17 novembre 2009
Je ne suis pas Jackson Pollock ---- John Haskell
John Haskell revisite à sa façon des évènements ou des
œuvres et oscille entre fiction, réalité et réflexion. On retrouve aussi bien
des films comme Psychose ou Le 3ème homme ou bien la vie de
personnalités comme le peintre Jackson Pollock ou le pianiste Glenn Gould, de
personnages historiques comme Jeanne d'Arc ou bien encore d'évènements tels que
la mort de l'éléphante Topsy ou l'envoi dans l'espace de la chienne Laïka …
A mi-chemin entre le recueil de nouvelles et l'essai, ce livre n'est pas forcément une lecture facile. Ce qui m'a tout d'abord attirée, ce sont les thèmes variés et surtout basés sur le cinéma. Certains passages sont intéressants mais je me suis vite perdue dans certains raisonnements philosophiques, principalement centrés sur les motivations des personnages concernés. On ne sait pas forcément où se trouve la fiction et où est la réalité, tout se mélange allègrement et à moins de connaître particulièrement bien tel ou tel sujet, on reste dans le flou (la seule chose où j'ai vraiment su m'y retrouver, c'est quand Haskell parle de Laïka). Chaque détail, chaque chose est décortiquée et analysée par l'auteur et si je n'ai sûrement pas tout compris, certains parallèles suggérés entre certains faits ou certaines attitudes sont particulièrement bien trouvés. Et malgré sa difficulté de lecture (ce n'est pas un livre à survoler), il ne m'a pas fallu longtemps pour en venir à bout, ce qui est quand même un bon signe de ma part envers ce genre de livres !
05 novembre 2009
Fatherland ---- Robert Harris
L'Allemagne d'Hitler a gagné la guerre et l'Europe est
sous l'égémonie teutone. Seul le front de l'Est, situé des milliers de
kilomètres après Moscou, est source de conflits. En 1964, le président
américain Jospeh Kennedy doit rencontrer le Fürher pour signer un traité
d'entente pacifique. Mais quelques jours avant, le corps d'un haut dignitaire SS
à la retraite est découvert noyé à Berlin. Xavier March, inspecteur de police
divorcé, se charge de l'enquête mais la Gestapo vient s'intéresser à l'affaire,
qui ne semble pas être un évènement isolé …
Je suis une fan des uchronies et cela faisait un petit moment que ce titre me faisait de l'œil. L'auteur réussit à créer un monde dominé par les nazis allemands et cela donne une atmosphère glaciale et effrayante, pas vraiment différente de celle de l'URSS de Staline, avec les délations et la méfiance de tous envers tout le monde. Mais c'est aussi une façon d'aborder une part de l'Histoire d'une autre façon et cela donne à réfléchir sur l'attitude et la réaction des personnages. D'ailleurs, l'auteur utilise plusieurs personnalités ayant vraiment existé dans le roman pour le rendre plus crédible et monte ainsi une enquête à rebondissements, émaillée de quelques faits ou documents réels. J'ai eu un peu de mal avec le style que j'ai trouvé assez vieillot (et pourtant le livre date des années 1990) et le début un peu long mais les personnages sont bien campés et font oublier les autres petits défauts. La fin m'a particulièrement plu car elle est très crédible. Dans le même genre, il y a aussi "K" de Daniel Easterman que j'ai quand même préféré au roman de Robert Harris mais "Fatherland" reste un très bon livre à lire !
