants du quartier s’opposent violemment au projet et la réunion tourne à l’émeute, avec insultes et attitudes agressives de la part des bourgeois ne supportant pas l’idée de partager leur pré carré avec des SDF. Cet arrondissemernt parisien est celui qui héberge le moins de personnes en situation précaire et il est demandé aux habitants de faire preuve de solidarité avec le reste des arrondissements parisiens où les programmes sociaux sont mieux développés. Mais les riches habitants du seizième ne comptent pas se laisser faire et sont prêts à toutes les bassesses pour empêcher le projet …

J’avais un peu peur en entamant cette lecture car on y parle quand même pas mal de politique (vu que cela va être un des moyens de s’opposer au centre d’hébergement) et que ce n’est habituellement pas un sujet qui m’intéresse beaucoup. En plus, l’album est à mi chemin entre le livre documentaire et la BD car il est divisé en six chapitres et chacun de quelques pages de dessins illustrant un nombre supérieur de pages de texte … il y a donc beaucoup de lecture. Mais les auteurs ont su se mettre à portée de tous les lecteurs et expliquent simplement et de façon très amusante le déroulement de ce projet de centre d’hébergement : comment il est accueilli, les raisons que les habitants voisins mettent en avant pour empêcher la construction, l’histoire du bois de Boulogne et de ses clubs très fermés bâtis sur la propriété publique, et ainsi de suite jusqu’à l’inauguration du centre (qui n’est qu’un centre provisoire en plus !). C’est impressionnant de voir la mauvaise foi de beaucoup de gens, que ce soit des politiciens ou de simples habitants de l’arrondissement (enfin, je dis simples mais avec l’argent qu’ils possèdent tous, ils ont largement plus de poids que nous autres, le petit peuple ! mdr !). Le graphisme est simple mais savoureux et ironique (comme le texte) et joue avec la trichromie (bleu, orange et noir) et sert à illustrer le propos (avec la partie BD) ou à le compléter avec des plans ou des graphiques. Les auteurs, sociologues, ont suivi l’affaire de bout en bout et ont su la présenter de façon claire … moi qui avais peur que ce soit rasoir, cela n’a pas du tout été le cas et j’ai découvert plein de choses sur ce quartier de Paris. Bien sûr, comme je ne me fais pas beaucoup d’illusion sur la nature humaine, cela ne m’a pas trop surprise de voir l’attitude de ces gens au portefeuille et au carnet d’adresses bien garnis mais voir que le centre a finalement été construit malgré leur opposition, cela a presque été jouissif ! En tout cas, c’est un album différent de ce qu’on a l’habitude de trouver mais il mérite le détour !

L'avis de Canel.