PapiertuemouchesLes Hambleton, famille fortunée new-yorkaise, voit Sue, la benjamine de la famille, filer du mauvais coton. Malgé leur argent et leur réputation, la jeune femme de 21 ans quitte la maison familiale après avoir fréquenté les gangsters de la Dixième Avenue. Se mettant en ménage avec Hymie le Sulfateur, elle se voit obligée de travailler dans un speakeasy à la mort de ce dernier, mitraillé avec sa propre arme par une bande de Chicago venue chercher fortune à New York. Le major Hambleton, inquiet pour sa fille, avait fait appel à une agence de détective privé et quand, à la fin de l’année 1927, la jeune femme disparaît de la ville avec son nouveau compagnon, Babe, après une bagarre sanglante dans un bar, personne ne semble savoir où ils sont partis. Jusqu’au jour où le major reçoit un télégramme en provenance de San Francisco et signé Sue, lui réclamant de l’argent pour financer son voyage de retour. L’agence envoie un détective sur place pour savoir s’il ne s’agit pas d’une arnaque et pour découvrir si Sue va bien …

Voilà un album publié récemment mais qui présente une œuvre qui ne l’est pas du tout. Reprenant une nouvelle de l’auteur américain Dashiell Hammett datant de 1929, le dessinateur allemand Hans Hillmann a construit un roman graphique en essayant d’utiliser le moins de mots possibles et ce roman graphique original date, lui, de 1975. Il est d’ailleurs difficile de considérer ce livre comme un album de bande dessinée car il s’apparente plus à un objet d’art. Le dessin crayonné tout en tons de gris, de noir et de blanc est magnifiquement travaillé et ciselé dans les moindres détails. Certaines scènes ressemblent même à des photos tellement c’est précis et net. L’auteur a aussi choisi des cadrages audacieux et originaux pour l’époque, s’inspirant du cinéma. Le texte reprend des phrases non modifiées de la nouvelle et est placé en bas de chaque dessin, comme une légende, que ce soit des dialogues ou des descriptions. Cela se lit donc différemment d’une BD classique. En plus, le fait que le graphisme soit en noir et blanc, avec son réalisme, évoque les films noirs des années 40 et 50 et colle à merveille à l’histoire sombre, peuplée de détectives, de voyous, de femmes plus ou moins perdues et faisant la part belle aux magouilles et aux fusillades. J’avoue que j’ai parfois eu du mal avec quelques dessins que j’ai trouvés un peu trop sombres ou bizarrement construits dans leur perspective (qui me semblait un peu « décalée ») mais à part ce tout petit détail, j’ai aimé cette lecture (après un petit temps très bref d’adaptation au style d’écriture de cette époque) et pourtant, je ne suis pas vraiment une fan des romans noirs de cette époque. Mais là, la longueur m’a bien convenu, les rebondissements arrivant à point nommé et j’ai apprécié l’ironie du récit. Voilà donc un bel album qui sort de l’ordinaire et qui mérite d’être découvert !