09 octobre 2009
Fuck America ---- Edgar Hilsenrath
En 1953, Jakob Bronsky vient juste d'immigrer aux
Etats-Unis depuis un an. Il a 27 ans, s'est installé à New York et n'a pas un
sou en poche. Peu enclin à travailler de façon régulière, il trouve des petits
boulots uniquement quand ses réserves de nourriture sont épuisées. Sinon, il
passe ses nuits dans une cafétéria juive près de Broadway où il écrit son
"grand" roman sur la vie dans les ghettos pendant la seconde guerre
mondiale …
Personne ne pourrait penser qu'un tel titre m'aurait accroché vu que je suis très attirée par les Etats-Unis mais j'avais reçu un bon avis d'un lecteur sur ce titre et la couverture me plaisait aussi beaucoup. D'ailleurs, le côté léger et un peu déjanté de celle-ci colle parfaitement au livre ! Très largement autobiographique, l'auteur nous fait découvrir la vie des écrivains sans le sou, qui galèrent mais qui ont toujours des petites combines pour s'en sortir finalement assez bien. Le style est fluide, avec beaucoup de répétitions qui servent à donner plus de consistance au personnage de Jakob (je me le suis imaginé sans peine !) et cela se lit facilement et rapidement. On peut aussi dire que Hilsenrath n'y va toujours avec le dos de la cuillère au vu de quelques passages assez crus (il fantasme sur le cul d'une secrétaire de direction !) mais j'ai trouvé l'ensemble plein de naturel car Jakob fréquente une société assez louche et trouble (clochards, prostituées et autres). Mais si la majorité du roman est amusant, la fin, qui revient sur la guerre, est nettement plus sombre et amène une part d'émotion au livre. Ce roman vient juste d'être traduit en français mais date déjà de plusieurs années et les réflexions de l'auteur sur les Etats-Unis et ses habitants sont très justes (qui plus est avec le recul du temps passé que l'on a maintenant !). Hilsenrath sait aussi décrire particulièrement bien les affres des gens déracinés qui ne se sentent pas chez eux dans un nouveau pays. Alors, il ne faut vraiment pas se laisser rebuter par le titre car c'est un livre riche en thèmes et très agréable à lire !
L'avis de Papillon.
10 juin 2009
Elégie pour un Américain ---- Siri Hustvedt
Erik, psychanalyste à New York et dont le père vient de
décéder, récupère avec sa sœur Inga les mémoires que le vieil homme avait
rédigé sur sa vie de fils de fermier norvégien dans les plaines du Minnesota et
récupèrent aussi une lettre mystérieuse qui laisse sous-entendre que leur père
avait un secret. Erik, qui sait, à travers son métier, que les secrets révélés
peuvent parfois faire du mal, hésite à en savoir plus. Il vit seul à Brooklyn
depuis son divorce mais il loue depuis peu le rez-de-chaussée de sa maison à
une jeune mère et sa fille, originaires de la Jamaïque. Sa solitude lui pèse et
il ne peut s'empêcher d'être attirée par la jeune femme qui semble pourtant
inaccessible. De son côté, Inga, veuve d'un célèbre auteur et elle-même
écrivain, vit sur Manhattan avec sa fille adolescente, qui reste traumatisée,
quelques années après, par les évènements du 11 septembre 2001 et les deux
femmes se débattent avec la vision publique de l'homme de leur vie quand elles
apprennent l'existence de lettres adressées à une autre femme …
Cela faisait un petit moment que je voulais découvrir l'œuvre de cette auteure mais il n'était pas facile de trouver ses romans disponibles à la biblio. J'y suis enfin arrivée à ma plus grande joie, surtout que j'ai réussi à avoir le titre qui m'attirait le plus. Mais je dois dire que je suis plutôt déçue ! Oh, je ne peux quand même pas dire que je n'ai pas aimé du tout car j'ai dévoré la première moitié du roman avec plaisir et intérêt. Mais cet intérêt semble être retombé tout à coup et je me suis traînée lamentablement dans la deuxième partie. Je pense qu'une sorte de lassitude est intervenue à la lecture de toute la psychanalyse des patients d'Erik que je finissais par mélanger, le tout associé à un attachement peu développé à tous les personnages. Du coup, leurs sentiments et leurs problèmes ont perdu beaucoup d'attrait car l'ensemble était noyé sous les réflexions analytiques parfois peu claires. Mon intérêt n'était alors plus suffisant pour que je fasse l'effort d'essayer de comprendre et de me mettre dans la peau des protagonistes, ce qui a gâché plutôt la fin du roman que j'ai relativement survolée sans m'y impliquer ! Mais j'ai beaucoup apprécié les extraits de journaux intimes et le thèmes des héritages familiaux qui peuvent former le caractère d'une personne.
Les avis de Papillon, Clochette et Malice.
