LacroisadedesinnocentsFrance, durant le Moyen-Age. Le jeune Colas est un enfant qui se chamaille souvent avec sa petite sœur malgré tout l’amour qu’il lui porte. La famille n’est pas riche et vit dans une petite ferme. Alors que les deux enfants mangent des noix, c’est à nouveau l’occasion pour Colas et Margotte de se bagarrer mais Margotte tombe dans l’enclos des cochons qui se précipitent sur elle avec avidité. Les parents, catastrophés, maudissent Colas qui n’a pas d’autre choix que de s’enfuir de la maison familiale. Guidé par la seule noix qui lui reste, le petit garçon va trouver refuge dans une grande ferme où de nombreux enfants travaillent dur en échange d’une maigre pitance et d’un toit où s’abriter la nuit. Seul le dimanche est exempt de travail car tout le monde doit aller à la messe. Mais quand un jour, Colas découvre un homme mort circulant sous la couche de glace couvrant la rivière, il n’en faut pas plus à Camille, l’ami de Colas, pour affirmer que ce dernier a eu une vision du Christ et que Jésus lui a demandé d’aller délivrer son tombeau à Jérusalem. Voilà donc un petit groupe d’enfants, des innocents nont corrompus par le monde des adultes, partis vers le sud pour honorer la demande de Jésus …

J’avais déjà lu plusieurs albums de cette auteure dessinatrice et je n’avais jamais été déçue par mes découvertes, toujours toute différentes. Cette fois, elle nous emmène dans le Moyen-Age français en s’appuyant sur un fait historique réel mais qui, semble-t-il, concernait plutôt des gens du peuple que des enfants proprement dits. En tout cas, j’ai bien aimé le fait de prendre au pied de la lettre le concept des « innocents » étant forcément des enfants encore purs car trop jeunes pour avoir été corrompus. Mais en pratique, on découvre une bande de mômes ayant déjà bien « vécu » et qui ont du faire de nombreuses choses pour survivre (comme voler, mentir et autres). Les enfants décrits ici ne sont donc pas si innocents que ça à cause de la vie qu’ils ont menée jusqu’à présent mais leurs cœurs restent purs : s’ils font le mal, ce n’est jamais pour le plaisir mais juste pour continuer à vivre. Leurs réflexions sont savoureuses et hautes en couleurs et chacun a son caractère. On peut aisément se mélanger parmi tous ces personnages au départ mais on apprend à les connaître au fur et à mesure de leur pèlerinage. Le graphisme est presque enfantin et naïf, collant à l’histoire … il n’y a pas de cases, le trait est sobre, les couleurs jouant sur une gamme de tons similaires pendant plusieurs pages. Les extérieurs d’hiver sont dans les teintes bleutées, les intérieurs sont plus ocres, comme réchauffés par la lueur du feu de cheminée. Enfin, bref, tout est fait dans le graphisme pour planter les ambiances requises en fonction des lieux et des saisons. D’ailleurs, le récit est divisé en grands chapitres couvrant chacun une saison de l’année, l’hiver étant bien sûr la plus difficile pour ces gamins itinérants. J’ai donc suivi avec plaisir et curiosité le parcours, les réussites et les difficultés que vivent ces enfants et qui ne peut pas être pire que leur condition passée car là, au moins, ils n’ont de compte à rendre à personne. J’ai aimé voir comment ce groupe s’organise, comment il faut constamment les motiver et comment Colas prend son rôle très au sérieux malgré son manque de conviction concernant sa vision. Comme il s’agit d’une fiction, je me suis souvent demandée comment cela allait se terminer et fut agréablement surprise car la fin donne une impression de sacrifice digne de la mission imposée et cela serre un peu le cœur. Et comme on s’attache à ces gamins livrés à eux-mêmes dans un monde plutôt dur et sans pitié, j’ai forcément eu envie de savoir ce qui allait leur arriver. Un album sympathique, mêlant humanité et action,  avec un côté historique bien le récit soit en grande partie imaginé, et une fin plutôt inattendue.

Les avis de Mo, Jérôme, Noukette, Stephie, Sandrine, Kathel.