LucyDans la vallée de l’Afar, il y a 3,7 millions, un groupe d’une vingtaine d’individus s’agitent, crient et martèlent le sol en prévision de l’arrivée de l’orage et de la pluie tant attendue. Mais quand l’éclair apparaît, il met le feu à un arbre, faisant fuir la troupe. Seule une femelle, Lucy, reste en arrière car elle est sur le point d’avoir son bébé. A présent seule et isolée, elle essaie de retrouver les siens et est témoin de la lutte de deux chasseurs contre des vautours autour d’une carcasse. Ce nouveau groupe est différent du sien : leur moyen de communication semble plus évolué, les individus sont plus grands, plus courageux et se déplacent mieux. Leur organisation de groupe est plus développée et Lucy observe Adam, un des chasseurs se confronter au mâle dominant, le chef de la troupe. La bataille est longtemps incertaine mais Adam est finalement vaincu et banni du groupe. Lucy continue alors son chemin, suivi discrètement par le mâle lui aussi sans attache, qui va la voir donner naissance à son petit …

S’inspirant des pas fossilisés découverts dans cette région et des restes d’un corps de notre ancêtre découvert il y a plusieurs années, les auteurs ont donné vie à Lucy et ont imaginé ce qui aurait pu se passer, comment Lucy, la Préhumaine, issue d’un groupe d’Australopithecus afaransis, aurait rencontré Adam, l’Humain, peut-être un Homo habilis ou un Homo rudolfensis. Ce qui saute tout de suite aux yeux en ouvrant l’album, c’est la qualité du dessin : réaliste, précis, soigné, avec des détails travaillés (les expressions sont superbes et les mains magnifiques) et des décors superbes. Les couleurs sont aussi très belles, avec des choix variés pour planter les différentes ambiances (nuit, savane, batailles …). Par contre, si j’étais très intéressée par l’histoire et le contexte du récit, je n’ai finalement pas été très convaincue du traitement qu’il en a été fait. Les auteurs ont opté pour un développement assez poétique qui ne m’a pas paru très réaliste et qui m’a plutôt semblé « gentillet » (un peu Bisounours quoi !). La violence, qui devait être omniprésente, de même que le danger, ne font ici pas vraiment frémir, un peu noyés dans les bons sentiments ambiants. Comme les personnages n’ont pas encore de langage, toute la narration est en voix-off, prêtant des sentiments et des questionnements qui m’ont souvent paru trop actuels et ainsi peu adaptés à cette période (un peu comme quand on fait de l’anthropomorphisme), ce qui m’a souvent gênée dans ma lecture. En conclusion, le sujet est original et intéressant mais cette lecture m’a laissée sur ma faim, même si je me suis régalée visuellement !