RatgodClark Elwood, un jeune homme de bonne famille, plongeant ses racines dans l’Histoire de la Nouvelle-Angleterre, effectue des recherches à l’université d’Arkham pour obtenir son doctorat. Il y rencontre une jeune femme, Kito, qui travaille au département des arts plastiques tout en étant étudiante. Passionnés par les mêmes choses, leur amitié se développe vite et Kito lui apprend qu’elle vient d’un village à moitié abandonné dans le grand nord du pays, Lame Dog, qui avait eu son heure de gloire lors de la ruée vers l’or et aussi grâce à Zachriah Peck, un peintre devenu célèbre pour ses fresques de la nature sauvage. La jeune femmes s’est vue obliger de fuir Lame Dog pour changer sa destiné et Clark envisage de la demander en mariage quand il découvre son travail à l’université : elle pose nue pour les étudiants en dessin, ce qui lui paraît inadmissible. Suite à leur rupture, Kito disparaît et Clark n’arrive pas à l’oublier. Il décide donc de partir à sa recherche et va se diriger vers Lame Dog sans savoir que le village abrite des êtres étranges …

Cet auteur américain a un style très particulier, aussi bien dans ses dessins que dans ses récits. Ce n’est pas le premier que je lis de lui car j’avais acheté plusieurs de ses albums dans les années 1980. Il aime les histoires effrayantes et étranges, dans le genre de celles d’Edgar Allan Poe ou Howard Philip Lovecraft, que j’apprécie moi aussi et qui font partie des auteurs cultes de Corben. Ici, on penche plutôt vers Lovecraft, avec un culte bizarre (comme le titre l’annonce d’ailleurs !), des êtres effrayants, plus vraiment humains et une atmosphère glauque. Clark Elwood apparaît d’emblée comme un être peu sympathique : il n’aime pas les Indiens et se vante d’être un bon aryen dont la famille a joué un rôle important dans l’Histoire de la Nouvelle-Angleterre. Et quand on découvre son comportement vis à vis de Kito, il paraît encore plus détestable. Kito, elle, paraît agréable mais semble cacher un lourd passé, qui intrigue vite, surtout que l’album commence à une époque semble-t-il reculée, avec un frère et une sœur Indiens qui fuient et dont on voit les liens avec Kito mais ceux-ci ne sont pas très clairs : est-ce une dimension parallèle ? une société en marge de la société moderne ? est-ce un flashback qui montre ce qui s’est passé il y a longtemps ? Je suis incapable de me décider. Donc dès les départ, on nage donc en plein flou artistique ! Ensuite, le récit se développe de façon plus classique avec la quête de Clark parti à la recherche de Kito, émaillée de flashbacks nous montrant leur rencontre, l’évolution de eur relation et la raison de leur séparation. Et puis, on arrive enfin à Lame Dog et là, le fantastique commence à se mettre vraiment en place. Les habitants semblent d’une autre époque, ils sont inquiétants, refusent souvent tout contact avec l’étranger que représente Clark et le cimetière paraît être une zone interdite. Je vais m’arrêter là car il faut bien garder un peu de mystère. Et puis, de toute façon, je serais bien embêtée de vous expliquer l’histoire en détail car je ne suis pas sûre d’avoir tout compris ! Qui fait quoi, pourquoi ces choses se passent là, je n’en sais rien … bien sûr, avec le fantastique, il n’y a pas besoin d’explication mais j’avoue avoir été un peu perdue malgré tout. Seul un rebondissement final assez ironique m’a fait sourire et correspond bien à l’époque décrite. Le graphisme est aussi particulier. Les décors sont assez classiques mais les visages des personnages sont très typés : des nez bien présents, des yeux et des bouches marqués, des silhouettes soit longilignes, soit trapues … on croirait regarder les protagonistes au travers d’un miroir déformant. Les couleurs sont aussi assez tranchées mais elles n’agressent pas l’œil (à part peut-être le rouge sang !). C’est un graphisme que j’aime assez pour ce genre d’histoire car il en rajoute dans l’étrangeté et le malaise. Au final, c’est une lecture qui m’a laissée un peu perplexe : j’ai aimé beaucoup de choses mais je n’ai pas tout suivi dans le déroulement et cela m’a un peu frustrée … peut-être que je n’étais pas suffisamment concentrée pour ce type de récit ou que cela faisait trop longtemps que je n’avais plus lu de Lovecraft et que je ne suis plus habituée à la bizarrerie dans ce type d’histoire (mais mon chéri est ressorti de cette lecture avec la même impression, ce qui me rassure un peu !)