Tout doit disparaître ---- Simon Hureau
Alicia et Sabine sont deux
adolescentes vivant dans une bourgade campagnarde mourante. La disparition des
fermes et l’absence de travail poussent les gens à la ville et les magasins
ferment tous peu à peu. Il ne reste que les vieux habitants ou ceux qui n’ont
plus aucun espoir. Alicia et Sabine traînent donc ensemble leur ennui sous le
ciel souvent gris. Il y a bien le jeune José, qui arrive de Paris avec son père
agent immobilier toujours à la recherche de bonnes affaires, et qui plait
beaucoup à Sabine. Mais l’arrivée de Mélusine, jeune fille au style gothique,
va changer à tout jamais leurs vies mais tout est préférable à l’ennui qui
ronge ...
Bande dessinée très noire, le style du dessin, basé sur les tons roses, gris et noirs, est très particulier et convient tout à fait à l’atmosphère déprimante des évènements. De même, la police utilisée pour les bulles ressemble plus à une écriture manuscrite qu’à des caractères d’impression, permettant ainsi d’élever l’histoire à un niveau plus « personnel », un peu comme un journal intime. Effectivement, qui n’a jamais été confronté directement ou indirectement à ces petites villes décrépites et moroses où les habitants semblent s’étioler et où les langues vont bon train car il n’y a rien d’autre à faire ? Le début lent rend particulièrement bien l’ennui qui s’empare des jeunes de la bourgade et on découvre peu à peu ses habitants, certains d’entre d’eux étant relativement bizarres. Mais l’histoire va s’accélérer, le drame se noue et la tension va crescendo : les deux lycéennes commencent à découvrir, grâce à Mélusine leur nouvelle amie, les côtés malsains de la vie. On est poussé à tourner les pages, pour savoir ce qui va se passer, l’atmosphère devient oppressante mais cela colle tellement à divers faits réels que cela en est angoissant de voir jusqu’où l’ennui peut entraîner les personnes. On arrive enfin au bout des 200 pages avec perplexité car un parfum de mystère continue à planer. Dans l’ensemble, cette BD est une réussite mais laisse quand même une impression de gêne et de malaise, qui prouve bien que l’auteur maîtrise parfaitement son art, tant au niveau dessin que scénario.