PetitpaysGabriel, alias Gaby, est né au Burundi d’un père français venu du Jura en Afrique pour son travail et d’une mère rwandaise d’origine Tutsi. Avec ses parents et sa jeune sœur Ana, ils vivent dans un impasse tranquille dans la capitale Bujumbura et la vie s’écoule paisiblement. Gaby, qui a une dizaine d’année, ne comprend pas trop pourquoi il existe des ethnies qui ne s’aiment, lui pour qui la vie se résume à l’école, les jeux avec ses amis et voisins, la vie familiale parfois ponctuée de disputes entre ses parents. Le soleil qui brille sur le Burundi semble luire tout autant sur la vie de Gaby, insouciant petit garçon qui profite des moindres petits bonheurs. Mais un jour, ses parents se séparent, ne pouvant plus concilier leurs différences, ce qui n’empêche pas Gaby et Ana de continuer à voir la famille maternelle dont une partie continue de vivre au Rwanda, tout en vivant à demeure chez leur père dans la maison familiale. Et au fur des mois se transformant en années, la vie simple et heureuse de Gaby va être impactée par la montée de la violence au Burundi et au Rwanda, entrainant une guerre civile dans les deux pays au début des années 1990 …

On se rappelle tous, du moins ceux qui étaient en âge de comprendre, des massacres ayant eu lieu au Rwanda mais avec l’éloignement et la méconnaissance de ce pays et de ses habitants, il a souvent été difficile de comprendre vraiment ce qui s’y passait … seule l’horreur était marquante. L’auteur Gaël Faye a emprunté beaucoup de ses souvenirs d’enfance (sans que le roman soit pour autant autobiographique) pour les prêter à Gaby car il a effectivement vécu dans les mêmes lieux, les mêmes conditions et à la même époque. Il était donc malheuresement pour lui aux premières loges pour assister à la montée de la violence sans y comprendre quelque chose. Quand on est aux portes de l’adolescence, il y a plein de choses plus intéressantes à vivre qu’une guerre civile mais il est difficile de l’éviter quand on vit dans un pays qui la subit, même si les parents essaient au maximum de protéger leurs enfants. Le roman est construit en deux parties : la première est le temps de l’insouciance, du bonheur, des jeux, des amis et de la famille, où Gaby a à peine dix ans et profite de tous les instants. Quelque temps plus tard, il y aura le départ de sa mère, qui va le faire rentrer dans un monde plus sérieux mais Gaby reste un adolescent heureux et sans problème majeur. Allant de pair avec cette époque, il y a des élections nationales au Burundi et elles seront le dernier moment « normal » du pays, avant que celui-ci parte à vau-l’eau avec un coup d’état suivi d’un attentat. La seconde partie montre la descente aux enfers du Burundi et du Rwanda car les problèmes de ces deux pays sont identitques (à l’époque des colonies, ils ne formaient d’ailleurs d’un seul territoire  le Ruanda-Urundi), entrainant les habitants dans des violences sans nom ni commune mesure. Elles sont d’autant plus dures à vivre qu’on les découvre à travers les yeux du jeune Gaby, alors adolescent de treize ans. Malgré l’écriture fluide et lumineuse, certains passages se révèlent terribles à lire mais je suis sûre qu’ils sont encore atténués par rapport à la réalité. A l’issue de cette lecture, il a fallu que j’aille un peu me remémorer les évènements de l’époque sur Internet, histoire de remettre le roman dans son contexte historique (et géographique par la même occasion). J’ai aimé le fait qu’aucun jugement n’est porté, seule l’incompréhension règne et Gaby est un personnage attachant qui essaie de faire de son mieux et de survivre dans ce monde devenu fou. C’est une lecture qui prend aux tripes sur une période historique vue de façon humaine et qu’on espère ne jamais voir revenir à la une !

Les avis de George, Gambadou, Sylire, Hélène, Caroline,