06 juillet 2009
Le visiteur de Saoû ---- Mary Dollinger
Dans la petite ville de Saoû, dans la Drôme, se tient
chaque année un festival dédié à Mozart. Ces festivités restent bon enfant,
mettant l'œuvre du grand musicien à la portée de tous. Mais cette année est
spéciale car cela fait 20 ans que "Saoû chante Mozart" existe. Par
une nuit d'orage, le comité organisateur se réunit pour discuter des œuvres qui
seront présentées et c'est au plus grand étonnement des participants qu'un
visiteur mystérieux se joint à la réunion : est-ce un imposteur, un fou, un
fantôme qui va essayer d'influer sur leurs choix …
Vous n'avez sûrement pas lu beaucoup de billets sur ce blog qui parlent de théâtre … eh bien, voilà que je remédie à cela avec la lecture d'une petite pièce de théâtre fort sympathique qui met en scène des mélomanes et des musiciens dans le cadre d'un festival dont j'ignorais tout jusqu'à quelque temps (mais il faut dire que je ne vis pas dans cette région !). L'humour et l'absurde se côtoient aisément, la musique est omniprésente (avec des intermèdes musicaux placés dans le déroulement de la pièce, à écouter si possible pendant cette lecture pour mieux s'y immerger), les lecteurs ont aussi l'occasion de dépoussiérer un peu leurs connaissances de Mozart et de son œuvre et l'ensemble est frais, léger, avec des personnages peut-être un peu caricaturaux mais très amusants !
L'avis de Lily.
29 juin 2009
L'Amérique ---- Joan Didion
Joan Didion a souvent été une observatrice privilégiée de
certains évènements touchant l'Amérique et a eu ainsi l'occasion de les
chroniquer : elle parle des différents mouvements qui ont agité San Francisco
pendant les années 60, de l'assassinat de Sharon Tate Polanski, d'une rencontre
avec John Wayne ou avec un des leaders des Black Panthers, d'un enregistrement
des Doors, de Patti Hearst, de la Californie, de New York et de l'insécurité
qui est apparue dans la ville après une attaque violente ayant pris place à
Central Park, de Honolulu et des souvenirs indissociables qu'elle a d'Hawaï et
du roman "Tant qu'il y a des hommes" …
Dans ce recueil de onze chroniques s'étalant entre les années 1965 et 1990, l'auteure nous fait partager sa vision des Etats-Unis, des différentes personnes qu'elle a eu l'occasion de rencontrer et des diverses évènements qu'elle a suivi de près ou de loin. Certains textes sont intéressants car je connaissais ces histoires et avoir un nouveau point de vue à découvrir est toujours passionnant mais d'autres m'ont paru obscurs et peu intéressants, nécessitant un certain nombre de recherches pour mieux les comprendre (mais il faut dire que ces textes ont généralement été écrits au moment de ces évènements et qu'à l'époque, tout le monde savait de quoi cela parlait). Mais une chose ressort du livre : c'est le genre de document assez érudit, parfois même trop, qui n'est pas toujours facile d'abord pour le commun des mortels comme moi et je dois dire que j'ai parfois survolé quelques explications, qui avaient l'air très réfléchies mais bien trop compliquées pour mon pauvre cerveau, surtout à cette époque de l'année où j'ai quand même tendance à favoriser des lectures détente (ce qui n'est évident pas le cas avec ce livre). De plus, même si les analyses sont poussées et bien construites, je suis plutôt du genre à ne pas trop me prendre la tête alors que l'auteure se pose énormément de questions (sur la vie, sur le comportement des gens, sur le but de son existence) et c'est sûrement pour cela qu'elle a fini par avoir une dépression nerveuse ! Mais ce recueil permet de percevoir une autre facette de l'Amérique, souvent méconnue ou bien "folklorisée" mais je dirai qu'il est à conseiller aux lecteurs les plus courageux et les plus passionnés par le sujet !
