TerreurgrandeQuand le père de l’auteur décède en 1967, il laisse derrière lui de nombreux papiers témoignant de leur vie de famille en Ukraine. Parmi ceux-ci, certains parlent de voisins, les Vassiliev, dont la famille Milovanoff n’avait plus eu de nouvelles à partir des années 1930. Le père de l’auteur avait fui l’Ukraine alors qu’il n’était alors qu’un adolescent alors que la famille Milovanoff subissait de plein fouet la tourmente des années 1920 tandis que les Vassiliev, proches des personnes de haut rang et amis des grands-parents Milovanoff, continuaient une vie normale. Mais en 1937, la terreur grande s’installe dans tout le pays. Personne ne sait plus à qui faire confiance, les alliances varient plus vite que la météo et Staline, de loin, demande à tous ses sbires de se débarrasser au plus vite de tous les ennemis de l’Etat. Les exécutions vont donc bon train, obligeant les fossoyeurs à travailler de nuit pour plus de discrétion …

C’est un petit livre de part son format mais c’est une claque magistrale et un grand témoignage de part son contenu. L’auteur, à partir d’archives, a reconstitué les évènements terribles ayant eu lieu en Ukraine en 1937, où des milliers de gens, la grande majorité étant totalement innocents de ce dont le gouvernement stalinien les accusait, ont été torturés et exécutés sans aucun procès (ou alors avec des simulacres de procès où l’issue était déjà connue d’avance). Il se focalise sur le destin de la famille Vassiliev, les voisins et amis de ses grands-parents et pourtant bien placés dans la hiérarchie. Autour d’eux, gravitent des gens du peuple, comme les fossoyeurs ou la vieille dame qui vend des fleurs au cimetière, des soldats simples exécutants et des hauts gradés sans pitié et ne pensant qu’à leur carrière. L’ensemble est proprement effrayant, glaçant et sans concession : cela nous montre comme un peuple peut être détruit par la folie d’un seul homme, Staline qui voyait des traitres partout, et comment il est facile de manipuler les gens et d’instaurer la terreur au quotidien. Beaucoup de scènes sont horribles (je dis toujours que je ne suis pas facilement impressionnée et que j’adore films et romans d’horreur et c’est vrai mais ce ne sont que des œuvres de fiction alors qu’ici, c’est la réalité qui est décrite et elle est malheureusement bien plus effrayante que la fiction !). Qui plus est, il y a aussi un certain suspense dans la narration car on ne sait pas ce que vont devenir les personnages et qu’on tremble pour eux. Je suis ressortie de cette lecture bouleversée par tant d’injustice mais en ayant aussi appris beaucoup sur cette période.