03 juin 2009
L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ---- Ron Hansen
En 1881, à Kansas City, Jesse James a 34 ans et une
réputation de hors-la-loi déjà bien établie après de nombreuses années passées
à attaquer des trains et voler des banques avec son gang. Mais ce genre de vie
finit par peser sur le moral du bandit, qui se méfie de tout le monde et qui
passe son temps à déménager avec sa famille. Pour l'attaque d'un train, la
dernière prévue par Frank James, son frère, Robert Ford, 19 ans et fasciné
depuis toujours par les exploits de Jesse James, rejoint le gang et essaie de
se lier d'amitié avec Jesse …
Après avoir lu Le sang des Dalton de cet auteur, qui m'avait particulièrement plu, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman, surtout que je comptais visionner le film très bientôt et que je suis toujours aussi intéressée par cette période de l'histoire des USA. Là encore, on retrouve un mélange subtil de réalité et de fiction, les évènements étant fidèlement racontés et le développement psychologique des personnages particulièrement bien travaillé. Car là, point de poursuites, de fusillades mais un rythme lent sur la relation ambiguë entre Jesse James et son futur assassin Robert Ford. Et c'est assez fascinant car bien que les personnages aient de gros défauts (et des qualités aussi bien sûr) et soient loin d'être des anges, on se sent désolé pour eux, tout en les détestant par moments pour leur attitude, leur suffisance et leurs actions. Mais Hansen ne transforme aucun des personnages en héros : Jesse James est torturé mais parfois cruel et Robert Ford se sent souvent invisible roule vite des mécaniques quand il se sent en position de supériorité. La narration est très soignée, presque théâtrale dans le côté dramatique de l'histoire et m'a vite envoutée. J'ai d'ailleurs, dans la foulée, regardé le film que j'ai trouvé très beau mais auquel j'ai trouvé qu'il manquait des scènes importantes pour comprendre les motivations des différents protagonistes. Je sais que la première version (diffusée lors d'un festival) faisait 4 heures et j'espère qu'elle sortira un jour en DVD car je suppose qu'elle sera beaucoup plus fidèle au livre qui est nettement mieux réussi et encore plus intéressant (malgré un jeu d'acteurs particulièrement brillant, surtout Casey Affleck qui joue Robert Ford).
25 mai 2009
Peur aveugle ---- Paul-François Husson
Mattieu, onze ans, est aveugle depuisqu'il est bébé suite
à un accident de voiture qui a coûté la vie à sa mère. Il s'est adapté à son
handicap, développant ses autres sens et vit heureux avec son père et sa sœur.
Mais depuis quelques mois, la nouvelle petite amie de son père, qui est
ophtalmologue, l'a convaincu de subir une greffe de cornée pour essayer de lui
redonner la vue. C'est alors son anniversaire et toute la famille part en vacances
au Lac Noir mais dès le départ, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu
: Mattieu a peur d'une présence menaçante qu'il devine à travers quelques
flashs de lumière aussi soudains que perturbants …
Ma découverte de cet auteur de thrillers français commence par ce titre, bien que j'ai déjà noté depuis quelques mois son premier roman, "Crystale" dont j'ai pu lire quelques billets sur les blogs et qui m'attirait par son histoire. Là aussi, c'est l'histoire qui m'a interpelée, bien que le thème de la cécité ait déjà été exploité plusieurs fois dans ce genre, que ce soit en romans ou en films. Il est donc difficile de faire original et si le côté mystère du roman ne l'est effectivement pas vraiment, j'ai bien aimé la façon de décrire les ressentis de Mattieu, sa façon de faire avec sa cécité, que ce soit psychologiquement ou physiquement. Son personnage est très réussi et compense un peu les personnages soit disant adultes de l'histoire que j'ai trouvés pitoyables et puérils. Franchement, qui voudrait des parents pareils, aussi incapables ?… on dirait des adolescents, et pas des plus fûtés en plus ! Autant dire que ce côté du roman m'a passablement agacée, rendant artificiels et prévisibles tous les rebondissements de l'histoire. La fin ne m'a en rien étonnée (je l'ai vue venir assez tôt dans l'histoire) mais je l'ai trouvée un peu trop rapide, peu travaillée au niveau des motivations qu'on survole très brièvement. De même, je m'interroge aussi sur l'utilité des quelques passages en italique, plutôt décalés par rapport au reste. Malgré ces quelques défauts, on sent que l'auteur a une culture cinématographique et l'ensemble, avec son rythme enlevé et assez graphique, se lit facilement et rapidement, permettant de passer un bon moment, même si je crains qu'il soit vite oublié de mon côté.
Les avis de BelleSahi, Stéphanie, Un coin de blog, Madame Charlotte.
