Un nom pour un autre ---- Jhumpa Lahiri
En 1968, Ashima et Ashoke Ganguli sont les jeunes parents d’un petit garçon. Ils ont quitté Calcutta et leurs familles quelque temps auparavant, après un mariage arrangé et sont partis vivre aux Etats-Unis, près de Boston, où Ashoke travaille à l’université en tant que professeur assistant. L’Inde leur manque, leur mode de vie reste traditionnel de leur pays natal et tous leurs amis sont bengalis. C’est donc tout naturellement qu’ils demandent à la grand-mère d’Ashima de donner un nom au bébé mais la lettre se perd en cours de route. Obligés de déclarer leur fils rapidement, les parents se décident finalement et l’appellent Gogol, en hommage à l’écrivain russe préféré d’Ashoke. Gogol grandit en vrai petit américain, joue au base-ball, écoute du rock et la majorité de ses amis ne sont pas indiens. Lors de son entrée à l’école, ses parents désirent lui attribuer un autre nom : Nikhil. Mais l’enfant refuse de répondre à ce prénom typiquement bengali. Ce n’est qu’au lycée que Gogol apprend l’histoire de l’écrivain dont il porte le nom et décide de commencer une autre vie lors de son entrée à l’université : dorénavant, il sera Nikhil, vite abrégé en Nick par ses amis. Mais un jour, son père meurt subitement et l’histoire cachée de ses deux prénoms va venir résonner en lui de façon très insistante et forte …
J’avais emprunté ce roman à la bibliothèque mais je l’avais délaissé, n’étant plus trop intéressée par l’histoire de cette famille déracinée qui se cherche une place. Mais la date de retour approchant à grands pas, j’ai quand même voulu tenter la lecture de ce livre. Grand bien m’en a pris ! Il est excellent, tout en finesse et subtilité, permettant au lecteur de découvrir un monde tout en traditions indiennes s’opposant au monde américain, de même qu’on ressent aussi l’opposition des générations parents-enfants. Les personnages sont très attachants et on sent que l’auteur a puisé dans son vécu (elle est née à Londres de parents bengalis et a grandi aux Etats-Unis) pour développer les difficultés, souvent non apparentes mais toujours présentes, pour les expatriés de trouver leur identité et leur place dans un pays d’accueil, que ce soit pour la première génération d’immigrants ou pour les générations suivantes. Le seul bémol que j’apporterais au roman est une légère gêne à la lecture dans les temps employés. L’auteur (car je suppose que le traducteur s’est contenté de suivre) a utilisé le présent pour décrire tous les évènements, ce qui donne un peu l’effet d’une liste et rend la lecture un peu hachée. Mais au bout d’un moment, on finit quand même par s’y habituer et cela n’enlève rien à la qualité du contenu de ce roman.
