InsulairesL’île de Groix, au large de Lorient, a ses petites histoires, ses légendes et ses paysages. Roger Jikel y présente une émission pour la chaine de télévision FR3 et les habitants sont tous prêts à lui raconter la légende de la Korrigez du Trou du Diable, qui emmène les bébés déposés dans leur couffin au sol le temps que leurs mères ramassent des treumouchs (des pouce-pied), des crustacés très appréciés sur l’île. Mais il y a aussi l’histoire des saints et des mégalithes, de la mongolfière envoyée dans les airs avec un passager et revenue sans ou bien de la mystérieuse maladie qui a frappé les habitants et qui a été étudiée par le docteur Galleux en 1777 …

Ce n’est pas souvent qu’on parle de l’île de Groix en BD …. je crois même que c’est peut-être la première fois car c’est en général des îles bretonnes plus connues qui sont mises à l’honneur (telles que Belle-Ile, Ouessant, Sein …). Et comme c’est quand même une île que je vois tous les jours en sortant de chez moi (je fais moins de cinquante mètres et je peux la voir !), je ne pouvais vraiment pas passer à côté de cet album au petit format carré qui se fait lui aussi remarquer parmi les autres titres. La couverture évoque aussi les anciennes éditions Hetzel des romans de Jules Verne, avec ses tons de rouge et d’or mais avec un côté caricatural et excessif dans les personnages. Le graphisme noir et blanc, avec parfois de nombreuses hachures dans les décors, est simple mais toujours un peu outré car il s’agit de récits un peu étranges, parfois effrayants, parfois burlesques, parfois bizarres et que le mystère est souvent présent. Trop de réalisme dans le dessin n’aurait pas servi le récit, il me semble. Effectivement, les personnages ont des trognes particulières : des nez impressionnants, des dents effrayantes, des bouches tordues, des visages aux contours vagues ou des mentons très prononcés. Je n’ai pas forcément adoré le graphisme mais il allait bien avec l’ensemble et m’a laissée assez neutre à son sujet. A propos du contenu des histoires, comme bien souvent quand il est question de plusieurs récits, je l’ai trouvé inégal. Je n’ai pas bien compris l’utilité du passage avec Roher Jikel, qui introduit l’île sans rien apporter de spécial à part un clin d’oeil à la façon de tourner ce genre d’émission (et effectivement, le vrai Roger Giquel est bien venu à Groix pour un reportage) … en fait, elle aura dû servir de fil conducteur liant toutes les histoires ensemble mais l’idée a été abandonnée, laissant cette introduction un peu orpheline et esseulée. La légende de la Korrigez voleuse d’enfants s’étale sur un bon nombre de pages, trop à mon goût car j’ai trouvé que certaines se répétaient souvent et qu’un peu de resserrage dans la narration aurait bénéficié au récit. A côté de ça, les histoires de l’île de Groix, elles, ne font souvent qu’une page chacune et là, c’est presque trop peu car il n’est pas facile de développer un sujet sur une page. Quelques-unes méritent deux ou trois pages mais ce n’est pas forcément celles que j’ai trouvées le plus intéressantes. L’enquête « médicale » du docteur Galleux, s’inspirant de faits réels, est le récit qui m’a le plus plu mais il ne fait malheureusement que quelques pages, ne donne pas vraiment d’explication et tourne un peu court à la fin puisqu’on n’a pas peu d’infos sur la fin de l’épidémie sauf en lisant les notes en fin d’album. Quant à l’histoire de la mongolfière, elle est étrange et intéressante mais elle n’est pas propre à l’île de Groix car elle a été tirée d’un roman policier de Flann O’Brien et transposée à Groix. C’est donc un petit album original parlant d’une île un peu méconnue mais qui ne m’a pas vraiment convaincue et qui m’a même un peu déçue … il me semblait qu’il y avait d’autres histoires à aborder ou des sujets à creuser plus longuement.