RuinesGeorge et Samantha s’apprêtent à quitter leur vie new-yorkaise pour s’installer pour un an dans la ville mexicaine d’Oaxaca, qui est aussi réputée pour sa forêt où les papillons Monarque viennent se reproduire. Samantha a pris une année sabbatique pour pouvoir se concentrer sur l’écriture de son livre et safraichir son espagnol alors que George a été licencié de son poste de dessinateur pour le musée d’histoire naturelle où il s’occupait du catalogue des insectes. Samantha espère que George va pouvoir se remettre à la peinture et que leur couple, plus détentu, pourra enfin concevoir un enfant. A leur arrivée, Samantha, qui avait passé du temps dans cette région du Mexique, la retrouve relativement inchangée et tisse vite des liens avec un artiste local alors que George fait la connaissance d’un ancien reporter photo-journaliste ayant couvert beaucoup d’évènements d’Amérique Latine mais qui a laissé tomber son travail. Au fil des jours, une routine s’installe jusqu’à ce des évènements sociaux commencent à se faire sentir dans la région avec une révolte des enseignants …

Voilà un album que j’ai trouvé au hasard de mes prérégrinations en médiathèque mais d’un auteur que je connais car j’ai d’autres titres de lui dans ma PAL (mais bien sûr, il faut que j’aille lire les titres que je n’ai pas !). J’ai tout de suite aimé la couverture avec le contraste civilisation aztèque/civilisation occidentale américaine (avec les pyramides et les gratte-ciel), ce beau dégradé de ciel et ce joli petit papillon entre les deux, qui fait le lien en vivant dans le nord du continent américain et en se reproduisant dans au Mexique. Ce papillon Monarque m’a toujours fascinée car la migration qu’il effectue paraît tellement impressionnante par rapport à sa taille et sans compter sur le mystère entourant la façon dont il se dirige et comment il sait où aller. Si l’album raconte l’histoire d’un couple, celui de George et Samantha, le papillon n’est pas oublié car des intermèdes concernant sa migration reviennent régulièrement dans le récit, en monrtant notre civilisation moderne avec toutes ses dérives écologiques. Le titre ne laisse pas forcément présager d’une histoire joyeuse mais pourtant, l’ensemble, avec ses moments de joie et des moments de peine, reste plutôt positif. Il faut savoir évoluer, accepter son passé, faire certains deuils, prendre des décisions difficiles pour pouvoir être soi-même et faire ce qui nous attire au plus profond de nous-mêmes. George et Samantha partent déjà des Etats-Unis avec leurs problèmes et leurs manques et on sait forcément que cette nouvelle vie va provoquer un changement inévitable. L’auteur sait montrer avec pudeur et par petites touches comment les protagonistes changent, comment chaque rencontre peut influer sur le cours de leur vie. Le graphisme est simple, assez réaliste mais avec un petit côté accentuant les petits défauts physiques des personnages alors que les décors sont soignés et détaillés. Les couleurs sont dans les tons froids tant qu’on parle de la civilisation occidentale et basculent dans les tons chauds et la luxuriance dès qu’on arrive au Mexique, ce qui met tout de suite dans l’ambiance. En tant que lectrice, il me semblait avoir posé le pied sur le sol d’Oaxaca en même temps que les personnages et je me sentais aussi dépaysée qu’eux. En plus d’être l’analyse d’une situation de couple, l’album aborde aussi le contexte social du pays avec une révolte des enseignants suite à des décisions prises en haut lieu : on voit comment le gouverneur de la région agit envers la population et comment la corruption fait rage dans ce pays. L’auteur s’est inspiré de son expérience lors des deux ans pendant lesquels il a vécu à Oaxaca avec sa famille et des évènements ayant eu lieu lors de son séjour, ce qui donne d’autant plus de poids et de crédibilité à cette lecture intéressante.