LaroutedetibilissiL’hiver a déposé sa chape de froid et de neige et une famille fuit au milieu de la forêt. Malheureusement, la mère est touchée par une flèche et le père est lui aussi vite atteint par les archers poursuivants. Il hurle à ses deux fils, Jake l’ainé et Oto le plus jeune, de rejoindre la ville de Tibilissi où leur grand-père pourra les protéger. Mais pour les deux garçons, la route n’est pas facile : ils n’ont pas de carte, pas de nourriture, rien car leur fuite a été soudaine. Jake décide alors de rebrousser chemin pour récupérer ce qu’ils peuvent dans leur maison. A leur arrivée dans le village désert, la désolation est omniprésente mais Oto retrouve néanmoins ses deux grands amis, Trois-Trois un grand robot un peu déglingué et Doubi un animal étrange ressemblant à un gros porc-épic. C’est tous les quatre ensemble qu’ils reprennent la route, espérant être sur le bon chemin mais de nombreux dangers les guettent encore …

Quand on voit la couverture, avec nos quatre personnages principaux, on sait déjà qu’on va être dans un monde un peu étrange, mixant peut-être fantasy (à cause de l’époque qui semble à la fois moderne et moyenâgeuse et de l’étrange bestiole) et science-fiction (à cause du robot). Mais à part ça, je n’avais pas vraiment d’idée au sujet de l’histoire, et pourtant, on y tout de suite plongé dès les premières pages. La fuite de cette famille, très vite décimée partiellement, prend aux tripes : je ne savais pas qui ils étaient mais j’avais envie qu’ils s’en sortent. Du coup, j’étais d’autant plus attachée aux deux garçons que leur survie devient encore plus difficile. Oto est jeune, probablement une huitaine d’années, il ne comprend pas vraiment ce qui se passe et pour Jake, devenir tout à coup un adulte responsable dans de telles conditions, c’est forcément difficile, surtout qu’ils n’ont pas vraiment le temps de faire le deuil de leurs parents, les dangers étant omniprésents et le risque de voir revenir leurs assaillants toujours fort. Il y a d’ailleurs quelques belles scènes d’amour fraternel, où la colère et la révolte se mélangent à la douleur et à la peur, mais toujours avec un lien très fort entre les deux frères. On va donc suivre ce petit groupe dans ses pérégrinations : ils vont rencontrer différentes personnes, vont vivre des aventures effrayantes mais auront aussi de jolis moments de répit (mais assez rares quand même … la tension est assez vive tout au long des pages). Le graphisme est moderne, dynamique, avec parfois une légère allure japonisante (dans les yeux et les mouvements par exemple). Le style est plutôt réaliste malgré les choses étranges qui vont survenir au fil de l’histoire et les couleurs plantent l’ambiance : des tons bleutés et froids pour les scènes extérieures (on en frissonnerait presque !) où les personnages ressortent bien grâce à des couleurs plus marquées et un peu plus chaudes et des tons ocres pour les scènes intérieures très rares qui rappellent les lueurs des feux. J’ai aimé trembler à chaque événement survenant sur le trajet de Jake et Oto et leurs deux amis et il leur arrive, des choses ! Quant à la fin, j’avais bien deviné certaines choses grâce aux indices semées par les auteurs mais j’ai quand même été très surprise car je n’avais rien vu venir (et bien que ce développement ait déjà été utilisé dans d’autres récits) ! D’ailleurs, on en a beaucoup discuté avec mon homme qui a lu lui aussi l’album et comme le final semble assez ouvert, on a fini par pencher plus pour une possibilité que pour l’autre et on a fini par avoir le fin mot de l’histoire en faisant des recherches sur Internet et en trouvant une explication du scénariste lui-même, qui nous a bien satisfait (l’autre option aurait été plus sombre !). Une belle histoire qui parle de la solidarité fraternelle mais aussi humaine, du deuil, de la peur mais aussi de la violence qui émaille le monde et qui n’épargne personne.

L'avis de Sandrine.