15 juin 2009
Est-ce ainsi que les femmes meurent ? ---- Didier Decoin
En 1964, Catherine Genovese, dite Kitty, quitte le bar
dont elle est la gérante. Il est 3h du matin passé, la météo est glaciale en ce
mois de mars et la jeune femme rentre chez elle dans le quartier du Queens, à
New York. Elle se gare non loin de son immeuble mais un homme l'a repérée et
l'attaque violemment. Kitty, malgré ses appels à l'aide, ne survivra pas à
cette agression qui durera trente minutes et pourtant, de nombreux voisins ont
entendu ses cris …
J'avais vu l'auteur parler de ce livre lors d'une émission de télé et
j'avais découvert par hasard ce fait divers particulièrement horrible à cause
de la passivité des témoins dans l'album de comics Watchmen sans connaître
réellement les bases de l'histoire. Du coup, j'étais très intéressée pour en
apprendre plus et surtout découvrir ce que l'auteur Didier Decoin pensait de
l'absence de réaction des personnes présentes dans les immeubles voisins du
lieu de l'attaque sur la jeune femme. Mais de ce côté-là, côté analyse de ce
fameux effet "bystander", on en apprend assez peu car le livre parle
principalement de ce qui s'est passé. Ce roman s'apparente alors à un document,
à part le fait que le narrateur est un des voisins de Kitty, voisin absent lors
du meurtre de celle-ci, ce qui permet à l'auteur de soulever les questions sur
les témoins apathiques lors de l'agression. Les détails sont parfois crus (de
mon côté, cela ne m'a pas dérangée) et j'ai été un peu déçue sur le fait que
les réactions des différents protagonistes soient peu approfondies mais j'ai
assez apprécié l'absence de jugement global, qui permet aux lecteurs de se
poser la question sur ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été dans les mêmes
conditions. Ce n'est pas le livre du siècle mais il permet de découvrir ce fait
divers méconnu en France et pourtant important car il a permis l'amélioration
du système policier américain (avec la création du 911, numéro de téléphone
général en cas d'urgence) et l'étude du comportement des personnes lors
d'évènements violents. De mon côté, je l'ai lu avec rapidité et grand intérêt !
Les avis (mille fois plus approfondis que le mien) de Lou, Malice, Praline, Jules, Lily, Anne, Clarabel, Kathel, Antigone et Charlotte.
16 mai 2009
Julius Winsome ---- Gerard Donovan
En plein cœur de la forêt du Maine, non loin de la
frontière canadienne, Julius Winsome, la cinquantaine vit seul dans son chalet.
Enfin, pas si seul que ça : il est entouré de livres, accumulés et chéris par
son père avant lui, et il a surtout son chien Hobbes. Il aime la nature, la
lecture, est très pacifiste depuis que son père et son grand-père, qui ont fait
les dernières guerres, ont pris en horreur les armes à feu mais Julius conserve
comme témoin de la violence des hommes le fusil que son grand-père a ramené des
tranchées de la première guerre mondiale. Mais la vie tranquille de cet homme
bascule le jour où son chien est abattu par un des nombreux chasseurs qui
hantent les forêts du coin …
Ce roman a attiré mon attention lors d'une réunion de mon club lecture car il avait plu à plusieurs et avait aussi reçu de nombreuses critiques positives. Qui plus est, la couverture était superbe et tentante, même si elle essaie d'être représentative du roman sans y réussir tout à fait … je me suis imaginé le chalet de Julius plus dans les bois, mieux caché mais le paysage de neige colle tout à fait à l'histoire car celle-ci se déroule à la fin octobre-début novembre, avec les premières chutes de neige et l'arrivée du froid. Les descriptions de la nature sont superbes car elles s'intègrent à merveille dans la narration : l'auteur, par la voix de Julius le narrateur, nous parle de la forêt, des animaux, du ciel mais cela ne semble jamais être inutile ou grandiloquent. Il ne s'étale pas, ne part pas dans des grandes envolées qui paraîtraient artificielles car Julius, vivant seul, est un homme taciturne. Les liens de l'homme et du chien sont très compréhensibles pour quiconque aime les animaux comme moi et l'auteur souligne brillamment l'opposition des gens comme Julius pour qui son chien était tout et des gens qui considèrent que s'occuper d'un animal alors que des humains souffrent est ridicule. J'ai trouvé la descente dans la violence de Julius bien décrite au niveau motivation et psychologie mais je suis restée plus dubitative quant à sa mise en pratique (comment un homme qui n'a presque jamais utilisé d'armes, peut en connaître autant dessus et soit aussi efficace ? Je sais qu'on peut apprendre beaucoup par la lecture ou par ce que les gens décrivent de leur propre expérience mais quand il est temps de mettre en pratique, on s'aperçoit souvent que ce n'est pas aussi facile que ça. C'est à ce niveau-là où l'histoire est la moins crédible à mes yeux mais tout le reste est assez brillant et original. Et puis, Julius aime les livres et les animaux (je rêverais d'avoir son chalet … avec un peu plus de confort mais autant de livres ! mdr !) alors comment rester insensible à ce qui lui arrive ? En tout cas, moi, j'ai découvert avec ce roman un auteur que je vais surveiller de près !
