NosviesprisonnieresAlban a un poste de responsable du personnel dans une grande banque mais sa vie est actuellement plombée par son divorce car il n’a pas pu obtenir la garde de ses enfants. En plus, certains services n’atteignent pas les objectifs prévus. Il demande alors à une des responsables de service, Hélène, qui est une célibataire qui n’a que son travail dans la vie, de licencier le personnel qui n’arrive pas à suivre. Parmi eux, il y a Félix, dont la compagne rêve d’un enfant. Parallèlement, Julien est un médecin désenchanté. Il ne supporte plus les petits problèmes de ses patients, trouve que sa compagne ne le comprend pas et n’a qu’une envie : envoyer tout balader jusqu’au jour où un petit garçon de sept ans arrive dans son cabinet, atteint d’une maladie incurable. Julien n’arrive pas à accepter son impuissance et décide à prendre quelques jours de vacances en amoureux au bord de la mer. Mais alors qu’il est au restaurant, il doit aider un vagabond malade et bien connu des locaux et assiste à son décès. Avant sa mort, cet homme dont personne ne connaît le nom lui laisse un manuscript, lui faisant promettre de retrouver son fils et de lui remettre cette sorte de journal intime expliquand pourquoi il a abandonné sa famille sans jamais plus donner de nouvelles   …

Pas facile de faire un résumé de cette histoire car celle-ci est construite par petits bouts, chaque chapitre se focalisant sur un moment précis dans la vie d’un des personnages. Le récit n’est donc pas vraiment linéaire, on saute d’une personne à l’autre pour mieux y revenir ensuite et voir comment les liens vont se tisser entre elles. C’est une construction qu’on retrouve de temps en temps (je pense surtout aux romans de Kate Atkinson) mais ce n’est jamais facile de rédiger un résumé cohérent et suffisamment intéressant dans ce qu’il présente. Par contre, c’est un style de narration que j’apprécie beaucoup ! Le titre annonce la couleur car il évoque plusieurs vies et montre qu’on est tous plus ou moins prisonniers d’un système, d’une société, d’un chemin qu’on s’est tracé (ou qu’on nous a tracé) et qu’il est difficile d’en sortir même s’il ne nous convient plus. Au début, il m’a été difficile de trouver les personnages sympathiques : que ce soit Hélène ou Alban, ils paraissaient tous les deux se focaliser sur leur petite personne et quant à Julien le médecin, je l’ai carrément trouvé détestable ! Félix apparaît comme immature, sa compagne comme colérique … avec une telle brochette de protagonistes, je me suis demandée où est-ce que j’allais ! Mais c’est justement l’intérêt de la chose car impercertiblement, ma perception de ces gens s’est modifiée en même temps que leur attitude et leur évolution lente qui les a rendus meilleurs. Chacun est confronté à ses problèmes et doit les affronter pour pouvoir changer et se sentir mieux. Le dessin est moderne et correspond bien à la couverture : du réalisme et des détails (sauf pour la narration du journal intime du vagabond, qui présente des dessins plus enfantins et monochromes), des couleurs variées mais pas agressives, des décors soignés et des personnages tous bien différenciés (et il vaut mieux que ce soit le cas vu leur nombre et les sauts d’un personnage à l’autre). Le début de la lecture peut être un peu pertubant car on nous présente tous les protagonistes un à un sans connaître les liens entre eux et ça fait pas mal d’infos mais il suffit juste d’être attentif à ce moment-là ! J’ai été plus dubitative quant au contenu du journal intime du vagabond qui semble enthousiasmer tous ceux qui le lisent dans l’album, provocant parfois une prise de conscience, mais qui m’a paru plutôt fade et assez prévisible. Avec cet album à l’ambiance assez sombre au départ, j’ai été portée par l’envie d’en savoir plus sur des gens qui ne se sentent pas toujours bien dans leur vie et le récit dénonce aussi les travers de nos sociétés qui nous imposent certains codes : le besoin de reconnaissance, l’ambition qui peut détruire, la place de la famille par rapport au travail … de quoi réflechir sur nos besoins et nos envies !

L'avis de Cuné, qui n'a pas du tout aimé !