Ceuxquipartent1910. Un paquebot arrive dans le port de New York, avec à son bord un grand nombre d’émigrants. Chacun espère une vie différente, meilleure dans ce nouveau monde et Ellis Island en est la porte d’entrée. Parmi les gens qui attendent sur le pont, un jeune homme, Andrew Jónsson, remarque un père et sa fille. Passionné de photographie, Andrew est là pour saisir l’insaisissable, les regards, les attitudes qui révèlent les origines et les espoirs. Il trouve la jeune femme belle : c’est Emilia, une Italienne, qui veut pouvoir mener sa vie à sa guise dans un monde où tout est encore à créer et qui ne rêve que de peindre. C’est elle qui a convaincu son père, Donata, veuf inconsolable, érudit et acteur de tragédies classiques, de tenter l’aventure mais il a peur de ne pas trouver sa place en Amérique. Parmi les autres passagers, il y a aussi Esther, une Arménienne seule survivante du massacre de son village, qui n’en peut plus de fuir l’horreur qu’elle a connu. Il y a aussi le beau et mystérieux Gabor, qui a accompagné sa famille tzigane et qui est, lui aussi, sensible au charme d’Emilia …

Je suis fan des histoires d’émigrants car je trouve qu’il y a tellement à raconter à ce sujet et que l’émotion et le courage sont toujours présents dans ces récits. Alors quand j’ai vu ce titre, je n’ai pas hésité, même si je ne connaissais l’auteure que de nom. Au départ, j’ai eu énormément de mal avec le style, que je trouvais un peu trop ampoulé à mon goût, peu fluide, trop poétique. Je lui trouvais une certaine artificialité, un travail peu naturel, comme si l’auteure s’était plus concentrée sur le fait de faire de belles phrases que sur leur contenu proprement dit et cela impactait sur mon ressenti et ma perception des personnages. Mais je m’y suis habituée peu à peu et cela m’a moins gênée. On découvre le point de vue de différents personnages : l’exil partiellement volontaire pour Emilia, qui veut s’émanciper des traditions et trouver un place de femme libre et autonome et son père, qui la suit pour continuer à la protéger, l’exil salvateur d’Esther, dont le peuple a été persécuté et massacré et qui a survécu mais qui ne peut que se reconstruire dans un environnement différent où elle pourrait enfin se sentir en sécurité, l’exil de groupe pour Gabor, qui suit sa tribu qui ne trouve sa place nulle part et qui a, de toute façon, une culture de la route et du voyage mais qui est très solidaire. Et puis, il y a aussi Andrew, né en Amérique de mère émigrée depuis longtemps car ces ancêtres sont arrivés avec les premiers pélerins et son père est arrivé adolescent en provenance d’Islande et qui voudrait, en observant et en photographiant des instants et des expressions, comprendre les raisons et les espoirs qui poussent les gens à quitter leur pays pour un autre. Le choix de ces personnages m’a bien plu car il est varié et cela permet de découvrir de multiples choses et en même temps de voir les similitudes entre chaque. L’auteure aborde des sujets tels que les souvenirs laissés sur place, les connaissances (voire la famille) qu’on abandonne au pays, la langue natale qu’on risque de perdre, son identité en liaison avec ses origines, ce qui définit ce qu’on est et comment les gens nous perçoivent et j’en oublie ! C’est très riche et très bien développé, souvent émouvant et très juste car les thèmes abordés résonnent en chacun de nous. Du coup, malgré un début de lecture difficile et un bémol sur le style, j’ai quand même aimé et j’ai finalement été entrainée dans les pas de tous ces personnages si proches de nous.

L'avis de Jostein.