CivilizationsA la mort de son époux roi-guerrier d’Irlande puis de son fils, Aude s’installe en Islande en compagnie d’un groupe d’hommes nobles, dont des Vikings faits prisonniers. Parmi eux, Erik le Rouge se voit obligé, un jour, de tuer son voisin et est banni d’Islande. Ne pouvant retourner en Norvège, il part vers l’Ouest et atteint le Groenland où il fonde une famille mais une de ses enfants, Freydis, a le goût des voyages et part à son tour encore plus à l’ouest, puis au sud, où son groupe va rencontrer des êtres de petite taille, un peu étranges mais amicaux. Au fur et à mesure du trajet, les contrées découvertes paraissent accueillantes et les peuples rencontrés prêts à coopérer mais il y a parfois des résistances, surtout où les traditions guerrières semblent importantes. Quelques centaines d’années plus tard, la flotte menée Christophe Colomb quitte l’Espagne, direction l’ouest, et après une traversée sans trop d’encombres, les marins abordent les côtes d’une petite ile habitée d’êtres paisibles et curieux. Mais le reste de l’exploration ne va se dérouler aussi aisément …

Dès que j’ai vu le sujet de ce roman, j’ai été intéressée mais mon résumé n’en parle pas vraiment. En fait, il s’agit d’une uchronie qui voit les Incas dominer les pays européens après une guerre entre Atahualpa et Huascar, deux frères qui se partageaient l’Empire des Quatre Quartiers, Huascar régnant sur Cuzco et Atahualpa dirigeant les provinces du Nord. En s’opposant l’un à l’autre, Atahualpa s’est vu obligé de fuir vers l’est et donc vers l’Europe, où il deviendra puissant. J’ai eu un peu de mal au départ, avec toute l’histoire des Vikings qui me paraissait un peu vague et peu utile (je n’ai d’ailleurs toujours pas compris sa raison d’être hormis le fait que ce peuple venu du Nord a amené des armes inconnues sur ce nouveau continent et qui s’avèreront utiles). Avec l’arrivée de Christophe Colomb, les choses commencent à devenir vraiment intéressantes car l’auteur nous parle de choses qu’on connaît un minimum mais qu’il transforme pour servir son récit. S’enchaine alors la guerre entre frères incas, puis la fuite de l’un d’eux et son arrivée au Portugal. A cette arrivée fictionnelle se mêlent des faits historiques réels (comme le tremblement de terre de 1531 à Lisbonne) et des personnages ayant existé comme Charles Quint. Le contexte historique du Portugal et de l’Espagne de cette époque est bien rendu : les tensions entre les différents pays, les possessions des différents rois dispersées à travers l’Europe suite à diverses alliances, la persécution des Juifs, la puissance de la religion et de l’Inquisition … tout y est mais tout est forcément différent vu que les Incas vont imposer leur croyance et leur façon de vivre. C’est d’ailleurs un des sujets les plus fascinants du roman car on découvre une société très humaine, beaucoup plus tolérante, qui écoute les gens quel que soit leur niveau social et surtout des méthodes s’appuyant sur le bon sens et sur l’utilité des hommes pour faire fonctionner l’ensemble de la société. Il est évident que l’avènement des Incas en Europe ne se fera pas sans mal et qu’il faudra des batailles, des campagnes « politiques », des négociations et des alliances et c’est passionnant de voir comment des peuples très différents peuvent faire basculer les choses d’un côté ou l’autre. J’ai un peu regretté de voir le roman se terminer avec les aventures de Cervantès car j’aurais trouvé captivant de découvrir comment cette Europe décrite aurait évolué jusqu’à notre époque. En tout cas, il me semble qu’il y a largement matière à une suite ! Cela n’enlève rien au plaisir que j’ai eu avec cette lecture, riche en détails historiques réels mais jubilatoire dans son développement improbable, qui se lit comme un roman d’aventure mais qui fait réfléchir aux comportements humains.

L'avis de Caroline (Choup).