03 mai 2009
Le sang des Dalton ---- Ron Hansen
A Los Angeles, en 1937, Emmett Dalton, le plus jeune des
frères Dalton et le seul survivant du gang qui avait écumé l'Ouest à la fin du
siècle précédent, a 65 ans. Il vit avec sa femme et travaille dans
l'immobilier. Il a aussi écrit des scénarios de films et a même joué dans un
western. Beaucoup de gens lui posent des questions sur sa jeunesse et sur ses
frères et à la fin d'une soirée où les mêmes demandes lui ont été faites, il se
remémore ses frères : Franck, l'aîné, marshall tué dans l'exercice de ses
fonctions, Bob, lui aussi marshall mais qui tournera le dos à la loi en
devenant le leader du gang, Grat, qui sera souvent arrêté et qui passera
beaucoup de temps à fuir, Eugenia Moore, le grand amour de Bob, institutrice
qui trouvera sa vie si peu intéressante qu'elle aidera le gang à organiser
leurs coups …
Qui n'a pas déjà entendu parler des frères Dalton et de leur gang ? Mais en lisant ce livre, je me suis rendue compte que ce qu'on connaît d'eux est relativement vague et parfois faux. Cet ouvrage, qui est une version romancée de leur vie, m'a permis de plonger dans la dure vie de l'Ouest américain à la fin du 19ème siècle et j'ai complété cette lecture par des recherches plus approfondies sur Internet pour démêler les faits réels de la partie où l'auteur a parfois été obligé d'inventer ou de supposer ce qui c'était passé. Tout d'abord, cela m'a étonnée d'apprendre que le dernier Dalton vivait encore en 1937 (autant dire que mes parents, s'ils avaient vécu aux USA, auraient pu le rencontrer !!!!). On a toujours la sensation que toutes ces choses sont plus éloignées dans le temps et il est parfois un peu choquant de voir la différence entre les conditions de vie dans les grandes villes à cette époque et les conditions de vie dans les territoires peu peuplés du centre et de l'ouest américain. On s'imagine aussi une bande de voyous et de voleurs sans foi ni loi et prêts à tout pour l'argent mais l'auteur nous montre que leur réputation a peut-être été exagérée par les forces de l'ordre et les journaux de l'époque (tous les vols étaient attribués aux Dalton, qu'ils en soient responsables ou non !) et on oublie aussi qu'ils étaient bien jeunes à l'époque de leurs exploits. Autant je ne suis plus très fan des films et des westerns se passant à cette époque (dont j'étais pourtant friande dans ma jeunesse !), autant je trouve ce genre de livre passionnant et éducatif (alors que je ne les appréciais pas plus que ça quand j'étais plus jeune !!!). Et l'écriture nous plonge littéralement au côté de ces despérados, on sent presque l'odeur des chevaux, la pluie qui tombe sur les chapeaux et s'infiltre sous les vêtements, on entend presque le bruit des balles qui sifflent et les trains qui freinent en gare … bref, on s'y croirait vraiment. En tout cas, je ne vois plus les Dalton du même œil après cette lecture.
19 février 2009
Finnigan et moi ---- Sonya Hartnett
Dans la petite bourgade australienne isolée de Mulyan, un
jeune homme de 20 ans, Anwell est mourant sur son lit. Son mal le ronge et il
n'a plus la force de bouger mais il peut encore se rappeler sa vie. Il se
rappelle son frère Vernon, le chien Surrender, la rencontre avec Finnigan quand
ils avaient 9 ans et qu'Anwell n'avait toujours pas d'amis. Finnigan est libre,
sans contrainte, il vit comme il a envie, n'en fait qu'à sa tête et se balade
dans le coin s'en être inquiété. D'ailleurs, Finnigan lui propose un pacte
étrange : Anwell ne fera que le bien, sera obéissant et agira comme un ange
alors que Finnigan fera toutes les bêtises, organisera les vengeances et sera
là à chaque fois qu'Anwell aura besoin de lui.…
Ce roman, tirant vaguement sur le fantastique et le mystérieux, nous entraine dans l'amitié très étrange entre Anwell, un garçon banal mais brimé par ses parents, et Finnigan, un jeune sauvageon qui semble ne pas avoir de famille du tout. La vie d'une petite ville perdue dans la nature australienne est aussi très bien décrite, avec tout ce que cela comporte : les gens qui se connaissent tous, les histoires familiales qui se transmettent de génération en génération, des tensions toujours présentes, avec des jalousies exacerbées et l'absence d'espoir de quitter un jour cet endroit pour un coin meilleur. En tout cas, l'atmosphère étouffante est bien rendue et la construction du roman se rapproche presque de celle d'un thriller car on nage en plein mystère et je me suis demandée souvent comment cela allait tourner. Les chapitres sont alternés : un coup c'est Anwell qui parle, un coup c'est Finnigan et on a parfois les deux versions d'un même évènement mais les chapitres d'Anwell (surnommé Gabriel) sont beaucoup plus longs et détaillés que ceux de Finnigan. Plusieurs explications de cette "amitié" particulière me sont venues à l'esprit lors de cette lecture mais j'avoue que la fin m'a laissée assez perplexe sur certains points qui ne m'ont pas paru très clairs ou bien carrément laissés de côté. Cela reste quand même une lecture assez perturbante qui m'a fait me poser des questions et réfléchir longuement à ce que je venais de lire et sur la perception qu'on peut avoir des personnages d'un livre.