23 mars 2009
Le petit Gus ---- Claudine Desmarteau
Gustave, surnommé Gus, a 10 ans. Il trouve son prénom trop
vieillot, adore Monica, la chatte de la famille qui attend des petits. Il se
chamaille parfois avec Delphine, sa sœur, qui adore Nirvana mais les disputes
s'étendent aussi à Romain, son frère, avec qui il bagarre souvent au sujet de
l'utilisation de l'ordinateur familial. Et bien sûr, Gus n'est pas toujours
d'accord avec ses parents mais surtout, il s'inquiète parfois au sujet de
l'avenir …
Ce livre est un hommage au petit Nicolas de Sempé et Gosciny car il revisite le sujet en l'adaptant au monde moderne. Gus est un enfant tout ce qu'il y a de plus normal mais il a des réflexions hilarantes sur la vie, l'école, la famille, les amis, le monde du travail et le futur en général. Il s'inquiète du travail qu'il pourra faire, il a peur de devenir clochard s'il n'a pas de retraite quand il sera vieux, il est concerné par l'écologie et le réchauffement de la planète et trouve la mode totalement ridicule et inutile. Les dessins, semblables à ceux d'un enfant, viennent avec humour illustrer l'histoire et je dois dire que j'ai bien ri lors de cette lecture car il me semble que tout le monde voudrait avoir un fils comme Gus, qui est plein de bon sens tout en restant dans le monde de l'enfance. Certains passages sont d'ailleurs assez émouvants car ils nous rappellent que les enfants savent souvent mieux que nous voir les problèmes que sont devenus invisibles à nos yeux. Et comme c'est une très bonne lecture à faire partager, je dois préciser que j'ai lu ce livre à voix haute à mon chéri qui l'a aussi beaucoup apprécié (il jardinait et moi, je luis faisais la lecture … il trouve que c'est tellement mieux que la radio !)
Les avis de Cuné, Cathulu et Laure.
19 mars 2009
Aux enfers ---- Kathryn Davis
L'ancienne maison d'Edwina Moss, une femme de maison
experte ayant vécu à la fin du 19ème siècle, abrite une famille
ayant bien des problèmes. La petite Gertie vit au milieu des non-dits, des
tensions et des désaccords mais elle a une amie avec qui s'amuser et qui vient
souvent chez elle. Mais un jour d'ouragan, cette dernière disparaît …
Mon résumé est très court, comme va aussi l'être le reste de mon billet et il n'a pas été facile à rédiger pour la simple et bonne raison que je n'ai strictement rien compris à cette histoire !!!! Les époques se mélangent, on ne sait jamais où on se situe, qui parle de qui, les personnages sont parfois réels, parfois imaginaires sans qu'on sache réellement qui est qui et le tout ressemble à un vilain cauchemar où rien ne se tient et rien n'a de logique. Autant dire qu'il n'est vraiment pas facile de s'y retrouver et d'arriver à suivre, s'il y a quelque fil conducteur (en tout cas, moi, je ne l'ai pas franchement trouvé, ce fil, à part l'histoire de la fillette disparue !). J'ai failli abandonner cette lecture plusieurs fois mais j'espérais un semblant d'explication vers la fin, ou bien comprendre quelque chose grâce à quelques éclaircissements qui auraient bienvenus … espoir qui a bien évidemment été déçu ! Pourtant, la quatrième de couverture était alléchante mais il y avait un mot qui aurait du me mettre la puce à l'oreille … "la déconstruction d'un roman". Bref, inutile de dire que ce titre fera sûrement partie de mes plus mauvaises lectures de l'année !
04 février 2009
Meurtres pour mémoire ---- Didier Daeninckx
Octobre 1961, à Paris, Roger Thiraud, professeur
d'histoire et futur papa, rentre chez lui alors que commence une manifestation
pacifiste d'Algériens. La police et les CRS ripostent violemment, tabassant à
tout-va et dans la panique ambiante, Thiraud est froidement descendu par un
homme mystérieux qui semble appartenir aux forces de l'ordre. Vingt ans plus
tard, Bernard, son fils, fiancé à la charmante Claudine, part en vacances au
Maroc mais ils s'arrêtent à Toulouse pour qu'il effectue quelques recherches
qu'il refuse par jeu de révéler à la jeune femme. Mais à la sortie de la
Préfecture où il a passé la journée, Bernard est abattu dans la rue …
Voilà la dernière lecture prévue pour ce trimestre pour les rencontres avec les lycéens (le thème était d'aborder plusieurs œuvres d'un même auteur … comme vous l'aurez deviné : Didier Daeninckx). Là encore, j'avais repoussé un maximum cette lecture, peu tentée par cette histoire et là aussi, au final, cela n'a pas été si horrible que cela ! Bon, comme pour les précédentes lectures de cet auteur, on retrouve un côté politique basé sur un fait réel, le tout mâtiné d'enquête policière. Ce roman a peut-être un peu moins vieilli que d'autres mais j'ai encore trouvé que le soufflé redescendait très vite avec l'explication finale (du genre "tout ça pour ça ?"). Les descriptions sont toujours assez présentes et un peu artificielles ou peu utiles au déroulement de l'histoire (que l'enquêteur se fasse un café en poudre ou un café tout court, je dois dire que cela ne m'intéresse pas plus que ça ! mdr !) mais heureusement, l'ensemble se lit assez vite (et n'est pas très épais non plus). Mon plus gros reproche ne va pas être facile à dire ici car il révèle une partie de l'histoire alors je ne peux pas trop en parler mais disons que j'ai été déçue par les liaisons inexistantes entre différentes histoires du livre et que j'aurais sûrement préféré que l'auteur développe plutôt le sujet qu'il a laissé de côté.
