Le passeur ---- Lois Lowry
Dans le monde de Jonas, tout se passe particulièrement
bien : pas de guerre, pas de disputes, pas d'inégalités, le respect et la
politesse sont rois. Les familles sont équilibrées, les adultes ont tous des
métiers qui leur conviennent à défaut de l'avoir choisi eux-mêmes et les
personnes âgées sont dans des centres où on s'occupe particulièrement bien
d'eux. L'harmonie règne et les Sages dirigent la communauté. Seul un personnage
sort du lot et aide parfois les Sages lors de leurs décisions : c'est le
dépositaire de la mémoire, qui semble détenir tout le savoir. Jonas, qui va
avoir 12 ans, va bientôt assister à la cérémonie où tous les enfants de son âge
vont se voir attribuer un travail en fonction de leurs aptitudes et le jeune
garçon s'angoisse car il se trouve bien banal …
Lu dans le cadre des rencontres avec les lycéens (le thème
étant la science-fiction), ce roman jeunesse peut encore une fois être lu à
tout âge ! D'ailleurs, je ne le conseillerai qu'à partir de 11 ou 12 ans à de
bons lecteurs. Les thèmes d'une société contrôlée à l'extrême, très formatée,
est récurrent dans ce genre littéraire mais je l'ai trouvé relativement bien
traité. La communauté créée par l'auteure est particulièrement réussie,
certaines idées excellentes (comme les différentes périodes de l'enfance et les
choses qui changent avec une dimension pratique et une dimension plus
"philosophique" comme le fait pour les 9 ans d'avoir un vélo, signe
qu'ils commencent à s'émanciper peu à peu de leurs parents en pouvant se
déplacer plus loin par leurs propres moyens). Je ne dis pas que j'aimerais
vivre dans un tel monde car la description est tellement bien réussie qu'on se
sent mal à l'aise devant tant de "perfection" et surtout de vide et
d'absence de sentiments (n'étant pas parfaite moi-même, j'ai toujours tendance
à me méfier de ce qui l'est ! mdr !). Le roman est donc un roman
d'apprentissage pour le jeune Jonas qui va découvrir tout ce que son monde a
éradiqué mais le livre conserve sa dimension philosophique et éthique avec
l'éternelle question : où sont les barrières quand on veut améliorer le monde ?
Comme je suis fan de ce sujet, j'ai donc apprécié cette lecture mais j'ai été
un peu déçue par la fin ouverte qui me semble un peu difficile à comprendre
pour les plus jeunes lecteurs et qui m'a semblé un peu bâclée et mal amenée, et
je me suis posée quelques questions sur certains évènements de ce final. Mais
en cherchant l'image de couverture, je viens de découvrir qu'il y avait une
suite écrite presque 10 ans plus tard et que je vais m'empresser de trouver
pour avoir des réponses !