LesderniersjoursdestefanzweigAoût 1941, l’auteur allemand Stefan Zweig et sa seconde épouse Lotte, de trente ans sa cadette et qui est aussi sa secrétaire, quittent New York, où ils ont fait une longue escale après avoir quitté l’Angleterre et l’Europe en guerre. Mais son statut germanique lui attire des hostilités et un visa qui ne serait que provisoire et le couple part alors en paquebot pour le Brésil où sa réputation est grande et où il a été précédemment bien reçu. Le couple s’installe à Petrópolis, où la vie semble paisible. Mais Zweig n’arrive pas à oublier les horreurs perpétrées par les Allemands alors que Lotte essaie de soigner son asthme grâce à l’air pur des environs. Dans cette petite ville de province, ils ne sont pas les seuls à avoir fui l’Europe et ils retrouvent parfois des connaissances, ces rencontres étant l’occasion de se souvenir d’un passé d’avant-guerre où tout semblait beau et possible …

Cela faisait des années que cet album trainait dans ma PAL, depuis sa parution en 2012, pour laquelle j’avais eu la chance de le faire dédicacer par le dessinateur Guillaume Sorel. Je n’ai pas lu le roman de Laurent Seksik mais je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de l’écrivain allemand Stefan Zweig donc je savais de quoi aller parler l’histoire. Mais je savais aussi que j’allais me régaler avec le superbe dessin de Sorel, ses personnages un peu anguleux mais expressifs et attachants, ses décors grandioses, ses couleurs douces qui permet de s’installer tranquillement dans une ambiance. Cette dernière, avec le contexte historique et le destin de Zweig, n’est bien sûr pas joyeuse mais il y a une sorte de sérénité empreinte de nostalgie, de regrets, d’espoirs déçus mais de beaux moments, d’une sorte de bonheur fugace qu’on sait bref et fragile. Les références à l’œuvre de Zweig, qui émaillent le récit, sont magnifiques et donnent envie de se plonger dans les livres de lui qu’on n’a pas encore lus (pour moi, je dois avouer que c’est toute son œuvre !). On sent aussi l’amour qui lie Stefan et Lotte, l’amitié qu’il y a aussi avec d’autres personnes mais on sait malheureusement que ce n’est pas assez pour contrer les démons qui hantent et torturent l’écrivain, des démons bien vivants commettant des horreurs en Europe et l’impuissance de Zweig, la honte aussi, de savoir qu’il appartient au même peuple. J’ai trouvé l’album magnifique et poignant mais terriblement désespéré et on n’en ressort pas totalement indemne.

Les avis de Noukette, Canel, Miss Alfie, Karine, Antigone, Kikine, Jacques, Aifelle, Lasardine, Géraldine.