Unautreregard1

Unautreregard2Porter un autre regard sur nos sociétés modernes, c’est mieux les comprendre et être à même de les changer, de les faire évoluer. La France est le pays des libertés mais celles-ci sont parfois oubliées quand il est question de sécurité nationale et qu’il y a une descente de police ou quand il faut qu’un médecin prenne en compte les demandes de sa patiente en train d’accoucher. De même, la violence est omniprésente à tous les niveaux de la société, y compris sur son lieu de travail où les remarques de nos coillègues peuvent s’avérer hostiles sous le couvert de faire de l’humour. Quant aux femmes, entre leur travail et leur vie de famille, elles subissent beaucoup de pressions et une charge mentale que les hommes évitent en se reposant justement sur les femmes …

Je ne connaissais pas du tout le blog de cette dessinatrice et la première fois que j’en ai entendu parler, ce fut l’année dernière dans une librairie BD de Montpellier où une cliente enthousiaste cherchait à acheter le tome 1, qui venait à peine de sortir et qui reprenait les articles du blog (et qui n’était d’ailleurs pas disponible au magasin … et les vendeurs ne connaissaient pas non plus !). Depuis, deux autres tomes sont parus, dont le troisième il y a peu. Du coup, j’avais noté le nom dans un coin de mon cerveau et quand j’ai trouvé les deux premiers opus à la médiathèque, j’ai sauté dessus. Côté graphisme, rien de spécial à signaler : c’est dans le même genre que tout ce qui est produit par des dessinatrices blogueuses actuelles (Emma n’est pas illustratrice de formation … elle est ingénieure informaticienne), mais peut-être un peu plus en rondeur de trait que certaines. Le style est simple, minimaliste, sans beaucoup de décors, les personnages étant les vedettes du propos. Les couleurs sont variées mais douces et les dessins ne sont que quelques-uns par page, sans encadrement de vignette et c’est donc dans l’ensemble assez vite lu. Quant au propos, il couvre des sujets variés, comme la descente de police en banlieue après les attentats de novembre 2015, le rôle du clitoris et sa méconnaissance générale, les relations hommes-femmes au travail, les relations de couple et la charge mentale, les violences policières, la maternité, les atrributions sexuées des rôles dès l’enfance et j’en oublie. C’est plutôt facile à lire et intéressant par sa diversité mais j’ai été un peu dubitative quant au fait qu’elle présente ces choses autrement, de façon à ce qu’on ait un autre regard dessus. Franchement, de nombreuses choses m’ont paru évidentes pour peu qu’on se penche dessus avec un œil critique et j’avoue que, depuis que je suis toute jeune, mon œil a toujours été critique : je me pose toujours des questions sur tout, cherchant à découvrir toujours les deux côtés d’un sujet pour mieux le comprendre (au grand désespoir de mes chefs ou de mes profs à qui je demandais des explications avant de faire … est-ce utile ? à quoi ça sert ? qu’est-ce que ça peut apporter ? est-ce juste ? comment cela sera perçu par d’autres ? (un de mes chefs m’avait même appelée « mademoiselle oui-mais » car je voulais bien faire les choses mais il fallait les justifier et les expliquer ! Pas question de suivre un ordre ou un courant de pensée sans le comprendre. C’est donc ce qu’essaie de faire Emma ici : elle veut montrer qu’il existe beaucoup de choses que les gens font sans se poser de questions, parce que c’est l’habitude ou que c’est plus facile de continuer dans la même lignée mais que les choses pourraient changer en mieux si on réfléchissait. Bon, j’avoue que cela m’a un peu effrayée de voir à quel point notre société ne prône plus la réflexion et l’initiative mais je n’ai toujours trouvé que les cas utilisés par Emma étaient pertinents (parfois, j’ai eu un peu la sensation qu’elle travaillait pour certains partis politiques tellement son « discours » ressemblait à ceux de certains politiciens). Donc, si j’ai dans l’ensemble assez aimé le propos, j’ai quand même « coincé » pour certaines choses et cela m’a laissé une impression un peu mitigée, mais cela ne m’empêchera pas de lire le tome 3 dès que j’aurais mis la main dessus à la médiathèque.

L'avis de Canel.