Thesistersweiss1956, Williamsburg, Brooklyn, New York. La famille Weiss s’apprête à fêter le Sabbath et tout le monde est réuni avec parmi eux, les deux seules filles de Asher et Rebbitzin, Rose et Pearl, parmi une fratrie de quatre garçons. Pearl n’ayant que trois ans, ses bêtises sont plus tolérées que les éventuels moments de rébellion de Rose, qui a déjà six ans et qui doit s’occuper de sa jeune sœur dans cette famille très religieuse où les femmes ont une place limitée aux tâches ménagères. Rose est obéissante et en grandissant, elle obtient, comme cadeau suite à l’ouverture d’un compte épargne à la banque, un appareil photo. La jeune fille se découvre alors une passion pour la photographie et quand ses parents découvrent dans sa chambre un livre de photos prêté par une de ses amies de lycée, Rose est immédiatement changée d’école et envoyée chez sa grand-mère pour l’éloigner de la tentation. Mais Rose refuse à présent de vivre comme la religion lui ordonne et elle s’inscrit à des cours à l’université pour se perfectionner comme photographe …

C’est un roman que je n’aurais probablement jamais découvert s’il n’avait pas été parmi la liste de titres à lire pour un de mes clubs lecture. Je ne connaissais pas l’auteure et comme le livre est paru dans une maison d’édition que je ne connaissais pas non plus, il y avait peu de chances que j’y sois tombée dessus par hasard. Et cela aurait dommage de ne pas découvrir cette histoire familiale ancrée dans une famille juive traditionnaliste. Je savais que le quartier de Williamsburg, à Brooklyn, était une communauté juive très importante et très religieuse mais je n’en savais guère plus. Avec cette lecture, parsemée de mots yiddish (dont un glossaire est fourni) pour une immersion encore plus complète, j’ai appris beaucoup sur la façon de vivre de ces familles. Etant moi-même peu portée sur la religion, bien que j’aime beaucoup lire à ce sujet, c’est évidemment une vie cauchemardesque que j’ai découvert là, surtout pour les femmes. Entre le respect des moments religieux importants, la façon de s’habiller, les rapports hommes-femmes, les mariages arrangés, les rituels devant être suivis, des régles très strictes mais aussi une communauté soudée et qui s’entraide, c’est tout un monde hors du temps qui est brossé ici car si effectivement le roman débute en 1956, il se termine en 2011 et il semble que les choses n’aient pas beaucoup changé entre temps pour les habitants de Williamsburg. J’ai donc trouvé très intéressant de suivre Rose la rebelle, celle qui veut vivre sa vie comme elle en a envie et qui s’oppose aux désirs de sa famille. A plusieurs niveaux, cela m’a fait un peu penser aux Amish, qui refusent de revoir leurs enfants s’ils choisissent le monde « extérieur ». On voit la difficulté de s’imposer en tant qu’individu et le courage qu’il faut pour cela, surtout pour une femme à cette époque et il est aussi très intéressant de voir le parallèle avec le même genre de rébellion quarante ans plus tard (car la nièce de Rose va suivre le même chemin que sa tante, ce que je n’ai pas dit dans mon résumé). Les questions que se pose Rose vis à vis de la religion sont bien traitées et on voit aussi le dilemme qui se pose entre suivre une éducation profondément ancrée en soi et une vie loin de tout repère connu. Cette dualité est vraiment bien mise en lumière et l’ensemble n’est donc pas manichéen, chaque monde ayant ses avantages et ses inconvénients. Ce roman parle donc de religion mais aussi des droits des femmes, de la famille et des liens immuables qu’on a avec elle, quels que soient les évènements et le tout m’a paru vraiment passionnant, dépaysant et bien décrit, sans jugement porté dans un sens ou dans l’autre.

*Lu en anglais* Titre français : Les soeurs Weiss