PetitpierrelamecaniquedesrevesUn matin de septembre 1915, Pierre Avezard dit Petit Pierre va pour la première fois à l’école du village de  Vienne-en-Val. Sa grande sœur l’accompagne car elle va à la même école et est très protectrice du garçonnet. Il faut dire que celui-ci est vite pris comme souffre-douleur et objet des quolibets de ses camarades car il est atteint d’une maladie lui déformant le visage et l’empêchant de parler correctement. Petit Pierre est un garçon rêveur, intéressé par les lettres dessinées au tableau mais peu attiré par les mots car il n’arrive pas à maitriser la lecture et l’écriture. Mais il est fasciné par la mappemonde posée dans un coin de la classe et est plutôt à l’aise avec les chiffres et les nombres. Mais en 1917, sa sœur ne veut plus l’emmener à l’école pour le protéger de la méchanceté des autres élèves et Petit Pierre est embauché comme vacher par le fermier voisin. L’entente entre le garçon et le troupeau est immédiate et cela laisse le temps à Petit Pierre pour bricoler quelques objets …

J’ignorais tout de Petit Pierre et de son Manège, magnifique témoignage d’art brut jusqu’à ce que je lise cet album. Comme j’aime beaucoup le dessin de Daniel Casanave, je n’avais pas hésité à le rajouter à ma liste de lecture car je savais que j’allais apprécier au moins le graphisme. Le trait simple paraît ici un peu enfantin pour conserver l’innocence du personnage (et pourtant, il est le même qu’habituellement mais j’ai eu la sensation de le trouver plus naïf à cause du propos) et les couleurs tendres créent une ambiance fraiche et campagnarde. On découvre Petit Pierre à sa première rentrée scolaire mais je n’ai pas tout de suite compris pourquoi les autres se moquaient de lui … il faut attendre un peu mais quand cela arrive, j’avais déjà été charmée par ce garçonnet et rien n’aurait pu me le faire paraître différent. De toute façon, toute sa famille est charmante et c’est d’ailleurs grâce à elle que Petit Pierre aura une vie agréable malgré ses handicaps. Autour de lui gravitent aussi des personnages prêts à l’aider, à s’occuper de lui, à lui donner une chance et il m’a semblé que, si les gamins de l’école étaient cruels, le reste des gens ne jugeaient pas sur l’apparence et faisaient tout pour faire participer ceux qui, à priori, auraient eu du mal à s’intégrer (malheureusement, je pense que ça ne s’est pas amélioré avec le temps !). Au fil d’une vie paisible et rurale, Petit Pierre peaufine des appareils mécaniques, au départ pour « optimiser » le nourrissage des vaches et il va ainsi bâtir un univers qui lui est propre, empreint de féerie et de poésie. On le suit jusqu’à la fin de sa vie et un petit dossier en fin d’album explique le devenir de son œuvre. Une bien belle lecture qui m’a fait découvrir un être que j’aurais été ravie de rencontrer et de féliciter pour son aptitude à nous faire rêver.