VenisehanteeEn novembre 1877, Lord Montbarry vient d’épouser la comtesse Narona qu’il a rencontré quelques semaines auparavant et le couple vient passer leur lune de miel à Venise où ils ont loué pour six mois un palace un peu décrépi mais qui vient d’être acheté par une société anglaise qui veut le transformer en hôtel de luxe. Pendant ce temps, à Londres, ce mariage fait beaucoup parler : Lord Montbarry a rompu ses fiançailles avec la très respectable Agnès Lockwood et beaucoup, dont le frère de Lord Montbarry, pensent que la comtesse Narona est une aventurière qui court après l’argent et que son frère, le baron Rivar, passionné de chimie et qui a rejoint le couple à Venise, n’est en fait que son amant. Alors quand la femme de chambre de Lady Montbarry démissionne brusquement, que leur homme à tout faire et courrier disparaît mystérieusement et que Lord Montbarry se retrouve alité à cause d’une bronchite, tout paraît suspect …

Cet album est librement adapté du roman de Wilkie Collins, L’hôtel hanté, que je n’ai pas lu donc je ne peux dire si cela y ressemble vraiment (et quand on voit « librement » adapté, on peut se poser des questions quant à la fidélité à l’œuvre originale). Mais c’était une lecture qui me tentait malgré tout car je suis plutôt dans une phase lectures fantastiques et étranges. Déjà, le fait qu’une partie de l’histoire se déroule à Venise en hiver joue beaucoup sur l’ambiance … c’est une belle ville mais elle peut aussi devenir très vite effrayante et glauque. Et puis, les histoires de Wilkie Collins, avec leurs atmosphères gothiques et policières sont toujours bien vues. J’ai eu un peu de mal au départ avec les personnages car on les découvre tous assez rapidement et j’étais un peu perdue quant à leurs relations entre eux mais au bout d’un moment, j’ai posé mes repères : leur nombre reste limité donc cela a été relativement facile. L’histoire alterne entre Venise et le couple de jeunes mariés et Londres et leurs relations puis on retrouve tout le monde à Venise pour le grand final car, comme le titre l’indique, Venise est quand même le lieu principal de l’intrigue. J’ai aimé voir Wilkie Collins impliqué dans l’histoire : il fait partie des connaissances de Lord Montbarry et appartient aussi aux actionnaires du futur hôtel donc il se mêle à l’enquête. C’est un joli clin d’oeil un sympathique hommage à l’auteur ! Je ne vais rien dire de l’histoire en elle-même mais le suspense, bien que court vu qu’il s’agit d’une BD, est bien mené et le dénouement n’a rien à envier à nos polars actuels (on a vu largement pire plus récemment !). Quant au dessin, il est dans la veine réaliste et classique, vu que l’album en général colle à l’école franco-belge dans son concept et sa présentation. Malgré une mode peu pratique pour différencier les personnages, tous sont pourtant bien reconnaissables. Les couleurs sont dans les tons froids, avec beaucoup de gris et de bleu et toute une gamme d’ocre et de beige, ce qui colle bien à la saison et aux lieux. Malgré cet aspect très traditionnel qui a en général tendance à me faire fuir, j’ai bien apprécié cette lecture qui m’a donné envie de me replonger dans l’œuvre d’un des pères du roman policier.