24 décembre 2008
The miraculous journey of Edward Tulane (Le miraculeux voyage d'Edouard Tulane) ---- Kate DiCamillo et Bagram Ibatoulline
Dans la maison cossue d'Egypt Street, vit un lapin un peu particulier : il s'appelle Edouard, est fait de porcelaine et ses oreilles et sa queue sont en fourrure soyeuse. Sa propriétaire, Abilene Tulane, s'en occupe merveilleusement bien : il a les meilleurs habits, les plus beaux tissus et même une montre de gousset ! Il a donc toutes les raisons d'être très imbu de lui-même, pensant qu'il est le plus beau et que tout lui est du. Mais un jour, il va être séparé d'Abilene et va entamer un long voyage qui changera à jamais sa vie …
Quel beau conte que celui-là ! Si ce lapin est particulièrement agaçant de suffisance au départ, je m'y suis très vite attachée et j'ai aimé voir les changements s'opérer en lui. C'est qu'on finit même par en être tout ému ! Cette histoire, qui s'adresse aux plus jeunes comme aux plus vieux, est intemporelle et m'a transportée à travers la longue vie de ce petit lapin en porcelaine et des rencontres magiques qu'il a fait. Et les dessins sont vraiment superbes, tout en délicatesse et finesse, certains en sépia, ce qui donne un petit côté suranné, et d'autres en couleurs, aussi précis que des photos et pleins de luminosité et de détails. Voilà encore la preuve qu'un livre jeunesse peut être de très haute qualité et n'est pas limité aux plus jeunes lecteurs car l'histoire qu'il raconte peut toucher tous les cœurs !
*Lu en anglais*
Les avis tout aussi enthousiastes de BelleSahi et de Michel.
21 novembre 2008
Lumière noire ---- Didier Daeninckx
Yves Guyot assiste à la reconstitution d'un incident ayant
eu lieu sur l'aéroport de Roissy et ayant entraîné la mort de son collègue et
ami Gérard Blanc, qui se trouvait dans la même voiture que lui. En effet, lors
d'un trajet de routine sur leur lieu de travail, les hommes se sont faits tirer
dessus par des policiers et Yves pense que c'est une bavure, les forces de
l'ordre étant nerveuses à cause des menaces d'attentat pesant sur la France.
Mais Guyot note que ses remarques n'ont pas été prises en compte et qu'ainsi,
les flics semblent en état de légitime défense. Il décide alors de mener sa
propre enquête …
Je reprends un peu mes lectures pour les rencontres avec les lycéens vu que j'avais emprunté ce titre à la biblio et qu'il faut que je le ramène de toute urgence (je suis même déjà à la bourre !). En fait, je n'ai pas vraiment assuré sur ce coup vu que j'ai eu ce livre dans les mains depuis 5 semaines mais l'histoire ne m'attirait pas plus que ça et il me semblait que cette lecture allait se transformer en lecture-corvée. Bon au final, cela n'a pas été si terrible que cela ! Je ne raffole pas forcément des polars politisés ni des théories de la conspiration où certaines personnes sont prêtes à tout pour cacher leurs erreurs. Là, pas de chance, on retrouve ces deux thèmes mais même si j'ai trouvé que l'ensemble avait terriblement vieilli (que ce soit au niveau du vocabulaire que des personnages ou de leur comportement), cette lecture s'est plutôt bien passée. Le suspense, si on peut appeler ça comme ça, est assez bien mené, même si les personnages bien placés se pourrissent bien la vie pour faire taire quelques personnes (franchement, ils auraient pu faire plus simple … mais dans ce cas, il n'y aurait pas eu de livre ! mdr !). Le côté politique (flics pas toujours très honnêtes, justice corrompue, expulsion de sans-papiers) n'est pas trop marqué, ce qui m'a permis d'aller jusqu'au bout de ce livre (parce que pour moi, un polar n'est pas forcément là pour dénoncer certains travers de la société alors s'il appuie un peu trop de ce côté-là, ça m'irrite !). Le plus gros défaut que j'ai pu trouver est des descriptions un peu longuettes et pas forcément toujours nécessaires (du style il appuya sur la poignée et ouvrit la porte : la deuxième partie de la phrase aurait largement suffit). Au final, ce fut une lecture sans surprise et très vite oubliée car, vu que ce titre ne sera pas traité avant mars avec les lycéens, j'ai voulu faire un résumé complet et je me suis rendue compte que j'avais déjà oublié les trois quarts de l'histoire !
