LadversaireEmmanuel Carrère est en train de terminer la rédaction d’un livre quand il découvre dans la presse le crime de Jean-Claude Romand. Le 9 janvier 1993, ce dernier a tué sa femme et ses deux enfants dans la maison familiale de Prévessin, dans l’Ain. Le lendemain, il tue ses propres parents et leur chien dans leur maison du Jura mais ces meurtres ne seront découverts que le 11 janvier au matin, quand l’incendie de la maison des Romand provoquera l’arrivée des secours et où on apprendra que Jean-Claude a tenté de se suicider aux barbituriques. Emmanuel Carrère n’arrive pas à comprendre comment cet homme banal et apprécié de tous a réussi à se faire passer pendant dix-huit ans pour un médecin travaillant à l’OMS à Genève alors qu’il n’a jamais terminé officiellement ses études de médecine. Il ne comprend pas qu’il puisse en être rendu à tuer les êtres qui lui sont proches quand l’argent finit par manquer, bien qu’il ait utilisé les grosses sommes provenant de plusieurs membres de sa famille lui ayant donné leurs économies pour qu’il les place en Suisse pour obtenir des rendements élevés. Alors Emmanuel Carrère, après mûre réflexion, décide d’écrire à Jean-Claude Romand en prison et commence à mener sa propre enquête, rencontrant des amis proches de du meurtrier, sa belle-famille, ses amis d’enfance, pour essayer d’appréhender le cheminement ayant mené au drame …

J’avais lu ce livre il y a longtemps en 2001, et comme je l’ai relu dans le cadre du club lecture de mon village, j’en profite pour faire un billet dessus car à l’époque, les blogs n’existaient pas et je ne gardais qu’une liste des titres lus et la note que je leur attribuais comme traces de mes lectures. Et cela fait plusieurs fois que je constate l’utilité personnelle de mes billets : quand je veux me rappeler de mon ressenti au sujet d’un livre, je suis bien contente de relire ce que j’en ai écrit à l’époque de sa lecture ! Forcément, dans le cadre de ce titre-là, même sans billet, je me rappelais bien de l’histoire car elle fait partie des affaires criminelles françaises marquantes. Qui plus est, elle a été évoqué lors de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, cas très similaire, et on en reparle à nouveau depuis peu car Jean-Claude Romand attend la décision des juges pour savoir s’il sort de prison, ayant terminé depuis un moment sa peine incompressible et ayant donc demandé sa libération. C’est d’ailleurs un peu ça qui m’a fait choisir ce titre pour le club lecture car il a un lien avec l’actualité du moment. Par contre, si j’avais bon souvenir de l’ensemble, je ne me rappelais pas vraiment les détails, surtout concernant l’implication de l’auteur et son enquête. Ce qui est ressorti de cette seconde lecture à ce niveau-là, ce sont les liens plus ou moins religieux (L’adversaire étant le diable, la « récupération » du meurtrier en prison par un groupe tourné vers la religion) et j’avoue que ça m’a un peu gênée et agacée … même s’il faut de ce groupe de prières dont fait désormais partie Jean-Claude Romand (enfin, il en faisait partie au moment de la parution du livre … en 2000 !). Je ne me rappelais pas non plus qu’il avait changé certains noms et cela m’a un peu gênée car il a fallu que je rattache mes connaissances réelles de l’affaire avec ces nouvelles appellations mais cela peut se comprendre pour conserver la vie privée des personnes. Sinon, le livre est une description fidèle et détaillée des évènements survenus dans la vie de Jean-Claude Romand : ce qui s’est passé pendant ses études, les théories éventuelles sur son absence lors des examens de deuxième année de médecine qui fait qu’il ne sera jamais médecin, la rencontre avec sa femme,  les relations avec ses parents, sa vie quotidienne, les heures passées sur les parkings ou en forêt alors que tout le monde le croit au travail à Genève, sa relation avec sa maitresse, le réseau de mensonges qu’il tisse autour de lui. L’auteur ne cherche ni à l’accuser, ni à l’excuser. A partir des informations officielles de la police et de l’enquête, des rencontres qu’il a eues avec les gens concernés de près par l’affaire et sa relation avec Jean-Claude Romand, Emmanuel Carrère fait une tentative d’analyse mais cela reste relativement peu poussé, l’auteur n’étant pas psychiatre, juste comme ses lecteurs, un homme qui cherche seulement à comprendre. C’est donc facile à lire mais peut-être pas suffisamment analysé en profondeur comme j’aurais aimé mais il faut dire que ce livre a été publié il y a déjà un bon moment et que depuis, ce cas a été étudié et réétudié par des tas d’experts. Cela reste donc intéressant à lire pour découvrir l’affaire mais cela n’apporte pas grand chose de nouveau.

Les avis de Brize et Géraldine.