L'avis de Clarabel.
22 janvier 2009
L'obligation du sentiment ---- Philippe Honoré
Louis et Jeanne Maisne semblent un couple sans histoire,
mariés depuis plus de trente ans et très respectés dans leur communauté. Lui
est avocat et elle pharmacienne mais s'occupe de nombreuses associations
caritatives. Mais pourtant, cette façade de bon aloi cache le plus noir des
secrets : ils ont un fils, Martin, qu'ils n'ont pas revu et dont ils n'ont
aucune nouvelle depuis dix ans. Mais un matin, ils reçoivent une lettre de lui
leur demandant de les rencontrer …
Je laisse mon résumé très succinct car je ne veux rien révéler de cette courte histoire très percutante et très marquante. Le début ressemble à une histoire policière car on se demande ce qui s'est passé entre les Maisne et leur fils mais le suspense sera de courte durée car on apprend vite ce que c'est (et d'ailleurs, je l'avais même deviné avant). Mais l'ensemble, traité sous différents points de vue (celui de Louis, celui de Jeanne, celui de Martin), donne froid dans le dos car l'histoire est tout à fait crédible et menée de main de maitre et l'auteur l'a développée par petits bouts, enfonçant les lecteurs à chaque fois un peu plus profond dans l'horreur et le dégoût. Au final, on ne sait plus vraiment où on en est, qui doit être pris le plus en pitié, contre qui on doit être le plus en colère mais on en sort remué, glacé et mal à l'aise. Une réussite du genre servie par une plume acérée et aussi précise qu'un scalpel !
Les avis de Clarabel et de Laure (attention risque de spoiler dans le billet de Laure).
19 janvier 2009
L'otage ---- Olav Hergel
La journaliste danoise Rikke Lyngdal est envoyée en Irak
pour effectuer une série de reportages sur les soldats de son pays impliqué
dans la guerre aux côtés des américains. Mais alors qu'elle a quitté la base
pour se balader, elle est kidnappée par un groupe de terroristes. Une vidéo
d'elle demandant le retrait des troupes danoises d'Irak diffusée dans le monde
entier amène la célébrité et le succès au journal qui l'emploie, qui voit
surtout ses ventes monter avant de réellement s'inquiéter du sort de son
correspondant, même quand les ravisseurs lui coupe une phalange de
l'auriculaire. Rikke arrive néanmoins à s'enfuir et retourne alors au Danemark
où elle est accueillie telle une héroïne mais la jeune femme n'est pas à l'aise
dans ce rôle où elle ne reconnaît pas …
Je suis à nouveau plongée dans les lectures dans le cadre du prix Inter-Comités d'entreprises CEZAM 2009 et ce roman, même s'il m'a fallu énormément de temps pour le lire (en tout cas, beaucoup plus de temps qu'habituellement !), était particulièrement intéressant. On découvre un Danemark qu'on connaît assez peu (mais pour moi, c'était logique vu que je ne connais pas grand chose de ce pays) : celui de l'intolérance vis à vis des étrangers, des nouveaux riches qui veulent vivre dans des communautés restreintes, qui ne veulent pas entendre parler des réfugiés mais plutôt du nouveau golf qui vient de s'ouvrir ou des problèmes de trafic à l'entrée de la ville ou de tout autre sujet tout aussi superficiel. L'auteur décrit de façon détaillée, et on sent visiblement qu'il est lui-même journaliste, les motivations des médias en général. A tout cela vient s'ajouter le côté politique de l'immigration, du fait que tous les étrangers ne sont pas forcément des terroristes mais sont parfois considérés comme tels, l'auteur y parle aussi des combats verbaux entre partis, voire même entre pays voisins. J'ai parfois trouvé certains passages un peu longs ou redondants mais cette lecture a largement de quoi donner à réfléchir, l'histoire ayant du corps et méritant une attention soutenue. L'ensemble se rapproche d'ailleurs beaucoup de l'étude sociologique d'un pays et si ce n'est certes pas un livre détente, il a néanmoins toutes les qualités pour se retrouver bien placé dans le prix CEZAM de cette année !