21 octobre 2008
Cannibale ---- Didier Daeninckx
En Nouvelle-Calédonie, dans le milieu des années 1980,
Gocéné doit se rendre dans la tribu de Tendo dans le nord-est de la Grande
Terre. Caroz l'accompagne en voiture mais ils sont arrêtés par un barrage tenu
par deux jeunes Kanak. Ceux-ci refusent de laisser passer Caroz car il est
blanc alors Gocéné décide de continuer à pied après s'être reposé au camp
improvisé des jeunes hommes. C'est l'occasion pour lui de leur raconter
pourquoi ils n'auraient pas du traiter Caroz ainsi car les deux hommes se
connaissent depuis 1931, quand Gocéné a été envoyé avec d'autres membres de sa
tribu pour être montrés en tant qu' "hommes anthropophages de
Nouvelle-Calédonie" à l'Exposition Coloniale de Paris …
N'allez pas croire que j'ai muté et que je suis devenue un être assoiffé de sang et de chair vu qu'après mon précédent billet sur le livre de Mary Dollinger "Et le bébé était cuit à point", j'enchaîne maintenant sur le livre de Didier Daeninckx "Cannibale" ! A voir les titres, cela pourrait prêter à confusion ;) En fait, je suis toujours dans les lectures pour les rencontres avec les lycéens (même si ce titre ne sera pas traité avant mars avec eux, autant prendre de l'avance !). Dans ce court roman, on découvre deux aspects de la colonisation : celui qui a poussé les autorités à exposer comme des bêtes des êtres humains dans le passé et celui, plus actuel qui nous parle (très peu, il faut le dire) des évènements qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie dans les années 1980. Le style utilisé est très simple, émaillé de mots utilisés dans l'île (comme creek ou manou par exemple) et qui lui donne une authenticité qui peut peut-être passée un peu inaperçue pour qui ne connaît pas ce pays. La partie qui se passe dans le passé récent aurait peut-être mérité d'être un peu plus développé car on s'est que des barrages sont installés, que les Kanak veulent prouver leur indépendance mais en fait, rien n'est détaillé et pour qui ne sait pas ce qu'il s'est passé à l'époque (et je doute que beaucoup de jeunes le savent !), le livre ne leur apprendra rien, voire même pas la date des évènements ! J'ai plutôt la sensation que cette partie de l'histoire ne sert ici à rien à part à mettre Gocéné dans un contexte favorable pour qu'il raconte son histoire sur l'Exposition coloniale (alors qu'il y avait largement matière à faire !). On retrouve des morceaux de "présent" (avec Gocéné qui raconte ses souvenirs et les deux hommes qui l'écoutent et ce qui se passe autour du barrage) lors de la narration des aventures du vieil homme, mais l'utilisation du texte en italique pour ce présent permet de ne pas se perdre. L'Exposition coloniale et ce qui va se dérouler à ce moment-là est bien sûr la partie centrale du roman et est très intéressante, même si j'ai été très irritée par des problèmes de chronologie (difficile de suivre réellement une histoire et de s'y plonger complètement quand on y retrouve des erreurs qui m'ont sauté aux yeux car je me suis un peu perdue dans l'histoire à cause de ça !). De même, par moment, la description du Paris de l'époque fait penser au Paris de maintenant (circulation intense des voitures, foule dans le métro) mais permet de douter un peu car une partie de l'action se passant pendant la nuit, on peut être septique quant à toute cette activité de ruche (mais en fait, cela fait aussi partie du problème de chronologie, il me semble) ! Je n'ai pu m'empêcher de compléter ma lecture avec quelques recherches sur le web pour me faire une idée plus complète de l'époque et de ce qui s'est passé car cette lecture est finalement un peu frustrante : le livre aurait largement pu être un peu plus étoffé sans lasser le lecteur (il ne fait qu'une petite centaine de pages !).





